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Note moyenne 3.85 /5 (sur 1570 notes)

Nationalité : France
Né(e) à : Paris , le 05/02/1848
Mort(e) à : Paris , le 12/05/1907
Biographie :

Joris-Karl Huysmans est un écrivain et critique d'art français.

Huysmans fit toute sa carrière au ministère de l'Intérieur, où il entra en 1866. En tant que romancier et critique d’art, il prit une part active à la vie littéraire et artistique française dans le dernier quart du XIXe siècle et jusqu’à sa mort.

Défenseur du Naturalisme à ses débuts (il collabore au recueil Les soirées de Médan), il rompit avec l’école littéraire créée par Émile Zola pour explorer les possibilités nouvelles offertes par le Symbolisme et devint le principal représentant de l’esthétique fin de siècle. Dans la dernière partie de sa vie, il se convertit au catholicisme et renoua avec la tradition de la littérature mystique.

Par son œuvre de critique d’art, il contribua à lancer en France la peinture impressionniste comme le mouvement du Symbolisme et permit au public de redécouvrir l’œuvre des artistes Primitifs.

Il est l'auteur de : "À vau-l’eau", (nouvelle, 1882), "À rebours" (roman, 1884), "Là-bas" (roman, 1891) et "L'Oblat" (roman, 1903).

https://www.facebook.com/huysmans.ecrivain


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"En route, de Joris-Karl Huysmans" par André Thérive. Première diffusion le 31 juillet 1958 sur France III Nationale. Un roman monologue, un roman confessions ? « Psychologie onirique, écriture automatique, monologues intérieurs, un roman dénué d’intrigue et même d’action, à un seul personnage et à quelques comparses : on trouve tout ça, dans En route » dit notre conférencier. Et, en sus, une petite tournée des églises de la Rive gauche, à Paris : Saint Séverin, St Sulpice, Ste Clotilde. Source : France Culture

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Citations et extraits (509) Voir plus Ajouter une citation
Erveine   21 mai 2016
En rade de Joris-Karl Huysmans
Le fait est que ce chat, maigre ainsi qu'un cent de clous, portait la tête allongée en forme de gueule de brochet et, pour comble de disgrâce, avait les lèvres noires ; il était de robe gris cendre, ondée de rouille, une robe canaille, aux poils ternes et secs. Sa queue épilée ressemblait à une ficelle munie au bout d'une petite houppe et la peau de son ventre, qui s'était sans doute décollée dans une chute, pendait telle qu'un fanon dont les poils terreux balayaient les routes.

N'étaient ses grands yeux câlins, dans l'eau verte desquels tournoyaient sans cesse des graviers d'or, il eût été, sous son pauvre et flottant pelage, un bas fils de la race des gouttières, un chat inavouable. (p.181,182)
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Bibalice   26 août 2010
Là-bas de Joris-Karl Huysmans
"Ah! devant ce Calvaire barbouillé de sang et brouillé de larmes, l'on était loin de ces débonnaires Golgotha que, depuis la Renaissance, l'Eglise adopte! Ce Christ au tétanos n'était pas le Christ des riches, l'Adonis de Galilée, le bellâtre bien portant, le joli garçon aux mèches rousses, à la barbe divisée, aux traits chevalins et fades, que depuis quatre cents ans les fidèles adorent. Celui-là, c'était le Christ de saint Justin, de saint Basile, de saint Cyrille, de Tertullien, le Christ des premiers siècles de l'Eglise, le Christ vulgaire, laid, parce qu'il assuma toute la somme des péchés et qu'il revêtit, par humilité, les formes les plus abjectes.



C'était le Christ des pauvres, Celui qui s'était assimilé aux plus misérables de ceux qu'il venait racheter, aux disgraciés et aux mendiants, à tous ceux sur la laideur ou l'indigence desquels s'acharne la lâcheté de l'homme; et c'était aussi le plus humain des Christ, un Christ à la chair triste et faible, abandonné par le Père qui n'était intervenu que lorsque aucune douleur nouvelle n'était possible, le Christ assisté seulement de sa Mère qu'il avait dû, ainsi que tous ceux que l'on torture, appeler dans des cris d'enfant, de sa Mère, impuissante alors et inutile.



Par une dernière humilité sans doute, il avait supporté que la Passion ne dépassât point l'envergure permise aux sens; et, obéissant à d'incompréhensibles ordres, il avait accepté que sa Divinité fût comme interrompue depuis les soufflets et les coups de verges, les insultes et les crachats, depuis toutes ces maraudes de la souffrance, jusqu'aux effroyables douleurs d'une agonie sans fin. Il avait ainsi pu mieux souffrir, râler, crever ainsi qu'un bandit, ainsi qu'un chien, salement, bassement, en allant dans cette déchéance jusqu'au bout, jusqu'à l'ignominie de la pourriture, jusqu'à la dernière avanie du pus !"
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colimasson   10 août 2013
À rebours de Joris-Karl Huysmans
Puisque, par le temps qui court, il n’existe plus de substance saine, puisque le vin qu’on boit et que la liberté qu’on proclame, sont frelatés et dérisoires, puisqu’il faut enfin une singulière dose de bonne volonté pour croire que les classes dirigeantes sont respectables et que les classes domestiquées sont dignes d’être soulagées ou plaintes, il ne me semble, conclut des Esseintes, ni plus ridicule ni plus fou, de demander à mon prochain une somme d’illusion à peine équivalente à celle qu’il dépense dans des buts imbéciles chaque jour, pour figurer que la ville de Pantin est une Nice artificielle, une Menton factice.
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colimasson   13 juin 2016
Là-bas de Joris-Karl Huysmans
La réalité ne pardonne pas qu'on la méprise; elle se venge en effondrant le rêve, en le piétinant, en le jetant en loques dans un tas de boue!
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LiliGalipette   05 juin 2012
Sac au dos - A vau-l'eau de Joris-Karl Huysmans
« Il faut avoir vécu dans la promiscuité des hospices et des camps pour apprécier la valeur d’une cuvette d’eau, pour savourer la solitude des endroits où l’on met culotte bas, à l’aise. » (p. 56)
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Luniver   24 février 2012
À rebours de Joris-Karl Huysmans
Le mouvement lui paraissait d'ailleurs inutile et l'imagination lui semblait pouvoir aisément suppléer à la vulgaire réalité des faits.
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colimasson   30 mai 2016
Là-bas de Joris-Karl Huysmans
Apprendre, deux, trois ans après, alors que la femme est inaccessible, honnête et mariée, hors de Paris, hors de France ; apprendre qu’elle vous aimait, alors que l’on n’aurait même pas, quand elle était là, osé le croire ! C’est le rêve, cela ! - Il n’y a que ces amours réelles et intangibles, ces amours faites de mélancolies éloignées et de regrets qui valent ! Et puis il n’y a pas de chairs là-dedans, pas de levain d’ordures !

S’aimer de loin et sans espoir, ne jamais s’appartenir, rêver chastement à de pâles appas, à d’impossibles baisers, à des caresses éteintes sur des fronts oubliés de mortes, ah ! C’est quelque chose comme un égarement délicieux et sans retour ! Tout le reste est ignoble ou vide. - Mais aussi, faut-il que l’existence soit abominable pour que ce soit là le seul bonheur vraiment altier, vraiment pur que le ciel concède, ici-bas, aux âmes incrédules que l’éternelle abjection de la vie effare.
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candlemas   03 juillet 2018
À rebours de Joris-Karl Huysmans
Le monsieur salua, déposa, dans la salle à manger, sur le parquet de pitch-pin, son bouclier qui oscilla, se soulevant un peu, allongeant une tête serpentine de tortue qui, soudain effarée, rentra sous sa carapace.



Cette tortue était une fantaisie venue à des Esseintes quelque temps avant son départ de Paris. Regardant, un jour, un tapis d’Orient, à reflets, et, suivant les lueurs argentées qui couraient sur la trame de la laine, jaune aladin et violet prune, il s’était dit: il serait bon de placer sur ce tapis quelque chose qui remuât et dont le ton foncé aiguisât la vivacité de ces teintes.



Possédé par cette idée il avait vagué, au hasard des rues, était arrivé au Palais-Royal, et devant la vitrine de Chevet s’était frappé le front : une énorme tortue était là, dans un bassin. Il l’avait achetée: puis, une fois abandonnée sur le tapis, il s’était assis devant elle et il l’avait longuement contemplée, en clignant de l’œil.



Décidément la couleur tête-de-nègre, le ton de Sienne crue de cette carapace salissait les reflets du tapis sans les activer; les lueurs dominantes de l’argent étincelaient maintenant à peine, rampant avec les tons froids du zinc écorché, sur les bords de ce test dur et terne.



Il se rongea les ongles, cherchant les moyens de concilier ces mésalliances, d’empêcher le divorce résolu de ces tons; il découvrit enfin que sa première idée, consistant à vouloir attiser les feux de l’étoffe par le balancement d’un objet sombre mis dessus était fausse ; en somme, ce tapis était encore trop voyant, trop pétulant, trop neuf. Les couleurs ne s’étaient pas suffisamment émoussées et amoindries ; il s’agissait de renverser la proposition, d’amortir les tons, de les éteindre par le contraste d’un objet éclatant, écrasant tout autour de lui, jetant de la lumière d’or sur de l’argent pâle. Ainsi posée, la question devenait plus facile à résoudre. Il se détermina, en conséquence, à faire glacer d’or la cuirasse de sa tortue.



Une fois rapportée de chez le praticien qui la prit en pension, la bête fulgura comme un soleil, rayonna sur le tapis dont les teintes repoussées fléchirent, avec des irradiations de pavois wisigoth aux squames imbriquées par un artiste d’un goût barbare.



Des Esseintes fut tout d’abord enchanté de cet effet; puis il pensa que ce gigantesque bijou n’était qu’ébauché, qu’il ne serait vraiment complet qu’après qu’il aurait été incrusté de pierres rares.



Il choisit dans une collection japonaise un dessin représentant un essaim de fleurs partant en fusées d’une mince tige, l’emporta chez un joaillier, esquissa une bordure qui enfermait ce bouquet dans un cadre ovale, et il fit savoir, au lapidaire stupéfié que les feuilles, que les pétales de chacune de ces fleurs, seraient exécutés en pierreries et montés dans l’écaille même de la bête.



Le choix des pierres l’arrêta; le diamant est devenu singulièrement commun depuis que tous les commerçants en portent au petit doigt; les émeraudes et les rubis de l’Orient sont moins avilis, lancent de rutilantes flammes, mais ils rappellent par trop ces yeux verts et rouges de certains omnibus qui arborent des fanaux de ces deux couleurs, le long des tempes ; quant aux topazes, brûlées ou crues, ce sont des pierres à bon marché, chères à la petite bourgeoisie qui veut serrer des écrins dans une armoire à glace; d’un autre côté, bien que l’Église ait conservé à l’améthyste un caractère sacerdotal, tout à la fois onctueux et grave, cette pierre s’est, elle aussi, galvaudée aux oreilles sanguines et aux mains tubuleuses des bouchères qui veulent, pour un prix modique, se parer de vrais et pesants bijoux; seul, parmi ces pierres, le saphir a gardé des feux inviolés par la sottise industrielle et pécuniaire. Ses étincelles grésillant sur une eau limpide et froide, ont, en quelque sorte, garanti de toute souillure sa noblesse discrète et hautaine. Malheureusement, aux lumières, ses flammes fraîches ne crépitent plus; l’eau bleue rentre en elle-même, semble s’endormir pour ne se réveiller, en pétillant, qu’au point du jour.



Décidément, aucune de ces pierreries ne contentait des Esseintes; elles étaient d’ailleurs trop civilisées et trop connues. Il fit ruisseler entre ses doigts des minéraux plus surprenants et plus bizarres, finit par trier une série de pierres réelles et factices dont le mélange devait produire une harmonie fascinatrice et déconcertante.



Il composa ainsi le bouquet de ses fleurs : les feuilles furent serties de pierreries d’un vert accentué et précis : de chrysobéryls vert asperge; de péridots vert poireau; d’olivines vert olive; et elles se détachèrent de branches en almadine et en ouwarovite d’un rouge violacé, jetant des paillettes d’un éclat sec de même que ces micas de tartre qui luisent dans l’intérieur des futailles.



Pour les fleurs, isolées de la tige, éloignées du pied de la gerbe, il usa de la cendre bleue; mais il repoussa formellement cette turquoise orientale qui se met en broches et en bagues et qui fait, avec la banale perle et l’odieux corail, les délices du menu peuple; il choisit exclusivement des turquoises de l’Occident, des pierres qui ne sont, à proprement parler, qu’un ivoire fossile imprégné de substances cuivreuses et dont le bleu céladon est engorgé, opaque, sulfureux, comme jauni de bile.



Cela fait, il pouvait maintenant enchâsser les pétales de ses fleurs épanouies au milieu du bouquet, de ses fleurs les plus voisines, les plus rapprochées du tronc, avec des minéraux transparents, aux lueurs vitreuses et morbides, aux jets fiévreux et aigres.



Il les composa uniquement d’yeux de chat de Ceylan, de cymophanes et de saphirines.



Ces trois pierres dardaient, en effet, des scintillements mystérieux et pervers, douloureusement arrachés du fond glacé de leur eau trouble.



L’œil de chat d’un gris verdâtre, strié de veines concentriques qui paraissent remuer, se déplacer à tout moment, selon les dispositions de la lumière.



La cymophane avec des moires azurées courant sur la teinte laiteuse qui flotte à l’intérieur.



La saphirine qui allume des feux bleuâtres de phosphore sur un fond de chocolat, brun sourd.



Le lapidaire prenait note à mesure des endroits où devaient être incrustées les pierres. Et la bordure de la carapace, dit-il à des Esseintes ?



Celui-ci avait d’abord songé à quelques opales et à quelques hydrophanes; mais ces pierres intéressantes par l’hésitation de leurs couleurs, par le doute de leurs flammes, sont par trop insoumises et infidèles; l’opale a une sensibilité toute rhumatismale ; le jeu de ses rayons s’altère suivant l’humidité, la chaleur ou le froid ; quant à l’hydrophane elle ne brûle que dans l’eau et ne consent à allumer sa braise grise qu’alors qu’on la mouille.



Il se décida enfin pour des minéraux dont les reflets devaient s’alterner : pour l’hyacinthe de Compostelle, rouge acajou; l’aigue-marine, vert glauque; le rubis-balais, rose vinaigre; le rubis de Sudermanie, ardoise pâle. Leurs faibles chatoiements suffisaient à éclairer les ténèbres de l’écaille et laissaient sa valeur à la floraison des pierreries qu’ils entouraient d’une mince guirlande de feux vagues.



Des Esseintes regardait maintenant, blottie en un coin de sa salle à manger, la tortue qui rutilait dans la pénombre.



Il se sentit parfaitement heureux; ses yeux se grisaient à ces resplendissements de corolles en flammes sur un fond d’or; (...)



Un vent glacial courut, accéléra le vol éperdu de la neige, intervertit l’ordre des couleurs.



La tenture héraldique du ciel se retourna, devint une véritable hermine, blanche, mouchetée de noir, à son tour, par les points de nuit dispersés entre les flocons.



Il referma la croisée ; ce brusque passage sans transition, de la chaleur torride aux frimas du plein hiver, l’avait saisi; il se recroquevilla près du feu et l’idée lui vint d’avaler un spiritueux qui le réchauffât.(...)



— Brou ! fit-il, attristé par l’assaut de ces souvenirs. Il se leva pour rompre l’horrible charme de cette vision et, revenu dans la vie présente, il s’inquiéta de la tortue.



Elle ne bougeait toujours point, il la palpa ; elle était morte. Sans doute habituée à une existence sédentaire, à une humble vie passée sous sa pauvre carapace, elle n’avait pu supporter le luxe éblouissant qu’on lui imposait, la rutilante chape dont on l’avait vêtue, les pierreries dont on lui avait pavé le dos, comme un ciboire.
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Joris-Karl Huysmans
Renod   24 mars 2016
Joris-Karl Huysmans
[J-K Huysmans sur Bruxelles]



C’était dimanche, jour de marché aux fleurs et de marché aux oiseaux. — Dès huit heures du matin, la grande place regorgeait de monde. — À gauche, près des bâtiments qui se dressent dans leurs robes bariolées et blasonnées d’emblèmes, au pied de la maison de la Louve, qui découpe sur le velours blanc des nuages ses lucarnes à volutes, fleuronnées de ramages et toutes orfèvreries de pierre et d’or, des paysannes étalaient sous des parasols, aux pétales fanés, des bottelettes de verdure, des bourriches de fleurs, des gerbes de frondaisons, et toutes, les pieds sur un gueux qui rougeoyait et fumait sous leurs jupes, jargonnaient éperdument, le museau refrogné, alors que les acheteurs barguignaient et refusaient leurs offres.



Derrière cette haie de guenuches, emmitouflées de madras et de cotonnades, les Diligentes avec leurs roues calées sur le bord des trottoirs, leurs caisses maçonnées d’un affreux vert pistache, leurs rosses apocalyptiques, soufflant par les naseaux une petite buée, battant dans leur peau trop large, avec les baguettes de leurs côtes, une chamade sans fin, attendaient patiemment ces couples d’étrangers, qui, encombrés de paquets et de valises, charrient après eux des attelages de femmes et des portées de galopins qui se fourrent les doigts dans le nez et mordent à même dans les provisions de route.



Un peu plus loin, enfin, à l’encoignure de la rue de l’Étuve, où s’étale, dans sa gloire de poupin obscène, le Mannekenpis, presque en face de la maison des brasseurs, si fastueuse avec ses colonnades cannelées d’or et la statue qui la chevauche au faîte, un tas de fainéants, embroussaillés de tignasses qui bouffaient sous le bourgeron de laine ou la casquette de soie noire, badaudaient de-ci, de-là, déambulant, à gauche, à droite, en aval, en amont, alors que vis-à-vis de l’Hôtel de Ville, au mitan de la place, des femelles hors d’âge, des infantes de l’an II, montraient leurs bas de laine rose, emmanchés de galoches noires et offraient des œufs durs et des crabes aux ménagères affriolées par la vente d’oiseaux qui, dans leurs cages de bois, voletaient, piaillaient, se pouillaient à coups de bec, roucoulaient, s’épluchaient les ailes, picoraient des grains, se panachaient, faisaient la roue, se troussaient le jabot et fientaient blanc.



Et les fenêtres des brasseries s’ouvraient. Les tables gluaient avec leurs verres de lambic et de faro. Une brume bleue enveloppait les salles. Des crânes de magots chauves, des groins en désarroi, des pifs bossués de verrues à peluches et de vitelottes qui saillaient écarlates dans le taillis des moustaches, des trognes de pochards en goguette, des caboches d’ivrognesses en délire, s’estompaient en un fouillis burlesque dans la fumée tourbillonnante. Des orateurs époumonnés, réduits à quia, faute de souffle, frappaient la table de leurs poings, des penseurs de barrière graillonnaient sur le plancher, et un homme ventripotent, la margoulette en zigzag, les dents courant la prétentaine dans les gencives, les fesses se tassant sur le bois d’une table, les jambes battant le rappel sur les pieds d’une chaise, chantonnait, somnolent, abruti par la bière de Diest et l’alcool de Hasselt. Les groupes grossissaient, on s’interpellait par la fenêtre, on gueulait à tue-tête la Brabançonne, on s’empiffrait des conques de Dinant, on se gavait de pistolets au beurre, on pignochait des biscottes, on suçait la bouillie verte des entrailles des crabes, on bâfrait des gaufrettes sèches, on déchiquetait des anguilles fumées, et des violoneux raclaient leurs cordes, des taverniers pompaient la bière, des mioches se troussaient le long des murs, d’autres vagissaient, d’autres encore tétaient des femmes roses et, çà et là, dans ce remous de foule, tranchant sur le bleu et le blanc des blouses, sur la cannelle et le lie-de-vin des guimpes, des soldats se rigolaient, la panse débridée, des chasseurs aux vareuses vertes avec chenilles jaunes et culottes gris de fer, des grenadiers vêtus de bleu foncé avec des bandes et des parements rouges.



Puis c’étaient, au dehors, des chiens attelés à de petites charrettes qui grommelaient et trottinaient, trimballant dans des jattes de cuivre du lait trempé d’eau ; c’étaient les marchands de beignets, leur éventaire sur le nombril et leur poudrière à sucre dans la main, et une odeur de pain chaud s’exhalait de chez les geindres, le marché fleurait le réséda, mêlant sa senteur douce à l’âcre parfum du tan des mégissiers et à l’odeur lourde et fade du houblon qui bout. Çà et là encore, des caves qui béaient, rez terre, s’étoilaient des lueurs sanglantes d’un fumignon, éclairant de reflets rembranesques tous les types des sabbats, des visages à patine de cuivre, des mentons à retroussis, des nez en trompette ou en arceau, tout le sanhédrin des déesses vieillies qui attendent la fin du crépuscule pour aller cavalcader, dans les nuages, un manche à balai entre les deux cuisses.



Et comme indigné de ces hideurs enténébrées, le soleil lutina les ouïes et les queues des dauphins en relief sur les colonnes, blondit les chimères et autres attributs héraldiques des maisons, creusa d’un trou d’or rose le naseau d’un cheval, se galvauda dans la boue, fouilla les renfoncements des pierres, se coula le long des corniches, fila le long des arêtes, creva, enfin en une large ondée d’or sur les cariatides des balcons, invitant à son régal de lumière une troupe de faméliques qui se ventrouillaient au pied des statues d’Egmont et d’Hornes, se grattant le râble, crachant sur leurs bottes, culottant des pipes d’écume à l’huile, d’exécrables pipes rouges et tachetées de noir, songeant aux ineffables joies de Bruxelles, cette terre promise des bières fortes et des filles, ce Chanaan des priapées et des saouleries !



"Le Drageoir aux épices"

via le site www.books.fr
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colimasson   26 août 2013
À rebours de Joris-Karl Huysmans
[…] à avoir ainsi voulu raffiner, il avait restreint et presque stérilisé toute jouissance, en accentuant encore l’irrémédiable conflit qui existait entre ses idées et celles du monde où le hasard l’avait fait naître. Il était arrivé maintenant à ce résultat, qu’il ne pouvait plus découvrir un écrit qui contentât ses secrets désirs ; et même son admiration se détachait des volumes qui avaient certainement contribué à lui aiguiser l’esprit, à le rendre aussi soupçonneux et aussi subtil.
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