ISBN : 2253112461
Éditeur : Le Livre de Poche


Note moyenne : 3.83/5 (sur 84 notes) Ajouter à mes livres
Pour retrouver son petit-fils préféré qui a disparu en France, avalé par l’ogre du football, Madame Bâ Marguerite, née en 1947 au Mali, sur les bords du fleuve Sénégal, présente une demande de visa. Une à une, elle répond scrupuleusement à toutes les questions posées pa... > voir plus
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Critiques et avis

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  • Par LiliGalipette, le 16 février 2010

    LiliGalipette
    Roman d'Erik Orsenna. Lettre O de mon Challenge ABC 2010. Lecture commune avec Clara.
    Sa demande de visa temporaire pour la France refusée, Madame Marguerite Bâ entreprend un recours en justice. Elle ne s'embarasse pas de considérations diplomatiques et, avec l'aide de Maître Fabiani, elle écrit une lettre au Président de la République française. Point par point, elle reprend les questions du formulaire 13-0021 et les développe en remontant au plus loin dans ses souvenirs d'enfant, de femme, de veuve, de grand-mère et de citoyenne malienne. Puisqu'elle ne peut pas tout dire dans les trop petites cases du formulaire, elle déploie dans sa lettre toute l'histoire familiale, et avec elle, l'histoire du Mali.
    Toute l'absurdité, la vacuité et l'artificialité des documents officiels sont férocement épinglées par la narratrice. Sa lettre, aux allures de roman fleuve, se découpe en chapitres dont les titres sont les intitulés stricts du formulaire 13-0021. Avec la méthode propre aux gens qui suivent une idée fixe, elle avance dans son récit sans rien oublier, pour combler tous les blancs que le formulaire ne ménage pas.
    La France n'approuve pas les approximations de l'État Civil africain. Sur ce continent où l'administration travaille au rythme lent d'antiques ventilateurs plafonniers, tenir des registres à jour et sans contrefaçon relève de l'impossible. Les différents consuls et délégués venus de France s'échinent à nommer tout et tout le monde, à délimiter les villages, à poser des frontières, à établir les vraies filiations et à démêler le vrai du faux. L'agitation vaine des Blancs est d'autant plus risible qu'ils ne sont pas faits pour ce climat, ni pour ce "ciel de fer chauffé à blanc." (p. 368)
    La malédiction de l'ethnie de Madame BÂ, les Soninkés, c'est la "maladie du départ" (p. 32), celle qui pousse tous les siens à aller voir ailleurs si l'herbe est plus verte. Ousmane, son père, de forgeron, est devenu contremaître de la centrale hydro-électrique du village. Son bel époux Balewell, un Peul, a quitté les troupeaux qui font la fierté de son peuple pour s'aliéner à la locomotive et au chemin de fer. Les cousins partent en France, "un paradis pour gogos" (p. 240), la tête pleine des images mensongères diffusées par la télévision et les magazines, fascinés par le miroir aux alouettes français.
    A Kayes, Madame BÂ a grandi entre onze frères et soeurs et des parents qui s'affrontaient sans cesse. Mariama, mémoire de l'Afrique et gardienne de traditions millénaires, regardait avec mépris la passion de son mari pour le progrès. Entre islam teinté d'animisme et modernité, entre le crocodile protéiforme qui défend la famille et les embryons de taureaux canadiens congelés, le même affrontement a lieu entre Madame BÂ et son mari. L'Afrique se dessine peu à peu, entre misère et traditions légendaires, secouée de frissons de modernité et de volonté progressiste.
    Madame BÂ elle-même est une femme coupée en deux. Deux volontés s'affrontent toujours en son sein. Elle n'a pas su choisir entre les études et la maternité, entre la fidélité au Mali et le devoir et l'espoir envers la France. Toujours, ce sont les autres et les évènements extérieurs qui décident pour elle, qui lui imposent des choix douloureux alors qu'elle ne veut rien d'autre que concilier les rêves qui battent dans sa tête et les obligations auxquelles elle fait face tous les jours.
    La grande malédiction de Madame BÂ, c'est son nez. Appendice disproportionné dans le ventre de sa mère, il a fait croire à tous la venue d'un garçon. Cassandre noire, Madame BÂ sent les malheurs venir de loin pour s'abattre sur les siens. Femme trompée, elle flaire sur le corps de son bel époux les effluves des femmes qu'il fréquente, elle sent les lieux et les situations, tous les détails des infidélités de Balewell. Mais alors même que ce nez lui a annoncé toutes les tragédies auxquelles elle a résisté, il lui fait défaut dans l'appréhension de son plus grand malheur, la disparition de son petit-fils.
    Le fleuve Sénégal, immuable et imperturbable, chemine toujours sur les terres désertées. Témoin éternel des changements humains, il assiste silencieusement à la décolonisation et aux multiples tentatives de co-développement entre le Mali et l'ancienne métropole. Et pour une fois, c'est de la France dont on a pitié. Certes, les forces vives du Mali partent en fumée dans les banlieues parisiennes. Certes, le pays connaît de graves retards de développement technique et culturel. Mais n'est-ce pas la France le personnage fantoche? L'ancienne puissance colonisatrice est animée par un puissant sentiment de honte. Toujours un peu de capitalisme dévorant, mais au centre de toutes les actions initiées en direction du Mali, il n'y a que la honte: honte d'avoir quitté si vite le pays, honte de toujours penser que les Africains sont des animaux, honte séculaire du paternalisme débonnaire. La France est dans ses petits souliers quand elle envoie des consuls, des délégués, quand elle distribue des Légions d'honneur plus de 70 ans après la Grande Guerre. La France a tout du mauvais élève qui cherche à se racheter. L'Afrique est forte et puissante, même sans elle. Son fonctionnement, sa logique, ses traditions lui permettent de vivre sans la métropole, et de vivre bien mieux, au milieu des reliques laissées par une France fuyarde et contrite. Madame BÂ s'interroge: "Quelle est cette maladie qui pousse toujours les Noirs à proposer leur aide aux Blancs? [...] Sans notre appui, jamais la traite n'aurait si bien fonctionné." (p. 387) le problème de la France, c'est qu'elle ne peut se passer de l'Afrique
    Madame BÂ, avec ses discours un peu naïfs et ses diatribes bien senties, distribue des coups de griffe un peu partout. Sans langue de bois, elle expose sans fausse pudeur son intimité physique et mentale. Cette liberté de ton lui permet tout, même de fustiger le sport chéri de l'Afrique. "Les spécialistes nomment 'football' cette activité épuisante et sans espoir." (p. 259) Ce sport honni lui a ravi son petit-fils Michel qu'elle a élevé avec plus d'amour que ses huit enfants. " le football est un divertissement de manchots fainéants. [...] Une majorité de paresseux, les mains sur les hanches, contemplent l'activité frénétique de quelques camarades." (p. 371) L'enfant chéri a succombé à son tour à la "maladie du départ" et a disparu en France, alléché par "l'école rien que de foot" (p. 379) promise par les recruteurs français venus faire de "la prospection chez les sauvages" (p. 376) Pour retrouver et sauver son petit-fils de douze ans des griffes de l'ogre de football, il faut un visa de séjour à Madame BÂ, et on le lui a refusé. Et c'est là que commence son récit.
    La narration se déploie lentement, majesteusement, comme les méandres du fleuve Sénégal, comme les branches interminables de l'arbre généalogique du peuple Soninké. Madame BÂ, narratrice principale, alterne entre des adresses directes, virulentes mais respectueuses envers le Président de la République française, des confidences confiantes à son avocat, des admonestations musclées envers elle-même et les fantômes de ses chers disparus. Elle se raconte à la première personne, mais certaines situations, les plus décisives, sont écrites à la troisième personne, comme si Madame BÂ était une simple spectatrice de sa propre histoire, incapable d'en modifier le cours tragique.
    La dernière partie du récit, les cinquantes dernières pages, sont prises en charge par un nouveau narrateur. Maître Fabiani, l'avocat qui a aidé Madame BÂ dans sa demande de recours, prend la parole pour expliquer la suite des démarches de sa cliente, cette cliente si particulière qui lui a appris l'Afrique là où il ne voyait que la misère. La fin de l'histoire était attendue. Madame BÂ va gonfler encore un peu plus le flot d'immigrants clandestins qui se presse aux portes de la France.
    Ce texte d'Érik Orsenna change radicalement de tout ce que j'ai pu lire de lui. Nous sommes très loin de la poésie enjouée de La Grammaire est une chanson douce ou de Dernières nouvelles des oiseaux. Ici, ni jeux de mots, ni de galipettes avec la syntaxe. La langue se fait témoignage et philosophie pour mieux coller à une existence hors du commun. le texte tient en haleine, malgré quelques longueurs. Je referme le livre en me disant que j'ai peut-être acqus un peu de la sagesse évidente de ceux qui se contentent de l'essentiel, sans chercher ailleurs le bonheur qui est sous leur nez, quelle que soit sa taille.
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    • Livres 5.00/5
    Par etreneant, le 31 décembre 2011

    etreneant
    Un visa refusé est le point de départ de cette histoire.
    Parcourir le 13-0021, ô précieux formulaire,
    Est aussi l'occasion de découvrir le territoire
    De Marguerite, femme africaine exemplaire,
    D'ascendance Soninké, fille de forgeron-ingénieur.
    Élevée par un fleuve pourvoyeur insaisissable
    D'eau, d'espoir et de paroles d'un monde meilleur,
    Marguerite raconte avec une verve insatiable
    Ce que quelques rectangles blancs ne pourraient condenser :
    Son enfance, son adolescence, sa famille,
    Son amour, ses désirs, ses rencontres, ses pensées
    Ses passions, ses peines et plaisirs, toute une vie.
    Son avocat, tel l'écrivain public se portant au secours,
    Écoute subjugué le récit de cette envolée épique
    Et en un dernier et ultime recours,
    Ecrit la lettre au Président de la République.
    Ce que mes vers ne vous ont pas encore exprimé
    Est que j'ai tout simplement adoré
    Le portrait de cette femme sans artifice
    Au cœur d'un pays ensoleillé de tant de maléfices.
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    • Livres 4.00/5
    Par BVIALLET, le 02 avril 2012

    BVIALLET
    Madame Bâ est malienne , d'un milieu modeste , fille de forgeron , mais femme de grande sagesse . Elle aime son pays et est fière de lui . Elle essaie de lutter contre les deux fléaux qui gangrènent l'Afrique : l'ignorance et la corruption . Elle considère que l'Occident moderne n'est qu'un paradis factice où le peuple soninké part perdre son âme et elle a passé toute sa vie à lutter contre cette fuite éperdue du peuple vers le miroir aux alouettes , cette inutile saignée des forces vives d'une nation .
    Paradoxe voilà que son petit fils Michel tombe dans le piège du football . Il est sélectionné . Il croit à sa chance . Alors Madame Bâ essaie de voler à son secours . A sa grande honte , elle entame les démarches pour une demande de visa . Et elle est rejetée . Alors , elle décide de frapper encore plus haut et s'adresse carrément au Président de la République . Dans sa lettre , elle lui raconte toute sa vie , son enfance , sa vie de femme , son métier etc ...
    Elle dresse un bilan de son pays et nous fait ainsi part d'une vision différente de la France , car vue depuis là-bas .
    Un livre magnifique , parfois dérangeant , mais à lire absolument .

    Lien : http://www.etpourquoidonc.fr/
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    • Livres 4.00/5
    Par brigittelascombe, le 28 mai 2011

    brigittelascombe
    Madame Ba, Marguerite de son petit nom est une grande car elle est le Mali,l'Afrique,le fleuve sénégal, elle est celle qui lutte pour préserver sa dignité,cette "Femme noire" de Léopold Sédar Senghor,cette Voix, "Ma voix" d'Aimé Césaire, "la liberté de celles qui s'affaissent au combat du désespoir" mais elle est aussi la fille à l'enfance éblouie, la mère de huit enfants qui a aimé passionément un homme trop beau, elle est la grand mère qui veut retrouver son petit fils l'exilé happé par la France du foot aux entraineurs peu scrupuleux ,elle est celle qui mène la bataille contre l'administration bornée qui l'assaille de visa refusé en formulaires débiles, elle est celle qui ose s'adresser au président de la République pour obtenir gain de cause, elle est la conteuse qui passe entre vivants et morts et qui de femme en femme et de mère en fille s'y connait en choses du passé.
    Un beau roman avec toutefois des longueurs sur les passages administratifs. Par contre je m'interroge n'est ce pas un peu trop romancé et une africaine aurait elle eu les mêmes mots "émerveillés"?
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    • Livres 4.00/5
    Par dell, le 01 juin 2011

    dell
    Mieux qu'un billet Air France, Madame Bâ nous emmène dans les profondeurs de la petite ville de Kayes au nord du Mali. Un voyage exotique mais surtout purifié par le souffle génétique ancestral de la voix de Marguerite, cette femme hyperactive, boulimique de générosité, terriblement drôle et si attristée par la perte de son petit fils venu conquérir l'univers du football en Europe.
    Une oeuvre profonde et poétique qui nous récite les chants merveilleux de l'Afrique mais également moderne et universelle qui s'inscrit dans la folie des mondes modernes. Une formidable leçon de vie sur les liens familiaux que notre époque perd, sur le temps, sur nous-même.
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Citations et extraits

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  • Par marina53, le 23 mai 2012

    Au commencement était la mer, qui recouvrait l’Afrique.
    Au commencement était le désert, quand la mer se retira.
    Une origine est toujours la fille d’une origine plus ancienne.
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  • Par Nymphette, le 08 mai 2012

    Il expliqua qu'un véritable amour se payait toujours d'un prix élevé. Que la passion des oiseaux ne faisait pas exception, car ils habitaient deux fois dans la lumière: celle du ciel et celle de l'eau qui reflète le ciel. Que même la nuit, derrière les paupières baissées, et jusqu'au plus profond du sommeil, cette double lumière continuait d'accompagner le rêveur d'oiseaux: un homme qui aime, Marguerite, n’accueille jamais dans son rêve que les objets de son amour. Que tous ces soleils, ajoutés aux violentes couleurs des plumages, brûlaient les yeux, forcément, jour après jour. Mais je n'ai aucun regret Marguerite. Cette blessure est la preuve que j'ai aimé. Et ne m’empêche pas de continuer.
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  • Par Erevshel, le 14 février 2011

    -S'il vous plaît, maître Benoît, pourquoi un si profond silence avec moi?
    -Le respect, Madame Bâ.
    -Maintenant que vous avez enfin ouvert la bouche, vous pourriez continuer, juste une phrase supplémentaire ou deux, pour m'expliquer?
    -Le respect que j'ai de votre vie et de vous-même, madame Bâ. Le respect se tait car il n'a rien à ajouter.
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  • Par etreneant, le 31 décembre 2011

    Parce qu'ils font résonner en vous de très lointains échos, parce qu'ils vous installent dans la lenteur du temps, parce qu'il jouent de vous comme d'un instrument et vous emplissent d'une musique muette, parce qu'en un mot ils s'adressent directement à votre âme sans prêter attention à tous vos masques et déguisements, il est de liexu amis qui vous réconfortent mieux qu'aucun humain ne saurait le faire.
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  • Par etreneant, le 31 décembre 2011

    Oh, le rare bonheur d'élever un enfant dont on n'est pas le géniteur direct, mais seulement un grand-parent! Ce "grand" ajouté à "parent", cette génération tampon fait toute la différence : un matelas de tendresse, une réserve de temps où chacun peut puiser à sa guise, un trésor de bonne distance, une épaisseur d'eau douce qui filtre les rayons, ne laissant passer que les utiles, les bienveillants.
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La Parole des auteurs - Sur la route du papier d'Erik Orsenna .
Après son Voyage aux pays du coton, paru en 2006, puis L?avenir sur l?eau, en 2008, Erik Orsenna, de l?Académie Française, nous présente son tour du monde Sur la route du papier publié aux éditions Stock en février 2012. « Un jour, je me suis dit que je ne l?avais jamais remercié. Pourtant je lui devais mes lectures. Et que serais-je, qui serais-je sans lire et surtout sans avoir lu ? Pourtant, c?est sur son dos que chaque matin, depuis près de soixante années, je tente de faire avancer pas à pas et gomme aidant mes histoires. Et que serait ma vie sans raconter ? Je n?avais que trop tardé. L?heure était venue de lui rendre hommage. D?autant qu?on le disait fragile et menacé. Alors j?ai pris la route. Sa route. de la Chine à la forêt canadienne, en passant par la Finlande, la Suède, la Russie, l?Inde, le Japon, l?Indonésie, l'Ouzbékistan, le Brésil, l?Italie, le Portugal et bien sûr la France, j?ai rendu visite aux souvenirs les plus anciens du papier. Mais je me suis aussi émerveillé devant les technologies les plus modernes. Saviez-vous que le chiffre d'affaires planétaire du papier l'emporte sur celui de l'aéronautique ? Comme je me préparais au départ, une petite voix m'avait soufflé : "Deux mille ans que la planète et le papier cohabitent. Plus tu en sauras sur lui, mieux tu apprendras sur elle". La petite voix n'avait pas tort. » Erik Orsenna Vous avez aimé l'auteur ou l'interview, n'hésitez pas à partager vos réactions avec les autres internautes. Donnez-nous vos impressions dans la rubrique réagissez à l'actualité.








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