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Raoul Dufy (Illustrateur)
ISBN : 2070300072
Éditeur : Gallimard (28/10/1966)
  Existe en édition audio

Note moyenne : 3.94/5 (sur 1549 notes)
Résumé :
Sous le pont Mirabeau coule la Seine
Et nos amours
Faut-il qu'il m'en souvienne
La joie venait toujours après la peine

Ces vers du "Pont Mirabeau", comme ceux de "La Chanson du mal-aimé" ou de "Zone", tous issus du recueil Alcools ont fait la fortune littéraire d'Apollinaire, et un grand classique de la poésie. Toutefois, ce classicisme ne doit pas faire oublier qu'en son temps ce recueil constitua une véritable révolution poétiqu... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (65) Voir plus Ajouter une critique
sabine59
13 octobre 2016

Je suis tombée amoureuse d'Apollinaire adolescente et depuis, j'ai toujours la fièvre...
Derrière le visage rond, gouailleur, coquin, présenté sur la couverture de ma vieille édition Poésie / Gallimard, se cache tant de sensibilité,de ferveur, d'inventivité, de force créatrice!
J'aime tous ses recueils mais celui-ci reste pour moi le plus abouti, le plus varié, le plus évocateur de son talent.Non, je ne suis pas objective, je reste indéfiniment subjuguée...
Envoûtée peut-être aussi, comme les marins devant le rocher de la Lorelei, par les poèmes sublimes de la période rhénane.Quelle magie dans les vers !
" Mon verre est plein d'un vin trembleur comme une flamme"
Et mon préféré entre tous: " Mon verre s'est brisé comme un éclat de rire"...
J'ai la fièvre de ces soirs de brume, à Londres, de ce nouveau monde moderne, de la " Bergère ô tour Eiffel", de ce bel automne , " saison mentale" du poète, de cet amour malheureux pour des femmes entrevues, perdues,rêvées.J'aurais aimé être l'une d'elles.
J'ai la fièvre de toi, Guillaume !
Excusez-moi, je me suis laissée emporter ! Je n'ai plus aucune mesure quand il s'agit de ce poète.
Toujours vibrer, frissonner, imaginer, m'émouvoir, m'enchanter...grâce à tes vers.

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Poiesis
30 septembre 2012
Le temps de sa lecture, ce recueil m'a rendue à moi-même. Parmi ses pages, s'étend l'empreinte de l'automne. Comme un bonheur en sursis, comme un cri envers tout ce qui s'éloigne et ne cesse de choir à nos yeux. J'aime Apollinaire, immodérément et pour bien des raisons. Ses rythmes parfois déstructurés, son lyrisme inépuisable ainsi que ses images mentales me collent à la peau. Et quoiqu'un peu sottement, il m'a semblé à travers Alcools l'avoir toujours connu.
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michfred
03 mai 2015
"Il faut être toujours ivre", disait Baudelaire," de vin, de poésie, ou de vertu à votre guise, mais enivrez-vous!"
Apollinaire a pris son confère et prédécesseur au pied de la lettre:" Alcools" par tous les moyens s'emploie à nous faire tourner la tête.
Entre le lyrisme romantique des "Rhénanes" - la partie la plus traditionnelle du recueil- des poèmes résolument modernistes comme "Zone" ou mystérieux comme "La Chanson du Mal-Aimé", on ne peut pas dire qu'il y ait une véritable unité dans ce très célèbre recueil, : le plus connu d'Apollinaire avec "Anagrammes".
On dit que, piqué au vif par la lecture, dans l'atelier des Delaunay , de Pâques à New York rédigé en une nuit par Cendrars, Apollinaire écrivit derechef "Zone", le plus moderne de ses poèmes d'alors, le fit figurer en tête de son recueil comme un manifeste, et fit supprimer toute ponctuation aux poèmes d'Alcools pour leur donner la liberté de lecture et l'autonomie musicale qui était dans l'air du temps...
"Pâques" et "Zone" se ressemblent: errance urbaine angoissée d'un poète à la recherche de lui-même, mais si Cendrars, l'athée, cherche une réponse à sa crise spirituelle, Apollinaire, croyant, n'éprouve pas le même vertige, et c'est son enfance et son passé qu'il recherche, lui, l'apatride, dans ce Paris moderne dominé fraîchement par la Tour Eiffel toute neuve..
Il n'y a donc pas plagiat, juste écho.. tout le reste du recueil est vraiment original et personnel...avec une petite préférence pour Rhénanes, où la tendresse du poète pour les légendes, les brumes et... les vins rhénans donne une couleur nostalgique et grisante aux poèmes.
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vincentf
01 juillet 2010
Tension entre le moderne et l'ancien, peut-être. Est-ce ce qui touche dans Apollinaire ? Il y a de ça. Il y a d'abord les mots, répétés ou pierres précieuses déposées au coin d'un poème, d'une incantation magique, alchimie, chocs. Comme souvent, le commentaire sur la poésie est vain. Il suffirait de citer, de ne pas se creuser la tête, même si l'on ne voit pas tout, même si l'analyse en groupe des "Colchiques" a été un chouette moment. La poésie, celle d'Apollinaire, si simple si l'on veut bien ne pas tenter de l'intellectualiser, n'est rien d'autre, rien de plus et rien de moins, qu'un dépôt de formules, magiques ou triviales, dans notre esprit.
Lire la poésie comme on va à la pêche, tirer un mot, un vers, l'accrocher à notre âme, "soleil cou coupé", ou "Mon Automne éternelle ô ma saison mentale". Encore : "C'est la lune qui cuit comme un oeuf sur le plat", "Ecoutez mes chants d'universelle ivrognerie". La poésie d'Apollinaire est cocktail d'alcools plus ou moins forts dont on se laisse imprégner à l'envie, un petit verre par ci, un petit verre par là, et mine de rien, on s'en soûle, on voit le monde autrement, on vit plus intensément. Fulgurance du regard du chat, croisé en titubant, au coeur de la nuit : "Je souhaite dans ma maison : / Une femme ayant sa raison, / Un chat passant parmi les livres, / Des amis en toute saison / Sans lesquels je ne peux pas vivre".
Boire sa vie comme une eau de vie, un poème d'Apollinaire en tête, la voix de Léo Ferré, le souvenir d'une Annie qui rendait fou, et se dire que la joie, jadis, et demain, et toujours, venait toujours après la peine et que sous les ponts de Paris, qui bêlent ce matin, coule la Seine, et nos amours, et que les femmes paissent parfois ce grand pré mal fleuri par l'automne que deviennent, fatalement, les poètes un brin trop sensibles. Ou trop simples.
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AMR
02 janvier 2017
La biographie d'Apollinaire le présente comme un poète majeur, fondateur de la poésie moderne, lien entre les symbolistes et les surréalistes, qui renouvelle le lyrisme à une époque où la question de l'image est complètement revue grâce au développement de la photographie… En effet, il reprend les grands thèmes lyriques (le temps qui passe, l'amour, la nature, la mort) mais les traite avec modernité ; sa poésie, souvent très mystérieuse, peut être très simple ou au contraire très complexe. Apollinaire est contemporain de la remise en question du vers par les héritiers du symbolisme, influencés par le poème en prose et tendant déjà vers le vers libre.
Véritable autodidacte, très cultivé, il a été critique d'art et a fréquenté les grands artistes de son époque comme Marie Laurencin, le Douanier Rousseau, Picasso ou Max Jacob… En résumé, Apollinaire a vécu une existence très romanesque ; il laisse une oeuvre surprenante, innovante, très abondante dont plus de la moitié a été publiée à titre posthume.
Apollinaire a publié Alcools en 1912 ; ce recueil rassemble ses meilleurs poèmes écrits depuis 1901. En effet, à partir de 1910, Apollinaire a voulu réunir ses poèmes ; le premier titre envisagé était Eau de vie au singulier. Alcools au pluriel est un titre plus insolite qui correspond mieux à l'image de sa poésie. La chronologie d'écriture n'est pas respectée ; il y a plutôt une alternance de poèmes longs et courts, de factures modernes en vers libres et classiques en vers plus réguliers. La ponctuation est absente, supprimée ; la mort est omniprésente dans sa réalité, mais aussi sous forme fantastique ou métaphorique. le premier poème « Zone », en vers libres, peut être lu comme une introduction thématique et esthétique, une rupture avec ce qui se faisait avant :
« À la fin tu es las de ce monde ancien
Bergère ô tour Eiffel le troupeau des ponts bêle ce matin
Tu en as assez de vivre dans l'antiquité grecque et romaine
Ici même les automobiles ont l'air d'être anciennes
La religion seule est restée toute neuve la religion
Est restée simple comme les hangars de Port-Aviation
[…]
Soleil cou coupé »
Chez Apollinaire, la plupart du temps, les textes sont inspirés par une scène vue ou vécue. Des épisodes de sa vie transparaissent à la lecture des poèmes.
« le Pont Mirabeau » de 1912, est sans doute l'un des plus connus ; Apollinaire y évoque sa rupture avec Marie Laurencin. La mise en page des strophes du poème rappelle l'arche d'un pont, dans une approche visuelle annonçant les Calligrammes qui seront publiés en 1918 :
« Sous le pont Mirabeau coule la Seine
Et nos amours
Faut-il qu'il m'en souvienne
La joie venait toujours après la peine
Vienne la nuit sonne l'heure
Les jours s'en vont je demeure
[…] »
« Marie », véritable chanson, est également inspirée de sa séparation avec Marie Laurencin :
« […]
Je passais au bord de la Seine
Un livre ancien sous le bras
Le fleuve est pareil à ma peine
Il s'écoule et ne tarit pas
Quand donc finira la semaine »
Apollinaire revient aussi sur son sentiment amoureux non partagé pour Annie Playden, la gouvernante de la Vicomtesse de Milhau chez qui il a été précepteur en Allemagne vers 1901-1902, époque des premiers poèmes d'Alcools, dont « les Rhénanes », suite de neuf textes qui rappellent le thème de l'alcool, des légendes allemandes et de la veine folklorique, des promenades sur le Rhin… Nous retrouvons aussi le souvenir d'Annie dans « La Chanson du Mal-Aimé », long poème élégiaque.
Dans « Les Fiançailles », long poème moderne, le poète livre un bilan de sa vie :
« […]
J'ai eu le courage de regarder en arrière
Les cadavres de mes jours
Marquent ma route et je les pleure
[…]
Pardonnez-moi mon ignorance
Pardonnez-moi de ne plus connaître l'ancien jeu des vers
Je ne sais plus rien et j'aime uniquement
Les fleurs à mes yeux redeviennent des flammes
Je médite divinement
Et je souris des êtres que je n'ai pas créés
Mais si le temps venait où l'ombre enfin solide
Se multipliait en réalisant la diversité formelle de mon amour
J'admirerais mon ouvrage
[…] »
Du 7 au 13 septembre 1911, Apollinaire est emprisonné à la Santé car il est accusé d'avoir volé des statuettes au Louvre et de complicité dans le vol de la Joconde. Il est libéré par son avocat mais pas acquitté ; attaqué par la presse, accusé d'être un métèque et un pornographe, il manque d'être expulsé. le non-lieu ne sera prononcé qu'en janvier 1912. Héritier de Verlaine, le poète écrit sur son incarcération, vécue comme un enfermement injuste et aliénant : « À la santé » est un poème autobiographique, découpé en six parties, une par jour en prison.
Le thème de l'automne, saison poétique par excellence, revient également très souvent, notamment dans « Les Colchiques », « L'Adieu », « Signe », « Automne malade»…
Ce n'est pas facile de faire une chronique sur un recueil de poèmes… Je me suis basée sur quelques notes et sur les passages soulignés au cours de mes lectures…
Apollinaire me touche particulièrement car il se veut tout à fait exemplaire de son époque ; il n'oppose pas, il ne refuse rien, il amalgame toutes les techniques possibles ; il oscille perpétuellement entre liberté totale et règles rigoureuses.
Sa poésie est orale, il faut dire ses poèmes, à haute voix, pour profiter des assonances, des jeux de mots et des ambiguïtés sémantiques ou polysémiques. Car Apollinaire aimait les mots, tous les mots qu'ils soient banals ou très recherchés, vulgaires, ésotériques, poétiques… Apollinaire n'a pas créé un langage spécifique, il a joué avec les mots, il les a brassés ; il a fait la même chose avec les sonorités et les significations. À nous lecteurs d'en tirer le plus de sens possible !
Dans la même édition figure le Bestiaire ou Cortège d'Orphée, publié en 1911. C'est un livre d'artiste à quatre mains avec des gravures sur bois de Raoul Dufy. Je ne sais trop qu'en dire car les courts poèmes d'Apollinaire me paraissent parfois hermétiques ; il faut décoder toutes les références (avec les notes de fin) et les allusions biographiques ; on retrouve Marie Laurencin dans « La Colombe », par exemple… J'aime bien « L'Éléphant » où le poète compare l'ivoire à ses « mots mélodieux », « La Sauterelle » où la poésie devient « régal des meilleures gens », « le Poulpe » avec la métaphore de l'encre et du sang… Je souris quand le paon « se découvre le derrière »… En fait, ce bestiaire est descriptif par les gravures qui contiennent énormément de petits détails et allégorique et symbolique par les textes ; de plus, Orphée y figure parmi les animaux.
Enfin, quelques courts poèmes, réunis sous le titre Vitam impendere amori terminent le recueil ; ils sont de facture assez classique bien que sans ponctuations et célèbrent des thèmes lyriques (amour, crépuscule, cours d'eau, jeunesse perdue…)
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Citations & extraits (279) Voir plus Ajouter une citation
dansepoupoudansepoupou13 juin 2017
Voix lactée {1}

extrait

Je ne veux jamais l'oublier
Ma colombe ma blanche rade
O marguerite exfoliée
Mon île au loin ma Désirade
Ma rose mon giroflier
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dansepoupoudansepoupou13 juin 2017
Zone

extrait


Tu as fait de douloureux et de joyeux voyages
Avant de t'apercevoir du mensonge et de l'âge
Tu as souffert de l'amour à vingt et à trente ans
J'ai vécu comme un fou et j'ai perdu mon temps
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VetoYvesVetoYves10 juin 2017
Les feuilles
Q.u'on foule
Un train
Qui roule
La vie
S'écoule

Extrait de " Automne malade "
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OrpheaOrphea15 mai 2009
Le pont Mirabeau

Sous le pont Mirabeau coule la Seine
Et nos amours
Faut-il qu’il m’en souvienne
La joie venait toujours après la peine

Vienne la nuit sonne l’heure
Les jours s’en vont je demeure

Les mains dans les mains restons face à face
Tandis que sous
Le pont de nos bras passe
Des éternels regards l’onde si lasse

Vienne la nuit sonne l’heure
Les jours s’en vont je demeure

L’amour s’en va comme cette eau courante
L’amour s’en va
Comme la vie est lente
Et comme l’Espérance est violente

Vienne la nuit sonne l’heure
Les jours s’en vont je demeure

Passent les jours et passent les semaines
Ni temps passé
Ni les amours reviennent
Sous le pont Mirabeau coule la Seine

Vienne la nuit sonne l’heure
Les jours s’en vont je demeure
+ Lire la suite
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PoiesisPoiesis30 novembre 2011
Cortège

Oiseau tranquille au vol inverse oiseau
Qui nidifie en l'air
A la limite où notre sol brille déjà
Baisse ta deuxième paupière la terre t'éblouit
Quand tu lèves la tête

Et moi aussi de près je suis sombre et terne
Une brume qui vient d'obscurcir les lanternes
Une main qui tout à coup se pose devant les yeux
Une voûte entre vous et toutes les lumières
Et je m'éloignerai m'illuminant au milieu d'ombres
Et d'alignements d'yeux des astres bien-aimés

Oiseau tranquille au vol inverse oiseau
Qui nidifie en l'air
A la limite où brille déjà ma mémoire
Baisse ta deuxième paupière
Ni à cause du soleil ni à cause de la terre
Mais pour ce feu oblong dont l'intensité ira s'augmentant
Au point qu'il deviendra un jour l'unique lumière
Un jour
Un jour je m'attendais moi-même
Je me disais Guillaume il est temps que tu viennes
Pour que je sache enfin celui-là que je suis
Moi qui connais les autres
Je les connais par les cinq sens et quelques autres
Il me suffit de voir leurs pieds pour pouvoir refaire ces gens à milliers
De voir leurs pieds paniques un seul de leurs cheveux
Ou leur langue quand il me plaît de faire le médecin
Ou leurs enfants quand il me plaît de faire le prophète
Les vaisseaux des armateurs la plume de mes confrères
La monnaie des aveugles les mains des muets
Ou bien encore à cause du vocabulaire et non de l'écriture
Une lettre écrite par ceux qui ont plus de vingt ans
Il me suffit de sentir l'odeur de leurs églises
L'odeur des fleuves dans leurs villes
Le parfum des fleurs dans les jardins publics
O Corneille Agrippa l'odeur d'un petit chien m'eût suffi
Pour décrire exactement tes concitoyens de Cologne
Leurs rois-mages et la ribambelle ursuline
Qui t'inspirait l'erreur touchant toutes les femmes
Il me suffit de goûter la saveur du laurier qu'on cultive pour que j'aime ou que je bafoue
Et de toucher les vêtements
Pour ne pas douter si l'on est frileux ou non
O gens que je connais
Il me suffit d'entendre le bruit de leurs pas
Pour pouvoir indiquer à jamais la direction qu'ils ont prise
Il me suffit de tous ceux-là pour me croire le droit
De ressusciter les autres
Un jour je m'attendais moi-même
Je me disais Guillaume il est temps que tu viennes
Et d'un lyrique pas s'avançaient ceux que j'aime
Parmi lesquels je n'étais pas
Les géants couverts d'algues passaient dans leurs villes
Sous-marines où les tours seules étaient des îles
Et cette mer avec les clartés de ses profondeurs
Coulait sang de mes veines et fait battre mon cœur
Puis sur terre il venait mille peuplades blanches
Dont chaque homme tenait une rose à la main
Et le langage qu'ils inventaient en chemin
Je l'appris de leur bouche et je le parle encore
Le cortège passait et j'y cherchais mon corps
Tous ceux qui survenaient et n'étaient pas moi-même
Amenaient un à un les morceaux de moi-même
On me bâtit peu à peu comme on élève une tour
Les peuples s'entassaient et je parus moi-même
Qu'ont formé tous les corps et les choses humaines

Temps passés Trépassés Les dieux qui me formâtes
Je ne vis que passant ainsi que vous passâtes
Et détournant mes yeux de ce vide avenir
En moi-même je vois tout le passé grandir

Rien n'est mort que ce qui n'existe pas encore
Près du passé luisant demain est incolore
Il est informe aussi près de ce qui parfait
Présente tout ensemble et l'effort et l'effet
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