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kielosa
  27 novembre 2022
Héroïnes manipulées ou les beaux-arts de la mort de Fanny Levy


L’analyse de la manipulation et de la violence dans le couple par Fanny Lévy a remporté le grand prix de l’essai au salon du livre des Gourmets de Lettres à Toulouse.



Il s’agit, en effet, d’une approche fort littéraire puisque l’auteure pour réaliser son enquête s’est basé sur le contenu de 5 œuvres littéraires spécifiques, à savoir :

- "Vera" d’Elizabeth von Arnim de 1921 ;

- "Franza" d’Ingeborg Bachmann de 1979 ;

- "Quatuor" de Jean Rhys de 1928 ;

- "Vie amoureuse" de Zeruya Shalev de 2000 et

- "À Suspicious River" de Laura Kasischke de 1997.



Fanny Lévy dans le préambule de son essai admet que sa sélection peut paraître arbitraire, mais elle ajoute : "J’ai choisi mes héroïnes en me fiant à mes émotions". Une approche qui se défend ou comme diraient nos amis britanniques "Fair enough".

Car elle n’est pas sans connaître par exemple "Les liaisons dangereuses" de Choderlos de Laclos de 1782 ou, plus récemment, "D’après une histoire vraie" de Delphine de Vigan de 2015.



Je regrette par contre qu’elle ne réserve pas une place plus importante aux éminents travaux en la matière de la grande psychiatre Marie-France Hirigoyen, notamment son remarquable essai de 1998 "Le harcèlement moral : La violence perverse au quotidien".



Fanny Lévy a judicieusement structuré son ouvrage en 3 parties majeures :

1) L’inferno du couple, basé sur "Vera" et "Franza" ;

2) L’amour aux ultimes confins, basé sur les œuvres de Rhys et Shalev et

3) Jusqu'au sacrifice, le roman de Kasischke.

Le tout compte 206 pages se terminant par une bibliographie des 5 écrivaines choisies et un index pratique.



Pour être honnête, je dois avouer que les commentaires relatifs à "Vera" et "Quatuor" m’ont légèrement déçu. Peut-être parce que les 2 romans datent des années 1920 et ne sont, hélas, plus tellement d’actualité ?



En revanche, j’ai beaucoup apprécié ses annotations relatives à la vie dramatique et courte d’Ingeborg Bachmann, morte à 47 ans, en 1973, qui pour son œuvre a reçu plusieurs prix littéraires prestigieux et de qui je n’ai - à ma grande honte - encore rien lu. Madame Lévy m’a absolument convaincu et je viens de me commander "Franza" et son recueil de nouvelles "Le Passeur" publié à titre posthume en 1993.



Chers ami-e-s Babelionautes, je suis navré mais la "Vie amoureuse" de Zeruya Shalev est un des rares livres que j’ai abandonné en cours de route, même si j’admire le talent de cette écrivaine israélienne.

Son évocation de la liaison destructrice entre la belle, jeune et cultivée Ya’ara et le vieux dégoûtant Arieh Even, un ami lubrique de son père, m’a tellement écœuré, que j’ai fermé le livre et pris un thriller sur ma table de nuit. Avant donc de savoir, comme l’explique Lévy, que Ya’ara est la seule des 5 héroïnes " à ne pas avoir un destin funeste." À la menace d’Arieh elle "oppose la protection des livres".



Des 5 romans retenus par l’auteure c’est bel et bien "À Suspicious River" qui a manifestement eu le plus de succès sur notre site de lecteurs avec 60 critiques, la plupart favorables. Je ne l’ai pas lu, mais de Laura Kasischke j’avais bien aimé son "Esprit d’hiver" de 2013, roman plébiscité sur Babelio (529 critiques).



Je n’ai pas l’intention de le lire non plus, car selon la synthèse de l’histoire, il s’agit d’un récit probablement encore plus dérangeant et oppressant que le précédent. L’histoire d’une jeune femme, qui après une enfance volée, tombe victime d’un vulgaire proxénète, arrête de penser et se lasse de tout et d’elle-même, jusqu’à une mort tragique.



Quand bien même qu’il est question ici d’un sujet délicat et troublant,

je peux toutefois recommander l’essai de Fanny Lévy pour la profondeur et la richesse littéraire de son approche. Le nombre de ses références en littérature est tout simplement prodigieux. Par le biais d’une multitude de notes de bas de page pour ne pas gêner le rythme de l’exposé, nous voyons défiler Thérèse Desqueyroux de François Mauriac, Nana et Gervaise de Zola...et des considérations de Boris Cyrulnik, ainsi que des vers de Sylvia Plath !



Je termine par une citation qui illustre parfaitement ces qualités littéraires, lorsqu’elle note à propos du livre de Kasischke : "La mort de son héroïne (Leila) pourrait être vue aussi bien comme sacrifice que comme meurtre. Une mort qui est un art où, comme Sylvia Plath, Leila excelle. Encore et toujours, les beaux-arts de la mort."

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