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Citations sur Glenn Gould piano solo (12)

Le mystère du jeu de Gould tient à la qualité, la densité partout reconnaissable de son intonation. (L’intonation est difficile à analyser ; c’est, si l’on veut, ce qui fait que deux pianistes jouant sur les mêmes notes avec le même volume, et sur un même piano, produisent des sonorités différentes.) L’intonation de Gould tient de l’humble, de la chose dénuée, sans attaches, du bas ; elle veut connaître Dieu. Ou la musique, appelez ça comme vous voulez. Gould s’en est approché, peut-être plus près que personne, dans son dernier enregistrement de l’Aria des Variations Goldberg. »
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« La conception victorine de la méditation insiste sur la formule trinitaire (trois aspects, trois genres, trois formes) ce qui n’est pas sans rapports avec la référence ultime du christianisme. On la retrouve, structurant les Variations Goldberg, qui se répartissent en une triade introductive (Aria et variations 1 et 2), neuf triades composées de trois variations chacune (une en canon, la deuxième libre, la troisième de virtuosité) et une conclusion tripartite (dernière variation, Quolibet et reprise de l’Aria initiale).
Le deuxième stade de la vie intérieure, après la méditation, est le soliloquium dans lequel l’ homme intérieur creuse en lui-même. Etre seul, c’est d’abord être seul en présence de soi, ce qui est loin d’être toujours plaisant, ou même tolérable. Pour Gould, le soliloque, c’est le travail de studio, les innombrables prises, le dialogue avec soi sur la forme, l’idée.
Le troisième stade est la circumspectio, regard tourné, pour s’en détourner, vers les biens sensuels, leurs séductions, le patient déliement des attachements mondains. C’est Gould quittant la scène, quittant les proches, se quittant, revêtant la cendre, ne sortant qu’à la nuit tombée dans sa Lincoln Continental noire, pressé d’en finir avec il ne savait quoi.
Le dernier stade est l’ascensio, l’élévation, qui a elle-même trois degrés : ascensio in actu, s’arracher par les actes, la confession, l’aumône, le mépris des biens, à l’ici-bas ; ascensio in affectu, ravalement des affections, voeu de n’être rien, pour personne ; et enfin, pour ceux qui y parviennent, ascensio in intellectu, qui consiste à connaître Dieu.
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Les grands traits de la vie intérieure reproduits de siècle en siècle depuis Philon, Plotin et saint Augustin furent reformulés par Hugues de Saint-Victor . La voie part de la considération, recherche contradictoire, regard porté autour, sur le monde, sur moi et sur Dieu, puis atteint la contemplation, conception assurée et non douloureuse de la vérité. La contemplation est faite d’assentiment (consensus) : quand Gould joue, une sorte de oui ne cesse de s’ouvrir, de croître. Assentiment d’autant plus tendu que son objet se cache, d’autant plus fort qu’il s’élève d’un ressentiment pleinement mûri. Gould avait gagné la liberté de n’aimer pas (Mozart, les romantiques, le piano de pianistes) et cela lui donnait une grande intensité légère dans ses attachements (Gibbons, Strauss, les formes fuguées). Enfin, vient l’extase. L’âme se sépare du corps, et advient alors une sorte de regard sans yeux. L’âme est emportée (rapitur) jusqu’à la jouissance de Dieu.
Le premier stade de la contemplation est la meditatio. De Saint-Victor, qui aime les formules ternaires, la définit comme une « réflexion insistante qui explore le mode, la cause et la raison de toutes choses. Le mode : ce qu’elle est ; la cause : pourquoi elle est ; la raison : comment elle est ».
Il y a trois genres de méditation : sur les créatures, sur l’Ecriture, sur les moeurs. La première naît de l’admiration, la deuxième de la lecture, la troisième de la circonspection. Pour Gould, la meditatio in creaturis et la meditation in moribus furent sans doute douloureuses. »
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« Penser est affaire de solitude : il faut bien que le monde se taise un peu. Mais l’esseulement frappe à mort le travail de penser. J’imagine Gould affreusement seul après le concert dans sa loge envahie d’admirateurs béats, non dans son studio de l’Inn on the Park se demandant comment il allait phraser l’entrée du contre-sujet d’une fugue. Peut-être était-il alors dans la même impatience contre le démon (tout ce qui n’est pas la musique), que sainte Thérèse parlant du mal : « C’est un chien qui aboie au-dehors. »
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« Le solipsisme, ce luxe — ou cette misère — du philosophe, du psychanalyste ou de l’artiste n’est possible qu’à qui connaît le sens de l’’adjectif solus et du pronom ipse. Il n’y a d’exil tenable que pour qui sait où est son natal, et le programme de Descartes, que Gould appliqua à la lettre : « feindre que je n’avais aucun corps, qu’il n’y avait aucun monde, ni aucun lieu où je fusse », n’est à la portée que de celui qui ne doute pas de son être, c’est-à-dire, d’être vivant (sum), et d’être celui qu’il est (ipse). Alors, la solitude (solus) effectivement renforce le sentiment d’être. »
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« Être dans la solitude, c’est là le difficile. Continuer à être, à garder le sentiment de sa propre existence — être, et non pas cesser d’être, quand l’autre n’est pas là — et conserver le sentiment d’identité — être soi, et pas les autres. Il est des gens pour qui la chose paraît simple. Ils sont convaincus que leur existence vraie ne cesse pas, mais peut-être même ne commence qu’à l’écart des autres. Ce retrait, ils le nomment, c’est selon, la vie privée, la table d’écriture, la chambre à soi. Pourtant, pour beaucoup, l’être se défait, s’altère quand l’autre manque. (Mais cet autre qui ne peut faire défaut sans que je sombre dans le néant, est-ce bien un autre ?) Ils ne sont que quand ils ne sont pas seuls (la promiscuité tient lieu de proximité). »
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Gould n'était pas un surréaliste en mal de provocation, mais une sorte de cathare de la musique. Son retrait fut conséquent avec ce constat : les salles ne sont pas le meilleur endroit, pour écouter de la musique, à cause de la présence des images, et de l'absence de solitude qu'elles impliquent. Le concert lui semblait immoral, parce que la musique, comme Dieu, ne souffre pas la représentation.

(p. 114)
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il aurait voulu que ses enregistrements de Beethoven ( deuxième concerto ) possédasse le son de ceux de Schnabel, pauvre en harmoniques. A quoi son ingénieur du son répondit : « Vous n’avez qu’à les écouter au téléphone sur un appel longue distance.»
/.../ j’aime cette idée que la musique puisse finalement n ‘être que cela : un appel longue distance. On joue, on ne sait qui on appelle. On n’ignore qui appelle en soi. Une simple vibration de l’air entre deux lointains, une ligne bruissante joignant deux êtres dont on ne sait rien, sinon qu’ils sont perdus.
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Je ne saurais dire de quelle couleur étaient ses yeux. Ce n'est pas faute d'avoir regardé les rares photos en couleurs où il se montre, ou d'avoir arrêté l'image des bandes vidéo sur l'instant fugitif où l'on surprend son regard en fuite - non pas vous fuyant, fuyant en vous, ou au-delà de vous - , lorsque se lève soudain dans ces yeux désillés cette lueur indéfinissable qu'ils prennent chez ceux qui les ferment souvent ou les écarquillent sur l'inconnu. Je dirais qu'ils étaient verts, ou bien d'un gris intense, d'une nuance presque Menuhin disait de son visage que c'était un miroir qui éclairait celui qui s'y regardait.
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(…) il ne s’est pas attardé parmi nous. Il est sorti un peu avant la fin de la séance, fuyant la pénombre, voulant cacher un corps déchu, content d’étonner la vieillesse en lui faussant compagnie. Il aurait tant voulu certains soirs d’autrefois quitter la performance avant que les lampes se rallument. Il s’est esquivé comme il faisait toujours, furtivement, avec sans doute pour les médecins un sourire désolé au fond de ses yeux rêveurs noyés dans la pâleur d’un visage de papier.
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