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Par FRANGA, le 04/02/2012
Histoires de vertige de
Julien Green
Depuis quelque temps, elle avait pris l'habitude de parler sans interlocuteur et le son de sa voix lui tenait compagnie, mais parfois elle était troublée par le silence qui suivait ses phrases. Malgré tout, elle devenait bavarde dans sa solitude. Peut-être voulait-elle faire taire le silence. On lui avait jadis offert un petit poste de radio, mais elle ne savait pas très bien le faire marcher, et d'autre part, elle recevait toujours une impression désagréable des nouvelles. Aussi, la boîte couleur d'acajou restait-elle toujours au fond d'un placard.
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Par FRANGA, le 28/01/2012
Léviathan de
Julien Green
Comme Guéret refermait derrière lui la porte du restaurant, une pensée lui vint à l'esprit, une pensée familière qui le visitait depuis des années, dans des moments de grand trouble : "C'est le destin, c'est mon destin". Et cette constatation le rassurait, comme tout être faible est rassuré lorsque son sort est mis entre les mains d'une puissance supérieure, même s'il doit en souffrir, même s'il doit perdre la vie. Désormais, il n'aurait plus rien à décider de lui-même ; les événements, bons et mauvais, se produiraient tout seuls. Puisque cette femme insistait pour qu'il revînt chez elle, il reviendrait, et il voyait là un signe, la marque d'une volonté mystérieuse qui présidait à son existence.
Le matin même, en serrant dans sa poche la bague qu'il destinait à Angèle, une joie stupide l'avait saisi tout d'un coup. S'il réussissait après tout ? Jusque là il n'avait pas cru que cela fût possible ; quand il désirait trop vivement quelque chose, en effet, il était sûr de ne jamais l'obtenir ; la vie lui avait appris cela, mais, pendant une brève minute, sans raison, il avait cru au succès, il s'était dit : "Même si elle ne m'aime pas, elle comprendra que je souffre trop." Et les longues heures d'anxiété lui avaient paru n'être plus rien au prix de cet instant où le bonheur semblait se rapprocher de lui.
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Par Latma, le 08/05/2011
L'autre sommeil de
Julien Green
Aujourd'hui encore, lorsque je passe par certaines rues, une ou deux fois l'an, si l'air est frais, s'il a quelque chose de virginal que l'on sent aux approches de l'automne, j'entends les appels de mon enfance. Tout recule et s'efface dans la nuit de la conscience ; il n'y a plus que ces voix indistinctes que je suis seul à écouter. Ah ! que ne retrouve-t-on telle minute où le coeur battait fort, où la tête alourdie de rêves se penchait sur une image du livre, alors qu'on n'osait tourner la page, de peur de troubler la merveilleuse immobilité des choses autour de soi. Assis par terre, entre la porte et la cheminée, je retenais quelquefois mon souffle et ne bougeais pas, effrayé de ce silence que j'encourageais et de l'ombre qui s'épaississait dans la chambre. Sur le tard d'une belle journée de vacances, d'un jeudi solitaire, si plein déjà de souvenirs et de regrets, je ne comprenais pas comment venait le soir. En vain j'attachais mes regards sur la porte blanche que frappaient les derniers rayons de lumière, il arrivait un moment où je ne la voyais presque plus, puis plus du tout, mais cela était imperceptible. Je ne distinguais même plus mes mains. Ensuite la fenêtre devenait toute noire et, derrière les rideaux de tulle, des étoiles se mettaient à briller. Je reprenais alors les chansons que je murmurais d'une voix un peu inquiète, et quand tout à coup la terreur fondait sur moi avec la nuit, je me levais d'un bond et me précipitais hors de cette chambre.
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Par zohar, le 08/02/2011
Chaque homme dans sa nuit de
Julien Green
"Nous ne pouvons nous passer de la foi. Sans elle rien n'a de sens."
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Par latrace, le 21/08/2010
Moïra de
Julien Green
Les pensées qu’on a dans l’obscurité ne sont pas les mêmes que celles qu’on a dans la lumière. Il savait qu’en éteignant, il redeviendrait la proie de Moïra.
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Léviathan de
Julien Green
Après des années et des années d'aventures, de désillusions, de dégoûts, il arrive un moment où l'âme n'en peut plus et refuse d'obéir au corps, de le suivre dans sa honte. Sans doute, cette fille lui avait écrit, lui avait donné rendez-vous à cet endroit, mais s'il était venu ce n'était que par lâcheté, par mollesse, et pour s'épargner à lui-même les regrets d'avoir négligé une occasion qui lui était offerte ; car il savait bien qu'elle ne voulait pas de lui, et il se méprisait d'être là, assis sur le banc qu'elle lui avait indiqué. Il eût été pourtant bien incapable de s'en aller à présent ; cela aussi, il le savait.
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Par ballad, le 20/08/2011
Chaque homme dans sa nuit de
Julien Green
Nos actes sont petits, limités. Nous les dépassons toujours. Ce que nous faisons importe, certes, mais en définitive, c'est ce que nous sommes qui compte.
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Epaves de
Julien Green
S'il m'arrive de haïr ton repos et la sécurité où tu vis, tu dois craindre en retour le désordre que je porte en moi.
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Par Aela, le 18/02/2011
Moïra de
Julien Green
Depuis un moment, ils se tenaient immobiles, debout à quelques pas l'un de l'autre, et Mrs Dare feignait de lire la lettre qu'il venait de lui tendre, mais il y avait plusieurs secondes déjà qu'elle avait pris connaissance de ce document et maintenant, du coin de l'oeil, elle observait le premier venu.
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Par zazimuth, le 11/02/2011
Julien Green
[...] l'incertitude me paraît quelquefois beaucoup plus près de la vérité que les solutions catégoriques.