-
Bleu comme l'enfer de
Philippe Djian
Il était dans un tel état qu'il ne pouvait rien ressentir de plus, bon Dieu les rues étaient vraiment belles et c'était encore plus horrible, cette beauté il la ressentait d'une façon plutôt bizarre. IL SE SENTAIT ENCORE PLUS MAL ! ! La beauté est une vraie saloperie quand vous souffrez, il y avait tout un tas de chiens et de gens, des filles et des hommes, le long des murs, des trottoirs, sur les murs blancs, de la musique, de la mauvaise musique et ces cons-là marchant au milieu de la rue, avec les chiens, les chiens se retournaient sur les filles et les murs blancs, les murs étaient d'un blanc intense, des guirlandes de fruits accrochées comme pour une fête et la rue montait tout doucement et au bout il y avait plus rien du tout, que la nuit, que la musique, les chiens passaient juste sous les roues du bus, il y avait des ampoules nues qui tombaient des murs et toutes ces saloperies de papillons qui tournaient autour dans cette musique de dingue, même les chiens étaient dingues, même les gens, les filles et les hommes sur les trottoirs, ils faisaient valser les ampoules et les ombres sur les murs, d'un bout à l'autre et rien de plus.
> lire la suite
-
Par Zazette97, le 27/10/2009
Mise en bouche de
Philippe Djian
" Le jour baissait et j'observais deux types qui installaient un projecteur sur le toit voisin lorsque, accompagné d'un Ribeiro affichant un air sombre, le journaliste qui présentait le journal du soir a fait son apparition.
Il était très excité. D'emblée, au premier coup d'oeil, il a trouvé que le décor était parfait, que tout était encore mieux qu'il ne l'imaginait, les enfants, leurs souliers défaits, nos têtes d'otages aux traits tirés, nos teints blêmes et l'effrayante cagoule de l'homme derrière laquelle dansaient des yeux noirs et une bouche que la tension pinçait.
Il envisageait d'employer plusieurs caméras, de faire venir des électros et une fille pour le repoudrer, mais l'homme a dit : "Ca va faire beaucoup de monde, votre histoire. Alors si c'est comme ça, j'en sais rien." p.41
> lire la suite
-
Impardonnables de
Philippe Djian
Je restai un moment pour admirer le spectacle, mais les cris me firent m’enfuir aussi sûrement que la tête de certains auteurs – il faut redire à quel point un écrivain ressemble physiquement à son style, combien c’est flagrant.
-
Par Nadael, le 24/10/2010
Crocodiles de
Philippe Djian
La rivière était haute et nerveuse. Les berges sifflaient et de petits tourbillons glougloutaient éperdument à la surface avant d'être balayés et ramenés dans les rangs. Je sentais la terre trembler sous mes pieds, je sentais l'euphorie du courant et j'en étais tout réjoui et comme paralysé d'émotion. J'aimais cette rivière. Je sentais mon coeur battre chaque fois que je l'approchais. Je comptais parmi les plus belles choses de ma vie le simple fait de m'asseoir à ses côtés, la regarder, l'écouter, sous le soleil, sous la pluie, qu'elle fût calme ou exaspérée, limpide ou noire comme de l'encre, je connaissais ses humeurs, ses chants, ses sortilèges, elle me parlait, me réconfortait ou me plongeait dans de sombres états d'âme, elle dansait comme un ange ou se dandinait comme une infâme putain, j'avais passé des heures et des heures avec elle, les yeux fixés dans ses reflets, alanguis ou rougis de larmes ou fiévreusement écarquillés lorsque le jour tombait et qu'un dernier rayon déclenchait la plus étonnante et hiératique symphonie que je pouvais imaginer, certainement oui j'éprouvais à son égard un amour véritable.
> lire la suite
-
Impardonnables de
Philippe Djian
J’attendis quelques minutes en feuilletant un magazine de littérature – ma remarque ayant trait à la ressemblance confondante entre le physique d’un écrivain et son écriture (les mêmes adjectifs leur collaient, exactement) se vérifiait tous les jours (Donnez-moi le portrait d’un écrivain et je vous dirai comment il écrit).
-
Lent dehors de
Philippe Djian
Bien sûr qu'ils vont compter tes adverbes, tes malgré que, et mesurer la taille de tes ellipses... c'est leur métier...Mais toi,tu n'es pas en train de te couper une robe de soirée, tu écris un livre...! Ne t'occuppe pas de ce qu'on écrit sur toi, que ce soit bon ou mauvais. Evite les endroits où l'on parle des livres. N'écoute personne. Si quelqu'un se penche sur ton épaule, bondis et frappe le au visage. Ne tiens pas de discours sur ton travail il n'y a rien à en dire. Ne te demande pas pourquoi tu écris mais pense que chacune de tes phrases pourrait être la dernière.Laisse le gratter à la porte, il va se fatiguer, ou veux tu que j'aille lui parler cinq minutes....?
> lire la suite
-
Par ChezLo, le 27/11/2010
Ça c'est un baiser de
Philippe Djian
Quand je voyais le mal qu'elle se donnait pour perdre un misérable kilo, je la plaignais de tout mon cœur. Vous l'auriez vue, en plein hiver, sortir d'un banc de brouillard glacé, le souffle court, le visage tordu par une grimace douloureuse, trempée de sueur jusqu'aux os après avoir sillonné le parc dans tous les sens, monté et descendu les marches de pierre qui menaient au bassin, zigzagué entre les arbres, sauté par-dessus les haies en serrant dans ses poings des poids de trois kilos, vous l'auriez vue tituber vers la balance, fermer les yeux puis les rouvrir et annoncer fièrement qu'elle était repassée sous la barre des quatre-vingt-dix, elle vous aurait épatée.
> lire la suite
-
Impardonnables de
Philippe Djian
Combien d’écrivains étaient retournés à leur roman plutôt que se lancer à la poursuite de leur femme ? Les meilleurs sans aucun doute. Les extralucides. Les grands maîtres.
-
Par ChezLo, le 27/11/2010
37,2° le matin de
Philippe Djian
[...] j'avais appris qu'on pouvait pas vivre sous un ciel sans nuages et je m'en contentais la plupart du temps. J'aurais échangé ma place pour rien au monde.
-
Par ChezLo, le 27/11/2010
37,2° le matin de
Philippe Djian
J'ai enfilé mes doigts de magicien pour la déshabiller, je me suis embarqué dans une partie de mikadp géant où chaque coup se jouait sur un souffle, j'en ai chié avec son pull, surtout pour lui passer la tête dans l'encolure, d'ailleurs elle a battu des cils à ce moment-là et j'ai senti la sueur perler à mon front, il s'en ai vraiment fallu d'un poil.