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Pierre Brunel (Éditeur scientifique)
ISBN : 2253096350
Éditeur : Le Livre de Poche (01/10/1998)

Note moyenne : 4.34/5 (sur 1204 notes)
Résumé :
Comment lire Rimbaud aujourd'hui ?

Collégien trop précoce; adolescent trop pervers; poète trop différent; mystique trop incroyant ou incroyant trop mystique; aventurier trop cupide. Tout est démesure chez Rimbaud; rien n'y est indifférent. Le lecteur ne peut que s'y plonger tout entier. Son oeuvre est courte: elle peut, elle doit être lue d'un trait.
On trouvera donc ici, comme il se doit, les Poésies, Une saison en Enfer, les Illuminations. Ma... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (38) Voir plus Ajouter une critique
ThierryCABOT
  15 mai 2013
Le mythe Rimbaud a la vie dure.
En 2010 une photographie de lui, âgé de vingt-six-ans, a été retrouvée fortuitement à Aden. Nous découvrons un jeune homme assez quelconque, l'air un peu compassé, en habit de bourgeois et dont le regard n'accroche plus la lumière. Neuf ans plus tôt, l'objectif de Fantin-Latour le montre en compagnie de plusieurs artistes (parmi lesquels se trouve Verlaine). Et là que voyons-nous ? Un adolescent aux yeux myosotis, les cheveux en désordre, le visage inspiré, qui semble ouvert à toutes les magies.
Quoi ! "Le passant considérable" que décrit Mallarmé aurait changé à ce point.
Malgré les preuves accumulées, un certain nombre de thuriféraires de l'épopée rimbaldienne n'ont pas voulu croire à une telle transformation. Ce Rimbaud-là ne ressemblait plus à un poète.
Et pourtant ! Cinq années tout au plus couvriront l'expérience créatrice de Rimbaud. Quatre verront naître ses chefs-d'oeuvre. Puis le silence... un silence définitif s'installera. A vingt ans déjà, "l'homme aux semelles de vent" avait abandonné la poésie, comme brûlé de l'intérieur et comme si elle n'avait été au fond qu'une parenthèse dans une vie d'aventures et de trafics.
A l'âge où d'autres poètes commençaient à peine à trouver leur style, Rimbaud, lui, mettait un point final à son oeuvre.
Sa précocité est confondante. "Le dormeur du val" et "Ma bohème" sont nés sous la plume d'un garçon de seize ans. A dix-sept ans,"Le bateau ivre" précédé de "Voyelles" annonce une poétique nouvelle.
Bientôt vont fleurir des poèmes inédits aux inflexions aériennes :
"Que comprendre à ma parole ?
Il faut qu'elle fuit et vole !"
"Une saison en enfer et "Les illuminations" composées avec fébrilité cloront cette expérience poétique hors du commun et menée à un rythme vertigineux.
Avec de menues maladresses et d'éclatantes réussites, Rimbaud devient l'égal des plus grands. Son incroyable plasticité littéraire lui fait emprunter dix voies différentes sans jamais se perdre. Vers classique, libéré, libre, prose poétique : rien en fait ne l'arrête !
Sentait-il confusément que l'accomplissement de son art lui dictait ces orientations successives ? Nul ne le sait. Rimbaud en tout cas se paie le luxe d'être toujours lui-même en se renouvelant toujours.
Etrange destin que le sien. Après avoir révolutionné la poésie française, Rimbaud fuit vers d'autres cieux. Il nous donne simplement congé.
Et la photographie que nous contemplons laisse un goût d'amertume, celui des illusions perdues.
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Gwen21
  10 juillet 2017
Force m'est de reconnaître qu'en poésie, genre face auquel je me sens aussi frêle et mal à l'aise que l'oiseau qui vient de naître et qui se demande où et qui il est, il me faut me raccrocher aux branches de l'académisme si je veux apprécier quelques vers. Ainsi apprécié-je Hugo et La Fontaine, qui constituent avec Baudelaire, mon Panthéon personnel d'un art dont je ne maîtrise ni les règles ni les nuances.
Avec Rimbaud, nous sommes loin de cet académisme qui me rassure. Poésie engagée, pensée libérée, vers imagés à travers lesquels il faut deviner les doubles sens. Poésie pour laquelle je ne suis ni équipée ni prédisposée. Poésie qui me laisse de marbre quand elle fait vibrer tant d'autres. Grâce à un challenge littéraire, j'aurai à nouveau tenter l'expérience, hélas sans succès. Passés "Le dormeur du val" et "Ma bohème" disséqués (et appréciés) sur les bancs de l'école, je reste totalement imperméable à la magie prophétisée. Au-delà des évocations indéniablement vivantes de la vie de bohème ou des scènes de la vie quotidienne dans le Paris de 1870, je ne suis ni particulièrement touchée ni transportée par les vers du jeune poète aux multiples talents.
De tout le recueil, un seul poème m'a interpellée, "Les étrennes des orphelins" mais c'est sans doute l'un des plus "académiques" du poète, et la boucle est bouclée.

Challenge MULTI-DÉFIS 2017
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uzun
  01 juin 2014
Quelle critique peut-on faire lorsqu'il s'agit d'une oeuvre si connue et si souvent visitée… On ne peut parler que de sa propre rencontre avec elle qui est toujours unique et souvent multiple. J'ai découvert Rimbaud il y a vingt ans et j'y ai replongé récemment. Arthur Rimbaud c'était ma porte vers la poésie moderne !
Je constate que mes textes préférés restent les même : Après le déluge, Enfance, Phrases, Veillées, Aube, Alchimie du verbe. Et encore une fois Veillées ! Les rimes ne m'intéressent plus. Elles font partie de la « virtuosité » du langage alors que depuis quelques années je tends uniquement vers le sens poétique. La même chose m'arrive dans la musique, dans l'interprétation musicale. Jouer Bach avec ses tripes et laisser tomber les oeuvres techniques !
Avant je me disais que mon expérience (petite) du français m'empêchait de profiter pleinement de tous les poèmes de Rimbaud. Mais même actuellement, certains de ses textes ne sont pour moi que de beaux objets sonores, ou visuels, sans le naturel qui m'est nécessaire pour éprouver de l'émotion véritable.
Rimbaud dans Une saison en enfer déclare lui-même : « La vieillerie poétique avait une bonne part dans mon alchimie du verbe. Je m'habituai à l'hallucination simple ; je voyais très franchement une mosquée à la place d'une usine, une école de tambours faite par des anges, des calèches sur les routes du ciel, un salon au fond d'un lac ; les monstres, les mystères ; un titre de vaudeville dressait des épouvantes devant moi. Puis j'expliquai mes sophismes magiques avec l'hallucination des mots ! Je finis par trouver sacré le désordre de mon esprit. »
Je pense que quand un poème me plaît c'est que j'ai eu les mêmes hallucinations que lui ! Finalement la question principale est la même pour tout art moderne : cette création-là, relève-t-elle des « combats spirituels » ou de l'amusement ou de la provocation ? …
Mais encore une fois le début des Veillées c'est mon poème préféré de toujours !
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Petitebijou
  05 décembre 2011
Une fois de plus, je vais rendre hommage à l'éducation nationale, à qui je dois tant de découvertes ! Je me souviens comme si c'était hier de cette après-midi de mes douze ans, en cinquième, quand nous étudiâmes "Le dormeur du Val" d'un certain Arthur Rimbaud. du choc ressenti à la lecture de ces vers :
"Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine,
Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit."
La semaine précédente, ma crise d'adolescente s'était déclarée avec autant de violence que la poésie de Rimbaud pour qui je fus prise d'une grande passion. J'étais dans un collège privé catholique, et on nous présenta l'auteur comme un très bon élève (ce qu'il était), passant allègrement sur les côtés sulfureux de sa vie, nous évoquant sa relation avec Verlaine comme "une très belle amitié". Peu importe, le ver était dans le fruit, et c'est avec délectation que je découvris par moi-même ce qu'était réellement Rimbaud. Aujourd'hui je réalise la chance d'avoir croisé Arthur, cet adolescent, moi-même adolescente. Une bien belle inititiation !
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Tempuslegendae
  30 décembre 2013
Il y a quelques années, presque jour pour jour, je me souviens avoir visité ce que fut la maison d'Arthur RIMBAUD à Charleville- Mézières, le fief du poète. Je me rappelle aussi d'avoir lu un poème qui m'avait beaucoup ému, il s'agissait des «Etrennes des Orphelins»:
«La chambre est pleine d'ombre; on entend vaguement
De deux enfants le triste et doux chuchotement.
Leur front se penche, encore alourdi par le rêve,
Sous le long rideau blanc qui tremble et se soulève…
- Au dehors les oiseaux se rapprochent frileux;
Leur aile s'engourdit sous le ton gris des cieux;
Et la nouvelle Année, à la suite brumeuse,
Laissant trainer les plis de sa robe neigeuse,
Sourit avec des pleurs, et chante en grelottant…
En sortant du musée, demeure éternelle de Rimbaud, je longeais le bord de la Meuse rejoignant la Place Ducale et je me souviens qu'il faisait froid ce jour-là, intensément froid…
Et je pensais à ce poète maudit, moqueur des «bavures de pipeaux», n'hésitant pas à faire sauter la paralysante citadelle de la poésie française située au belvédère lyrique de son époque. Car, sans nul doute, en répudiant la langue morte de ses ancêtres poètes, Rimbaud trouvait enfin la sienne, propre, il devenait enfin apte à se faire voyant et voleur de feu, ici briseur de glace. Il savait désormais que, pour reprendre les termes mêmes de la lettre du Voyant, qu'«inspecter l'invisible et entendre l'inouï» est bien «autre chose que reprendre l'esprit des choses mortes».
Je préfère rester lucide, et me dire qu'après ça il n'y a rien à rajouter, seulement nous rappeler que la littérature sait à sa façon formuler ses voeux les meilleurs , sans ne jamais oublier personne.
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Citations et extraits (152) Voir plus Ajouter une citation
OrpheaOrphea   19 juin 2010
Le dormeur du Val

C'est un trou de verdure où chante une rivière
Accrochant follement aux herbes des haillons
D'argent ; où le soleil, de la montagne fière,
Luit : c'est un petit val qui mousse de rayons.

Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,
Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,
Dort ; il est étendu dans l'herbe, sous la nue,
Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.

Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme
Sourirait un enfant malade, il fait un somme :
Nature, berce-le chaudement : il a froid.

Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;
Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine
Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.

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Aurel82Aurel82   02 avril 2017
Comme je descendais des Fleuves impassibles,
Je ne me sentis plus guidé par les haleurs :
Des Peaux-Rouges criards les avaient pris pour cibles,
Les ayant cloués nus aux poteaux de couleurs.

J'étais insoucieux de tous les équipages,
Porteur de blés flamands ou de cotons anglais.
Quand avec mes haleurs ont fini ces tapages,
Les Fleuves m'ont laissé descendre où je voulais.

Dans les clapotements furieux des marées,
Moi, l'autre hiver, plus sourd que les cerveaux d'enfants,
Je courus ! Et les Péninsules démarrées
N'ont pas subi tohu-bohus plus triomphants.

La tempête a béni mes éveils maritimes.
Plus léger qu'un bouchon j'ai dansé sur les flots
Qu'on appelle rouleurs éternels de victimes,
Dix nuits, sans regretter l'oeil niais des falots !

Plus douce qu'aux enfants la chair des pommes sûres,
L'eau verte pénétra ma coque de sapin
Et des taches de vins bleus et des vomissures
Me lava, dispersant gouvernail et grappin.

Et dès lors, je me suis baigné dans le Poème
De la Mer, infusé d'astres, et lactescent,
Dévorant les azurs verts ; où, flottaison blême
Et ravie, un noyé pensif parfois descend ;

Où, teignant tout à coup les bleuités, délires
Et rhythmes lents sous les rutilements du jour,
Plus fortes que l'alcool, plus vastes que nos lyres,
Fermentent les rousseurs amères de l'amour !

Je sais les cieux crevant en éclairs, et les trombes
Et les ressacs et les courants : je sais le soir,
L'Aube exaltée ainsi qu'un peuple de colombes,
Et j'ai vu quelquefois ce que l'homme a cru voir !

J'ai vu le soleil bas, taché d'horreurs mystiques,
Illuminant de longs figements violets,
Pareils à des acteurs de drames très antiques
Les flots roulant au loin leurs frissons de volets !

J'ai rêvé la nuit verte aux neiges éblouies,
Baiser montant aux yeux des mers avec lenteurs,
La circulation des sèves inouïes,
Et l'éveil jaune et bleu des phosphores chanteurs !

J'ai suivi, des mois pleins, pareille aux vacheries
Hystériques, la houle à l'assaut des récifs,
Sans songer que les pieds lumineux des Maries
Pussent forcer le mufle aux Océans poussifs !

J'ai heurté, savez-vous, d'incroyables Florides
Mêlant aux fleurs des yeux de panthères à peaux
D'hommes ! Des arcs-en-ciel tendus comme des brides
Sous l'horizon des mers, à de glauques troupeaux !

J'ai vu fermenter les marais énormes, nasses
Où pourrit dans les joncs tout un Léviathan !
Des écroulements d'eaux au milieu des bonaces,
Et les lointains vers les gouffres cataractant !

Glaciers, soleils d'argent, flots nacreux, cieux de braises !
Échouages hideux au fond des golfes bruns
Où les serpents géants dévorés des punaises
Choient, des arbres tordus, avec de noirs parfums !

J'aurais voulu montrer aux enfants ces dorades
Du flot bleu, ces poissons d'or, ces poissons chantants.
- Des écumes de fleurs ont bercé mes dérades
Et d'ineffables vents m'ont ailé par instants.

Parfois, martyr lassé des pôles et des zones,
La mer dont le sanglot faisait mon roulis doux
Montait vers moi ses fleurs d'ombre aux ventouses jaunes
Et je restais, ainsi qu'une femme à genoux...

Presque île, ballottant sur mes bords les querelles
Et les fientes d'oiseaux clabaudeurs aux yeux blonds.
Et je voguais, lorsqu'à travers mes liens frêles
Des noyés descendaient dormir, à reculons !

Or moi, bateau perdu sous les cheveux des anses,
Jeté par l'ouragan dans l'éther sans oiseau,
Moi dont les Monitors et les voiliers des Hanses
N'auraient pas repêché la carcasse ivre d'eau ;

Libre, fumant, monté de brumes violettes,
Moi qui trouais le ciel rougeoyant comme un mur
Qui porte, confiture exquise aux bons poètes,
Des lichens de soleil et des morves d'azur ;

Qui courais, taché de lunules électriques,
Planche folle, escorté des hippocampes noirs,
Quand les juillets faisaient crouler à coups de triques
Les cieux ultramarins aux ardents entonnoirs ;

Moi qui tremblais, sentant geindre à cinquante lieues
Le rut des Béhémots et les Maelstroms épais,
Fileur éternel des immobilités bleues,
Je regrette l'Europe aux anciens parapets !

J'ai vu des archipels sidéraux ! et des îles
Dont les cieux délirants sont ouverts au vogueur :
- Est-ce en ces nuits sans fonds que tu dors et t'exiles,
Million d'oiseaux d'or, ô future Vigueur ?

Mais, vrai, j'ai trop pleuré ! Les Aubes sont navrantes.
Toute lune est atroce et tout soleil amer :
L'âcre amour m'a gonflé de torpeurs enivrantes.
Ô que ma quille éclate ! Ô que j'aille à la mer !

Si je désire une eau d'Europe, c'est la flache
Noire et froide où vers le crépuscule embaumé
Un enfant accroupi plein de tristesse, lâche
Un bateau frêle comme un papillon de mai.

Je ne puis plus, baigné de vos langueurs, ô lames,
Enlever leur sillage aux porteurs de cotons,
Ni traverser l'orgueil des drapeaux et des flammes,
Ni nager sous les yeux horribles des pontons.
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Nastasia-BNastasia-B   18 octobre 2015
Par les soirs bleus d’été, j’irai dans les sentiers,
Picoté par les blés, fouler l’herbe menue :
Rêveur, j’en sentirai la fraîcheur à mes pieds.
Je laisserai le vent baigner ma tête nue.

Je ne parlerai pas, je ne penserai rien :
Mais l’amour infini me montera dans l’âme,
Et j’irai loin, bien loin, comme un bohémien,
Par la Nature, — heureux comme avec une femme.

SENSATION.
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LydiaBLydiaB   20 décembre 2012
Le bal des pendus

Au gibet noir, manchot aimable,
Dansent, dansent les paladins,
Les maigres paladins du diable,
Les squelettes de Saladins.

Messire Belzébuth tire par la cravate
Ses petits pantins noirs grimaçant sur le ciel,
Et, leur claquant au front un revers de savate,
Les fait danser, danser aux sons d'un vieux Noël !

Et les pantins choqués enlacent leurs bras grêles:
Comme des orgues noirs, les poitrines à jour
Que serraient autrefois les gentes damoiselles,
Se heurtent longuement dans un hideux amour.

Hurrah! les gais danseurs, qui n'avez plus de panse !
On peut cabrioler, les tréteaux sont si longs !
Hop! qu'on ne sache plus si c'est bataille ou danse !
Belzébuth enragé racle ses violons !

O durs talons, jamais on n'use sa sandale !
Presque tous ont quitté la chemise de peau;
Le reste est peu gênant et se voit sans scandale.
Sur les crânes, la neige applique un blanc chapeau:

Le corbeau fait panache à ces têtes fêlées,
Un morceau de chair tremble à leur maigre menton:
On dirait, tournoyant dans les sombres mêlées,
Des preux, raides, heurtant armures de carton.

Hurrah! la bise siffle au grand bal des squelettes !
Le gibet noir mugit comme un orgue de fer !
Les loups vont répondant des forêts violettes:
A l'horizon, le ciel est d'un rouge d'enfer...

Holà, secouez-moi ces capitans funèbres
Qui défilent, sournois, de leurs gros doigts cassés
Un chapelet d'amour sur leurs pâles vertèbres:
Ce n'est pas un moustier ici, les trépassés !

Oh! voilà qu'au milieu de la danse macabre
Bondit dans le ciel rouge un grand squelette fou
Emporté par l'élan, comme un cheval se cabre:
Et, se sentant encor la corde raide au cou,

Crispe ses petits doigts sur son fémur qui craque
Avec des cris pareils à des ricanements,
Et, comme un baladin rentre dans la baraque,
Rebondit dans le bal au chant des ossements.

Au gibet noir, manchot aimable,
Dansent, dansent les paladins,
Les maigres paladins du diable,
Les squelettes de Saladins.
+ Lire la suite
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palamedepalamede   20 mars 2017
Mes petites amoureuses

Un hydrolat lacrymal lave
Les cieux vert-chou
Sous l’arbre tendronnier qui bave,
Vos caoutchoucs

Blancs de lunes particulières
Aux pialats ronds,
Entrechoquez vos genouillères,
Mes laiderons !

Nous nous aimions à cette époque,
Bleu laideron !
On mangeait des oeufs à la coque
Et du mouron !

Un soir, tu me sacras poète,
Blond laideron :
Descends ici, que je te fouette
En mon giron ;

J’ai dégueulé ta bandoline,
Noir laideron ;
Tu couperais ma mandoline
Au fil du front.

Pouah ! mes salives desséchées,
Roux laideron,
Infectent encor les tranchées
De ton sein rond !

Ô mes petites amoureuses,
Que je vous hais !
Plaquez de fouffes douloureuses
Vos tétons laids !

Piétinez mes vieilles terrines
De sentiment ;
- Hop donc ! soyez-moi ballerines
Pour un moment !…

Vos omoplates se déboîtent,
Ô mes amours !
Une étoile à vos reins qui boitent
Tournez vos tours !

Et c’est pourtant pour ces éclanches
Que j’ai rimé !
Je voudrais vous casser les hanches
D’avoir aimé !

Fade amas d’étoiles ratées,
Comblez les coins !
- Vous crèverez en Dieu, bâtées
D’ignobles soins !

Sous les lunes particulières
Aux pialats ronds,
Entrechoquez vos genouillères,
Mes laiderons !
+ Lire la suite
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Videos de Arthur Rimbaud (82) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Arthur Rimbaud
Une Vie, une œuvre : Arthur Rimbaud (1854-1891), la dernière innocence et la dernière timidité
Par Pascale Charpentier et Christine Berlamont. Émission diffusée sur France Culture le 28.11.1991.
C'est dit : Arthur Rimbaud vit son oeuvre ; avec lui, vie et oeuvre sont inséparables. À Charleville, dans le Paris littéraire ou en Arabie, il ne cesse d'être en mouvement. Le seul et vrai lieu de Rimbaud est sans doute le moment (intenable) où il passe du oui au non, du blanc au noir, lève le camp, change de cap, vire de bord. "Enfance", "jeunesse ", "Phrases", "Vies", "Villes "... Son chemin est semé de splendeurs et de multiples analogies. Personnifiant et transfigurant tout, merveilleusement excessif et toujours prémonitoire, traversé par l'utopie et par quelque chose d'inouï, de surhumain et d'impossible, il "essaie d'inventer de nouvelles fleurs, de nouveaux astres, de nouvelles chairs, de nouvelles langues et arrive à l'inconnu". Alors, faute de pouvoir rendre le monde léger et aérien, bientôt, il "enterre son imagination et ses souvenirs. Une belle gloire d'artiste et de conteur emportée ! Bien au-delà de la mort venue rompre un dérèglement qu'elle ne supporte pas, mi-homme, mi-dieu, épris de corps" hors de toute race, de tout monde, de tout sexe, de toute descendance ", Rimbaud est l'insomniaque de toujours, insomniaque à jamais...
Intervenants : - Alain Borer, - Michel Deguy, - Dominique Noguez, - Alain Jouffroy, - Jean-Marie Turpin.
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