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Nicolas Chaudun


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Dernières critiques
Herve-Lionel
  13 octobre 2017
Au revoir Monsieur Friant de Philippe Claudel
La Feuille Volante n° 1175

Au revoir Monsieur Friant – Philippe Claudel - Stock



Émile Friant (1863-1932), peintre naturaliste français était lorrain, tout comme l'auteur. Philippe Claudel commence par évoquer l'image de son arrière-grand-père, fauché à 29 ans par les ravages de l'absinthe et du gros rouge, à cause sans doute de ce tableau où le peintre représenta des « buveurs ». Pourtant c'est de sa grand-mère qu'il choisit de nous parler, celle qui était déjà vieille quand il fit sa connaissance et qui perdit son mari trois mois avant l'armistice de la « Grande Guerre », fauché par la mitraille et un éclat d'obus. De lui ? il lui restait ce morceau d'acier meurtrier et une photo couleur sépia qui avait perdu son éclat à force de caresses et de baisers qu'elle déposait chaque soir après lui avoir parlé de sa journée. Elle était éclusière sur le canal de Dombasle où l'enfant voyait glisser les péniches et y passa sa jeunesse dans le froissis de l'eau et la pêche à la ligne. Elle s'invite dans ce roman, presque malgré lui, nous dit-il, mais dans « Le café de l'Excelsior » (La Feuille Volante n° 620), un précédent roman, où les femmes n'étaient évidemment pas admises, c'est bien son image virtuelle à elle qui se reflétait dans les miroirs de l'estaminet. Est-ce parce que ce peintre de l'école de Nancy choisit de montrer des scènes d'un quotidien bourgeois que Claudel souhaite l'évoquer ?. Peut-être mais sa grand-mère n'appartenait pas à cette classe sociale et tenait sans doute à ses quartiers d'authentique roture. Est-ce parce que certains tableaux évoquent des inaccessibles jeunes filles en fleur d'un autre temps et que, à la fois timide et inconscient, il poursuivit celles de sa jeunesse ? Plus tard, il jeta pourtant sa gourme entre les bas résille et le parfum bon marché de putes de son quartier et sa jeunesse étudiante rima avec une bohème littéraire qu'il voulait voir durer longtemps et se terminer peut-être sous les ors d'une quelconque académie, la consécration comme celle que connut le peintre? Est-ce parce que Friant peignit « la Toussaint » que notre auteur voulut y voir aussi, dans les brumes de novembre, la fin de ses années de jeunesse, comme la mort est la fin de la vie ?



A n'en pas douter Claudel s'interroge sur le parcours de Friant qui connut tôt le succès et l'entretint par une carrière qu'il juge quelque peu flagorneuse mais qui lui assura une aisance financière et une notoriété grandissante. Il fustige cette manière de monnayer son talent et pense qu'il cessera d'écrire, parce qu'écrire est épuisant, « un arrachement continue de viscères » et surtout pour ne pas tomber à son tour dans ce travers, dans ce qu'il nomme un malentendu. Voire ! Je pense et j'espère qu'il n'en fera rien parce que nous sommes nombreux sans doute à apprécier cet auteur, son style poétique et sa palette créatrice. Et d'ailleurs, il se ravise vite et précise « J'écris pour demander pardon » « pour le mal que j'ai fait autour de moi… ces petits riens, ces maigres trahisons… ces rendez-vous perdus que mes mots ne rachèteront jamais ». Nous avons tous, n'est-ce pas, quelque chose à nous reprocher ! Et puis, il y a quelque parenté lointaine entre le peintre et l'écrivain qui va au-delà de la toile blanche et de la page de la même couleur, qui sont une invitation mais surtout un défi à la création. Il y a sans doute cette envie de faire des ricochets sur l'eau d'un étang, de parler fort et de se rouler dans l'herbe, de brûler cette enfance qui s'attarde dans le rire des filles, les beignets d'acacia et la fragrance de l'eau de Cologne. La nostalgie est là qui fait partie de la vie et qu'on cultive dans l’image comme dans les mots, les souvenirs aussi, ceux qu'on regrette et qu'on ressasse même s'ils font mal.



Émile Friant ne peignit sans doute jamais la grand-mère de Philippe Claudel qui n'était pour lui que sa domestique et qui le saluait en le quittant d'un respectueux « Au revoir Monsieur Friant ». Ses dix-huit ans lui donnait l'illusion que sa vie serait belle, mais il y eut la guerre.. .



Je continue de lire avec un réel plaisir Philippe Claudel, rencontré un peu par hasard sur les rayonnages d'une bibliothèque parce que, ce jour-là, le hasard fit pour moi bien les choses .





© Hervé GAUTIER – Octobre 2017. [http://hervegautier.e-monsite.com]
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MathildeChau
  28 septembre 2017
Sur Mars, Récit de Voyage de Arnauld Pontier
J'ai adoré ce récit à la fois très poétique et parfaitement maîtrisé dans sa forme.



J'y ai apprécié de très intelligentes insertions d'images liées à l'enfance dans le début du récit, et reprises tout au long du texte pour partager la « jeunesse » et l'ingénuité du narrateur: des références à Hergé avec Objectif Lune, les boîtes de collections de souvenirs, les couvertures de magazines que l'on a tous vu une fois dans sa vie, les citations d'auteurs de littérature classique que l'on lit dans sa jeunesse. Cela génère une banque d'images basées sur des connaissances collectives, des références communes, et ainsi permet des descriptions qui s'ancrent dans un imaginaire parfaitement maîtrisé et « tenu en laisse » ; on ne part ainsi jamais vraiment dans de l'imagination pure ou de l'imaginaire type SF.



Les jeux de couleurs, de descriptions sont d'une incroyable richesse et l'on visualise les paysages martiens avec un mélange de précisions scientifiques et de poésie.

De plus, le fait d'avoir basé le récit sur un journal de bord créé un texte totalement immersif et l'on sort de ce roman en ayant le sentiment d'avoir passé le voyage sur Mars avec le narrateur, comme cela aurait du se faire si la mission n'avait pas été annulée, comme on a tous rêvé de le faire quand on était petit.



Avec ce journal de bord, Arnauld réussit à nous faire vivre cette exploration par toutes les phases que traverse le narrateur depuis le fantasme jusqu'aux désillusions de ce que l'on a trop fantasmé: la rigueur de cette vie, les tâches rébarbatives, l'isolement, la déshumanisation, l'insignifiance de l'homme au regard de la création. On se questionne avec lui quant au sens de la vie et de nos propres créations.



C'est un roman initiatique également: si l'on perçoit les souvenirs de l'enfance dans les premières pages, c'est réellement par son voyage que notre personnage va perdre ses rêves et fantasmes pour se heurter à la réalité jusqu'à revenir débarrassé de son ancienne peau et homme à part entière ( l'Epandex a eu pour moi cet effet peau neuve qu'on attend impatiemment qu'il utilise enfin). Il va en effet progressivement laisser derrière lui les rêves qu'il avait emportés avec lui, tel le grattoir de son père. On assiste à sa venue au monde sur Mars dans un carcan de scaphandre, et ses premiers pas maladroits, aussi bien sur la planète elle-même que dans ses relations avec le reste de l'équipage, la découverte lente de cette planète par ses propres yeux au rythme d'une routine et de devoirs contraignants, jusqu'au dépassement de ces simples actions et la sensation d'avoir achevé, d'avoir créé, d'avoir permis la vie ; de l'avoir vécue.



C'était ma première uchronie SF et je ne peux que féliciter le travail de recherches immense d'Arnauld. Le travail de recherche qui rend compte de ce que l'on sait être (sans le savoir à ce point dans le détail) une mission spatiale, l'intelligence des explications apportées en notes, mais également les références littéraires qui font de cette novella une petite pépite de poésie, d'introspection et de rêves mêlés.



Il est amusant de lire ce texte en 2017 alors que le futur évoqué (22 avril 2018, date de retour et fin de la mission) ne se situe aujourd'hui qu'à dans 6 mois !
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crapahutevida
  07 juin 2017
Au revoir Monsieur Friant de Philippe Claudel
A tout du poème en prose...
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