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EAN : 9791026234661
62 pages
Éditeur : Librinova (16/05/2019)

Note moyenne : 4/5 (sur 2 notes)
Résumé :
L'histoire de cette Super Crapaude est peut-être un peu la mienne. Elle est aussi celle de chacun d'entre nous puisqu'elle parle, entre autres, de violence, d'enfance, de folie, de solitude, de sexe, de perversion, de mue, d'amour... Tour à tour destructeurs ou salvateurs, le hasard, les événements et les rencontres tricotent parfois des destinées s'ajustant mal à la sensibilité ou aux aspirations de ceux qui les endossent. Dans ce cas, faire peau neuve peut s'avére... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (2) Ajouter une critique
Harioutz
  23 mai 2019
65 pages de moments souvent très éprouvants …
Ce que j'ai le plus aimé, dans ce court roman, c'est le tableau clinique des mauvais traitements et des chocs émotionnels qui fragilisent peu à peu la narratrice et font d'elle la cible idéale pour le pervers qui croise sa route.
Tout débute avec une mère manipulatrice et déséquilibrée psychiquement qui s'acharne à rabaisser et humilier sa fille ; ajoutez-y un père, autant démissionnaire que soumis à la volonté de sa femme, qui ne parvient pas à se rebeller, ne serait-ce que pour protéger sa fille ; puis la violence d'un choc psychologique provoqué par le décès brutal d'un amoureux sincère …. et la narratrice est suffisamment fragilisée pour se livrer corps et âme au bon vouloir et à la maltraitance de l'Augre, le pervers narcissique qui a flairé en elle la proie parfaite. En effet, après une très courte phase de séduction, s'enchaînent phrases assassines, culpabilisation, dévalorisation, mauvais traitements psychiques et physiques, emprise sexuelle et isolement …
La confiance en soi, tel un mur de pierres empilées, s'acquiert, bloc après bloc, année après année, dans l'amour et le respect ; le mur devient alors de plus en plus solide, et cela d'autant plus que ses fondations ont été correctement creusées.
Mais la narratrice n'a pas eu cette chance, ses fondations vacillent déjà lorsqu'elle tombe sous le joug de l'Augre, alors elle chancelle puis s'effondre sans lutter, sans même imaginer qu'elle le peut.
Le processus d'emprise progressive est très bien décrit, les mots sont parfois aussi violents que les situations peuvent l'être, et l'emploi du présent renforce cette impression de « glissade » aussi inéluctable que douloureuse. Des passages sont vraiment percutants, je les ai lus en apnée …
Deux regrets cependant …. tout d'abord, j'aurais préféré, afin de leur attribuer mentalement une réalité physique, que l'auteur fasse le choix de prénoms pour ses personnages, plutôt que de parler de l'Hydre (la mère), la Crapaude (la fille, narratrice), le Lanternier (le père), le Funambule (le premier amour décédé tragiquement), l'Augre (le pervers qui « partage la vie » de la Crapaude de 30 à 47 ans), et l'Homme Providence (l'amoureux rencontré à 54 ans avec lequel elle finira ses jours à plus de 100 ans).
Et puis, la première de couverture (illustration et couleur) ne met pas ce premier roman en valeur comme il l'aurait pu l'être, et c'est fort dommage, car le témoignage qu'il porte « sonne juste » et touche en plein coeur.
Pour finir, je remercie chaleureusement l'auteure de m'avoir fait confiance en me proposant de découvrir et de critiquer son oeuvre sur Babelio.
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MarciaNegra
  07 juin 2019
A lire absolument ! un livre puissant et rayonnant !
Un livre agile qui se lit d'une traite et qui ne s'oublie pas...
Au-delà de l'histoire singulière, c'est une réflexion profonde sur le Destin !
Qui écrit le Destin ? À vous de juger !
Comme une volée de coups qui donnerait des ailes, comme des clips crépitants qui illumineraient la nuit, comme un orage d'été qui claquerait pour déverser une pluie douce et vive .... C'est ainsi l'Insaisissable Crapaude vous saisira...
Une écriture précise, crue, et sans pathos, des images fortes et claires, une ironie et maîtrise des mots, des phrases pures, un rythme incroyablement soutenu (la « bande son »originale éclectique comme une radio palpitante qui plante ses racines est un des grands plaisirs de ce livre)...
Ce sont des flashs de vie d'une narratrice qui se dit « Crapaude », ballotée, morcelée, déchirée, au gré des Autres ; quelle rencontre âpre et savoureuse que celle de ces « Autres » : L'Augre, le Lanternier, L'Hydre, et tant d'autres..., figures inoubliables qui s'acharnent à modeler , malmener , décevoir , saisir , anéantir, sauver , porter , violer l'enfant et la femme Crapaude .... Atteindre son Essence, celle qui se cache sous une « peau carapace » ;
C'est le portrait d'une femme d'aujourd'hui, seule et debout qui se dégage peu à peu et nous dévoile une ode franche à la vie et à l'amour : on est aux antipodes des récits saturés de « positive attitude » qui abondent et on y trouve pourtant une tangible, solide fenêtre ouverte sur le « bien vivre », qui enchante.
L'agencement littéraire « brisé, morcelé » est une élégante surprise et donne à voir le trajet explosé et explosif de la Narratrice.
Ce récit a la force des contes et des mythes : cette vie de « Crapaude », c'est aussi la nôtre, avec notre désir de vivre sans nous renier, sans plier ; serions-nous tous des « Crapaudes », et des possibles « Super Crapaudes » ? Un destin radieux nous serait-il offert ? ... tant que ça résiste en nous ... tant que nous ouvrirons des livres inconnus ...
Si je devais penser à un auteur, un roman à rapprocher de celui-ci, je dirais : « Mudwoman » de Joyce Carol Oates, Joyce Carol Oates qui écrit : « “J'aime les personnages qui ne s'effondrent jamais totalement”, les « Super Crapaudes », en quelque sorte ?
Critique de Françoise Lafaye
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Citations et extraits (3) Ajouter une citation
HarioutzHarioutz   21 mai 2019
Dans un de leurs délires, ils ont envisagé soudain de faire du sport. Quelle
drôle de lubie ! Ça leur ressemble tellement peu.
Ils ont décidé d'aller nager. Est-ce que ça aurait changé quelque chose
d'opter pour une activité aérienne plutôt que nautique ?

Si le Funambule avait pu respirer au moment fatidique, l'aurait-on sauvé ? Serait-il devenu un légume ou s'en serait-il sorti sans la moindre séquelle ?
Et si au lieu d'aller se tremper dans de l'eau chlorée, ils étaient allés au cinéma ? Ou s'ils s'étaient écroulés devant la télé ?
Tant de questions vaines qui ne changent rien à la fin du film.
Tant de cogitations, de spéculations mille fois ressassées aboutissant toutes, au bout du compte, à cette vérité certes intolérable mais inéluctable: le Funambule n'existe plus. Gommé de cette planète. Volatilisé. Évaporé.
Bouffé par les vers et la terre. Plus de chair.
Poussière d'os.
Seuls quelques souvenirs tellement impalpables...

Et des rêves où pour la Crapaude, il reste cruellement réel. Et vivant !

…/...

Donc, ce jour sinistre, ils ont convenu d'aller à la piscine.

La Crapaude prend très au sérieux la perspective de cet exercice physique.
L'après-midi, elle perd même une heure pour acheter un nouveau maillot.
Elle ne se plaît pas, alors vite, sans même l'essayer, elle opte pour un « une pièce » noir, le plus « recouvrant » possible.
Elle ne sait pas encore que c'est un habit de veuve.

L'odeur et les sons si caractéristiques des piscines municipales. Six ou sept longueurs effectuées sans plaisir particulier et des pauses côté petit bain où ils se frôlent, trop pudiques pour s'enlacer.
«Ça suffit, on s'en va. - Oui mais avant de partir, on fait la course. Les derniers 25 mètres à fond ».

Qui des deux a cette idée ? Elle ne sait plus. La Crapaude a peur que ce soit elle.
Ils jouent le jeu et essaient de nager vite ; elle effleure le bord la première. Tu parles d'un exploit !
Elle se retourne, le voit. Un crawl désordonné et il coule. A-t-il attendu qu'elle le regarde pour se laisser sombrer ? Et au moment précis où il se laisse engloutir, elle sait qu'il va mourir.

C'est une certitude. Depuis des jours, des semaines, des mois, elle appréhende ce qui est en train d'arriver.

Difficile à croire, mais c'est pourtant vrai : elle le pressentait. D'ailleurs, deux ou trois jours plus tôt, après avoir écouté une interview de François Cavanna qui parlait de la mort, elle s'était mise à sangloter.
Des larmes impossibles à contenir. Elle lui serinait : « Je ne veux pas que tu meures. Je ne veux pas que tu meures. JE NE VEUX PAS QUE TU MEURES »

Surpris par cet excès de désespoir irrationnel, il essayait de la rassurer, de la raisonner : « On ne meurt pas comme ça ». Il était bien placé pour l'affirmer.
Bossant dans un hôpital, il côtoyait sans arrêt des souffrants qui traînent des mois avant de lâcher prise, des soi-disant condamnés qui ressuscitent, des tenaces qui s'accrochent à la vie tellement fort qu'ils parviennent parfois à remonter dans le wagon.
Mais elle, elle avait ces incoercibles pressentiments de Crapaude.

Pour lui, c'est déjà trop tard. Conviction absolue. Il gît au fond de l'eau à moins de trois mètres, visage contre carreaux.
Elle est pétrifiée, essaye de crier mais rien ; aucun son ne sort.
Assis sur sa chaise en plastique, le maître-nageur fait du gringue à une fausse blonde. Il n'a rien vu. Il ne voit pas. Complètement absorbé par sa séance de drague, il ne perçoit rien du drame qui se joue à quelques brasses de lui.

Soudain un cri. Quelqu'un hurle, quelqu'un d'autre qu'elle. Le Don Juan de mes deux, piètre sauveteur, plonge enfin. De toute façon, c'est trop tard.

Tout est flou. Tellement flou. Le corps du Funambule remonté sur la plage
granuleuse.
Ce cercle autour du corps. La Crapaude, plus loin, en retrait.

Et ces mots « C'était qui ? » Déjà, on parle de lui au passé.
Faire-part de décès lapidaire qui ne l'étonne pas, puisqu'elle savait déjà.
C'est fini... Pour lui c'est fini. Mais pour elle, ça continue...

Elle ne prononce pas un mot. S'éloigne. Automate. S'habille. Récupère ses fringues à lui, dans le vestiaire des hommes et dans la poche de son jean, les clés de sa voiture.
Dans un état second, elle se met au volant d'une bagnole qu'elle n'a jamais conduite. Elle ne pleure pas. Le choc est trop fort, trop violent.
Foudroyée, sidérée, en pilotage automatique, elle met le cap sur le troquet où ils avaient leurs habitudes.

Où elle se gare, comment elle réussit à marcher jusqu'au fond de la salle où quelques potes sont attablés ? Elle n'en sait vraiment plus rien.

D'ailleurs, à partir de là, elle ne se souvient plus de grand-chose. Juste des flashes.
La Crapaude demande à ce qu'on l’emmène dans un lieu où l'on peut écouter du rock et boire, boire, boire jusqu'à en mourir, mais sa requête reste vaine.

Au lieu de ça, elle se retrouve assise dans la lumière crue du hall d'entrée d'un hôpital.
Le temps n'existe plus.

Les parents du Funambule arrivent. Ils savent déjà que leur fils, leur plus jeune fils, a été mis au frais à la morgue.
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HarioutzHarioutz   23 mai 2019
Après le Funambule et le Flambeur, la Crapaude a des histoires de moindre amour. Puis l'Augre entre en scène.

Au début, il déploie des trésors de séduction. Attentionné, rassurant, déterminé, insolent, culotté, il faitmiroiter un avenir radieux à la Crapaude ; un avenir où tout ce qui lui pèse deviendra léger.
Il l'aveugle avec des préceptes dogmatiques glorifiant le mode de vie auquel elle aspire, à la frontière des sentiers battus et de traverses beaucoup plus fantasques.

Elle aime la nature alors il l'emmène courir les bois avec un jeune labrador affectueux.
Pour lui plaire, Il déracine et replante un arbre condamné par les bulldozers. Il l'émeut en dépeignant son enfance chaotique. Il l'éblouit en dressant des plans sur la comète qui, par le filtre de son aplomb et de sa force de persuasion, semblent devoir se concrétiser dès qu'il le décidera.
Autant de pièges...
Elle finit par s'abandonner, lâcher prise, se confier. Elle n'aurait pas dû.

Diabolique alchimiste, l'Augre a le pouvoir de transformer les confidences en bombes à retardement. Doté du pouvoir d'en faire de redoutables projectiles qui te péteront un jour à la gueule, il les utilise des mois, des années, des décennies plus tard et lorsqu'ils touchent leur cible, ces scuds font cruellement mal.

Oui, un jour, l'Augre a séduit la Crapaude.

Tellement sûr de lui, anticonformiste, brillant, audacieux... Mais aussi, terriblement égocentrique, imbu de lui-même, dominateur, égoïste.
Les premiers temps, malgré des signes annonciateurs suscitant de brèves sensations de malaise et titillant son intuition, la Crapaude fait l'autruche.
Elle a tort car après, il sera trop tard.

L'Augre ne supporte ni les entraves, ni la contradiction. Il agit toujours comme il l'a décidé. L'avis des autres n'a pas la moindre importance ; c'est lui, et seulement lui, qui décrète...
Les aspirations, les goûts, les désirs de la Crapaude, il s'en tamponne.
Faire la grasse matinée ? Inconcevable. Aller au cinéma ou au concert ? Pas question. Voyager ? Inimaginable. « Les vacances, ça sert à rien. C'est juste une perte de temps » pontifie-t-il.
Sauf qu'effectivement, pour lui, les vacances ne signifient pas grand-chose.
Refusant l'idée de tout emploi, il n'est soumis à aucune contrainte professionnelle. Persuadé que ses qualités et son talent sont bien trop précieux pour être monnayés, il se réserve à lui seul le privilège d'en jouir et ne travaille pas.

C'est donc la Crapaude qui trime, notamment pour assouvir les caprices de l'Augre, qui exige toujours le plus beau et le plus cher pour mener à bien ses
« projets créatifs ».
De temps en temps, elle lui suggère d'essayer de gagner quatre ronds, ce qu'il ne supporte pas ; pas plus qu'il ne tolère lorsque, face à ses dépenses disproportionnées et inconsidérées, la Crapaude souligne sa folie des grandeurs...
Or, face aux colères de l'Augre, on s'écrase.

La Crapaude, selon lui incapable, empruntée et timorée, lui sert au moins à ça : gagner suffisamment d'argent pour lui permettre de faire ce qui lui plaît, comme ça lui plaît, quand ça lui plaît...

Tout ce qu'entreprend la Crapaude est sujet à caution et à critiques. Les phrases péremptoires, lapidaires et assassines de l'Augre visent aussi bien son caractère que son physique ou son métier. Il la dénigre, la dévalorise, sape toute confiance en elle, lui répétant qu'elle n'est bonne à rien.
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HarioutzHarioutz   23 mai 2019
26 ans que le Funambule est parti et la Crapaude a survécu. Elle a même réussi à enfouir « l'événement » au second, voire au troisième, dixième plan.

Mais là, maintenant, elle pense à lui. Sans doute parce qu'elle va très mal. Peut-être pas aussi mal que quand il l'a abandonnée, mais très mal quand même.

Elle sent qu'à ce moment précis, alors qu'elle se débat pour sortir des griffes de l'Augre, sa situation est en partie liée à cette disparition si brutale, si stupéfiante, si douloureuse. Car cette rupture reste la plus radicale, la plus Terrible, la plus perturbante qui soit.

Quand le Funambule l’a laissée, la Crapaude s'est disloquée. Frappée de stupeur, brisée en mille miettes, elle n'a rien pu faire pour retenir les morceaux éparpillés.

Finalement, à force de patience, elle est parvenue à les ramasser, les rassembler, les recoller grossièrement. Broyée par cette mort, elle a tenté, tant bien que mal de se rafistoler. Tant d'efforts pour être à nouveau piétinée pilée moulue par l'Augre et se retrouver où elle en est aujourd'hui.

Au début, abasourdie par l'impact, elle n'en a pas voulu au Funambule.

Après, obligée de se démerder toute seule, elle a eu la haine qu'il se soit cassé comme ça, sans prévenir. Puis pendant un temps elle a cru s'en être sortie, alors qu'en réalité, en l'insensibilisant aux émotions, le choc l'avait gravement handicapée ; en effet, ses perceptions s'étant complètement floutées et distendues, plus rien ne lui paraissait important ou douloureux.

La Crapaude semblait reconstruite, mais c'était sans compter les fêlures. Le séisme avait durablement endommagé ses armatures.

Avec le Funambule, ils voulaient partir loin. Lui a respecté le pacte, se barrant effectivement ailleurs vers une destination plus improbable que tout ce qu'ils avaient pu imaginer.
Elle, elle est restée là, corps et cœur brisés, dévalant au fond d'un précipice. Mauvais karma…
Maintenant, ne doit subsister du long corps pâle du Funambule que de minuscules fragments d'os.

À présent, la Crapaude sait que le pourrissement des chairs et d'un squelette exige moins d'efforts que de se maintenir à flot pour ne pas se noyer.
Se dissoudre est autrement plus confortable qu'une condamnation à vivre.
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