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327 pages
Éditeur : Dentu (31/08/1885)
5/5   1 notes
Résumé :
Biographie très romancée de l'anabaptiste Jean de Leyde, qui de 1534 à 1536, tint la ville allemande de Münster sous son emprise, et s'y fit couronner roi avant d'y exercer une dictature sanglante et fanatique.
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Critiques, Analyses et Avis (1) Ajouter une critique
dorian_brumerive
  07 août 2020
« le Roi Rouge » est un roman d'une cruauté et d'une âpreté qui, même aujourd'hui, en rendent encore la lecture douloureuse. Mais outre qu'il s'agit probablement du seul roman historique ayant patiemment reconstitué la courte existence de Jean de Leyde, l'auteur a soigneusement évité le piège facile du procès à charge religieux. Sa position en tant qu'aristocrate catholique est très délicate, mais on sent en lui une sympathie instinctive pour ce fou de Dieu d'un autre bord qui s'est cru prophète de manière sacrilège mais qui n'en a pas moins vécu le « vrai » destin d'un prophète. Henri Gourdon de Genouillac peine à cerner ce personnage, et ne nous en fait pas mystère. Était-il un dictateur ? Un pervers ? Un homme ivre de justice sociale ? Ou un authentique fanatique religieux ? Une chose est sûre : décortiquer sa vie n'apporte pas de réponse, aussi l'écrivain se refuse à toute analyse psychologique d'un tel personnage. Les pensées et les paroles prêtées à Jean de Leyde sont conditionnées par ses actes, l'auteur n'explique que ce que Jean expliqua lui-même. Lorsque la Roi Rouge annonce qu'il prendra plusieurs épouses, cette décision n'est pas expliquée, puisque lui-même ne l'a jamais fait. Tout cela dépeint au final un homme au magnétisme impressionnant dont le destin fut majoritairement improvisé dans une sorte de désespoir mégalomane, et peut-être est-ce vraiment ce qu'il a été.
Tout le mérite d'Henri Gourdon de Genouillac aura été de partir d'archives extrêmement lacunaires et d'en tirer un roman d'une grande richesse, où tous les personnages sont retranscrits et où les informations manquantes sont habilement compensées par l'habileté imaginative de l'écrivain, sans qu'il soit possible de toujours démêler le vrai du faux. le roman ne laisse aucun trou scénaristique, tout est paramétré, calculé, pensé et préétabli. On sent une oeuvre qui a été extraordinairement préparée, et où l'action et la réflexion sont subtilement dosées au travers d'un style dense, fluide, nerveux et pour tout dire déjà cinématique. On ne croirait jamais à lire ce livre qu'il date de 1885 tant il est rédigé d'une manière moderne, sans temps mort, sans longueur, avec une admirable fluidité en dépit des complexités de l'intrigue et de la situation historique lointaine. Probablement limité dans le nombre de pages que son éditeur daignait accepter sur un tel sujet, Henri Gourdon de Genouillac pare au plus pressé, évite de s'empêtrer dans des scènes picaresques ou dans un humour littéraire à la Alexandre Dumas, propres au roman historiques et qui n'ont pas toujours bien vieilli. En s'affranchissant de ces modèles et en n'ayant soin de ne jamais écrire une phrase inutile, non seulement l'auteur fait du « Roi Rouge » un roman intemporel et captivant; mais il confère dans sa rédaction une tension qui se marie à merveille avec l'époque tourmentée qu'il dépeint. Se cantonnant en plus dans les plus strictes limites de la réalité historique, Henri Gourdon de Genouillac récupère à ses frais un scénario délirant et atypique, dépourvu de morale, de romance niaise, de nostalgie chevaleresque, et n'invente des faits que pour justifier ceux qui sont réels. Cette mécanique d'écriture devient un irrésistible séjour dans l'enfer obscurantiste de la Renaissance, au coeur d'une campagne reculée de la Rhénanie où l'on n'avait guère entendu parler du Cinquecento.
La Réforme va, sur bien des points, en finir définitivement avec le Moyen-Âge, mais elle en est, à ce stade, encore issue, et ses adversaires aussi. C'est donc dans un obscurantisme moyenâgeux à l'agonie que nous plonge l'auteur, avec le désir que l'on s'y sente le plus mal possible, et effectivement, on s'y sent mal mais on ne veut pas en partir avant la fin.
« le Roi Rouge » est un roman inclassable, unique, passionnant, extrêmement bien ficelé, intemporel et insolite, et pas seulement parce qu'il revient sur un fait lui-même insolite. Il y a dans cette reconstitution historique quelque chose qui nous interpelle par-delà les siècles tant il y aura toujours sur Terre des illuminés, des contestataires, des conservateurs et des fous furieux. C'est un livre monstrueux, un livre à la douceur nécessaire et libératrice, et donc un livre profondément humain.
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Citations et extraits (1) Ajouter une citation
dorian_brumerivedorian_brumerive   07 août 2020
Les paroles prononcées par Jean retentirent douloureusement au fond du cœur de la malheureuse Juliana. Elle comprit qu’elle était perdue. Il était bien certain que si Jean, au lieu de l’appeler vers lui et de lui faire des reproches sur ce qu’il considérait comme une faute à elle personnelle, avait préféré mettre tout le monde dans la confidence de cette fâcheuse affaire et en appeler à la vengeance populaire, c’est qu’il avait résolu sa perte.
Ah ! Élise avait tenu parole et l’effet n’avait pas tardé à suivre la menace.
Juliana s’était levée et essayait de balbutier quelques mots, mais la voix expira dans sa gorge et elle retomba inerte sur son siège; un bourdonnement sourd retentissait à ses oreilles et un brouillard s’étendait devant sa vue.
Elle avait peur et soudain, elle tendit la main vers son père.
Cnipper Dolling était loin de s’attendre à cet événement, il n’avait pas songé un seul instant qu’il pût être question de sa fille dans tout ceci. Cependant, le nom de Kasimir Mansfred lui avait fait dresser l’oreille.
– Peuple, quelle peine mérite celle qui a ainsi outragé son époux et son roi, et qui a traîtreusement vendu ses frères à l’ennemi ?
– La mort ! s’écrièrent mille voix.
– Oui, la mort ! répéta Jean.
Et, saisissant l’infortunée jeune femme qui ne pouvait plus se soutenir, il la traîna sur le bord de l’estrade, et se tournant vers Cnipper Dolling atterré :
– Le jugement du peuple, c’est le jugement de Dieu. Allons ! Porteur du glaive des jugements de Dieu, fais ton devoir !
Et il lâcha le bras de Juliana qui tomba à genoux sur l’estrade.
Cnipper Dolling semblait n’avoir pas entendu; il était demeuré la bouche béante, les yeux démesurément ouverts, regardant sans voir.
Jean s’avança vers lui.
– Tu refuses ? Tu as raison. Aucun autre bras que le mien n’a le droit de s’appesantir sur une coupable si haut placée. C’est à moi qu’il appartient de faire justice.
Et saisissant le glaive que tenait Cnipper Dolling, il le lui arracha des mains, revint vers sa victime et d’un coup de la lourde épée, abattit la tête de Juliana dont le corps tomba comme une masse, tandis qu’un jet de sang allait tâcher de rouge la robe d’Élise qui poussa un cri terrible
– Périssent ainsi tous les traîtres ! exclama Jean.
Tout à coup, un éclat de rire strident ressemblant à un hurlement de fauve se fit entendre. c’était Cnipper Dolling qui l’avait poussé. Soudain, on le vit gesticuler avec fureur, faire des bonds et continuer son rire épouvantable.
Il était fou.
Quant aux assistants, saisis d’une sorte de sainte fureur à la vue du sang, ils entonnèrent le Gloria In Excelsis.
Jean de Leyde lui-même, envahi par une espèce de transport cérébral, se mit à conduire le chœur avec toute sa suite. Bientôt, on le vit descendre de son trône et franchissant les degrés de l’estrade en donnant la main à Élise, dont la robe maculée de sang était horrible à voir, il se trouva sur la place où il commença à danser un branle que les musiciens accompagnèrent. Il obligea ses femmes et ses courtisans à l’imiter.
En voyant danser le roi et sa cour, le peuple se mit de la partie, en continuant toujours à chanter des hymnes saints.
Au branle succéda une ronde que menait le roi et qui fut composée de toute la cour. Cette ronde fut enclavée par une seconde qui se forma à l’entour. Une troisième cercla les deux premières.
Alors le spectacle le plus étrange, le plus fantastique, eut lieu; des milliers de personnes, se tenant par la main, tournaient vertigineusement en s’entraînant les unes les autres dans une triple farandole que rien ne pouvait interrompre, et leur chant incessant, formant une immense clameur, semblait en les excitant redoubler encore leur vitesse de mouvements.
Cnipper Dolling, privé de raison, suivait le torrent et dansait sans relâche en poussant des sons inarticulés, tandis qu’une écume floconneuse sortait de ses lèvres entrouvertes.
Et, baigné dans un flot de sang, le cadavre pantelant de la malheureuse Juliana, du haut de l’estrade sur laquelle il était demeuré, dominait cette scène sauvage.
Pendant deux heures entières, la danse sacrilège dura.
Trop rapidement emportés par le tourbillon humain, des femmes, des enfants, des vieillards étaient tombés, mais la chaîne ne s’était pas rompue pour cela, ses anneaux s’étaient rapprochés; les malheureux qui avaient perdu l’équilibre avaient été foulés aux pieds, écrasés piétinés, sans même que les danseurs affolés, eurent eu conscience de leur fiévreux entraînement.
Et les rondes ne cessèrent que lorsque le roi, toujours chantant et dansant, eût séparé sa main droite de celle qu’elle retenait, et traînant à sa suite Élise qui traînait les autres femmes, eut repris le chemin de son palais.
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