-
Par Spilett, le 11/10/2010
Entre les murs de
François Bégaudeau
- Y'a ma mère qui m'attend.
- Elle attend que tu t'excuses.
- Pardon.
- Pardon quoi ?
- Pardon c'est tout.
- Pardon quoi ?
- J'sais pas.
- Répète après moi: monsieur, je m'excuse d'avoir été insolente envers vous.
- J'ai pas été insolente.
- J'attends: monsieur, je m'excuse d'avoir été insolente envers vous.
- Monsieur, je m'excuse d'avoir été insolente envers vous.
C'était récité mécaniquement, avec une ostensible absence de conviction. J'ai quand même tendu le carnet qu'elle a aussitôt saisi avant de sautiller vers la porte. Au moment de disparaître dans le couloir, elle s'est exclamée
- J'le pense pas.
> lire la suite
-
Par Alice5, le 05/02/2012
Entre les murs de
François Bégaudeau
Le prof de français pose une question:
“Qu’est-ce qui s’est passé d’important le 10 mai 1981?
Quelques nez ont relevé la tête, s’interrogeant.
- Le 10 mai 81, ça vous dit rien?
Les nez étaient des flaques en histoire contemporaine.
- Le 10 mai 81 il s’est passé deux choses, et on peut dire que l’une a un peu effacé l’autre.
Né le 3 janvier 1989, Aissatou s’activait les neurones sous son bandana noir.
- Un attentat?
- A l’époque, il y en avait pas autant que maintenant. La mode c’était plutôt le disco.
1981 ne réveillait personne. (...)
- Bon le 10 mai c’est aussi l’anniversaire de ma soeur mais ça on s’en fout un peu.
Soumaya a poussé un cri de pétasse.
- Elle a quel âge votre soeur m’sieur?
- Devinez.
Des nombres ont fusé, qui allaient de douze à cinquante-deux.
- OK, j’vous dirai ça une autre fois. Le 10 mai 1981, François Mitterand a été élu président de la République, et Bob Marley est mort. Evidemment on a pas parlé de Bob Marley parce que l’élection de Mitterrand c’était quelque chose de très important à l’époque.
- Il est mort comment, m’sieur, Bob Marley?
- Il est mort quand il a vu que Mitterrand était élu.
- C’est vrai?
- Complètement vrai.
> lire la suite
-
Par ChezLo, le 12/08/2011
La blessure la vraie de
François Bégaudeau
Depuis vingt ans à vrai dire je n'ai plus cessé de rire. C'en est troublant, presque inquiétant, une anomalie car il y aurait plutôt de quoi pleurer, tragédies, saloperies, maladies, labeur de vivre, effroi de ne plus.
Toujoursj'ai donné le change, mais aujourd' hui me trouve las d'esquiver et pressé d'admettre qu'en effet il y a quelque chose qu'il ne faut plus tarder à raconter.
Le temps est venu quoi qu'il m'en coûte de remonter à la blessure.
De remonter à 86.
À l'été 86.
> lire la suite
-
Par Peggy, le 18/07/2009
Entre les murs de
François Bégaudeau
- ça a sonné ?
Posant la question, Elise savait bien que oui. Irène le savait d'autant mieux qu'elle ne faisait pas cours l'heure d'après.
-
Par Sand94, le 23/02/2012
Au début de
François Bégaudeau
Au commencement est le vomi, un écrivain nihiliste en tirerait matière à bon mot, moi je note juste qu'on se devine porteuse de vie le jour où on dégueule. (p.83)
-
La blessure la vraie de
François Bégaudeau
Je note cette phrase au verso de l'instant présent.
Elles se marrent. Les filles se marrent tout le temps je comprends pas, Cléopâtre était pas comme ça.
-
Antimanuel de Litterature de
François Bégaudeau
Le seul invariant de l'écrivain c'est qu'il n'est pas roux. Les roux vendent des carottes et non des livres. Parfois, ils les mangent avant de les vendre, du coup ils sont encore plus roux et encore moins écrivains.
Écrire sert à rendre la vie plus supportable et plus belle, ce qui induit que la vie soit insupportable et moche alors que dedans il y a des chats.
-
Par ChezLo, le 10/08/2011
La blessure la vraie de
François Bégaudeau
Deux pieds et deux jambes pour moi, les minutes et les secondes contre moi. Une course contre la montre, exactement. Fendant une foule de Hollandais et d'Allemands, comme un vélo champion au sommet d'un col.
C'est comme ça que ça a commencé la blessure.
La blessure et courir dessus.
-
Par Chrys, le 11/11/2010
Entre les murs de
François Bégaudeau
P150: Conflit
J'ai pointé l'index sous son nez et collé mes yeux dans les siens.
- J'ai pas besoin d'tes commentaires.
- Pourquoi vous vous énervez?
- Tais-toi.
- Si j'veux j'rentre dans la classe.
- Essaie un peu pour voir.
Il remontait les marches à ma suite.
- Qu'est-ce que vous allez m'faire si j'rentre? Vous allez m'frapper?
- Bon ok, on va au bureau.
(...)
Bon an mal an, nous étions arrivés derrière la porte du bureau.
- Tu fais moins le malin, là.
- J'm'en fous.
- Tu t'en fous mais tu fais moins l'malin.
Le principal n'était pas là. Dico s'est réjoui en silence.
- Tu t'assieds là, je vais le chercher.
Il ne s'est pas assis.
- Tu t'assieds là et tu t'tais.
- C'est vous qui parlez."
> lire la suite
-
Par Chrys, le 11/11/2010
Entre les murs de
François Bégaudeau
P 262: Notation du brevet
" Content de son coup, le principal m'avait happé dans son bureau avec les airs de conspirateur.
- J'ai obtenu que les profs qui corrigeront le brevet ici ne corrigent que les élèves de ce collège.
- Ah?
Content de son coup.
- Comme ça, vous comprenez, ils comparent pas avec les copies d'un collège disons mieux loti, ils n'auront que des copies d'ici, ce qui permettra de hausser les résultats, vous voyez le truc?
- Jolie ruse.
(...)
- Non parce que sinon vous comprenez les bonnes copies d'ici, à côté des bonnes copies d'ailleurs, eh bien c'est tout con mais elles paraissent moyennes..."
> lire la suite