AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix Babelio

Note moyenne 3.85 /5 (sur 17 notes)

Nationalité : France
Biographie :

Princesse Sapho, un pseudonyme, est l'auteur d'un livre publié sous le manteau en 1891, et très rapidement introuvable ; un incunable qui, jusqu'à sa première réédition, un siècle plus tard, faisait la joie des bibliophiles et des amateurs de textes licencieux. Encore que, dans le cas du Tutu, ce n'est pas tant la lubricité que l'irrespect et la plus parfaite amoralité qui prévalent.

Source : Télérama
Ajouter des informations
étiquettes

Citations et extraits (7) Ajouter une citation
Emnia   21 juillet 2015
Le Tutu : Moeurs fin de siècle de Princesse Sapho
Et lorsqu'il l'entretint finement des plaisirs charnels que le mariage autorisait entre personnes de différents sexes, elle lui fit entendre qu'elle n'aimerait jamais ça, que cela n'était pas propre, qu'elle ne se mariait pas pour cela, qu'elle était réfrigérante comme la machine de la Morgue.

- J'ai déjà essayé, dit-elle, je n'ai pas pu.

- Pu quoi ?

Elle baissa les yeux, ne rougit pas et répondit, toujours d'une voix engorgée :

- Mais ça !

- Avec qui ?

- Oh ! avec mon moral. Plus je pense à ça, plus je deviens cadavérique, plus je m'encercueille les sens ad hoc. Tenez, si nous continuons à parler de ça, je vais m'enrhumer.

Elle allait s'enrhumer ! Il croyait rêver. Détraquée, elle aussi ? Mais c'était le bonheur, alors !
Commenter  J’apprécie          80
Emnia   01 novembre 2013
Le Tutu : Moeurs fin de siècle de Princesse Sapho
Une vision fantastique fit loucher Mauri.

Dans le mitan de la serre, s'élevait un arbre aux branches duquel poussaient des corps humains en formation ou presque parfaitement constitués. Le tronc de cet arbre ressemblait à tous les troncs d'arbres ; en revanche, ses feuilles, carrées, avaient l'épaisseur et le lisse d'une portion de courroie de cuir, et elles étaient pourvues de soupapes microscopiques dont les accélérés mouvements indiquaient l'activité de la respiration des êtres qui se balançaient, en l'air, comme des pendus. Les branches étaient fortes ; chacune d'elles ne portait qu'un fruit humain. Celui-ci y adhérait, par la tête, au moyen d'un pédoncule qui se brisait lorsque le corps était mûr. Mais le docteur pouvait toujours, à son gré, prévenir la rupture du pédoncule et laisser, pendant un très long temps, le bonhomme suspendu à la branche. Ainsi, il y avait un fœtus de quatre mois, un enfant de deux ans, un autre de six ans, un troisième de dix ans. Une jeune fille de seize ans, admirablement belle, conversait avec un barbu qui avait dépassé la trentaine et qui fumait une pipe. L'arbre avait treize branches, et chaque branche produisait un être de race différente. Français, Anglais, Grec, Russe, Scandinave, Italien, Hongrois, Espagnol, Chinois, Japonais, y étaient représentés. La collection se complétait par un aveugle, un sourd-muet et un décapité.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          50
Rusen   17 octobre 2016
Le Tutu : Moeurs fin de siècle de Princesse Sapho
Il avait mal à la tête et la mémoire lui était infidèle. Elle lui était tellement infidèle qu'il lui arrivait souvent de rester des heures entières dans une stupéfaction profonde : il ne se rappelait plus son propre nom. Cela lui venait de son père qui oublia, un jour, de vivre à la suite d'une légère blessure que lui fit une locomotive en lui passant en travers du corps. L'accident rapporta à la veuve trois ou quatre cent mille francs de dommages-intérêts. Cette fortune, inespérée, permit à la mère de mettre son fils en pension, et de lui donner une bonne instruction. Mauri, diminutif de Maurice, suivit les cours de la Centrale où il ne se distingua par rien du tout. Il n'apprit rien, et fut nommé ingénieur. Quand il sortit de l'école, il entra au bordel. Quand il sortit du bordel, il voulut y rentrer.
Commenter  J’apprécie          30
Emnia   01 novembre 2013
Le Tutu : Moeurs fin de siècle de Princesse Sapho
En ce moment, tous les hommes mangeaient. Avec une adresse aussi remarquable que celle d'un adolescent qui plonge un stylet dans le cœur de sa sœur bien aimée, Dieu fit déposer, dans leurs nourritures, une étincelle électrique surchargée d'acide prussique, et instantanément..., le Ciel fut envahi par une nuée d'âmes excessivement noires. Des crocodiles surgirent de toutes parts, ils avalèrent les cadavres, et c'est du haut d'une montagne de carpes vivantes que Mauri jouit d'un spectacle véritablement grandiose. Un voile de pourpre flottait dans l'espace, strié de lamelles de consciences pures ; les quatre coins du voile étaient tenus par des anges nus, transparents, cependant que la terre se dissolvait et que l'orchestre divin exécutant la marche triomphale suivante : LA FIN DE LA CHAIR (partition).
Commenter  J’apprécie          20
Rusen   17 octobre 2016
Le Tutu : Moeurs fin de siècle de Princesse Sapho
Il passa devant la glace extérieure d'un marchand d'antiquités, et se regarda; il se regardait probablement pour la première fois , car son étonnement fût extrême. Comment, c'était lui, cette grande carcasse mouillée, avec une figure tirant sur le vert-cadavre-de-noyé-ayant-séjourné-trois-mois-dans-l'eau, avec cette cravate nouée de travers, les boutons de la redingote passés dans les boutonnières du gilet, et des sillons de pluie sur la joue, et de la saleté partout? Il se dit:

- J'ai l'air d'un mendiant, je vais me donner deux sous.

De la main droite, il prit un sou dans la poche de son gilet, et se l'offrit généreusement.

- Tient, mon vieux, c'est de bon cœur.
Commenter  J’apprécie          20
Emnia   01 novembre 2013
Le Tutu : Moeurs fin de siècle de Princesse Sapho
Il surprit un soir sa femme dans un costume bizarre : elle s'était fait confectionner un habit de ministresse, et elle essayait de danser la gigue, avec un tutu par-dessus son habit : le tutu de Mauri. Celui-ci la contempla vachement ; Hermine avait toutes les peines du monde à se mouvoir, elle se soulevait, retombait rhinocérossement, avec des allures de tonneau ambulant, ou plutôt d'hippopotame en mal d'enfant, ou mieux encore de grenouille en état d'ébriété.
Commenter  J’apprécie          20
Emnia   01 novembre 2013
Le Tutu : Moeurs fin de siècle de Princesse Sapho
Avant de se séparer, de Noirof disait à sa mère :

- Quand finiront-nous par nous aimer platoniquement ?

- Plus tard, lui répondait-elle ; tu es mon fils, et je ne veux pas pécher avec toi tant que ta femme vivra.

- Et si elle meurt après nous ?

- Nous nous aimerons là-haut.

Elle ajoutait :

- Fais-la donc mourir ; fais-lui manger de la graisse, des féculents ; elle étouffera fatalement un jour, et ce jour sera notre délivrance. Le monde, c'est nous. Nul ne devinera jamais les subtilités enfermées dans nos cœurs. Personne, ici-bas, ne mange de la cervelle de cadavre et ne boit des expectorations d'asthmatiques. Faisons en sorte de mourir avec la satisfaction d'avoir éprouvé, seuls, la vraie Sensation, Celle Qui Ne Meurt Pas.
Commenter  J’apprécie          10

Acheter les livres de cet auteur sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox



Quiz Voir plus

Retrouvez le bon adjectif dans le titre - (5 - essais )

Roland Barthes : "Fragments d'un discours **** "

amoureux
positiviste
philosophique

20 questions
561 lecteurs ont répondu
Thèmes : essai , essai de société , essai philosophique , essai documentCréer un quiz sur cet auteur