> Samuel N. Rosenberg (Éditeur scientifique)
> Hans Tischler (Éditeur scientifique)

ISBN : 2253066583
Éditeur : Le Livre de Poche (1995)


Note moyenne : 4.5/5 (sur 2 notes) Ajouter à mes livres

À l'aube de la poésie française, il y a, au XIIe et au XIIIe siècle, les trouvères et leurs chansons, courtoises ou d'allure populaire : chansons d'amour, chansons de femmes, chansons à danser, chansons de croisade, chansons religieuses. Chansons lointaines, d... > voir plus
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Citations et extraits

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  • Par Orphea, le 08 avril 2012

    Entre moi et mon amin,
    En un boix k'est leis Betune,
    Alainmes juwant mairdi
    Toute lai nuit a la lune,
    Tant k'il ajornait
    Et ke l'alowe chantait
    Ke dit : "Amins, alons an."
    Et il respont doucement :
    Il n'est mie jours,
    Saverouze au cors gent ;
    Si m'aït Amors,
    L'alowette nos mant.

    Adont se trait pres de mi,
    Et je ne fu pas anfruine ;
    Bien trois fois me baixait il,
    Ausi fix je lui plus d'une,
    K'ainz ne m'anoiait.
    Adonc vocexiens nou lai
    Ke celle neut durest sant,
    Mais ke plus n'alest dixant :
    Il n'est mie jours,
    Saverouze au cors gent ;
    Si m'aït Amors,
    L'alowette nos mant.



    (Mon ami et moi,
    en un bois près de Béthune,
    nous passâmes toute la nuit
    de mardi à jouer à la lune
    jusqu'à ce qu'il fit jour
    et chantât l'alouette
    qui dit : "Ami, allons-nous-en".
    Et il répond doucement :
    Ce n'est pas le jour,
    savoureuse au corps joli ;
    je le jure par Amour,
    l'alouette nous ment.
    Alors il s'approche de moi
    et je ne fus pas chiche ;
    Il m’embrassa plus de trois fois
    Et, de mon côté, je le fis plus d'une !
    Cela ne m'ennuya pas.
    Certes nous aurions bien voulu
    que cette nuit durât cent nuits
    et que lui n’eût plus à dire :
    Ce n'est pas le jour,
    savoureuse au corps joli ;
    je le jure par Amour,
    l'alouette nous ment.)
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  • Par Couperine, le 29 octobre 2010

    J'ai connu l'heure où par son service
    un homme aurait acquis un riche bénéfice.
    Maintenant le temps est venu
    où à plus servir on est moins récompensé.
    Les méchants et les fêlons en sont cause
    qui débordent d'une telle convoitise
    que pour rien au monde
    ils ne donneront ce qu'ils ont promis
    à ceux qui les ont bien servis.

    Les grands seigneurs fort habiles
    promettent merveilles à leurs serviteurs ;
    et ils leur disent avec perfidie:
    "Mon ami, vous êtes très obligeant ;
    servez-moi comme je le désire.
    Par saint Denis, je vous donnerai
    une demeure
    telle que, quand vous la tiendrez,
    vous serez riche et puissant."

    L'autre s'en réjouit dans l'espoir
    de voir tenir la promesse de son seigneur ;
    il ne croit pas qu'on lui fasse défaut,
    le laissant sans bien ni honneur.
    Mais quand il arrivera au bout du compte,
    alors, sans raisons valables,
    à cause des mensonges d'un accusateur,
    il perdra le fruit du service qu'avec peine
    il aura fourni depuis son enfance.

    Dieu ! que fera la haute justice,
    loyale et pleine de force,
    quand viendra le jour du Jugement
    où tous les méfaits seront payés ?
    C'est en enfer qu'ils seront accueillis,
    c'est là qu'ils tiendront leur demeure.
    La convoitise les aura trahis.
    Par leur folle et mauvaise action
    ils auront perdu la joie du ciel.
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  • Par Orphea, le 15 octobre 2011

    Por coi me bait mes maris?
    Laisette !

    Je ne li de rienz meffis,
    Ne riens ne li ai mesdit
    Fors c'acolleir mon amin
    Soulete.

    Por coi me bait mes maris ?
    Laisette !

    Et s'il ne mi lait dureir
    Ne bone vie meneir,
    Je lou ferai cous clameir
    A certes.

    Por coi me bait mes maris ?
    Laisette !

    Or sai bien que je ferai
    Et coment m'an vengerai :
    Avec mon amin geirai
    Nüete.

    Por coi me bait mes maris ?
    Laisette !



    ( Pourquoi mon mari me bat-il,
    pauvrette ?
    Je ne lui ai fait aucun mal,
    je ne lui ai rien dit de mal,
    je n'ai fait qu'enlacer mon ami,
    seulette.
    Pourquoi mon mari me bat-il,
    pauvrette ?
    S'il ne me laisse pas continuer
    ni mener joyeuse vie,
    je le ferai traiter de cocu
    notoire.
    Pourquoi mon mari me bat-il,
    pauvrette ?
    Oui, je sais bien ce que je vais faire
    et comment j'en tirerai vengeance :
    j'irai me coucher avec mon ami,
    toute nue.
    Pourquoi mon mari me bat-il,
    pauvrette ? )
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  • Par Orphea, le 15 mai 2011

    Chanson d'amour attribuée à Thibaut de Champagne

    De fine amor vient seance et bonté,
    Et amors vient de ces deus autressi.
    Tuit troi sont un, qui bien i a pensé ;
    Ja ne seront a nul jor departi.
    Par un conseil ont ensemble establi
    Lor correors, qui sont avant alé.
    De moi ont fet tout lor chemin ferré ;
    Tant l'on usé, ja n'en seront parti.

    Li correor sunt de nuit en clarté
    Et de jor sont por la gent obscurci :
    Li douz regart plaisant et savoré,
    La grant biauté et li bien que g'i vi.
    N'est merveille se ce m'a esbahi :
    De li a Deus le siecle enluminé,
    Car qui avroit le plus biau jor d'esté,
    Les li seroit obscurs de plain midi.

    En amor a paor et hardement ;
    Cil dui sont troi et dou tierz sont li dui,
    Et grant valor est a aus apendant,
    Ou tuit li bien ont retrait et refui.
    Por c'est amors li hospitaus d'autrui
    Que nus n'i faut selonc son avenant.
    J'i ai failli, dame qui valez tant,
    A vostre ostel, si ne sai ou je sui.

    Or n'i voi plus mes qu'a lui me conmant,
    Que toz pensers ai laissiez por cestui :
    Ma bele joie ou ma mort i atent,
    Ne sai le quel, des que devant li fui.
    Ne me firent lors si oeil point d'anui,
    Ainz me vindrent ferir si doucement
    Dedens le cuer d'un amoreus talent
    Qu'encor i est le cous que j'en reçui.

    Li cous fu granz, il ne fet qu'enpirier ;
    Ne mus mires ne m'en porroit saner
    Se cele non qui le dart fist lancier,
    Se de sa main i voloit adeser.
    Bien en porroit le cop mortel oster
    A tout le fust, dont j'ai tel desirrier ;
    Mes la pointe du fer n'en puet sachier,
    Qu'ele brisa dedenz au cop douner.

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  • Par Orphea, le 15 octobre 2011

    Deduxans suis et joliette, s'amerai.

    Ier matin me levai droit au point dou jour,
    On vergier mon peire antrai ki iert plains de flours ;
    Mon amin plus de cent fois i souhaidai.

    Deduxans suis et joliette, s'amerai.

    J'amerai mon amin, ke proiét m'an ait ;
    Il est biaus et cortois, bien deservit l'ait ;
    Mon fin cuer mal greit peire et meire li donrai.

    Deduxans suis et joliette,s'amerai.

    Chanson, je t'anvoi a toz fins loialz amans,
    Qu'il se gaircent bien des felz mavais mesdisans,
    Car j'ain tant bien sai ke covrir ne m'an porai.

    Deduxans suis et joliette, s'amerai.



    ( Je suis charmante et mignonnette, donc j'aimerai.
    Hier matin, je me suis levée au point du jour,
    je suis entrée dans le verger tout fleuri de mon père,
    plus de cent fois j'ai souhaité y voir mon ami.
    Je suis charmante et mignonnette, donc j'aimerai.
    J'aimerai mon ami qui m'en a priée ;
    il est beau, il est courtois, il l'a bien mérité.
    Je lui donnerai mon tendre cœur malgré père et mère.
    Je suis charmant et mignonnette, donc j'aimerai.
    Ma chanson, je t'envoie à tous les amants parfaits et loyaux
    qu'ils se gardent bien des hypocrites, mauvais et médisants ;
    pour moi, si fort est mon amour, je sais que je ne pourrai le cacher !
    Je suis charmante et mignonnette, donc j'aimerai. )
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