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Critiques sur Lettres Persanes (39)


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    • Livres 4.00/5
    Par Kittiwake le 30/07/2015


    Les lettres persanes se lisent comme un roman épistolaire, même si le propos a des ambitions philosophiques et sociologiques
    Usbek et Rica quittent la Perse pour découvrir l'Europe, et font par de leurs impressions dans ces écrits qu'ils adressent aux amis qu'ils auront croisés au cours d é leur périple mais aussi à des correspondants restés en Perse.
    La naïveté avec laquelle ils décrivent les moeurs des pays traversés (et surtout la France) donne un ton léger à ce qui est pourtant une critique acerbe des us et coutumes locaux. (Montesquieu est aux Pays-Bas lorsqu'il rédige l'ouvrage, qu'il ne signe pas). C'est aussi un atout pour le lecteur que cet humour satirique.
    Tout y passe : la mode, la religion, le mariage, la monogamie, le verbiage des érudits, mais aussi la monarchie, l'esprit des lois, la justice la presse quotidienne naissante et l'opportunisme des courtisans.
    Si Montesquieu donne la parole à un musulman fidèle à sa religion, il n'hésite par cependant à faire part de ses doutes sur certaines pratiques (les interdits alimentaires notamment ). Mais l'occasion est belle aussi pour exprimer ses doutes quant aux fondements du christianisme et aux légendes qu'il colporte.

    Les lettres couvrent une période de neuf ans et l'absence d'Usbek prolongée au sérail a des conséquences dramatiques : il perd ses épouses. le voyage a profondément transformé l'homme qui se sent contraint de retourner au pays.

    Belle incursion au coeur du 18ème siècle, sous une forme accessible et plaisante ( qui demande cependant un peu d'attention, car le style d'écriture, le vocabulaire et les références sont d'époque, même si les adaptations les plus récentes facilitent la tâche).



    Lien : http://kittylamouette.blogspot.fr/2015/07/lettres-persanes.html

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    • Livres 5.00/5
    Par Dionysos89 le 16/02/2012


    Le premier "roman épistolaire" n'était pas censé en être un ! Montesquieu, désireux surtout de publier une correspondance fictive, se rend compte quelques années plus tard que son ouvrage est perçu véritablement comme un roman à part entière. Montesquieu nous offre ici une oeuvre captivante qui a l'immense intérêt de nous proposer plusieurs niveaux de lecture.
    Au premier regard, nous avons le point de vue d'Orientaux fictifs en train d'observer, de commenter et de tenter de comprendre la société française du début du XVIIIe siècle. C'est donc sous la forme d'une intrigue légère, teintée de naïveté, qu'on découvre d'abord cette oeuvre, intrigue qui ne peut que cacher un dessein plus important.
    En effet, nous voyons bien sûr poindre, par la suite, les propres pensées de l'auteur : ses critiques de la société française, et surtout son système politique, la monarchie autoritaire de Louis XIV puis les abus de la Régence, ses doutes en matière religieuse (on ressent fortement la tentation déiste), ainsi que sur les modalités de pensée de l'époque selon le savant-philosophe qu'était Montesquieu. C'est un véritable commentaire social auquel se livre donc cet auteur unique.
    Enfin, dernier regard possible, celui de l'historien. Les Lettres Persanes sont une fantastique plongée dans les circulations internationales au XVIIIe siècle. Publiées d'abord à Amsterdam, faussement à Cologne, puis dans toute l'Europe, par un auteur français qui fait intervenir des grands personnages orientaux, nous avons là des mobilités fantastiques à l'échelle de l'Europe ! de même, on voit que la circulation des idées dans toute l'Europe est parfaitement digérée et cela est surtout illustrée par l'usage de ces correspondances internationales qui, adressées individuellement, étaient souvent lues collectivement ensuite. Enfin, Montesquieu se base sur un nombre de sources impressionnant et d'origine très diversifiée, notamment des récits de voyage dont le nombre devient exponentiel au XVIIIe siècle.
    En conclusion, les Lettres Persanes, sur certains aspects, pourraient certainement être rebaptisées "Les Français Ridicules" tant le regard porté sur la France est conséquent. Mais comme je viens de le décrire, cette oeuvre est même bien plus que cela.
    Entre humanité et identité nationale, c'est la vision de l'Autre qui est ici développée, vision finalement très (trop) actuelle (investissements en masse des Qataris, rejet de l'immigration, etc.), dans un monde globalisé qui stigmatise de plus en plus, malgré les bienfaits de toute compréhension de "l'Autre"...

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    • Livres 3.00/5
    Par Arakasi le 12/09/2014


    Bah oui, je n'avais jamais lu les « Lettres Persanes » de Montesquieu... Je sais, c'est très mal, mais la littérature du XVIIIe siècle ne m'a jamais particulièrement attirée et je garde un souvenir indifférent de mes lectures scolaires de Voltaire et franchement ennuyé de celles de Rousseau. Histoire de ne pas mourir stupide, j'ai voulu retenter tout de même ma chance avec Montesquieu et ses fameuses lettres encensées par tous les professeurs de littérature depuis que le Grand Manitou a créé le système éducatif.

    Au cas très improbable où vous ne connaitriez pas le contexte du livre, le voici : à la fin du glorieux et surtout très longuet règne de Louis XIV, deux persans débarquent en France, poussés leur désir de découvrir le monde occidental. Usbek le penseur vertueux et Rica l'homme sociable arrivent donc à Paris et béent d'ahurissement devant ce monde si différent de celui auquel ils sont habitués : tout les étonne, des extravagances de la mode française aux incessantes querelles de l'Eglise, en passant par les petites manies des bourgeois parisiens et les ridicules des courtisans de la Cour du Roi Soleil. Montesquieu nous fait partager leur abondante correspondance avec leurs proches restés en Perse, prétexte à milles petites réflexions et commentaires philosophiques sur des sujets aussi variés que la politique, la religion, la littérature, la place des femmes dans la société, la justice, etc.

    Première chose à souligner à l'avantage de Montesquieu, son style d'écriture est effectivement, et comme je l'ai souvent entendu répéter, très agréable à lire : à la fois fluide et riche, il capte sans difficulté l'attention du lecteur et on saute rapidement d'une lettre à l'autre, d'autant plus que la plupart sont très courtes. La plupart des réflexions exposées dans ces lettres sont à la fois pertinentes et faciles d'accès, présentées avec une simplicité et un humour légèrement narquois qui font plaisir à lire, quand on pense à l'herméticité de la plupart des ouvrages philosophiques (ô cours de terminale, comme vous vous rappelez douloureusement à mon souvenir). Montesquieu philosophe, j'adhère !

    Montesquieu romancier, un peu moins … Je regrette notamment d'avoir trouvé l'aspect roman épistolaire si peu exploité et essentiellement prétexte à exposer les idées de l'auteur, simple artifice littéraire sans véritable impact narratif. Je n'ai pas éprouvé non plus d'intérêt particulier pour les personnages, aucun ne possédant de véritable « voix » littéraire, leurs réflexions étant interchangeables à mes yeux et variant uniquement sur les thématiques – vertu et éthique pour Usbek, société et mondanités pour Rica. Enfin, mais c'est très subjectif de ma part, le ton moralisateur de l'ensemble m'a un peu lassée sur la fin. Pas une révélation en ce qui me concerne, mais une lecture instructive et intelligente tout de même.

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    • Livres 4.00/5
    Par girafe83500 le 28/06/2015


    Véritablement transportée par l'ensemble des échanges de nos deux protagonistes et de leurs amis.

    La qualité des réflexions nous renvoie inévitablement à notre société actuelle. L'humour piquant employé dans certaines lettres permet de confronter les différences de civilisation entre l'Europe et l'Orient. le concept est très moderne. Montesquieu aurait bien pu écrire ce livre au XXIème siècle. C'est ce qui m'a le plus frappé.

    Un regard très critique mais assez juste qui retranscrit parfaitement le mode de vie et de pensée des occidentaux et plus particulièrement des français dans le contexte européens. Personne n'est oublié (sourire).

    Il est bien dommage qu'au lycée ce livre ne soit traité que par extraits, car la lecture entière de l'ouvrage apporte toute sa force et sa logique. Un travail méticuleux de Montesquieu qui aboutit sur une oeuvre magnifique.

    Sans le challenge "Le siècle des Lumières" initié par Parthenia je serais passé à côté du "livre qu'il faut avoir lu". Merci

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    • Livres 5.00/5
    Par JacobBenayoune le 17/11/2013


    Rédiger un commentaire sur ce livre est une tâche difficile. Ce n'est pas assez que de percevoir en lui un simple roman épistolaire constitué d'une douzaine de personnages orientaux. Les lettres persanes est un roman encyclopédique :
    - Une analyse historique et commentaire original sur les genres de pouvoir politique.
    - Une fresque universelle des sociétés occidentale et orientale.
    - Un dictionnaire des métiers.
    - Une vue sur les diverses religions.
    - Un commentaire sur les domaines philosophiques traités par d'autres philosophiques.
    - Une critique d'art et surtout de la littérature.

    Les lettres persanes est un roman où son héros Usbek quitte ses femmes et voyage avec son ami Rica, de la Perse vers l'Europe et précisément en France où il s'installe. Usbek ressent une terrible nostalgie envers sa patrie et veut revoir ses femmes (ce sujet central n'est qu'un prétexte pour Montesquieu pour d'autres intentions).

    Montesquieu a fait une ébauche de son projet ultérieur de L'Esprit des lois. Il traite du despotisme en exposant ses dangers pour le despote, ses inconvénients et les outrages qu'il exerce. de plus, il nous présente les rois –avec toujours cette comparaison Orient-Occident- guidés par leurs ambitions et la bassesse de leurs ministres mais aussi d'un savoir très modeste résultats du mauvais conseil des maîtresses multiples et des confesseurs. Montesquieu semble plus favorable vis-à-vis les républiques qui sont la voix du peuple et sa volonté (toujours selon lui). Après, il vient aux gouvernements dont les plus doux sont les plus parfaits, et aux ministres source de la corruption des rois qui seront parfaits étant de bonne foi et conscients de leur responsabilité.

    Par ailleurs, Montesquieu décrira son idéal des lois et les règles selon lesquelles elles doivent s'établir. Pour lui les peines doivent être modérées et justes. Il fera une ample présentation de la justice, sa définition, son rôle, son importance et ses critères de réussite. Montesquieu trouve l'occasion aussi de mettre à nu les avocats et leurs manoeuvres, de faire le portrait des juges et de ridiculiser les jurisconsultes qui manquent d'esprit et de justesse.

    Dans son roman, Montesquieu n'oubliera pas la littérature. Pour lui les poètes dramatiques sont supérieurs aux poètes lyriques, les épopées sont rares (il n'y a que deux). Il décrira la vie des comédiens et leur détresse. Mais il est hostile aux romans et n'épargne pas l'art, pernicieux et enseignant la mollesse.

    Les lettres persanes présente un débat sur les religions où l'auteur décèle leurs misères et leurs grandeurs. Il se réfère surtout aux adeptes de ces religions qui se plaisent à transgresser leurs commandements. Il esquissera de nombreuses questions métaphysiques comme l'existence de Dieu et sa bonté, la liberté de l'homme… et montrera la limite de la raison humaine.

    Ce roman épistolaire est aussi un véritable dictionnaire des métiers : médecins, juges, avocats, évêques, acteurs, financiers, interprètes, militaires, marchands, astronomes, scientifiques, orateurs, paysans… et des conditions : esclaves, eunuques, maîtresses des rois, bourgeois, vieux, femmes (qui tiennent une place importante dans le roman)…

    Montesquieu fera un vol sur plusieurs peuples, portugais, français, espagnols, turcs, persans, romains, grecs... faisant une description de leurs moeurs, caractères et spécificités, tout en rapportant plusieurs faits historiques. le roman contient beaucoup d'anecdotes aussi.

    Tout cela dans une prose admirable, l'une des meilleures de la littérature française. Ce qui fait de cette oeuvre l'un des plus grands romans.

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    • Livres 3.00/5
    Par oblo le 22/07/2015


    Roman épistolaire qui servit à son auteur de critiquer plus librement le système politique de la France du 18ème siècle, les Lettres persanes usent d'un stratagème simple, et pourtant si souvent éprouvé par nos contemporains à travers leurs voyages : le point de vue extérieur sur une société. Montesquieu campe deux personnages persans, Uzbek et Rica qui, dans les années 1710, viennent en France. Leur séjour dure neuf ans, et il est l'occasion d'étonnements très divers de la part des deux hommes, qui correspondent par lettres entre eux et avec d'autres Perses établis en Europe. Pour autant, ces deux personnages ne sont pas des coquilles vides : les développer sert aussi l'exotisme du roman, sorte d'attrait formidable pour le lectorat d'alors. Uzbek avait des relations étroites avec le shah, puisqu'il possédait un harem ; Rica, lui, prend le voyage à Paris comme une occasion de se former, laquelle le réjouira fortement.
    Toutefois, la critique sociale est virulente : Rica montre du doigt le ridicule des élites françaises, l'orgueil aussi du peuple, la superficialité des hommes et des femmes. Les Perses décrivent, avec un oeil neuf, la vie politique du royaume : le roi guerrier, le clientélisme permanent, le pouvoir absolu. La critique est enfin religieuse, visant l'intolérance de ceux qui se disent apôtres de l'Amour universel pour mieux frapper cruellement leurs ennemis.
    D'une facilité de lecture remarquable, le livre est tout à la fois l'occasion d'un regard historique sur une société passée mais dont nous sommes encore les héritiers - notamment du siècle des Lumières - ainsi qu'un véritable et original traité politique.

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    • Livres 3.00/5
    Par thedoc le 04/12/2014


    Les « Lettres Persanes » est un roman épistolaire, c'est-à-dire un recueil de lettres écrites par des amis Persans visitant l'Europe de 1712 à 1720. Au fil de leurs rencontres et de leur découverte de la civilisation occidentale, ils échangent leurs impressions, leurs avis et leurs critiques sur la société du 18e siècle. Ainsi, Usbek et Rica, qui se trouvent en France, n'hésitent pas à dépeindre les moeurs, les conditions et la vie de la société française. Rhédi, quant à lui, voyage à Venise. En parallèle de cette correspondance, on lit également celle qu'entretient Usbek avec son sérail, c'est-à-dire ses eunuques et ses femmes restés en Perse.

    Ce roman épistolaire est l'occasion pour Montesquieu d'aborder toutes sortes de sujets : politiques, religieux, moraux, littéraires et économiques. Avec un style satirique, il ne craint pas la censure de l'époque en émettant ses avis et idéaux car il se pose comme le simple traducteur de lettres trouvées par hasard. Ce n'est pas lui qui parle, ce sont les voyageurs perses. Ainsi, il expose ses idées sur la société occidentale du 18e siècle, mais aussi sur les us et coutumes qui se pratiquent en Orient, notamment par rapport à l'existence des harems.
    J'ai trouvé ce roman épistolaire très agréable à lire. le propos de Montesquieu, satirique et souvent plein d'humour, est toujours vif et incisif.

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    • Livres 4.00/5
    Par Snarkk le 16/03/2014


    Je ne suis pas forcément un adepte des romans épistolaires, mais ces "Lettres persanes" sont probablement mes préférées dans le genre. Je suis tombé sous le charme de ce livre de Montesquieu dès la première lecture. le ton satirique légèrement camouflé sous le vernis du voyage initiatique est merveilleusement bien dosé par l'auteur, qui se permet par ailleurs des analyses intéressantes et comiques sur les moeurs de son temps : qu'elles soient d'ordre politique, social ou religieux.


    Une critique acerbe et intelligente qui sait également se comporter comme un roman relaxant et divertissant : difficile de faire mieux de nos jours, non ?! Voilà pourquoi je considère ces "Lettres persanes" comme un classique indubitable de la littérature française.

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  • Par sebbys le 06/11/2012


    Ce livre me semble assez complexe. Les lettres sont courtes mais traitent presque toutes d'un même sujet, soit l'amour et les femmes, soit la politique. J'ai eu la douloureuse impression qu'à l'époque, les hommes étaient polygames et avaient tous plusieurs femmes.
    Un livre cependant très agréable à lire, et fort bien écrit. Quant à l'analyse, c'est plus compliqué.

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    • Livres 5.00/5
    Par Acerola13 le 23/03/2012


    Lecture scolaire oblige, je me suis plongée dans les lettres persanes avec une sélection de lettres à lire...Rapidement prise par le roman, je les ai finalement toute lues !

    Le système épistolaire n'est pas fréquent dans la littérature française (du moins ce que j'en connais !), et l'idée de mettre en correspondance des Perses, de ceux restés au pays à ceux en voyage, est véritablement géniale.
    La vision de notre monde de l'époque est ainsi dénuée de nationalisme ou d'arrogance vis à vis de notre nationalité; mais l'ironie et les critiques sous-jacente sont pourtant bien présentes. La grande force de Montesquieu est qu'il parvient, sans dénoncer ou montrer du doigt, à nous faire se rendre compte de l'absurdité de certaines des moeurs françaises de l'époque, déduction logique suite aux tableaux présentés par Rica et Usbek. Revers pourtant, ce dernier, critique envers l'Europe et plutôt idéaliste, fait subir le calvaire à son harem, qu'il ne remet absolument pas en question quand nous, Européens, nous affligeons à sa description. Ce dyptique France-Perse est donc profondément construit et subtil, la plume de Montesquieu plus qu'agréable...Le tout classe les Lettre Persanes dans la catégories des romans que l'on oublie pas, et que l'on ouvre avec plaisir à n'importe quelle page pour le relire.

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