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Kirzy
  18 octobre 2020
°°° rentrée littéraire 2020 # 33 °°°

D'abord, il y a cette photographie incroyable qui explose de la couverture : une jeune femme noire, torse nu, port de tête insolent, pipe à la bouche, gri-gri autour du bras, si féminine, presque féministe avant l'heure. C'est celle d'Aline Sitoé Diatta. Quasi inconnue en France et Europe, une icône de la résistance à la colonisation au Sénégal dans les pas non-violents d'un Gandhi.

Dès les premières pages, on sent l'investissement de l'auteure à faire voler en éclat cette invisibilisation d'une figure majeure de l'histoire sénégalaise, on sent sa volonté à faire connaître le combat de cette jeune femme, née en 1920, un combat qui résonne aujourd'hui. Ce devoir de mémoire, elle le revendique aussi comme un hommage à son père, docteur en sociologie et diplomate à l'ONU, appartenant à l'ethnie diola de Casamance, comme Aline.

L'écriture de Karine Silla est immédiatement passionnée pour raconter le parcours d'Aline dont le destin relève d'un romanesque fabuleux à décrire pour un écrivain : orpheline, docker à peine adolescente sur les quais de Ziguinchor, bonne dans une famille de colons français, entendant des voix comme Jeanne d'Arc l'enjoignant à mener la lutte contre le colonialisme, sacrée reine diola à 19 ans avant de mourir à 25 dans dans les geôles françaises. Les plus beaux passages du livre sont ceux qui la font parler à la 1ère personne, en empathie totale avec la magnétique Aline. Ils sont d'une poésie et d'un lyrisme rare et qui font aimer cette guerrière pacifique à l'énergie peu commune qui entraina avec elle tout un peuple et fit trembler l'ordre établi.

Tout cela pourrait aisément basculer l'hagiographie, ça le fait sans doute parfois mais Karine Silla a l'intelligence d'ensorceler son récit en le transformant en légende universelle, à l'image du titre qui sonne comme un récit mythique. Surtout, elle ne verse jamais dans le manichéisme primaire, donnant largement la parole aux colons pour questionner le colonialisme dans une palette très large : Jean, l'intellectuel anticolonialiste ; Martin, arrivé au Sénégal dans l'idée de civiliser des sauvages et qui, tombé amoureux du pays, voit sa conception de la colonisation évoluer ; l'épouse de Jean pleine de peur et de préjugés ; le gouverneur Buisson brutal et obtus.

Et le cadre historique achève de rendre passionnant ce roman. Car la lutte d'Aline se déroule en 1943, en pleine Deuxième guerre mondiale : les colonies deviennent un enjeu entre le gouvernement de Vichy et la France libre du général De Gaulle qui tenta de prendre Dakar, sans que l'enrôlement forcé des jeunes Sénégalais ne cesse avec des promesses d'émancipation qui ne seront pas tenues.

Très inspiré et inspirant.
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Cannetille
  20 décembre 2020
Aline Sitoé Diatta naît en 1920 en Casamance, cette région du sud du Sénégal majoritairement peuplée par les Diolas, de tout temps réputés pour leur attachement à la liberté et pour leur refus de toute domination étrangère. Menée par des voix intérieures lui intimant de libérer son pays de la colonisation, prônant la désobéissance civile non violente, Aline est consacrée reine par son peuple et devient l'icône d'une résistance que l'administration française de 1942, affaiblie par la seconde guerre mondiale, décide aussitôt de mater. Arrêtée et déportée, la jeune femme meurt à vingt-quatre ans, devenant à jamais l'héroïne de la résistance sénégalaise à la colonisation.


Franco-sénégalaise, Karine Silla rend un splendide hommage à cette femme d'exception, sorte de version africaine de Jeanne d'Arc et de Gandhi, qui reste totalement méconnue en dehors du Sénégal. Ce roman biographique nous fait découvrir son étonnant portrait, en même temps qu'un grand pan d'histoire du Sénégal, depuis l'arrivée des premiers Portugais puis le début de la colonisation française entre les 15ème et 17ème siècles, jusqu'à la seconde guerre mondiale. On y assiste à la bataille de Dakar, qui oppose De Gaulle aux Alliés et à la France de Vichy en 1940. On y voit partir pour la France des dizaines de milliers d'engagés, pendant que la discrimination raciale du régime pétainiste, les confiscations et l'arrêt des importations françaises ne cessent de dégrader les conditions de vie des autochtones.


Au travers de personnages travaillés en profondeur, notamment l'ambivalent Martin, amené peu à peu à reconsidérer les convictions héritées de son éducation occidentale, s'expriment tour à tour les points de vue des Sénégalais, de plus en plus pressurés et réduits à la famine alors que l'arachide est venue remplacer le riz des cultures vivrières, et celui des colons qui, majoritairement abrités derrière leurs préjugés de supériorité blanche, convaincus d'apporter la « civilisation » aux « sauvages », mettent tout en place pour asseoir leur pouvoir sur ce territoire et en exploiter les ressources au seul bénéfice de la métropole.


Un puissant souffle romanesque traverse cette fresque aussi vivante que passionnante qui, en ressuscitant une figure historique injustement oubliée hors de son pays, nous rappelle avec réalisme les méfaits de la colonisation en Afrique. Coup de coeur.

Lien : https://leslecturesdecanneti..
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Zakuro
  22 octobre 2020
Les bords du fleuve de la Casamance, la mangrove et les rizières, c'est le pays Diola. C'est aussi le berceau de naissance d'Aline Sitoé Diatta née en 1920 dont je ne savais rien avant de lire l'hommage vibrant que lui consacre Karine Silla dans ce très beau roman.
Aline Sitoé Diata aurait eu 100 ans cette année où l'on célèbre aussi les 60 ans de l'indépendance du Sénégal.
Elue prophetesse et reine parce qu'elle a su faire venir la pluie par ses prières dans son village de Cabrousse, Aline Sitoé Diatta devient la porte parole légitime, combattante non violente et résistante aux lois coloniales françaises de l'époque qui appauvrissent et humilient son peuple.

Le roman commence avec un souffle épique que j'ai beaucoup aimé à la manière d'un roman de Laurent Gaudé faisant cheminer ensemble le débarquement des premiers colons portugais au 19 ième siècle et la danse rituelle d'un village Diola avant la chasse.
Dans ces premières pages, la nature est peinte de manière luxuriante et magnifique, elle n'est pas encore asservie par l'huile de caoutchouc.

La figure d'Aline Sitoé Diatta arrive dans le roman par petites touches dans le contexte historique du colonialisme qui écrase tout. J'ai vu plutôt comme personnage principal dans ce roman la machine monstrueuse d' un système institutionnel qui s'installait et prenait pouvoir en édictant des lois raciales comme le code de l'indigénat ou nommait des chefs locaux comme Benjamin Diatta, le cousin d'Aline pour assurer la paix sociale.

Aline Sitoé Diatta apparaît pleinement dans sa personne quand le « je »est utilisé mais là aussi, la jeune femme reste mystérieuse dans ses sentiments et ses émotions. Aline Sitoé Diatta est vivante par tout ce qu'elle endure de terrible, son travail forcené de docker puis de bonne dans la maison du colon français Martin dont on suit également une partie de sa vie depuis son départ de Bordeaux.
Jusqu'à son sacrifice final.
Karine Silla, écrivaine talentueuse m'a ouvert les yeux sur cette figure féminine résistante et pacifiste qui ne s'effacera pas de ma mémoire quand je longerai lors d'une visite à Paris le musée de la Porte Dorée.

Je remercie infiniment Babelio et les éditions de l'Observatoire pour ce moment de lecture instructif et beau.
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Annette55
  09 juillet 2021
Mais quel livre !
À la fois légende universelle , histoire et musique d'un pays , résistance aux colonisateurs, cadre historique , au coeur de la deuxième guerre mondiale qui met en lumière les rituels , coutumes , offrandes , sorciers, bénédiction des ancêtres mais aussi et surtout le destin de cette femme née en 1920, morte en 1944 , dans les geôles des colonisateurs français , Aline , courageuse et déterminée…

Elle quitte son village de Cabroussa pour travailler comme docker à Zinguichor puis comme gouvernante chez une famille de colons à Dakar .

Puis elle rentre chez elle pour libérer son peuple .

Pendant deux ans , elle sillonne le Sénégal , appelant les Diolas à la résistance contre le colonisateur, les sommant de ne pas payer l'impôt qui les aliène ….
C'est une histoire de résistance aux références historiques et sociologiques parfaitement étayées avec la figure de la France Libre et du général De Gaulle.
Un livre passionnant , cela ressemble aussi à une légende ensorcelante tel le titre et la photo de couverture qui sonnent comme autant de références mythiques et universelles : Aline devient Reine …
«  Les gars de son village la reconnaissent à peine , son nouveau visage se dessine en celui d'une femme volontaire et déterminée qu'on regarde et qu'on dévisage .Qui est cette enfant touchée par la main de Dieu ?
La chrysalide est devenue papillon …. »

Le récit donne aussi la parole aux amis tel Diacomoune , à Jean, anti colonialiste et bienveillant , ouvert , et aux colonisateurs.

Je n'ai pas de mots assez forts pour décrire les émotions qui m'ont envahies à la lecture de ce chant à la terre , aux hommes, aux ancêtres , à la nature ,à la pluie , aux offrandes, aux rituels , aux combattants et à leur courage ,à la force singulière de cette guerrière pacifique qui croyait aveuglément à la victoire de son peuple , à la résolution de cette adolescente au combat !

La plume est infiniment belle, l'écriture est dense , riche, chaque mot , chaque phrase sont bien travaillés .
Un ouvrage fort , marquant ! À relire plus tard , d'ailleurs …
Un récit biographique magistral, envoûtant et touffu , inspirant , dont on sort ébloui !
Merci à Marie - Laure !
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majero
  06 mai 2021
C'est la triste hisoire d'Aline, la 'Jeanne d'Arc' sénégalaise, source du légitime rébellion contre les exactions des colons français, le travail forcé pour payer le trop lourd impôt, le bétail et les champs confisqués, les villages brûlés.

Karine Silla y interpose intelligemment le colon Martin, sa désillusion et quelques faits historiques tels que l'assaut franco-français de De Gaulle.

J'ai malheureusement difficilement accroché à cette histoire romancée.

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bidule62
  03 janvier 2021
Petite déception pour moi....
Mon mari a choisi ce livre en lisant le 4e de couverture. Pour le coup si le livre avait été en adéquation avec ce 4e, il aurait été parfait !

Aline Diatta née en Casamance (française) en 1920, morte dans une prison des colonies en 1944. Inconnue en France. Une courte vie qui l'associe à Jeanne d'Arc (pour les voix, la féminité, la mort trop tôt sous torture...) et Gandhi. Gandhi ? Oui oui.... de façon incroyable cette jeune femme va mettre en place une lutte pacifique, une désobéissance civile contre les colons français. Elle va encourager le refus de la conscription des hommes (on est pendant la 2e Guerre Mondiale), le refus de la culture de l'arachide (pour la France) au profit au retour des cultures vivrières, le refus du paiement de l'impôt, du travail forcé.... Un destin bref, incroyable qui mériterait d'être aussi connu que le Mahatma ! Et pourtant son nom n'a pas franchi les frontières de son Sénégal natal....

Ce livre aurait pu corriger cette erreur.
Mais voilà.... C'est un peu raté.
On commence par la colonisation. Certes une piqûre de rappel c'est pas mal.
Naissance d'Aline, ça y est on est dans le sujet ! Tout ça pour partir à Bordeaux rencontrer Martin, petit garçon enthousiasmé par les récits d'Afrique de son grand père. Et Aline dans tout ça ? Rien.... Ensuite Martin rencontre Marguerite, ils s'aiment se marient... Quid d'Aline ? Toujours rien.... Puis c'est l'installation de Martin en Casamance, ses lettres énamourées à sa bien aimée restée en France.... Mince alors et Aline ? Je vous passe le récit de la Débâcle, de l'arrivée de Pétain, de de Gaulle à Londres... Bref un peu hors sujet à mon goût.....

En fait son histoire commence vraiment vers la page 200 (sur 300). le rythme est enfin le bon à la fin, lors du procès. Là on touche enfin l'épique, l'incroyable d'une telle destinée. Mais à ce moment il ne reste qu'une poignée de pages.
Je pense qu'il aurait fallu plus de souffle dans l'écriture et se centrer sur cette jeune fille, sa vision des choses, sa philosophie, trop légèrement abordées pour moi. Elle a qd mm réussi l'exploit d'accorder musulmans, catholiques et animistes !!! Elle a été la première étape qui a rendu envisageable l'indépendance du Sénégal !
Un "dommage" pour moi.......
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AudreyT
  17 octobre 2020
****

Aline Sitoé Diatta est la reine de Casamance. Messager de Dieu, elle entend sa voix qui lui demande de sauver son peuple. Elle ne veut que paix et liberté pour les Diolas, ce peuple d'Afrique que les colons portugais puis français ont cherché à faire plier. Elle n'est pourtant qu'une toute jeune fille, aux lourdes responsabilités, porteuse de force et d'espoir...

On ne peut qu'être à la fois touché et transporté par le récit lyrique, poétique et fluide de Karine Silla.

Au coeur d'une Afrique tournée vers la terre, la communication avec les esprits et le respect de la nature, on ressent toute l'injustice que combat Aline.
Alors que son peuple meurt, écrasé par la volonté des colons, elle se lève et fait entendre sa voix. Pacifique, elle ne veut que la paix et vivre de nouveau avec leur croyance et leur rite.

Oubliée de l'Histoire, cette jeune femme courageuse et charismatique ouvrira le chemin vers une indépendance et une liberté méritées...

Un très bon et beau roman qui devrait pouvoir bénéficier de toute la chaleur et la foi d'Aline, une lumière parmi les ombres...
Lien : https://lire-et-vous.fr/2020..
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Tostaky61
  23 novembre 2020
Je vais vous parler d'un livre.
Je vous entends ricaner, mais là, c'est sérieux, ce roman, j'aimerais vraiment vous le faire découvrir, parce que celui-là, vous n'en avez peut-être jamais entendu parler, il ne fait pas le buzz chez les lecteurs, on n'en voit pas de la pub partout et son auteure n'alimente pas les têtes de gondoles de nos libraires préférés.
Moi, je vous le dis, peut-être pas bankable Karine Silla, mais là elle saura toucher son lectorat.
Ça pourrait commencer par : Il était une fois...
Parce que les histoires de reine c'est comme ça que ça commence, mais Aline, n'est pas une reine comme les autres.
D'abord, elle est née en Casamance, en 1920, elle deviendra reine de son peuple vingt ans plus tard, sans trône, sans diadème, sans carrosse et surtout sans richesse.
Reine du peuple Diola, qui vit dans cette partie du Sénégal.
La Casamance a été une colonie portugaise avant de devenir française.
La France qui est venue y chercher l'arachide, le riz et... des tirailleurs pour l'aider dans ses guerres.
D'ailleurs, quand Aline vient au monde, les survivants des tranchées viennent à peine de rentrer dans leurs villages africains.
Ce que Karine Silla nous décrit dans son livre, c'est la colonisation à la française. L'esclavage est aboli définitivement depuis 1848, pourtant à lire cet ouvrage on s'aperçoit qu'on est bien loin de la liberté des peuples, on continue leur exploitation, on pille leurs ressources, on contrôle leurs faits et gestes, on les affame,  on les maltraite, on les emprisonne, on met le feu à leur village, on les tue...
Devant la souffrance d'une population accablée par la famine, la sécheresse, les impôts et l'enrôlement contraint dans l'armée française, Aline Siloe Diatta deviendra donc Reine. Mi Jeanne d'arc, mi Gandhi, elle pousse les diolas, peuple non violent, à l'insoumission et à une révolte pacifique.
Elle sera malheureusement une reine éphémère.
La France, qui a pourtant d'autres chats à fouetter, l'Allemagne ayant pris possession du pays, veut mater la rébellion. On enferme donc Aline.
On cherche à la faire oublier.
Torturée, privée de soins, mal nourrie, malade, déplacée régulièrement, elle finira sa vie au fond d'une geôle.
Karine Silla a choisi de réhabiliter ce personnage méconnu de notre histoire au travers d'un roman.
Si nous devions raconter l'histoire de nos ancêtres, sans doute cacherions-nous certains faits dont il est peu de fierté à tirer. La romancière nous fait revivre ici l'un de ces épisodes peu glorieux.
Quand une auteure allie, avec talent, réalité et fiction et redonne vie à un personnage au destin hors du commun, ça donne Aline et les hommes de guerre et c'est bouleversant...


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alextoutsimplement
  24 août 2020
Dès les premières pages, l'auteure m'a embarqué avec elle et je me suis dit ce livre va être un gros coup de coeur. Une ecriture dense riche où chaque mot est à la bonne place. Quel destin que celui d'Aline. J'ai aimé que l'auteure donne aussi du poids aux autres personnages. Une conteuse pour raconter une histoire douloureuse. Gros coup de coeur.
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Yolu
  15 août 2020
Une héroïne méconnue.
Un livre qui nous fait découvrir l'histoire de cette femme engagée, qui ira jusqu'au bout de ses convictions. Une écriture qui nous donne à rencontrer un peuple et son histoire.
Une magnifique découverte.
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