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Les Célibataires de
Henry de Montherlant
Tout ce temps, M. Elie malaxait une boulette de mie de pain qu’il avait rapportée du restaurant, boulette que sa salive et la saleté de ses doigts avaient rendue si noire et si brillante qu’on l’eût prise pour une boulette de goudron. À certain moment, il s’arrêta net dans une évocation sentimentale qu’il était en train de faire, et se mit à fureter sous les meubles, avec des yeux hagards. « Qu’est-ce qu’il y a, l’oncle ? » demanda Léon, inquiet. « J’ai perdu ma boulette », dit le vieux, le visage bouleversé. Léon, s’agenouillant, la chercha avec lui. Quand il l’eut aperçue, il eut une courte hésitation : puis il songea que c’était son dernier soir auprès de son oncle, et au nom du passé, au nom de la famille, au nom du souvenir de sa mère, il ramassa l’immonde petite chose et la lui tendit.
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Par Snarky, le 05/02/2012
Mais aimons-nous ceux que nous aimons ? de
Henry de Montherlant
Un technicien de Milwaukee tua sa femme et ses sept enfants à coups de hachette parce qu'il ne pouvait plus supporter la radio qu'ils faisaient marcher sans arrêt. Il fut acquitté comme ayant agi sous le coup de l'exaspération. Nous ne donnons pas ce jugement pour exemplaire. Le technicien aurait pu, semble-t-il, tuer deux ou trois de ses enfants seulement. Nous le donnons pour montrer à quel point bien des choses, et des plus graves, sont faites sous le coup de l'agacement : pas de la colère, de l'agacement. Il y a des personnes qu'on estime, qui méritent et reçoivent notre gratitude, qu'on aime bien, mais elles nous agacent, contre cela rien à faire, et cet agacement peut avoir les mêmes effets que la haine : l'exaspération qu'un être cause à l'autre, s'ils cohabitent, est la source de la moitié des malheurs de l'humanité.
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Par Outis, le 08/06/2008
Les jeunes filles de
Henry de Montherlant
La plupart des hommes ne demandent pas mieux que d’avoir le bonheur du sage. Au fond, c’est cela qu’ils aiment : comme ils aspirent à la retraite ! Mais on ne les croirait pas heureux, on croirait qu’ils ont renoncé, ou n’ont pas été capables, et alors ils partent sur l’autre rail, font les importants, s’engagent dans la honteuse et ridicule agitation où nous les voyons, donnent beaucoup de coups de téléphone, et bientôt une journée de bonheur devient pour eux une journée où ils ont été très importants.
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Par Outis, le 08/06/2008
Les jeunes filles de
Henry de Montherlant
La femme est faite pour un homme, l’homme est fait pour la vie, et notamment pour toutes les femmes. La femme est faite pour être arrivée, et rivée ; l’homme est fait pour entreprendre, et se détacher : elle commence à aimer, quand, lui, il a fini ; on parle d’allumeuse, que ne parle-t-on plus souvent d’allumeurs ! L’homme prend et rejette ; la femme se donne, et on ne reprend pas, ou reprend mal, ce qu’on a une fois donné. La femme croit que l’amour peut tout, non seulement le sien, mais celui que l’homme lui porte, qu’elle s’exagère toujours ; elle prétend avec éloquence que l’amour n’a pas de limites ; l’homme voit les limites de l’amour, de celui que la femme a pour lui, et de celui qu’il a pour elle, dont il connait toute la pauvreté.
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Par Outis, le 08/06/2008
Les jeunes filles de
Henry de Montherlant
La femme, au contraire, se fait une idée positive du bonheur. C’est que, si l’homme est plus agité, la femme est plus vivante. Ah ! ce n’est pas elle qui demandera, comme le jeune homme de tout à l’heure : « Qu’est-ce que vous entendez par vivre ? » Elle n’a pas besoin d’explications. Vivre pour elle, c’est sentir. Toutes les femmes préfèrent se consumer en brulant, à être éteintes ; toutes les femmes préfèrent être dévorées, à être dédaignées. Et dans ce « sentir » quelle mobilité, quelle ampleur des réactions ! Quand on voit qu’une femme, si l’homme qu’elle aime semble l’aimer moins – ne fût-ce qu’un peu moins – souffre autant que s’il ne l’aimait pas du tout ; quand on voit qu’ensuite, si elle reconnait qu’il l’aime autant, non seulement elle en éprouve une joie merveilleuse, mais elle ajoute à sa joie cette nouvelle joie, de se faire pardonner de l’avoir soupçonné, quand on voit cela, et qu’on voit en regard la lourdeur des hommes, on donne un sens au mot vivant.
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Par zazimuth, le 25/09/2010
Les Célibataires de
Henry de Montherlant
Nous l'avons dit et nous le répétons : ce qu'il y a de tragique chez les anxieux, c'est qu'ils ont toujours raison de l'être.
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Par Outis, le 08/06/2008
Les jeunes filles de
Henry de Montherlant
Non seulement ils ne vont pas au même rythme, mais l’offre et la demande ne sont pas entre eux accordées. L’homme ne peut guère avoir pour la femme que du désir, qui assomme la femme ; la femme ne peut guère avoir pour l’homme que de la tendresse, qui assomme l’homme. La femme offre plus de tendresse que l’homme n’en peut soutenir ; par bonheur il y a l’enfant, tant qu’il a besoin d’elle, qui vient en absorber le surplus.
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Par Outis, le 08/06/2008
Les jeunes filles de
Henry de Montherlant
Ces couples, aussi identiques l’un à l’autre dans ce qu’ils ressentaient, qu’ils l’étaient dans leurs postures, finirent pas l’excéder, avec leur conviction qu’il n’y avait qu’eux au monde, les sourires qu’ils vous adressaient pour vous convie à admirer leur bonheur, tout cela pour finir par le vitriol et les intraveineuses.
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Par ZetaZeta, le 08/04/2010
Les garcons de
Henry de Montherlant
Il me dit : "après mes parents, c'est toi que j'aime le plus. Je t'aime plus que mon oncle. La façon dont je t'aime perpétue l'espèce. - Qu'est-ce que tu veux dire ? - Le prof a dit que l'amour permettait de perpétuer l'espèce."
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Par Outis, le 08/06/2008
Les jeunes filles de
Henry de Montherlant
Les mâles n’ont pas d’âme pour la félicité. A leurs yeux, le bonheur est un état négatif, insipide au sens littéral du mot, dont on ne prend conscience que par un malheur caractérisé ; le bonheur s’obtient en n’y pensant pas. Un jour on fait réflexion sur soi-même, on se rend compte qu’on n’a pas trop d’ennuis : on se dit alors qu’on est heureux. Et on dresse en règle de conduite ce fameux poncif, que le bonheur ne s’obtient qu’à la condition de ne pas le rechercher.