Aujourd'hui entre midi et deux, j'ai avalé Ravalec au cimetière Montparnasse.
Je découvre que beaucoup de gens viennent lire au cimetière. Surtout lorsqu'il fait aussi beau. Un lecteur par banc. Il faudrait aller de banc en banc, interroger chacun d'eux sur ce qu'il est en train de lire, et dresser la liste. Une liste pour chacun des cimetières de Paris. Un jour peut-être... une idée de reportage pour le magazine Lire ?
C'est parce que j'ai su que Ravalec citait Nabe à plusieurs endroits dans son bouquin que j'ai voulu le lire... Ravalec, il y a quinze ans, j'avais lu et plutôt bien aimé. C'était mon époque Brautigan, Carver, et j'aimais bien ses recueils de nouvelles aux titres bien punchy :
Vol de sucettes, Recel de bâtons. Et puis, le sujet de ce dernier petit bouquin tombe à pic en ces temps de rentrée littéraire et de questionnement sur l'avenir de l'édition, de l'écriture, du papier, et tutti.
Pour les citations de Nabe, rien de bien sanglant. On croise Nabe au milieu d'autres gensdelettres (ça, il ne va pas adorer) dans les coquetèles germanopratins, les remises de prix, les séances de signature, les émissions télé, auxquels Ravalec participe à reculons, parfois par hasard, en ignorant chronique du dress-code. Il met les lecteurs-rieurs de son côté en exagérant sa feinte maladresse, et en forçant sur son côté inadapté social pour mieux faire ressortir le snobisme et le ridicule des autres. C'est brillant et gentiment désespéré, mais pas révolté.
Le rythme est excellent, sauf dans la partie finale. J'ai un peu zappé sur la fantaisie ésotérico-littéraire. Bonne dernière page cependant, avec le dialogue entre
L'Auteur et l'éditeur à propos d'un slogan : VIVE LES LIVRES QUI FONT DES COULEURS ET REVER LA TETE DES GENS. A l'éditeur qui veut reprendre la syntaxe,
L'Auteur répond :
"Mais bon Dieu, qu'est-ce que vous avez tous ? La littérature si ça ne fait pas de la couleur et rêver la tête des gens, franchement, à quoi servirait-elle ?"
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