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Critiques sur Madame Bâ (14)


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    • Livres 4.00/5
    Par BVIALLET le 02/04/2012


    Madame Bâ est malienne , d'un milieu modeste , fille de forgeron , mais femme de grande sagesse . Elle aime son pays et est fière de lui . Elle essaie de lutter contre les deux fléaux qui gangrènent l'Afrique : l'ignorance et la corruption . Elle considère que l'Occident moderne n'est qu'un paradis factice où le peuple soninké part perdre son âme et elle a passé toute sa vie à lutter contre cette fuite éperdue du peuple vers le miroir aux alouettes , cette inutile saignée des forces vives d'une nation .
    Paradoxe voilà que son petit fils Michel tombe dans le piège du football . Il est sélectionné . Il croit à sa chance . Alors Madame Bâ essaie de voler à son secours . A sa grande honte , elle entame les démarches pour une demande de visa . Et elle est rejetée . Alors , elle décide de frapper encore plus haut et s'adresse carrément au Président de la République . Dans sa lettre , elle lui raconte toute sa vie , son enfance , sa vie de femme , son métier etc ...
    Elle dresse un bilan de son pays et nous fait ainsi part d'une vision différente de la France , car vue depuis là-bas .
    Un livre magnifique , parfois dérangeant , mais à lire absolument .


    Lien : http://www.etpourquoidonc.fr/

    critique de qualité ? (6 votes positifs)



  • Par LiliGalipette le 16/02/2010


    Roman d'Erik Orsenna. Lettre O de mon Challenge ABC 2010. Lecture commune avec Clara.

    Sa demande de visa temporaire pour la France refusée, Madame Marguerite Bâ entreprend un recours en justice. Elle ne s'embarasse pas de considérations diplomatiques et, avec l'aide de Maître Fabiani, elle écrit une lettre au Président de la République française. Point par point, elle reprend les questions du formulaire 13-0021 et les développe en remontant au plus loin dans ses souvenirs d'enfant, de femme, de veuve, de grand-mère et de citoyenne malienne. Puisqu'elle ne peut pas tout dire dans les trop petites cases du formulaire, elle déploie dans sa lettre toute l'histoire familiale, et avec elle, l'histoire du Mali.

    Toute l'absurdité, la vacuité et l'artificialité des documents officiels sont férocement épinglées par la narratrice. Sa lettre, aux allures de roman fleuve, se découpe en chapitres dont les titres sont les intitulés stricts du formulaire 13-0021. Avec la méthode propre aux gens qui suivent une idée fixe, elle avance dans son récit sans rien oublier, pour combler tous les blancs que le formulaire ne ménage pas.

    La France n'approuve pas les approximations de l'État Civil africain. Sur ce continent où l'administration travaille au rythme lent d'antiques ventilateurs plafonniers, tenir des registres à jour et sans contrefaçon relève de l'impossible. Les différents consuls et délégués venus de France s'échinent à nommer tout et tout le monde, à délimiter les villages, à poser des frontières, à établir les vraies filiations et à démêler le vrai du faux. L'agitation vaine des Blancs est d'autant plus risible qu'ils ne sont pas faits pour ce climat, ni pour ce "ciel de fer chauffé à blanc." (p. 368)

    La malédiction de l'ethnie de Madame BÂ, les Soninkés, c'est la "maladie du départ" (p. 32), celle qui pousse tous les siens à aller voir ailleurs si l'herbe est plus verte. Ousmane, son père, de forgeron, est devenu contremaître de la centrale hydro-électrique du village. Son bel époux Balewell, un Peul, a quitté les troupeaux qui font la fierté de son peuple pour s'aliéner à la locomotive et au chemin de fer. Les cousins partent en France, "un paradis pour gogos" (p. 240), la tête pleine des images mensongères diffusées par la télévision et les magazines, fascinés par le miroir aux alouettes français.

    A Kayes, Madame BÂ a grandi entre onze frères et soeurs et des parents qui s'affrontaient sans cesse. Mariama, mémoire de l'Afrique et gardienne de traditions millénaires, regardait avec mépris la passion de son mari pour le progrès. Entre islam teinté d'animisme et modernité, entre le crocodile protéiforme qui défend la famille et les embryons de taureaux canadiens congelés, le même affrontement a lieu entre Madame BÂ et son mari. L'Afrique se dessine peu à peu, entre misère et traditions légendaires, secouée de frissons de modernité et de volonté progressiste.

    Madame BÂ elle-même est une femme coupée en deux. Deux volontés s'affrontent toujours en son sein. Elle n'a pas su choisir entre les études et la maternité, entre la fidélité au Mali et le devoir et l'espoir envers la France. Toujours, ce sont les autres et les évènements extérieurs qui décident pour elle, qui lui imposent des choix douloureux alors qu'elle ne veut rien d'autre que concilier les rêves qui battent dans sa tête et les obligations auxquelles elle fait face tous les jours.

    La grande malédiction de Madame BÂ, c'est son nez. Appendice disproportionné dans le ventre de sa mère, il a fait croire à tous la venue d'un garçon. Cassandre noire, Madame BÂ sent les malheurs venir de loin pour s'abattre sur les siens. Femme trompée, elle flaire sur le corps de son bel époux les effluves des femmes qu'il fréquente, elle sent les lieux et les situations, tous les détails des infidélités de Balewell. Mais alors même que ce nez lui a annoncé toutes les tragédies auxquelles elle a résisté, il lui fait défaut dans l'appréhension de son plus grand malheur, la disparition de son petit-fils.

    Le fleuve Sénégal, immuable et imperturbable, chemine toujours sur les terres désertées. Témoin éternel des changements humains, il assiste silencieusement à la décolonisation et aux multiples tentatives de co-développement entre le Mali et l'ancienne métropole. Et pour une fois, c'est de la France dont on a pitié. Certes, les forces vives du Mali partent en fumée dans les banlieues parisiennes. Certes, le pays connaît de graves retards de développement technique et culturel. Mais n'est-ce pas la France le personnage fantoche? L'ancienne puissance colonisatrice est animée par un puissant sentiment de honte. Toujours un peu de capitalisme dévorant, mais au centre de toutes les actions initiées en direction du Mali, il n'y a que la honte: honte d'avoir quitté si vite le pays, honte de toujours penser que les Africains sont des animaux, honte séculaire du paternalisme débonnaire. La France est dans ses petits souliers quand elle envoie des consuls, des délégués, quand elle distribue des Légions d'honneur plus de 70 ans après la Grande Guerre. La France a tout du mauvais élève qui cherche à se racheter. L'Afrique est forte et puissante, même sans elle. Son fonctionnement, sa logique, ses traditions lui permettent de vivre sans la métropole, et de vivre bien mieux, au milieu des reliques laissées par une France fuyarde et contrite. Madame BÂ s'interroge: "Quelle est cette maladie qui pousse toujours les Noirs à proposer leur aide aux Blancs? [...] Sans notre appui, jamais la traite n'aurait si bien fonctionné." (p. 387) le problème de la France, c'est qu'elle ne peut se passer de l'Afrique

    Madame BÂ, avec ses discours un peu naïfs et ses diatribes bien senties, distribue des coups de griffe un peu partout. Sans langue de bois, elle expose sans fausse pudeur son intimité physique et mentale. Cette liberté de ton lui permet tout, même de fustiger le sport chéri de l'Afrique. "Les spécialistes nomment 'football' cette activité épuisante et sans espoir." (p. 259) Ce sport honni lui a ravi son petit-fils Michel qu'elle a élevé avec plus d'amour que ses huit enfants. " le football est un divertissement de manchots fainéants. [...] Une majorité de paresseux, les mains sur les hanches, contemplent l'activité frénétique de quelques camarades." (p. 371) L'enfant chéri a succombé à son tour à la "maladie du départ" et a disparu en France, alléché par "l'école rien que de foot" (p. 379) promise par les recruteurs français venus faire de "la prospection chez les sauvages" (p. 376) Pour retrouver et sauver son petit-fils de douze ans des griffes de l'ogre de football, il faut un visa de séjour à Madame BÂ, et on le lui a refusé. Et c'est là que commence son récit.

    La narration se déploie lentement, majesteusement, comme les méandres du fleuve Sénégal, comme les branches interminables de l'arbre généalogique du peuple Soninké. Madame BÂ, narratrice principale, alterne entre des adresses directes, virulentes mais respectueuses envers le Président de la République française, des confidences confiantes à son avocat, des admonestations musclées envers elle-même et les fantômes de ses chers disparus. Elle se raconte à la première personne, mais certaines situations, les plus décisives, sont écrites à la troisième personne, comme si Madame BÂ était une simple spectatrice de sa propre histoire, incapable d'en modifier le cours tragique.

    La dernière partie du récit, les cinquantes dernières pages, sont prises en charge par un nouveau narrateur. Maître Fabiani, l'avocat qui a aidé Madame BÂ dans sa demande de recours, prend la parole pour expliquer la suite des démarches de sa cliente, cette cliente si particulière qui lui a appris l'Afrique là où il ne voyait que la misère. La fin de l'histoire était attendue. Madame BÂ va gonfler encore un peu plus le flot d'immigrants clandestins qui se presse aux portes de la France.

    Ce texte d'Érik Orsenna change radicalement de tout ce que j'ai pu lire de lui. Nous sommes très loin de la poésie enjouée de La Grammaire est une chanson douce ou de Dernières nouvelles des oiseaux. Ici, ni jeux de mots, ni de galipettes avec la syntaxe. La langue se fait témoignage et philosophie pour mieux coller à une existence hors du commun. le texte tient en haleine, malgré quelques longueurs. Je referme le livre en me disant que j'ai peut-être acqus un peu de la sagesse évidente de ceux qui se contentent de l'essentiel, sans chercher ailleurs le bonheur qui est sous leur nez, quelle que soit sa taille.

    critique de qualité ? (6 votes positifs)



    • Livres 3.00/5
    Par zabeth55 le 06/02/2012


    Je n'avais pas spécialement envie de le lire, on me l'a prêté, je n'ai pas regretté.
    C'est quelqu'un Madame Bâ !
    C'est quelqu'un Monsieur Orsenna !

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    • Livres 5.00/5
    Par etreneant le 31/12/2011


    Un visa refusé est le point de départ de cette histoire.
    Parcourir le 13-0021, ô précieux formulaire,
    Est aussi l'occasion de découvrir le territoire
    De Marguerite, femme africaine exemplaire,
    D'ascendance Soninké, fille de forgeron-ingénieur.
    Élevée par un fleuve pourvoyeur insaisissable
    D'eau, d'espoir et de paroles d'un monde meilleur,
    Marguerite raconte avec une verve insatiable
    Ce que quelques rectangles blancs ne pourraient condenser :
    Son enfance, son adolescence, sa famille,
    Son amour, ses désirs, ses rencontres, ses pensées
    Ses passions, ses peines et plaisirs, toute une vie.
    Son avocat, tel l'écrivain public se portant au secours,
    Écoute subjugué le récit de cette envolée épique
    Et en un dernier et ultime recours,
    Ecrit la lettre au Président de la République.

    Ce que mes vers ne vous ont pas encore exprimé
    Est que j'ai tout simplement adoré
    Le portrait de cette femme sans artifice
    Au cœur d'un pays ensoleillé de tant de maléfices.

    critique de qualité ? (2 votes positifs)



    • Livres 4.00/5
    Par dell le 01/06/2011


    Mieux qu'un billet Air France, Madame Bâ nous emmène dans les profondeurs de la petite ville de Kayes au nord du Mali. Un voyage exotique mais surtout purifié par le souffle génétique ancestral de la voix de Marguerite, cette femme hyperactive, boulimique de générosité, terriblement drôle et si attristée par la perte de son petit fils venu conquérir l'univers du football en Europe.
    Une oeuvre profonde et poétique qui nous récite les chants merveilleux de l'Afrique mais également moderne et universelle qui s'inscrit dans la folie des mondes modernes. Une formidable leçon de vie sur les liens familiaux que notre époque perd, sur le temps, sur nous-même.

    critique de qualité ? (1 votes positifs)



    • Livres 4.00/5
    Par brigittelascombe le 28/05/2011


    Madame Ba, Marguerite de son petit nom est une grande car elle est le Mali,l'Afrique,le fleuve sénégal, elle est celle qui lutte pour préserver sa dignité,cette "Femme noire" de Léopold Sédar Senghor,cette Voix, "Ma voix" d'Aimé Césaire, "la liberté de celles qui s'affaissent au combat du désespoir" mais elle est aussi la fille à l'enfance éblouie, la mère de huit enfants qui a aimé passionément un homme trop beau, elle est la grand mère qui veut retrouver son petit fils l'exilé happé par la France du foot aux entraineurs peu scrupuleux ,elle est celle qui mène la bataille contre l'administration bornée qui l'assaille de visa refusé en formulaires débiles, elle est celle qui ose s'adresser au président de la République pour obtenir gain de cause, elle est la conteuse qui passe entre vivants et morts et qui de femme en femme et de mère en fille s'y connait en choses du passé.
    Un beau roman avec toutefois des longueurs sur les passages administratifs. Par contre je m'interroge n'est ce pas un peu trop romancé et une africaine aurait elle eu les mêmes mots "émerveillés"?

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    • Livres 5.00/5
    Par yv1 le 26/11/2010


    Quel personnage cette Marguerite Bâ ! Elle raconte son Mali, ses coutumes, "l'Afrique d'aujourd'hui, sans fard ni complaisance". A peine 60 ans de vie dans ce pays et de nombreuses histoires à narrer.
    Erik Orsenna, qui connait l'Afrique depuis quarante ans, s'est beaucoup documenté sur le Mali, de telle manière qu'on a parfois l'impression que c'est un Africain natif qui a écrit le livre. Ce qui peut d'ailleurs créer un léger malaise : est-il si bien informé, et raconte-t-il bien ce continent ? Pour vous rassurer, je vous invite à visiter son site et notamment le lien suivant sur ce roman : Madame BÂ.
    Le livre est assez long (500 pages en version poche), mais cette longueur, je l'ai surtout ressentie par mon impatience à connaître la fin de l'histoire et ma volonté de ne pas rater une miette de la vie de Marguerite. C'est évidemment très bien écrit, très abordable et le regard de l'Afrique sur la riche France est original et permet de comprendre l'attirance des jeunes Africains pour les pays du nord.
    J'ai voyagé aux fins fonds de l'Afrique avec un guide enthousiaste et pédagogue et qui aime ce continent et ses habitants et qui nous le fait bien ressentir.


    Lien : http://lyvres.over-blog.com/article-madame-ba-37122877.html

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    • Livres 4.00/5
    Par Jollanne le 01/11/2010


    Une présentation originale. Je ne vois plus l'Afrique de la même façon.

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    • Livres 4.00/5
    Par major1fr le 28/09/2010


    Sans fard ni complaisance, Madame BÂ raconte l'Afrique d'aujourd'hui, ses violences, ses rêves cassés, ses mafias. Mais aussi ses richesses éternelles de solidarité, ce formidable tissage entre les êtres.
    Madame BÂ est d'abord cela : le portrait d'une femme. Une femme africaine, c'est-à-dire une femme qui, plus encore que toutes les autres femmes, doit lutter pour sa dignité et sa liberté.

    critique de qualité ? (1 votes positifs)



    • Livres 5.00/5
    Par claracambry le 22/02/2010


    Pour retrouver son petit fils préféré qui a disparu en France, avalé par l'ogre du football, Madame BÂ Marguerite, né en 1947 au Mali, sur les bords du fleuve Sénégal, présente une demande de visa. Une à une, elle répond scrupuleusement à toutes les questions posées par le formulaire officiel 13-0021.

    Mais comment mettre dans des petites cases la vie de cette femme africaine ? Impossible, Madame BÂ doit raconter toute son histoire. Une histoire liée à celle de son pays et de ses parents. Enfant curieuse, son éducation passe par les origines de sa famille, les légendes liées au fleuve et à la nature. Chérie par un père à l'esprit scientifique, Marguerite grandit, bercée par les traditions et la connaissance. Mère de huit enfants, Marguerite va se retrouver veuve. Travailler, élever ses enfants en les protégeant de l'envie de vouloir partir en France. Pris par le récit de Madame BÂ, on ressent sa fierté d'être Africaine, ses peurs face à une France qui est loin d'être une terre de richesses. Femme de volonté et de caractère, Madame BÂ ne se laissera pas décourager.

    La suite sur :
    http://fibromaman.blogspot.com/2010/02/erik-orsenna-madame-ba_22.html


    Lien : http://fibromaman.blogspot.com/2010/02/erik-orsenna-madame-ba_22.html

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