AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix Babelio
Rejoignez Babelio pour découvrir vos prochaines lectures

Note moyenne 3.25 /5 (sur 6 notes)

Nationalité : France
Né(e) à : Paris , 1973
Biographie :

Après s’être essayée, selon elle sans grand succès, au chant lyrique, au cinéma expérimental et à l’écriture de scenarii lors de ses études de lettres, elle enseigne désormais le français dans un lycée près de Paris. Elle a publié un récit chez Allia en 2006, Lieux dits, et un roman chez Gallimard en 2011. Hélène Ling est agrégée de Lettres.

Source : Amazon
Ajouter des informations
étiquettes
Videos et interviews (1) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de

Dans cette vidéo Hélène Ling vous parle de son livre "Ombre chinoise". Retrouvez la au salon du Livre à Paris le samedi 17 mars 2018 de 16 h à 17 h pour une dédicace. Notre site internet : http://www.payot-rivages.fr/ Notre page Facebook : https://www.facebook.com/EditionsRiva... Notre compte Twitter : https://twitter.com/editionsrivages?l... Notre compte Instagram : https://www.instagram.com/editionsriv... Catégorie Divertissement Licence Licence YouTube standard

Podcast (1)


Citations et extraits (12) Voir plus Ajouter une citation
Charybde2   25 février 2018
Ombre chinoise de Hélène Ling
Trente ans plus tard, elle commence là aussi dans l’embrasure d’une porte, le dimanche, derrière laquelle sa mère sourit toujours – Bonsoir ma chérie. Mais sous l’influence d’Alzheimer, elle s’est transformée. Elle porte désormais deux visages, parle avec deux bouches, pense avec deux cortex alternés. Sa mère est bilingue, elle le remarque cette fois. Lors du dîner, sa mère dit les choses familières en français – j’ai mis trop de sel, comme d’habitude. Mais le bruit s’infiltre plus tard à table dans une autre langue, le mandarin, un peu indistincte d’abord, puis plus nette, immanquable – Je sais bien. Je sais pourquoi elle est venue. Elle comprend encore un peu le mandarin, elle le remarque là aussi lorsque le son frappe son oreille – Elle vient me le prendre, la salope. Mais elle ne l’aura pas. Deux secondes plus tard, le sourire de sa mère n’a pas pris une ombre. Son visage reste lisse lorsqu’elle parle en français, presque sans accent – Sers-toi ma chérie, ça va refroidir. Puis le bruit chinois revient au fil du repas, indomptable, il gronde, il murmure, il tournoie comme un prisonnier en cage autour du rectangle de formica dont nul ne peut s’échapper, aussi longtemps que la langue maternelle a le dessus – Je sais bien pourquoi Pas folle Je l’ai bien caché L’imbécile, elle ne l’aura pas. Le bilinguisme est une malédiction.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          10
Charybde2   25 février 2018
Ombre chinoise de Hélène Ling
Le mythe de l’enfance, l’épopée des origines, le grand Ouest – non, vraiment, ce n’était pas son genre. Pour sa part, elle préférait les tenir dans le dos, à grande distance, en respect. Elle ne se rappelait même plus les avoir oubliés, elle savait juste qu’elle ne se retournerait pas sur le paquetage des premières années, des départs obscurs, sur leur odeur de sous-sol, elle en attendrait encore moins des retrouvailles, une retombée dans la glu primitive, dans les filiations et les ancrages prévisibles. Ce vers quoi elle aurait même pu revenir, elle l’ignorait, elle manquait précisément de cette perspective. C’étaient les autres, toujours, qui l’y replaçaient, lui désignant ses arrières d’un air curieux, inquisiteur, un index pointé dans son dos et agrémenté de conseils, celui de ne pas oublier d’où elle venait, puis déroulant du doigt ses racines supposées, enfouies sous le bitume parisien, insinuées en douce jusqu’à la mer de Chine, nouées autour du rocher de Taïwan, et remontées sous les terrasses brunes du Yang-Tsé. Ils rêvaient par-dessus son épaule d’horizons luxuriants, ces étudiants aux Beaux-Arts, en philosophie, ces futurs médecins qui essayaient sans doute eux-mêmes de s’extraire des leurs, de leurs pelotes et de leurs héritages à assumer, à renier, à s’entortiller autour du cou jusqu’à en faire une lutte contre le destin, un combat nocturne contre l’invisible qu’ils comptaient peut-être lui faire endosser à leur place. Elle s’était elle-même exposée à ce sac d’épines avec son air de sortir de nulle part, si peu concernée par ses flagrants déshéritages et promenant dans le Paris des années quatre-vingt son paquet de gènes sans mode d’emploi, sans la vie censée lui correspondre. La question s’avançait avec un sourire bienveillant, modulée sur la même note protectrice par des amateurs d’Extrême-Orient, des nostalgiques d’Angkor, de Madame Butterfly ou de cinéma japonais – D’où venait-elle ? De Canton, de Hong Kong ? Du Cambodge peut-être ? Elle pouvait dès lors s’attendre à leur déception, puisque la surface brute, granuleuse de sa réponse ne les laisserait projeter sur elle aucune image – Elle était née en France ? Tandis que le jeu cartographique se dissolvait avec les estampes orientales, les paravents de laque, la nostalgie des bouts du monde, ils ripostaient avec force – Que faisait-elle alors de ses racines ? Ils lui semblaient âprement travaillés par ce lieu suspendu, ce nœud sans coordonnées vers lequel tendait toute leur histoire – Impossible, disaient-ils, on ne pouvait oublier d’où l’on venait.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          00
Charybde2   25 février 2018
Ombre chinoise de Hélène Ling
Gadono ? redit le vieil Indien / Pourquoi ? Parce que pendant ses treize premières années, sa mère délicate, autoritaire, qui avait beaucoup souffert en couches, disait-on, lui parlait peu. Elle préférait le laisser à Rachel, la nourrice des trois enfants, puis à leurs précepteurs. Son père moins encore, occupé à arpenter sa nouvelle maison à colonnettes que l’architecte avait copiée sur les villas des propriétaires de la région, et toujours en train d’en fignoler les détails avec un visage maniaque, en pianotant du bout des doigts des claviers imaginaires. Lorsqu’on lui parlait, il semblait toujours se demander si cela trouverait sa place dans les dessins, les meubles, les projets d’aménagement du manoir, comme il disait, qui semblait se perdre dans des projets et des apparitions sans fin, où déambulait l’esprit de son père, les fantômes de ses humeurs irritables, sans réplique. Des trois enfants, lui seul, le cadet, avait fini par prendre en haine ce petit monde. Sans comprendre pourquoi, il s’exaspérait en silence des espérances de l’aîné, des rêveries de sa sœur, même de leurs esclaves cubains en fuite qu’ils poursuivaient pendant plusieurs jours, dans les marais, avec leurs pointers et leurs labradors – on l’y avait amené, lui aussi, à dix ans, pour l’entraîner à la chasse, disait son père, et il s’y était montré très vif, très diligent, prometteur, avait-il dit. Et surtout, il s’était irrité peu à peu de ce que son père lui avait toujours répété jusqu’à ce qu’il ne puisse plus l’entendre de sa bouche, au point que le pensionnait lui paraisse une libération, juste pour se retrouver hors de portée de sa vue et de sa voix – il devrait mériter son héritage. Puis un jour, à vingt ans, il avait attaqué un convoi de la banque de Baton Rouge avec des contrebandiers bloqués sur le fleuve. Lorsque son père l’avait fait sortir de la prison, lorsqu’il l’avait convoqué dans la bibliothèque en le menaçant de le déshériter, il avait enlevé un à un ses vêtements, sa veste, sa chemise, ses bottes, son pantalon, restant enfin nu comme un nouveau-né sur les lattes du parquet. Sous un regard hagard, aveuglé de colère, il avait eu le courage de prononcer une phrase. Il lui rendait le coton qu’il lui avait prêté jusque-là. Puis il était parti comme Adam, en quête d’un domaine qui ne soit pas celui de son père.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          00
gabylis   07 février 2018
Ombre chinoise de Hélène Ling
La lumière de juin s'intensifiait entre les façades neuves, les grandes vitres, les panneaux de métal, les automobiles et les réverbères, parmi lesquels elle s'émerveillait, au fond, d'être encore en vie, sanglée dans sa chemise blanche à lacets, baignée de sueur par les temps nouveaux. Surtout, elle l'aurait vu, se dit-elle, il fallait l'avoir vu, comme tout le reste. C'était pour cela qu'elle avait suivi la route, pour voir.
Commenter  J’apprécie          10
rkhettaoui   11 décembre 2018
Ombre chinoise de Hélène Ling
Comment en était-elle arrivée là, à cette strate surnageant au cœur du français au bout d’un cordon introuvable ? Ce corps articulé à petites bouchées, elle s’en doutait, émanait de sa mère. Sa chair, son odeur lui revenaient dans le phrasé. C’était ce dont il avait fallu s’amputer à l’aveugle. Elle avait dû défaire chaque mot de l’accroche sur la glotte, dans le tympan. Avec ses quatre tons, la langue l’engluait de tout son poids, de ses dix mille signes démultipliés par les siècles inconnus de la petite enfance. Elle n’avait plus accès à ce terrain archéologique. Il lui avait fallu regarder vers ces restes comme vers une langue étrangère. Et migrer surtout. Une naufragée amnésique de la traversée – mais en partie seulement, aux neuf dixièmes.
Commenter  J’apprécie          00
rkhettaoui   11 décembre 2018
Ombre chinoise de Hélène Ling
Elle y pensait donc très peu à cette enfance, à ces saisons extrêmes. Mais quand elle y songeait, la main enfouie dans un matériau inconnu, elle en arrivait à peu près là : des bribes de l’histoire, du roman d’immigrés de sa famille, elle avait tout trouvé en l’état. Elle n’avait rien eu à détruire elle-même, rien dont elle n’ait déjà, sans travail, découvert le tas de décombres. Des liasses d’images mal aérées fourrées dans sa mémoire, tout s’était effondré sans son intervention, ou presque.
Commenter  J’apprécie          00
rkhettaoui   11 décembre 2018
Ombre chinoise de Hélène Ling
Ce dont elles essayaient de s’abriter derrière la porte, ces radiations de rage avaient laissé une empreinte. Elle ne pourrait pas atteindre sa mère là où elle se tenait, où elle parlait de cette voix sortie de la gorge, de la trachée, non seulement du fond de l’île de Taïwan et de son rideau de tropiques, mais de son espace muré qu’elle explorait seule de ses gestes, de sa maladresse et de sa violence.
Commenter  J’apprécie          00
rkhettaoui   11 décembre 2018
Ombre chinoise de Hélène Ling
C’était sur cette plage et dans cette idylle consanguine qu’elle avait décidé de s’en tenir aux prémices déposées sur l’asphalte à Paris, au hasard des rues et des carrefours, puisqu’elle devait éviter à tout prix de régresser vers les solutions, les débuts et les réponses, l’alpha et l’oméga des tropiques.
Commenter  J’apprécie          00
rkhettaoui   11 décembre 2018
Ombre chinoise de Hélène Ling
Toute enfance avait été un western, au fond, se dit-il en retrouvant l’objet au fond de sa poche. Les grands espaces, l’aube de la loi, le tracé des villes, la vengeance et l’apothéose On était tous plus ou moins passés par là Ça ne devrait pas être si difficile.
Commenter  J’apprécie          00
rkhettaoui   11 décembre 2018
Ombre chinoise de Hélène Ling
Sa sœur l’avait suivi pour une dernière embrassade, avant de revenir s’asseoir devant le pot-au-feu et les tartines. Trop jeune, par malheur, elle avait méconnu la solennité du moment). Sans jamais prendre trop de place, en tout cas.
Commenter  J’apprécie          00

Acheter les livres de cet auteur sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox

Listes avec des livres de cet auteur


Quiz Voir plus

Quiz d'hiver

« L’hiver du monde », qui nous entraîne dans le tourbillon de la seconde guerre mondiale, a été écrit par

philip Kerr
Ken Follett
Martha Hall Kelly
Henning Mankell

12 questions
78 lecteurs ont répondu
Créer un quiz sur cet auteur

.. ..