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L'immoraliste de
André Gide
Je repense souvent à ces larmes et je crois maintenant que, déjà se sentant condamnée, c'est de regret d'autres printemps qu'elle pleurait. Je pense aussi qu'il est de fortes joies pour les forts, et de faibles joies pour les faibles que les fortes joies blesseraient. Elle, un rien de plaisir la soûlait ; un peu d'éclat de plus, et elle ne le pouvait plus supporter. Ce qu'elle appelait le bonheur, c'est ce que j'appelais le repos, et moi je ne voulais ni ne pouvais me reposer.
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L'immoraliste de
André Gide
Ah ! peut-être allez-vous penser que je n'aimais pas Marceline. Je jure que je l'aimais passionnément. Jamais elle n'avait été et ne m'avait paru si belle. La maladie avait subtilisé et comme extasié ses traits. Je ne la quittais presque plus, l'entourais de soins continus, protégeais, veillais chaque instant et de ses jours et de ses nuits. Si léger que fût son sommeil, j'exerçai mon sommeil à rester plus léger encore ; je la surveillais s'endormir et je m'éveillais le premier. Quand, parfois, la quittant une heure, je voulais marcher seul dans la campagne ou dans les rues, je ne sais quel souci d'amour et la crainte de son ennui me rappelaient vite auprès d'elle ; et parfois j'appelais à moi ma volonté, protestais contre cette emprise, me disais : n'est-ce que cela que tu vaux, faux grand homme ! - et me contraignais à faire durer mon absence ; - mais je rentrais alors les bras chargés de fleurs, fleurs de jardin précoce ou fleurs de serre... Oui, vous dis-je ; je la chérissais tendrement. Mais comment exprimer ceci ?... A mesure que je me respectais moins, je la vénérais davantage ; - et qui dira combien de passions et combien de pensées ennemies peuvent cohabiter en l'homme ?...
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La symphonie pastorale de
André Gide
Durant tout le repas, si gai pourtant, l'étrange sourire, qui ne la quittait plus, m'inquiétait ; un sourire contraint que je ne lui connaissais point mais que je m'efforçais de croire celui même de son nouveau regard ; un sourire qui semblait ruisseler de ses yeux sur son visage comme des larmes, et près de quoi la vulgaire joie des autres m'offensait.
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L'immoraliste de
André Gide
J'ai cherché, j'ai trouvé ce qui fait ma valeur : une espèce d'entêtement dans le pire.
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Les Nourritures terrestres de
André Gide
Seul, je goûtai la violente joie de l’orgueil. J'aimais me lever avant l’aube ; j'appelais le soleil sur les chaumes ; le chant de l'alouette était ma fantaisie et la rosée ma lotion d'aurore. Je me plaisais à d'excessives frugalités, mangeant si peu que ma tête en était légère et que toute sensation me devenait une sorte d'ivresse. J'ai bu de bien des vins depuis, mais aucun ne donnait, je sais, cet étourdissement du jeûne, au grand matin ce vacillement de la plaine, avant que, le soleil venu, je ne dorme au creux d'une meule.
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La symphonie pastorale de
André Gide
J'éprouvais aussi, devant que de parler, à quel point deux êtres, vivant somme toute de la même vie, et qui s'aiment, peuvent rester (ou devenir) l'un pour l'autre énigmatiques et emmurés ; les paroles, dans ce cas, soit celles que nous adressons à l'autre, soit celles que l'autre nous adresse, sonnent plaintivement comme des coups de sonde pour nous avertir de la résistance de cette cloison séparatrice et qui, si l'on n'y veille, risque d'aller s'épaississant...
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Les Nourritures terrestres de
André Gide
Tant de fois j'ai senti la nature réclamer de moi un geste, et je n'ai pas su lequel lui donner.
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Les Nourritures terrestres de
André Gide
Il est une certaine intensité de délices que l'homme peut à peine dépasser et non sans larmes.
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La symphonie pastorale de
André Gide
Hélas ! certaines âmes demeurent particulièrement réfractaires au bonheur ; inaptes, maladroites... Je songe à ma pauvre Amélie. Je l'y invite sans cesse, l'y pousse et voudrais l'y contraindre. Oui, je voudrais soulever chacun jusqu'à Dieu. Mais elle se dérobe sans cesse, se referme comme certaines fleurs que n'épanouit aucun soleil. Tout ce qu'elle voit l'inquiète et l'afflige.
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La symphonie pastorale de
André Gide
Chaque être est plus ou moins capable de joie. Chaque être doit tendre à la joie.