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4.08/5 (sur 142 notes)

Nationalité : France
Né(e) à : Bordeaux , le 07/08/1928
Mort(e) le : 14/06/2020
Biographie :

Michel Roquebert est un écrivain français . Licencié en philosophie, il a été journaliste à La Dépêche du Midi jusqu'en 1983. Grand Prix d'Histoire de l'Académie française en 1970, lauréat de l'Académie des jeux Floraux et de l'Académie de Languedoc, c'est un spécialiste reconnu du catharisme.

En 1970, il se lance dans la rédaction du premier tome de L'Épopée cathare, qui connaît un grand succès. Il finira cette série de six tomes en 1998.
Par cet ensemble, il sort l'étude du catharisme des visions ésotériques pour la faire entrer dans le champ historique.

En 1978 et 1981, il réalise les scénarios de deux albums de bandes dessinées (dessins de Gérald Forton, éditions Loubatières, Toulouse) : Aymeric et les Cathares et Aymeric à Montségur.

En 1999, il écrit Histoire des Cathares, synthèse des livres précédents, et se lance ensuite dans des livres plus spécialisés sur la période cathare.

Élu en 1968 membre correspondant, puis, en 1971, membre titulaire de la Société Archéologique du Midi de la France, Michel Roquebert est depuis 2001 membre correspondant de l’Académie des Sciences, Inscriptions et Belles Lettres de Toulouse. Il a été reçu mainteneur à l'Académie des Jeux floraux le 16 janvier 2011.

Il est membre du Conseil d’administration du Centre d’Études cathares / Centre René Nelli de Carcassonne, de 1985 à 2010.


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Bibliographie de Michel Roquebert   (27)Voir plus

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Citations et extraits (20) Voir plus Ajouter une citation
Nichée au sud de Narbonne, dans les premiers ravins boisés des Corbières, au pied d'un rocher fantastique, l'abbaye de Fontfroide, remarquablement restaurée depuis le début de ce siècle [le XXème], a conservé son église du XIIème et son cloître du XIIIème. Elle est encore aujourd'hui, ausein d'un pays sauvage et dénudé, une oasis étrange, inattendue, un opulent jardin envahi d'amandiers, de cyprès et de pins parasols. C'est de là que partirent Pierre [de Castelnau] et Raoul [de Fontfroide], moines tous deux en la même abbaye. On ne connaît pas la date exacte de leur nomination officielle, mais à l'automne 1203 ils étaient déjà légats en titre. Ils avaient une mission bien précise : aller à Toulouse et, à défaut de convaincre le comte lui-même qui, malgré son pardon de 1198, ne répondait pas aux appels du pape, plier les consuls et les habitants de la ville aux volontés de l'Eglise.
Leur idée première était sans doute de mettre sur pied une vaste délégation de religieux, puisqu'ils vont d'abord à Narbonne demander à Bérenger de les accompagner. Non seulement celui-ci refuse, mais c'est à grand-peine qu'ils obtiennent de lui une aide matérielle dérisoire. Ils vont à Béziers : même refus de la part de l'évêque Guillaume de Roquessels. Ils n'en sont pas découragés pour autant et, s'ils dénoncent au pape la mauvaise volonté des deux prélats, ils n'en prennent pas moins tous les deux le chemin de la cité comtale. Le 13 décembre, ils reçoivent le serment de fidélité des consuls et des représentants du peuple toulousain.
(Edition de 1970, p. 158-159)
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De toutes les acrobaties auxquelles, depuis quelque trois mille ans, par jeu ou par nécessité, s'adonne la pensée occidentale, concilier l'existence du mal avec celle de Dieu est sans doute l'exercice de haute voltige intellectuelle le plus admirable et le plus périlleux.
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Le "trésor" de Montségur.
Une fois n'est pas coutume : voilà un trésor qui n'est pas un mythe ! La réalité de celui de Montségur,en effet, est bel et bien attestée par plusieurs dépositions, devant l'inquisiteur Ferrer, en avril et mai 1244, de rescapés du siège. Ce trésor a donc existé, sinon comme "trésor des cathares", ainsi que veut le faire croire une abondante littérature, du moins comme trésor, il serait même plus exact de dire : comme trésorerie, de la communauté religieuse installée à Montségur à partir de 1232.
On s'étonne même, quand on connaît ces dépositions, que ce trésor ait pu nourrir tant d'extrapolations et conduire tant d'auteurs aux portes du délire. Sans doute était-il trop vulgaire de voir en lui la simple somme d'argent dont parlent les rescapés du siège ; il était autrement plus noble - mais surtout, assurément, plus commercial - d'en faire tour à tour, au gré de l'imagination de chacun, des textes cathares secrets, ou des inédits de Manès, voire de Platon, ou un livre perdu de Flavius Josèphe, ou des documents compromettants pour Blanche de Castille, sans parler, bien sûr, du Saint-Graal, que les cathares cachaient dans leur temple solaire de Montségur et que la croisade albigeoise eut évidemment pour objectif de leur enlever...

p. 463
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Il reste que,même ramenée à sa vocation première et aux justes proportions qui furent celles de ses débuts, l Inquisition demeure une echarde dans la chair de l Eglise romaine.C est qu elle fut sans doute, dès le Langdes années 1230,la première émergence historique d un système de contrôle idéologique exhaustif de toute une population au moyen d enquêtes, de délation institutionnalisée,d interrogatoires et de constitution de fichiers de renseignements. Le pape Grégoire ix n'imaginait certainement pas que,ce faisant, il forgeant l'outil privilégié de tous les totalitarismes à venir.
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Il ne peut y avoir d amour véritable que dans l adultère, le mariage en tant qu institution ne reposant que sur des arrangements d intérêts.
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Quand le 2 mars 1244, le chef de la garnison [de Montségur], Pierre-Roger de Mirepoix, négocia avec les assaillants la trêve qui lui permettrait de ne leur livrer que deux semaines plus tard le "castrum" assiégé depuis dix mois, nul ne pouvait ignorer le sort qui serait alors réservé aux quelque 200 parfaits et parfaites qui y avaient trouvé refuge. Et pourtant, le dimanche 13, se produisit un fait surprenant : ce jour-là, alors que rien ne les y obligeait, vingt simples croyants et croyantes demandèrent à l'évêque Bertrand Marty de leur conférer le "consolament" qui allait inéluctablement les conduire le mercredi sur le bûcher. Corba de Péreille et sa fille Esclarmonde furent du nombre. De fait, elles accompagnèrent au supplice,le 16 mars, l'aïeule de leur lignage, Marquésia.

p. 164
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" Je jure de faire abattre le château de Montségur sitôt que je pourrai m'en rendre maître ; de mettre tout en oeuvre pour m'en emparer le plus rapidement possible, et de conduire sa démolition au vu et su de tous ceux qui seraient à cet effet députés par le Seigneur roi..."
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Le consolament faisant le chrétien, sa réception induit un certain nombre d'obligations, du fait qu'un chrétien baptisé est un individu autre, nouveau - c'est vrai aussi dans le catholicisme -, et se doit, pour les cathares, de prendre ses distances à l'égard du monde. Non point en se faisant ermite, en rompant avec le monde, mais en rompant avec ce qui, dans le monde, témoigne au plus haut degré, au plan éthique, de l'emprise du mauvais principe, et tout particulièrement la luxure, la violence, le mensonge, la méchanceté, le vice sous toutes ses formes.

Autrement dit, le consolament engage dans une vie chaste, non violente, transparente et charitable, imitée de la vie apostolique. Il est une entrée en chrétienté, et du même coup une entrée en religion. Le salut passé nécessairement par l'état religieux. Les cathares se séparent ici des catholiques, mais pas tellement des premiers chrétiens.

A ce niveau, l’Église cathare équivaut très exactement à un ordre, auquel il faut s'agréger pour faire son salut. Tout homme ou toute femme désireux de s'engager dans cette voie peut se faire ordonner, le consolament faisant fonction à la fois de baptême et de sacrement d'ordination, moyennant quoi il ou elle prononce des vœux et se dispose, comme tout moine ou moniale de l’Église catholique, à suivre une règle, en l’occurrence la règle de bonté, de justice et de vérité dont parle Saint Paul dans son Épître aux Éphésiens. (pp. 78-79)
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En résumé, entre 1200 et 1250, l'émergence historique du catharisme se traduit en Languedoc par la constitution d'une société qu'il faut bien appeler "cathare", parce que les modèles dominants, en matière de croyances et de comportements, au sein de cette société, sont les modèles définis par l'église dualiste. Vécu, à l'orée de cette période, comme tradition familiale au sein d'un certain nombre de lignages de la noblesse des "castra" (châteaux), le catharisme passa aisément de la famille au sens étroit à la "familia" (au sens large, incluant serviteurs, serfs et vassaux), ce qui lui donne cet aspect de religion à la fois nobiliaire et populaire (...)
De 1200 à 1250, cette société que l'on peut concevoir à l'origine comme assez morcelée, tend à la globalisation par la constitution de très vastes clans au sein desquels des liens très forts de solidarité vont permettre de faire face à la persécution, guerre ou Inquisition ; elle tend aussi à l'autarcie ... Le catharisme a puisé sa force d'expansion, puis sa capacité de résistance, dans la cohésion et dans la prégnance des groupes dans lesquels il s'est socialement incarné : le lignage, la "familia", le clan. A ces trois niveaux, il a été vécu comme idéologie et comportement de groupe, et même sous la persécution, tant qu'étaient réunies les conditions qui permettaient la maintenance de la tradition qui le véhiculait.

pp. 145-146
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Il haïssait la croix,instrument d un odieux supplice."Si on pend ton père, adoreras tu la corde qui l à pendu?" diront plus tard les cathares.
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