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Fais-moi peur ! 

Interview : Antoine Maillard à propos de L'Entaille

 

Article publié le 19/05/2021 par Anaelle Alvarez Novoa

 

Dans sa première bande dessinée, L'Entaille, publiée aux éditions Cornélius, l’illustrateur Antoine Maillard nous fait voyager dans une paisible station balnéaire californienne. Au fil des pages, le lecteur fait la rencontre d’adolescents en proie aux doutes et aux joies qui font leur âge. Mais la tranquillité de la petite bande est vite chamboulée par une découverte macabre. Deux jeunes filles ont été assassinées à coups de batte de baseball par un mystérieux rôdeur. L’Entaille emprunte alors la voie d’un teen-movie haletant servi par le délicat dessin au crayon de papier de l’illustrateur. 


Entre onirisme et digne héritage du slasher, nous avons voulu en apprendre plus sur cette BD auprès d’Antoine Maillard. Nous en avons aussi profité pour lui poser quelques questions sur ses influences et ses lectures.

 

 




Vous avez mis près de 10 ans à finaliser cette première bande dessinée, qu’est-ce qui vous a pris le plus de temps ?

 

Le projet s'est effectivement étalé sur une période de 10 ans mais j'ai rarement travaillé à temps-plein dessus. Mes années d'études et mon travail d'illustrateur ont entrecoupé le projet. On serait plus autour de 7 ans de travail mis bout à bout. Le plus long a été le dessin des pages finales. C'est un temps incompressible. Le crayon de papier et le rendu que je souhaitais avec demandent tout un processus très chronophage. Il y a le travail des gris et des textures puis également le travail de reprographie et de numérisation qui est plus complexe que pour un travail à la ligne claire par exemple.


Au niveau de l'écriture, le plus long a été le travail d'épure et de coupe. J'ai eu ce luxe d'avoir beaucoup de temps pour affiner mon découpage, enlever l'inutile, améliorer le rythme et la cohérence entre les scènes. Pour le coup, c'est un temps que l'on peut raccourcir au besoin mais je pense que pour cette étape, le plus long est le mieux, on prend ainsi un meilleur recul sur son récit.

 

 

 

 

On peut voir dans L’Entaille un véritable hommage au cinéma de genre américain. Pourquoi cette volonté d’adapter les codes du slasher et du teen-movie à la bande dessinée ? Quelles ont été vos inspirations ? 

Dans le cinéma de genre américain pour adolescents que je regardais plus jeune, j'ai toujours été fasciné par ces moments suspendus dans les 20 premières minutes. La menace n'est pas vraiment encore là et le film nous montre avec minutie le quotidien des protagonistes pour que l'on s'attache à eux, que l'on ait peur pour eux par la suite. C'est le personnage de Jamie Lee Curtis dans Halloween qui regarde avec ennui par la fenêtre de la salle de classe du lycée ; c'est la bande de filles de Boulevard de la Mort qui font la tournée des bars ; les habitants de Twin Peaks qui vaquent à leurs occupations quotidiennes, aussi bizarres soient-elles... Durant mon adolescence, où Internet arrivait à peine dans nos vies, l'imaginaire de fiction venait un peu habiller l'ennui du quotidien. Moi et mes amis, on fantasmait beaucoup nos vies à travers ce prisme de la fiction américaine et cette adolescence désœuvrée mais en même temps magnifiée que nous montrait la télévision et les VHS. C'est ce sentiment aussi que j'ai voulu explorer dans ma bande dessinée, le mélange des situations de vie très concrètes avec les fantasmes et l'imaginaire propres à l'adolescence. Le côté horrifique est presque un vernis du coup, un élément de décor. Je ne cherche pas vraiment à créer de l'angoisse comme dans les films dont je m'inspire.

 

 

 

 

Vos héros sont des adolescents qui doivent affronter, chacun à leur manière, la violence du passage à l’âge adulte. Qu’est-ce qui vous intéresse particulièrement dans l’adolescence ? 

Oui c'est un moment de tension évident, l'adolescence est une transition où se mélangent plein de choses contradictoires comme la mélancolie de l'enfance face à la violence du monde des adultes. Je voulais parler plus particulièrement de ce moment où en quittant l'enfance, nos actes prennent une portée morale plus complexe, ce moment de remise en question de l'idée du bien et du mal. On commence sans le savoir à se définir en tant qu'adulte. C'est la fin d'une dichotomie insouciante avec les bons d'un côté et les méchants de l'autre, c'est l'arrivée de rapports sociaux plus incertains, plus ambigus, et beaucoup plus durs à comprendre. Et cette fin de l'innocence, c'est la vraie angoisse de cet âge je pense. Cela fait de l'adolescence cet âge maladroit presque grotesque mais aussi très dramatique. J'aime beaucoup d'ailleurs les films de Greg Araki qui ont exploré cette ambivalence comme White Birds ou Mysterious Skin.

 

 



Vous avez fait le choix du noir et blanc. Pour quelles raisons ? Quelles techniques avez-vous utilisées ? 

J'ai commencé à dessiner au crayon de papier au départ simplement parce que c'était l'outil avec lequel je me sentais le plus à l'aise. En faisant des pages, j'ai commencé à découvrir certains effets que l'outil me permettait. J'ai comme ça injecté petit à petit dans mon dessin des éléments cinématographiques ou picturaux que j'appréciais. Le travail de l'éclairage par exemple, des textures, des flous qui peuvent imiter une profondeur de champ et donner un côté velouté à l'image. La photographie des films noirs et de genre des années 1950-60 m'a beaucoup inspiré. La lumière permet de créer un langage qui vient appuyer le récit en créant une ambiance particulière et habitée. C'est important pour moi que les lectrices et lecteurs puissent se perdent dans la contemplation des cases autant que dans la lecture du récit.

L’Entaille doit paraître aux Etats-Unis chez Fantagraphics sous le titre Slash them all. Avez-vous participé au projet de traduction ? Cela a-t-il impacté vos dessins ou les mises en page de vos planches ? 

C'est en cours oui pour 2022, une version (mal) traduite existe déjà pour le début du livre en version fanzine.

 
Il n'y a eu aucun impact sur le devenir du livre tel qu'il est avec la parution américaine. C'est surtout un concours de circonstances très favorables qui a permis cela. Fantagraphics a découvert le projet quand je faisais une résidence d'écriture à San Francisco en 2018. C'est Juliette Donadieu et son équipe qui gèrent le programme et qui ont envoyé des planches à l'éditeur, je n'aurais jamais sauté le pas moi-même je pense. Le vrai impact a été sur ma propre confiance d'auteur, le fait qu'une maison d'édition aussi renommée s'intéresse à mon travail m'a rassuré pour finir le projet et le démarcher en France.


Il s’agit de votre première bande dessinée. Avez-vous déjà d’autres projets éditoriaux en tête ? 

Oui mais c'est trop tôt pour en parler. J'aime prendre mon temps. J'ai la chance de pouvoir faire de la bande dessinée à côté de mon activité d'illustrateur. Cela me permet d'avoir moins de pression pour enchaîner les livres. Pour le moment c'est un rythme qui me plaît.

 

 


Antoine Maillard à propos de ses lectures


Quel est le livre ou la bande dessinée qui vous a donné envie d’écrire ?

 

Là où vont nos pères de Shaun Tan.


Quel est le livre ou la bande dessinée que vous auriez rêvé d'écrire ?

 

Ghost World de Daniel Clowes

 


Quelle est votre première grande découverte littéraire ou graphique ?

 

Chris Ware.

 


Quel est le livre ou la bande dessinée que vous avez relu le plus souvent ?

 

David  Boring de Daniel Clowes.

 


Quel est le livre ou la bande dessinée que vous avez honte de ne pas avoir lu ?

 

Phoenix d'Osamu Tezuka.

 


Quelle est la perle méconnue que vous souhaiteriez faire découvrir à nos lecteurs ?

 

Wolven de Ward Zwart et Enzo Smits.

 


Quel est le classique de la littérature ou de la bande dessinée dont vous trouvez la réputation surfaite ?

 

Harry Potter.

 


Avez-vous une citation fétiche issue de la littérature, ou une planche favorite issue d’une bande dessinée ? 

 

« Les bon écrivains touchent souvent la vie du doigt. Les médiocres ne font que l'effleurer de la main au passage. Les mauvais la violent et l'abandonnent en pâture aux mouches. » Ray BradburyFahrenheit 451.

 


Et en ce moment, que lisez-vous ?

 

Un beau voyage de Delphine Panique.

 

 

 

Découvrez L'Entaille de Antoine Maillard aux éditions Cornélius.
 

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