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Par sabina, le 20/05/2012
Le Remplaçant de
Agnès Desarthe
Je commence a comprendre comment le savoir est devenu mon ennemi. Si mon cerveau s'est développé de manière à ne conserver que peu d'informations, s'il s'est déployé selon des voies imaginaires, c'est par mesure de protection, dans un réflexe défensif. L'ignorance garde les morts en vie. Tant qu'on ne sait que quelqu'un est mort, il est encore vivant. C'est à se demander pourquoi on le dit. Ne rien savoir, c'est ne rien perdre.
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Par sabina, le 20/05/2012
Le Remplaçant de
Agnès Desarthe
C'est la jeunesse qui travaille, des rêves plus puissants que la réalité, des visions, des fantômes de caresses, un sentiment de bonté universelle. Que faire de soi? Il faudrait courir très vite, s'épuiser à la nage, vaincre l'appétit de vivre, le tuer, car il est si fort qu'il vous ronge.
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Par line70, le 19/03/2011
Mangez-moi de
Agnès Desarthe
Je me demande à quel moment j'ai compris qu'il fallait faire beaucoup plus d'efforts qu'auparavant pour continuer à vivre. Simplement à vivre. Je m'étais toujours figuré, je ne sais pourquoi, que l'existence avait la forme d'une montagne. L'enfance, l'adolescence et le début de l'âge adulte correspondaient à la montée. Ensuite, arrivé à quarante ou cinquante ans, la descente s'amorçait, une descente vertigineuse, bien entendu, vers la mort. Cette idée, assez commune je crois, est fausse. Je le découvre un peu plus précisément chaque jour. C'est par la descente qu'on commence, en roue libre, sans effort. On dispose de tout son temps pour contempler le paysage et se réjouir des parfums - c'est pourquoi les odeurs d'enfance sont si tenaces.
Ce n'est que plus tard que la véritable côte nous apparaît, et l'on met bien du temps à la reconnaître pour ce qu'elle est : une pénible ascension qui a la même issue que la folle pente sur laquelle on s'imaginait projeté à pleine vitesse.
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Mangez-moi de
Agnès Desarthe
Je m'étais toujours figuré, je ne sais pourquoi que l'existence avait la forme d'une montagne. L'enfance, l'adolescence et le début de l'âge adulte correspondaient à la montée. Ensuite, arrivé à 40 ou 50 ans, la descente s'amorçait, une descente vertigineuse, bien entendu, vers la mort.Cette idée, assez commune je crois, est fausse . Je le découvre un peu plus précisément chaque jour. C'est par la descente qu'on commence, en roue livre, sans effort. On dispose de tout son temps pour contempler le paysage et se réjouir des parfums- c'est pourquoi les odeurs d'enfance sont si tenaces.
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Par jostein, le 28/09/2010
Dans la nuit brune de
Agnès Desarthe
C'est quoi d'ailleurs l'amour...
C'est quand on pense à l'autre en souriant
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Mangez-moi de
Agnès Desarthe
Suis-je une menteuse? Oui, car au banquier, j'ai dit que j'avais fait l'école hôtelière et un stage de dix-huit mois dans les cuisines du Ritz.Je lui ai montré les diplômes et les contrats que j'avais fabriqué la veille. J'ai aussi brandi un BTS de gestion, un très joli faux. J'aime vivre dangereusement. C'est ce qui m'a perdue, autrefois, c'est ce qui me fait gagner aujourd'hui. Le banquier n'y a vu que du feu. Il a accordé l'emprunt. Je l'ai remercié sans trembler. La visite médicale? Pas de problème. Mon sang, mon précieux sang est propre, tout propre, comme si je n'avais rien vécu.
Suis-je une menteuse? Non, car tout ce que je prétends savoir faire, je sais le faire.
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Par luocine, le 20/09/2009
Le Remplaçant de
Agnès Desarthe
Les nazis nous traitent de cancrelats, ils nous voient comme des montres infestés de vermine, des sous-hommes, nous comparent aux fruits gâtés qu’il convient de détruire afin qu’ils ne contaminent pas les récoltes saines, et nous chantons, et nous disons des vers, nous récitons la Divine Comédie , des fables et des comptines. Cela ne sert à rien, on meurt quand même. L’art ne sert à rien, car on meurt toujours. Mais l’image reste. L’image d’un convoi d’enfants qui chantent en allant vers la mort et disent « en nous exterminant, c’est vous-mêmes que vous tuez »
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Dans la nuit brune de
Agnès Desarthe
— À tes amours, lance Jérôme en levant son verre.
— À l’amour en général, corrige Paula. Soyons généreux. Élevons le débat. C’est quoi, d’ailleurs, l’amour.
C’est Marina et Armand. C’est Armand et Marina, pense Jérôme, mais il ne le dit pas.
— C’est quand on pense à l’autre en souriant. Quand on a tellement envie de prononcer son nom qu’on est prêt à raconter n’importe quoi pour le dire, pour l’entendre, déclare-t-il.
— Quand je t’ai vu la première fois, fait Paula, dont la diction comme à être légèrement altérée par la boisson, j’ai trouvé que tu ressemblais à Clint Eastwood. Quand je parlais de toi à mes amis, je disais Clint.
— C’est parce que tu étais amoureuse de Clint Eastwood, alors, remarque Jérôme. Sinon, tu aurais dit Jérôme.
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Par Nanne, le 13/12/2009
Les Bonnes Intentions de
Agnès Desarthe
L'accès à la propriété n'a pas que des avantages. Les emprunts, les charges, l'électricité vétuste, la plomberie approximative, la peinture à refaire, les plafonds et les murs mal isolés phoniquement. L'insouciance reste à la porte. En m'installant, je me suis demandée si elle reviendrait jamais. Il m'a fallu attendre la réunion de la copropriété pour mesurer l'ampleur de la malédiction. Ces réunions ne sont pas obligatoires, et il paraît exagéré de comparer un supplice facultatif comme celui-ci à l'inévitable souci des traites à payer et de l'emménagement. Dans mon cas, cependant, cette logique ne s'applique pas.
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Mangez-moi de
Agnès Desarthe
Le réel, c'est quand les choses se passent très mal et s'enchaînent admirablement. Le rêve, à l'inverse, c'est quand tout se passe très bien, mais sans lien.