Un artiste ne détourne jamais son regard. Il observe tout, le plus horrible comme le plus beau, sans jamais tourner la tête.
Le Japonais considère l'affirmation de soi comme immorale, et le sacrifice personnel comme une façon raisonnable de conduire sa vie.
Je n'aime pas vraiment parler de mes films. Tout ce que j'ai voulu dire se trouve dans le film lui-même. Y rajouter des commentaires c'est pour moi, comme dit le proverbe, "dessiner des pattes sur l'image d'un serpent".
L'homme est un génie lorsqu'il rêve.
Rêvez tout ce que vous pouvez.
Plus fort vous le rêverez, plus vite cela se réalisera.
Je sais encore aujourd'hui ce poème par cœur, et je peux le calligraphier avec la même facilité. Il y a des années, j'allais retrouver des collaborateurs dans un restaurant japonais où il y avait le même poème de Chang Chi, très joliment calligraphié sur un rouleau dans le tokonoma. Sans m'en rendre compte, je le lus rapidement à haute voix. Yuzo Kayama, l'acteur, me surprit et me déclara, plein d'admiration : "maître, vos talents me stupéfient."
Que Kayama eût été impressionné, rien d'étonnant. Quand il faisait la lecture à voix haute du scénario de Sanjuro, il avait à dire cette réplique : "Attends-moi derrière l'écurie." Prenant le caractère "écurie" pour un autre qui possède le même radical, il avait dit : "Attends-moi derrière les W.C."

J'ai un autre souvenir impérissable de M.Tachikawa, quand j'étais à Kuroda. Un jour - je pense que c'était pour les cours de travaux manuels -, il entra dans la classe chargé d'un énorme rouleau de papier épais. Quand il le déroula et l'étala pour nous le montrer, nous vîmes que c'était un plan, avec des rues dessinées dessus. Il nous demanda alors de construire sur ces rues nos propres maisons, et de faire notre ville. Chacun s'y mit avec enthousiasme , des idées fusaient de partout, et le résultat, c'est non seulement que chacun fit la maison de ses rêves, mais que tous nous créâmes le décor de la grand-rue, avec des arbres très vieux qui s'étaient tous trouvés là, et des clôtures de vignes en fleurs.
Cette jolie petite ville n'avait pu naître qu'en faisant habillement s'exprimer la personnalité individuelle de chaque enfant, et quand nous y mîmes la dernière main nos yeux brillaient, nos visages étaient rouges d'excitation et nous regardions notre travail avec orgueil. Ce que j'ai éprouvé à ce moment-là, je m'en souviens comme si c'était hier.
Ce qui est triste, dans l'industrie du cinéma, c'est que lorsqu'un acteur a remporté du succès dans un rôle particulier, on a tendance à lui redonner sans arrêt le même genre de rôle. C'est bien commode et rentable pour ceux qui l'emploient, mais pour l'acteur lui-même c'est une catastrophe. Il est insupportable de devoir reproduire sans arrêt le même rôle, comme si l'acteur était une machine à photocopier, et un acteur auquel on ne donne pas constamment de nouveaux rôles et de nouveaux sujets à aborder se dessèche et se flétrit comme un arbre que l'on plante dans un verger, et que l'on oublie ensuite d'arroser.
C'est affreux d'obliger les enfants retardés à aller à l'école, simplement parce qu'il y a des lois qui l'imposent. Les enfants sont très divers, certains ont cinq ans et leur intelligence est celle d'un enfant de sept, tandis que d'autres, qui ont ces sept ans, n'ont pas encore dépassé le niveau d'un enfant de cinq. L'intelligence se développe selon des lois diverses, et c'est une erreur de décréter que les acquisitions correspondant à une année scolaire doivent à tout prix se faire en une année pile.
On protège les autres, pour se protéger. C"est ça la guerre.
L'homme a du génie lorsqu'il rêve