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EAN : 9782490385324
24 pages
Isabelle Sauvage (01/06/2022)
4/5   2 notes
Résumé :
Ma peau de fille est une suite de Polaroïds d’une enfance en province, dans ce qu’on imagine une petite ville, ou à la campagne. On est dans les années 70 – 80, comme l’indiquent quelques repères (la mobylette, le walkman, le mange-disques et l’ardoise magique, la Renault 12) et les références musicales. Le décor varie entre l’extérieur — champs, forêt, neige ou ruisseau —, et l’intérieur — un garage où s’entreposent toutes sortes... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (1) Ajouter une critique
Le flou de l'enfance et la machine à fabriquer les filles

Une suite d'images probablement dans les années 70 ou 80, une enfant et son corps, « A quel moment / je suis devenue fille / à quel moment / je n'ai plus été un garçon », des souvenirs, « du toit, je prends une photo sans clôtures ni bruits de fond », une mère conductrice de transports en commun, « elle donne des coups d'accélérateur dans un monde exclusivement masculin », des jeux et des gestes, « je me débats pour ne pas tomber dans le panneau de fille ou de garçon, comme mon corps se déploie dans l'essence enfantine du flou ».

Un polaroïd, la fixation d'une image, la machine à fabriquer les filles, « moi, dans la désunion, l'injustice de la séparation, d'un coté les garçons, de l'autre la fille », la détermination, « j'ai la détermination d'une flèche, je veux qu'on me voie sous un jour nouveau », les changements du corps, « lorsqu'on me parle de soutien-gorge / je pense à un rouge-gorge / en cage / une entrave », le refus de se dénuder, grandir et se priver, l'équipe de foot des benjamines… « je quitte mon pays à l'étroit »

Et un jour, « me défaire de ma peau de fille / sous tes baisers / ma nuque et ma poitrine / jamais à jamais embrassées / pour la deuxième fois je nais ».

Un texte juste sur « le tourment des sensations »…
Lien : https://entreleslignesentrel..
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Citations et extraits (8) Voir plus Ajouter une citation
l’été, on se retrouve…



l’été, on se retrouve autour du souffle de la
lampe bleuet, l’étiquette du vieux campeur
cousue à mon duvet, la valse des tuteurs
pour donner forme à la tente, l’auvent ne sera
finalement jamais monté, mais les rideaux
à grosses fleurs et les fausses fenêtres, oui,
je rêve d’une maison en toile légère où on
vivrait toute l’année, oui, en eaux calmes pas
si calmes lorsqu’avec le bateau pneumatique
et le vent venu des terres, avec mon frère,
on glisse au large, sur la photo nous avons
exactement la même silhouette, mon père ma
mère ma sœur s’éloignent, trois points affo-
lés sur la plage, je me fais à l’idée de devoir
affronter l’océan

tu entends le son de la machine à coudre ?
alors tu entends le générique de l’émission
de Jacques Chancel que ma mère écoute à
l’heure où je rentre de l’école,…


p.9
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de part et d’autre du lino…



de part et d’autre du lino en damier noir et
blanc vivent deux familles, trois générations
d’un même arbre tortueux, la vie entre des
portes entre nous fermées, j’adore rassembler
des herbes sèches dans mes petites mains
et y mettre le feu, sentir dans ma paume le
bois soufré, mon verre se remplit d’un sirop
plein de colorant, dans la cour, des chiens
se succèdent et s’appellent Kapi, un cheval
d’un autre temps devient un portrait en noir
et blanc sur la photographie, au garage règne
une ambiance assez sombre où l’on doit
remettre les outils au bon endroit, des bi-
dons d’essence, des bouchons graisseux, des
mèches, de quoi fabriquer une bombe, tu me
vois ouvrir les espaces qui me sont interdits ?
du toit, je prends une photo sans clôtures ni
bruits de fond…


p.8
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à quel moment..



à quel moment
je suis devenue fille
à quel moment
je n’ai plus été un garçon

l’enfance est une empreinte que mon corps a
gardée, je me plie dans la boîte en carton d’une
panoplie de marquise qu’on m’offre pour mes
huit ans, dans le sillage des grands-mères qui
portent un tablier et le dessin d’une biquette,
quelques brins d’herbe de part et d’autre du
museau, je n’ai jamais vu ma grand-mère en
pantalon, elle travaillait aux champs, des bas
opaques clipsés comme des jarretières, tu vois
comme je monte à l’échelle ? pour prouver que
je peux…


p.7
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je suis là…



je suis là, avec mes couettes et ma veste en
jean, tu vois la cicatrice sous mon œil gauche ?
alors tu vois cette nuit de pleine lune où une
flèche m’a prise pour cible d’un jeu à la con, tu
vois nos jours de pluie à s’inventer de sauver
un loup sur notre radeau de coussins ? tu vois
le talus, le ruisseau ? je jette du sable pour le
brouiller jusqu’à la mer, l’hiver, lorsque le froid
coupe en deux, j’enlève mon pantalon trempé
par la neige et j’attends en culotte devant le
poêle, dans la classe le poêle se trouve au mi-
lieu, l’institutrice a une voix douce et un profil
d’oiseau, les mots sortent de ma bouche en
morceaux, pendant que mon pantalon sèche,
mon ceinturon dégage une odeur de chocolat
cramé, pour que rien ne trahisse, une odeur
c’est parfait…


p.5
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je lance mon corps en forêt…



je lance mon corps en forêt, corps animal, ra-
massé sur chaque sensation, chaque élément,
chaque courant, des pensées extravagantes
sortent de ma tête, tu vois mon rêve de des-
cendre le ruisseau ? tu vois comment je fais
taire l’abandon ? et les deux points sur mon
mollet, les canines et ma crainte de mourir
de la rage ? alors tu vois mes chaos à venir et
ceux qui n’auront pas lieu, tu vois mon indi-
cible peur de l’orage et comment je m’applique
à compter les secondes qui m’en éloignent, tu
vois ma culotte, mon pantalon avec le ceintu-
ron, d’un côté la fille et de l’autre le garçon, tu
vois ce que je perds et ce qui s’éloigne…


p.6
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