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En ce tournant du XVIIe siècle, Anna Thalberg, une étrangère rousse de vingt-deux ans dont l'éclat attire un peu trop le regard des hommes pour ne pas contrarier leurs épouses, mène avec son mari Klaus l'existence paisible des paysans de Bavière, lorsque, fort opportunément dénoncée pour diverses diableries par sa voisine – depuis son arrivée au village, des nourrissons sont morts, la sécheresse sévit, on l'a même vue chevaucher une chèvre dans les airs –, elle est arrêtée et transférée dans les geôles de Wurtzbourg en attendant son procès pour sorcellerie.


Malheureusement pour elle, son sort dépend du prince-évêque catholique de Mespelbrunn, contre-réformateur bien décidé à débarrasser la région des hérétiques idées luthériennes, fût-ce par le biais de la persécution et au moyen d'une chasse aux sorcières qui, dans tout l'évêché de Wurtzbourg, va causer la mort de neuf cents personnes. Désormais entre les mains d'un examinateur déterminé à la voir finir sur le bûcher pour le bien-être de la ville et du diocèse, Anna ne comprend pas encore qu'elle a beau être innocente et ne pas cesser de le clamer malgré l'atrocité des tortures qu'on lui inflige, il n'existe plus pour elle que deux alternatives : être brûlée vive ou déjà morte, selon qu'elle persiste à nier ou qu'elle se résolve à des aveux.


Relaté avec force détails éprouvants, le supplice d'Anna, en l'occurrence fille de charpentier, n'est pas sans évoquer la passion du Christ : lui, convaincu jusqu'au bout que Dieu ne l'abandonnera pas ; elle, longtemps confiante en la force de son innocence et de la vérité. Si la jalousie et la peur ont motivé la calomnie et la délation à l'encontre de la jeune femme, sa condamnation est le fruit de convictions fanatiques, qui, au nom de la religion et du Bien, mènent au pire des hommes follement persuadés de détenir la vérité. A ce radicalisme aveugle répond l'inflexible résistance d'Anna, qui ne sauvera certes pas sa vie, mais saura, en un très ironique dénouement, prendre le Mal à son propre piège. A user de la violence et de l'arbitraire, ne s'expose-t-on pas toujours à un retour de feu ?


Animé par le ressac de longues phrases sans fin, où les paragraphes s'enchaînent comme autant de vagues signalées chacune par un retrait, le texte s'épand comme un irrépressible raz-de-marée, emportant personnages et lecteur au bout d'une folie absurde et destructrice touchant à l'insupportable. Cette cohérence parfaitement étudiée entre la forme et le fond parachève la puissance de cette dénonciation des fanatismes, extrémismes et radicalismes de tout poil, en particulier religieux et politiques, pour en faire simultanément une oeuvre littéraire dont il n'est pas étonnant qu'elle ait valu à son auteur le prestigieux prix Mauricio Achar.

Lien : https://leslecturesdecanneti..
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"Pour les religions monothéistes (principalement le judaïsme, le christianisme et l'islam), la sorcellerie fut souvent condamnée et considérée comme une hérésie. La notion de sorcellerie prit une certaine importance pour les chrétiens à partir des xive – xve siècles, l'apogée des chasses aux sorcières ayant eu lieu au xviie siècle. À cette époque la sorcellerie a progressivement été assimilée à une forme de culte du Diable. Des accusations de sorcellerie ont alors été fréquemment combinées à d'autres charges d'hérésie contre des groupes tels que les Cathares et les Vaudois. Certains groupes anciens ou modernes se sont parfois plus ou moins ouvertement réclamés d'un culte « sataniste » dédié au mal."

À partir de ces informations glanées sur Wikipédia, il est facile de faire des associations historiques, littéraires, "culturelles" ; Jeanne d'Arc est sans aucun doute la plus "célèbre" des sorcières françaises, celles de Salem d'outre-Atlantique, ceci dit sans faire offense à Samantha Stephens, Hermione Granger, aux soeurs Sanderson, à Sabrina Spellman, ou bien encore à l'inquiétante Maléfique...

Ceci pour tendre à montrer qu'il reste de cette notion de sorcellerie et de sorcier des résidus culturels et j'irais même jusqu'à supposer... cultuels, rituels, spirituels, voire une ou des empreintes psychogénétiques...

C'est dire si cette histoire de sorcellerie nous a durablement marqués.
C'était originellement fait pour cela.

L'Inquisition, qui veut dire enquête, est une enfant légitime de l'Église, qu'elle fait naître au XIIIe siècle.
Afin de se défaire de ses brebis galeuses, elle soumet, la plupart du temps, la (le) soupçonnée d'hérésie, de sorcellerie, à la question.
Ce n'est pas dans ce roman, dont je vais finir enfin par vous parler, que j'ai lu les scènes les plus crues sur ces horreurs mais dans celui de Jean Teulé - Je, François Villon -... ; Teulé n'avait pas son pareil pour nous montrer, presque nous faire toucher, sentir la "charogne" qu'un bourreau, un écorcheur déchiquetait, laissait macérer avant de la réduire en cendres sur le bûcher des innocents.

Quelque part entre le XVIe et le début du XVIIe siècle, dans la petite bourgade "allemande" d'Eisingen, non loin de Wurzbourg, une jeune et belle paysanne, Anna Thalberg, est brutalement arrêtée, enlevée dans sa chaumière par des hommes de main mandatés par l'Église.
On l'encagoule d'une capuche "qui sent la transpiration et la salive rances", on la jette ventre contre terre dans une charrette ; un des hommes l'écrasant de son pied pour lui interdire tout mouvement.
Anna est belle, elle a une chevelure rousse, sa peau est tachée de son, elle a des yeux de miel, des yeux comme un loup.
Son pêché ou sa faute ?
Sa beauté qui a fait naître la jalousie dans la tête et dans le coeur de certaines femmes, dont Gerda sa délatrice.
Et c'est une "étrangère" ; elle n'est pas d'ici, elle n'est dans le village que depuis deux ans.
" La rousse, l'étrangère aux yeux de miel comme ceux d'un loup, à la peau saupoudrée de taches de rousseur comme un serpent venimeux."
Les hommes l'emmènent à Wurzbourg où elle va être jetée dans l'un des cachots noirs de la tour aux sorcières... avant d'être soumise à la question par un bourreau.
Elle est donc accusée de sorcellerie.
Ses chances de survie sont nulles.
Dans le "meilleur" des cas, elle avoue et ses bourreaux auront l'indulgence de l'étrangler avant de la brûler.
Soit elle n'avoue pas et ce seront les flammes sans "rien".
Pendant trois longues semaines Anna va faire face à la question avec un courage surhumain, puisant en elle des ressources qui vont ébranler certains de ses tortionnaires.
Jamais elle ne baissera les yeux devant Melchior Vogel, le grand inquisiteur, l'incarnation du mal.
Durant ces trois semaines de Calvaire, Klaus son pauvre mari la cherchera et tentera auprès de Friedrich, le curé dans le doute de leur village, de tout faire pour la sauver.
Pendant ce temps, Anna aura de longs entretiens avec Hahn, le confesseur inquisiteur.
Pendant ce temps, alors que les ecclésiastiques s'évertueront à donner l'apparence de la vérité à leurs délires, la "sorcière" se servira de la seule baguette magique en son pouvoir : son intelligence...

Il y a plusieurs lectures de ce court et brillant roman.
- Une lecture littérale, j'entends par là une histoire de sorcellerie basée sur des faits réels.
- Une lecture historique, laquelle histoire est bien retranscrite par l'auteur ; la période faisant référence au prince-évêque Jules Echter von Mespelbrunn entre 1573 et 1617 est celle dont il est question dans cet ouvrage, et il est par conséquent assez logique de lire qu'"On estime que dans l'évêché de Wurtzbourg, 900 personnes ont été brûlées, dont 200 dans la ville."
- Une lecture politique. Par là je veux signifier que les sorcières, l'Inquisition et l'hérésie ont été un "excellent moyen" trouvé et prétexté par les puissants pour asseoir et sauvegarder leur pouvoir.
- Enfin, une lecture que je qualifierai de "philosophique" ; le sujet de la réflexion portant sur les excès imputables aux fanatiques de la "vérité", du "savoir", de la croyance, comme le montre si bien ce petit roman.

Impossible de terminer sans dire quelques mots de la belle plume ciselée d'Eduardo Sangarcia, de ses trouvailles formelles matérialisées par des phrases décalées, des chapitres dans lesquels les dialogues et les pensées des personnages se font sur deux niveaux, et où le texte, dans son intégralité, n'a pour ponctuation que quelques virgules.
Tout ça fait de la très bonne littérature et un très bon premier roman.

Lu dans le cadre d'une Masse Critique.





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Il est de ces livres dont la forme prend une place prépondérante, à elle-seule une histoire dans l'histoire. Anna Thalberg en fait partie.

Il est de ces textes qui perturbent autant par le contenu que par le contenant ; voyage dans le passé marquant et virée étrange à travers les mots. Et leur mise en forme, leur mise en page.

150 pages, ça peut paraître peu, et pourtant sa densité et son ampleur coupent si souvent le souffle qu'il faut prendre le temps pour accepter / déguster / supporter / s'imprégner de ce livre hors norme. A tous les niveaux.

Vous n'avez jamais lu un livre comme Anna Thalberg, je peux vous l'assurer.

Premier chapitre, première expérience. A s'acclimater, à apprivoiser, à assimiler. Temps d'adaptation nécessaire pour comprendre la mécanique narrative pour le moins singulière.

Un chapitre, 10 ou 15 pages, comme une seule phrases mais en fait des sauts de paragraphes qui sont autant de changements de points de vue, des retraits supplémentaires pour les quelques phrases parlées (pas de dialogues au sens habituel du terme, rien n'est ordinaire dans ce livre). Et ce n'est pas la seule surprise stylistique.

Le principe pourrait paraître fumeux, il ne l'est pas. Périlleux, sans aucun doute, avec un auteur constamment sur le fil. Cette polyphonie permet de faire passer nombre de ressentis intimement entremêlés.

Il convient de saluer le travail de traduction de Marianne Millon, qui a dû faire preuve d'autant d'accommodation que de créativité pour transposer ce texte.

Et l'histoire dans tout ça ? Et les personnages ? Aussi puissants que leur enrobage, même si parfois celui-ci prend le pas sur les émotions.

Eduardo Sangarcía nous conte l'histoire d'Anna Thalberg, une femme de « rien », qui ne possède que son humble chaumière avec son mari. Et sa chevelure rousse. Une « étrangère », pas née dans ce village. Sa malédiction.

Dans l'Allemagne des XVIe et XVIIe siècles, la chasse aux sorcières battait son plein. Les croyances, les jalousies et les quêtes de pouvoir rendaient les hommes et les femmes fous, au point de dénoncer son prochain et l'envoyer à la torture. L'inquisition faisait le reste, à coups de supplices tous plus inventifs qu'horribles.

Des sommets d'abomination qu'Eduardo Sangarcía décrit sans complaisance mais sans rien cacher pour autant. Éprouvant au possible, mais important pour comprendre l'époque. Et qui est Anna Thalberg.

Ce bout de femme va se révéler d'une force mentale et d'une droiture insoupçonnées, rendant l'image de ce personnage immortelle dans l'imaginaire du lecteur, à défaut que sa chair ne le soit.

Cette lecture donne littéralement le vertige, par sa construction, par sa violence, par sa puissance d'évocation. Où on est tour à tour happé par le style ou par les actes. Où l'on passe d'un enrichissement intellectuel à des ressentis quasi sensoriels. Cerveau et coeur mis à l'épreuve.

Le court roman d'Eduardo Sangarcía ne laissera personne de marbre et se révèle une lecture aussi expérimentale que chargée en émotions diverses. Anna Thalberg, le livre comme le personnage, marquent. Si vous cherchez à sortir de votre zone de confort, voilà un texte tout indiqué.
Lien : https://gruznamur.com/2023/0..
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Alors qu'elle attend Klaus dans leur modeste chaumière, que le repas cuit dans l'âtre, Anna est enlevée de force par des brutes. Ils l'emmènent et l'enferment dans la tour des sorcières, à Wurtzbourg. Gerda, une voisine jalouse, éprise de vengeance, l'accuse de vénérer Satan. Elle l'aurait même vu volant sur une chèvre au-dessus des toits. Anna crie son innocence, fait face aux tortures, soutient le regard de l'examinateur Vogel… Mais les croyances sont tenaces, et les femmes bien peu de choses au coeur de ce 16eme siècle tourmenté…

Anna Thalberg est un roman aussi poignant que révoltant. C'est avec un style très particulier, totalement envoûtant, que l'auteur nous précipite dans une petite ville allemande, aux côtés de villageois simplement monstrueux.

Eisingen aurait pu être une bourgade apaisée, au quotidien certes difficile mais sans coups d'éclat. Anna n'en est pas originaire, elle a épousé Klaus et l'a suivi. Elle a toujours senti des réticences à son égard mais elle n'y a jamais prêté attention. Peut-être aurait-elle dû se méfier…

L'écriture d'Eduardo Sangarcia est sublime. Elle alterne les personnages, leurs pensées les plus vils et leurs grandeurs d'âmes. Elle nous plonge dans l'humidité d'une cellule et dans l'intolérable d'une salle de tortures. Elle n'épargne pas le sourire mauvais et la joie de la vengeance.

Anna Thalberg est une femme qu'on a cloué au piloris, qu'on a brûlé sur un bûcher, dont on a étouffé les cris. Parce qu'elle était différente, une rousse aux yeux de miel, on a cherché à l'effacer pour ne plus la craindre… Là, un vertige nous prend… La peur de l'autre, de l'inconnu, ça nous parle, malheureusement… Et si les tortures et autres accusations ont changé, l'anéantissement, la disparition, l'élimination semblent toujours être la triste solution…
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Voilà un roman pas comme les autres, déstabilisant, notamment dû au fait de l'absence de majuscules en début de phrase, de points finaux, de l'avarice de virgules et de tirets cadratins ou de guillemets pour signaler les dialogues.

Un alinéa pour signaler le début d'un nouveau paragraphe et un double alinéa pour les dialogues, c'est tout. Perturbant pour moi, mais je m'y suis vite habituée.

Comme je l'ai souvent dit, la taille d'un livre n'est pas importante (pour le reste, je vous laisse seul.e juge).

La preuve une fois de plus : 159 pages d'une noirceur absolue, faite de fausses accusations de sorcellerie et de tortures, de fausse justice, de médisance, de peurs, de superstitions, de pouvoir et de religion toute-puissante.

Dans l'Allemagne du XVIe siècle, une personne comme Anna Thalberg dérangeait : elle était jolie, avait les cheveux roux, les yeux couleur de miel et pire encore, elle venait d'ailleurs ! Oh, pas du bout du monde, même pas d'un autre pays, juste d'un village plus loin… Mais je n'ai pas besoin de vous faire de dessin sur la noirceur humaine et ce que certains sont prêts à faire pour se débarrasser d'une personne qui les dérange.

L'accusation de sorcellerie est LE truc génial que l'on a inventé pour éliminer celles ou ceux qui gênent. Impossible de prouver que vous n'en êtes pas une et sous la torture, tout le monde avouerait n'importe quoi.

Kafkaïen sera son procès : elle est coupable, point à la ligne. Si elle avoue, elle renforce l'accusation et si elle n'avoue pas sous la torture, alors c'est qu'elle est aidée par le Malin, le Diable, l'antéchrist… Bref, entre la peste et le choléra, le choix est maigre.

Et puis, il ne pleut plus depuis longtemps, c'est la faute d'Anna et sa mort servira de sacrifice et il pleuvra, sans aucun doute… Son avenir est déjà tout tracé. La justice ? "Mes couilles, ti", comme le dirait si bien Fabrizio le carolo (les Belges comprendront).

La force de ce roman, c'est la confrontation entre Anna et Melchior Vogel, le grand inquisiteur, le salopard qui l'a condamnée à la torture. Jamais elle ne baissera les yeux. L'autre point fort, ce seront les longs entretiens entre Anna et Hahn, le confesseur inquisiteur. Anna est une femme forte, droite dans ses bottes et elle ne lâchera rien.

Tous les genres se mélangent, dans ce court roman, intense : la politique, la religion, l'histoire et la philosophie. Il est difficile de ne prendre ce roman qu'au sens littéral, tant il a des niveaux de lecture qui s'entremêlent, harmonieusement, puisque tout est lié.

Le côté historique est bien rendu, sans devenir indigeste, et le côté politique entre en ligne de compte parce qu'avec ces procès en sorcellerie, les puissants gardent le pouvoir et tiennent tout le monde sous leur coupe. Idem pour le côté religieux, avec l'opium du peuple, on les fait marcher droit, on leur fait peur.

La philosophie intervient dans les questionnements : qu'est-ce qu'il y a après la mort ? Ainsi que dans le fait que certains croient mordicus être les détenteurs de la vérité sur Dieu, qu'il leur parle à eux, qu'ils sont élus et que c'est à eux que revient l'indicible honneur de faire marcher tout le monde droit.

Le final est superbe, prouvant que la vie ne manque jamais d'ironie, ni d'humour noir et que la roue tourne…

Un roman étrange, dérangeant, court, qui m'a sorti de ma zone de confort.

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C'est une histoire, une vie parmi des milliers d'autres. L'histoire de la folie des hommes, de l'injustice, de la haine et de la stigmatisation. Une histoire de jalousie, de volonté de soumettre, de pouvoir absolu du fort sur celui ou celle qui ne peut se défendre. Un pouvoir au nom duquel on décrète, on torture, on condamne et on exécute ; un pouvoir que l'on qualifie de divin pour mieux justifier violence et sadisme, camoufler sa lâcheté. C'est une histoire universelle.
L'histoire d'Anna Thalberg se déploie ici avec une force sidérante, par une mise en scène bluffante, terrifiante. Au 16ème siècle, en Allemagne, la jeune femme est brutalement enlevée par des hommes qui font irruption dans sa modeste masure et la jettent dans une cellule de la prison de Wurtzburg. Accusée de sorcellerie, elle est promise à la torture puis au bûcher tandis que dehors, son mari cherche en vain de l'aide. Les voisins se détournent - certains sont à l'origine des plaintes contre Anna, l'étrangère à la chevelure rousse et aux yeux d'ambre qui serait responsable de tous les maux - et seul le père Friedrich dont la foi vient récemment d'être mise à mal entreprend de se battre pour tenter de démontrer l'innocence d'Anna. Courageusement, celle-ci fait face à ses bourreaux, bravant la toute-puissance d'un pouvoir qui utilise la terreur pour durer.
L'auteur orchestre ici un face à face terrible servi par un superbe travail sur la forme qui permet de passer d'un esprit à l'autre à l'intérieur de cette cellule où se déploie une scène mille fois jouée. A travers l'histoire d'Anna inspirée de véritables faits historiques, il nous offre un condensé de l'histoire du mal, un questionnement sur l'empire du religieux instrumentalisé par la soif de puissance. Il trouve surtout un extraordinaire écho par-delà les époques où résonnent la peur de l'autre et la stigmatisation qui conduisent aux plus abominables crimes. Cette sensation d'effroi perdure longtemps après la lecture, parce que chacun sait bien que dans le fond la chasse aux sorcières n'a jamais disparu.
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XVIème siècle, Anna Thalberg, jeune femme vivant chichement avec son mari dans un petit village fut dénoncée par une voisine et conduite à Wurtzbourg, ville de Bavière où elle subira la question avant d 'être brûlée vive sous couvert d'accusation de sorcellerie.
Son cas se démarque par sa résistance face au bourreau mais surtout face à l'examinateur qui par idéologie sait qu'il sacrifie une innocente.
De nombreuses autres personnes accusées des mêmes faits endureront le même destin.
À noter, la pauvreté er l'aberration des motifs retenus pour condamner des Hommes de sorcellerie et la perversité des tortures physiques et psychiques employés.

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Nous sommes en Allemagne entre les XVIe et XVIIe siècles. Nous faisons la connaissance d'Anna Thalberg, une jeune femme accusée de sorcellerie. Anna est innocente mais à l'époque des procès pour sorcellerie, il était quasiment impossible d'arrêter la machine judico-religieuse, une fois lancée.

La jeune Anna est si attachante, si digne, qu'elle nous insuffle le courage de l'accompagner dans son cachot. Nous la découvrons aux mains de fanatiques cruels et sadiques et suivons son "procès". Une mise en page originale vient en appui au texte. On y trouve, par exemple, des dialogues présentés "face à face".

Ce n'est pas une lecture de tout repos comme vous l'imaginez. Si ce livre ne m'avait pas été conseillé, je n'aurais sans doute pas osé m'y plonger, le thème m'aurait fait trop peur. Je serais passée à côté d'un très beau premier roman qui a obtenu le prestigieux prix Mauricio-Achar.
Lien : http://sylire.over-blog.com/..
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Le procès en sorcellerie de Wurtzbourg en Allemagne à la fin du XVIème et au début du XVIIème siècles, j'avoue que je n'en avais jamais entendu parler. Près de 900 personnes ont péri a^près avoir avoué leurs fautes sous la torture, qu'elles soient coupables ou non de sorcellerie.

Anna est jeune et belle, elle vient d'épouser Klaus mais elle n'est pas originaire du village. Alors lorsqu'on veut tuer son chien, on l'accuse de la rage, et la rumeur fera le reste.
La sècheresse qui sévit depuis deux ans ? C'est depuis qu'Anna est arrivée ; les hommes qui perdent la tête en plongeant dans son regard de braise, c'est aussi de sa faute. D'autres prétendent qu'ils l'ont vue chevaucher des chèvres au dessus des toits. Bref, qu'elle pactise avec le diable.

Kidnappée, mise au cachot, soumise à la question de l'examinateur, autant dire le grand inquisiteur, puis aux instruments de torture, elle va toujours nier. Cette obstination avec laquelle elle se défend t émoigne d'une résistance surhumaine, autant dire diabolique, c'est bien la preuve qu'elle est possédée. On sait d'emblée qu'Anna est condamnée et que les démarches de Klaus et du prêtre pour la sauver sont vaines face au pouvoir de l'inquisition.

Le style d'écriture est pour le moins déroutant : le point n'étant utilisé qu'en fin de chapitre. de même pour la mise en page avec trois niveaux de marge. Cela m'a vraiment dérangé dans la lecture, n'en comprenant pas le sens. Je dois être trop conventionnel, c'est comme face à certains tableaux d'art moderne, je reste coi. Il faut que je me soigne.

Une sorte d'OVNI littéraire pour moi.

Challenge Multi-Défis 2023.
Challenge Riquiqui 2023.
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La sorcière serait-elle devenue figure littéraire en vogue ?
En tous cas, après avoir découvert la sorcière de Limbricht, voici la sorcière de Wurzburg, une belle jeune femme rousse nommée Anna Thalberg.
En faisant le portrait d'Anna, Sangarcia revisite un pan tragique de l'histoire germanique : les procès des sorcières de Würzburg, au cours desquels Julius Echter von Mespelbrunn, le prince évêque de la ville aurait, avec l'aide de son neveu, condamné au bûcher près de 900 personnes sur une période de 60 ans. L'auteur crée le personnage d'Anna et fait d'elle l'une des premières victimes de ces princes évêques des régions qui avaient tous pouvoirs et obéissaient à la fascination des bûchers.

Anna est une paysanne de 22 ans, venue d'un autre village pour épouser Klaus et elle est "rousse, l'étrangère aux yeux de miel comme ceux d'un loup, à la peau saupoudrée de rousseur comme un serpent venimeux." C'est d'abord par jalousie que sa voisine Gerda la dénonce pour sorcellerie parce qu'elle a vu "son mari appuyé contre la barrière, contemplant cette intruse avec des yeux brillants qu'il n'avait jamais eus pour elle". Et puis dans la confusion entre pensée magique et religion, Anna devient le bouc émissaire du village : responsable de la sécheresse, d'une vache qui ne donne plus de lait, d'un bébé malade... On accuse toujours l'étranger, le différent lorsque les choses vont mal et cette pratique continue de provoquer des tragédies.

Cette hystérie collective qui permet aux hommes de pouvoir de monter les pauvres contre les pauvres, va mener une innocente de plus vers la chambre des tortures. C'est ainsi, avec le soutien de l'Église, que les seigneurs asseyaient leur domination.
" la douleur et la peur de la douleur étaient les instruments qui avaient serré la vis aux paysans pour qu'ils ne recommencent pas à se rebeller contre l'évêché et pour nettoyer la région de toutes sortes d'indésirables
le mendiant qui s'alimentait de la sueur d'autrui
le vagabond, qui n'a pas de racines et ne donne donc jamais de fruits
le honteux, qui vit le visage tourné vers le passé
et la femme, surtout la femme, qui est ennemie, peine, mal, tentation, calamité et danger
un palais construit sur un bourbier ".

Sur cette inversion des rôles, il suffit de cette description de Melchior Vogel pour comprendre que l''Inquisiteur est celui qui est possédé par le Mal." Il lança les cheveux dans un coin, remonta sa tunique et piétina la femme sur le ventre jusqu'à lui faire vomir la soupe qu'elle venait de manger, puis il posa une botte sur son visage, lui écrasant la pommette droite tout en exhortant le bourreau à être implacable, car les concubines de Satan ne méritent aucune pitié, juste de souffrir la plus grande douleur et connaître une mort affreuse "
Ainsi se décline, au rythme des tortures les plus atroces, la condamnation du fanatisme.

Mais on aurait dit peu de choses de ce roman si on ne parlait pas de l'écriture si singulière.
Pas de points avant la fin du chapitre ni de majuscules, une typographie bien particulière avec des dialogues sur deux colonnes : la forme originale de ce récit au rythme épique pourrait évoquer l'exercice de style un peu prétentieux. Mais il n'en est rien !. On sent du souffle, de l'énergie et une intensité qui n'a rien d'artificiel mais sert parfaitement le tragique de cette histoire.
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