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ISBN : 2070368793
Éditeur : Gallimard (1977)


Note moyenne : 3.81/5 (sur 442 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
Qu'un jeune garçon apprenne qu'il n'est pas le fils de son père, qu'il décide de ne pas se présenter à ses examens et de partir au hasard de certaines rencontres : jusque-là, rien que de très commun. Mais qu'il croise la route tor... > voir plus
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Critiques, analyses et avis

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    • Livres 2.00/5
    Par Nastasia-B, le 23 août 2012

    Nastasia-B
    Au risque de ne pas brosser la majorité dans le sens du poil, je vais donner un avis honnête, qui n'engage que moi mais qui est tellement différent de ceux que j'avais pu lire qu'il peut éventuellement être utile à certaines et certains.
    J'avais beaucoup entendu parler de la réputation de ce livre sans jamais toutefois avoir cherché à en connaître plus. C'est donc à peu près vierge d'a priori que j'entamais ce roman :
    Acte I : les faux espoirs...
    Après un bref moment d'euphorie suscitée par la joie de me plonger dans un grand vieux classique, m'attendant à être happée par l'histoire ou le style ou les deux, une quelconque magie qui aurait pu opérer, je me suis rendue compte que je m'ennuyais effroyablement et, chose qui ne m'est quasiment jamais arrivée, j'ai laissé tomber après 10 chapitres tellement ce livre ne m'accrochait pas du tout, mais alors ce qui s'appelle pas du tout.
    Les dialogues où les personnages parlent au passé simple sont artificiels au possible et sonnent faux comme une casserole, je ne m'identifie à personne, l'histoire ne présente pas un grand attrait de prime abord. Bref, j'ai vécu une réelle déception avec ce livre et, si vous avez le courage, essayez de passer le cap du chapitre 10. (Il est vrai que je sortais d'une lecture qui m'avait enthousiasmée et d'un style hyper pêchu, ceci pouvant expliquer cela.)
    Acte II : le syndrome musée d'art moderne...
    Néanmoins, étant d'un naturel obstiné, j'ai décidé, après plusieurs mois, d'en reprendre la lecture. Est-ce par masochisme ? est-ce par sensation de rater quelque chose ? Je ne saurais le dire.
    Je me suis donc fait violence pour retourner m'engluer dans la mélasse de cette lecture. Je ne le regrette pas car j'ai pris un peu plus de plaisir à la lecture (m'attendant à mal) et découvert les véritables intentions de l'auteur.
    Elles sont exprimées assez clairement, je crois, dans le chapitre 3 de la deuxième partie. En somme, faire un roman sur le processus de gestation d'un roman.
    Assez lumineusement, Gide nous dévoile tous les points faibles de son livre, risque d'ennuyer le lecteur, aspect artificiel de l'ouvrage, etc. C'est donc très courageux à lui d'avoir pris le parti de faire ce livre sachant les obstacles auxquels il se heurterait.
    C'est un travail très rigoureux qu'a livré l'auteur, une mise en abîme, un procédé stylistique élaboré mais, cela ne veut pas dire pour moi chef d'œuvre et c'est en cela que je le compare à un tableau de musée d'art moderne : si vous comprenez la démarche mais que vous n'êtes pas enthousiasmé par la réalisation finale, vous passez pour un débile qui n'a rien compris, exactement comme lorsque devant un tableau que vous comprenez mais que vous jugez abject, vous vous entendez répondre que vous êtes un ignorant en art.
    Pour conclure, il y a une certaine virtuosité dans ce livre, mais cela ne signifie pas pour moi une virtuosité certaine car ce n'est vraiment pas un livre qui me transporte ou qui fasse palpiter quoi que ce soit en moi, or si je lis, ce n'est pas pour voir un exercice formel d'un auteur façon James Joyce, c'est pour ressentir quelque chose résonner en moi. À vous de voir, je vous ai donné mon avis, mon tout petit avis, c'est-à-dire, pas grand chose.
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    • Livres 4.00/5
    Par brigittelascombe, le 21 février 2013

    brigittelascombe
    "Rien ne saurait-être différent de moi que moi-même" écrit, dans son journal intime, Edouard, romancier réputé qui aime les éphèbes.
    Projet d'écriture, balbutiements, son manuscrit Les faux-monnayeurs, dont le titre allégorique en référence à cette fausse monnaie que sont les romans à la mode inintéressants, n'avance pas car il se perd dans la réalité ambiante compliquée. Roman dans le roman, c'est ce journal précédant la création littéraire qui va donner vie à son auteur.
    A travers le personnage d'Edouard, volontairement assimilé à un écrivain réaliste du XIX° siècle, c'est André Gide qui parle pour assumer en toute liberté ses différences: ne pas se laisser aller au jeu de la réalité en écriture (trop linéaire) et vivre pleinement son homosexualité malgré son éducation rigoriste.
    Les jolis garçons ne manquent pas dans se drame sombre.
    Son neveu Olivier, timide bachelier en révolte, dont il est amoureux (et réciproquement) qui par jalousie tombera sous l'influence d'un cynique Comte écrivain aussi (ennemi d'Edouard), se ridiculisera, aigri, essaiera de se supprimer avant de se voir tel qu'il est.
    Bernard son copain qui, après avoir appris par inadvertance qu'il est un bâtard, fugue en colère. Devenu secrétaire d'Edouard lors d'un voyage en Suisse, il tombe amoureux de l'écrivain et de Laura, amie d'Edouard femme mariée "enfantine encore" enceinte de Vincent (frère lâche d'Olivier).
    Georges, jeune frère d'Olivier et délinquant, qui lui fabrique de la vraie fausse-monnaie....Armand le nihiliste...Boris le suicidaire... (surtout éviter d'intervertir les prénoms! ).
    Véritable chassé-croisé de jeunes personnalités (de leurs pères dépassés, mère bienveillante, grand-père déçu...), d'intrigues amoureuses et de différents points de vue, Les faux-monnayeurs se veut d'être vrai, sincère pour que la littérature "puisse devenir autre chose".
    L' écriture élégante, l' introspection,le "roman expérimental", la maîtrise du style d' André Gide, intellectuel d'avant-garde, le mettent au niveau de Ulysse de James Joyce. A noter le thème de la pédérastie, retrouvé dans son essai: Corydon.Couronnée par le Prix Nobel de littérature, l'oeuvre d'André Gide le place au rang des plus grands écrivains du XX° siècle!
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    • Livres 4.00/5
    Par Cera1volta, le 26 septembre 2012

    Cera1volta
    L'âge "déraison"...
    "Sincérité et confusion des sentiments. Gide propose une conception de l'amitié comme idéal de formation qui reste bien pédérastique et tributaire de la relation amoureuse. Initiant, éduquant, l'amitié gidienne mêle le plaisir des sens aux plaisirs de l'esprit." - Stephan Ferrari
    Tout est dit...
    "journal d'Edouard - 18 octobre.
    "Laura ne semble pas se douter de sa puissance ; pour moi qui pénètre dans le secret de mon coeur, je sais bien que jusqu'à ce jour, je n'ai pas écrit une ligne qu'elle n'ait indirectement inspirée. Près de moi, je la sens enfantine encore, et toute l'habileté de mon discours, je ne la dois qu'à mon désir constant de l'instruire, de la convaincre, de la séduire. Je ne vois rien, je n'entends rien, sans penser aussitôt : qu'en dirait-elle? J'abandonne mon émotion et ne connais plus que la sienne. Il me paraît même que si elle n'était pas là pour me préciser, ma propre personnalité s'éperdrait en contours trop vagues ; je ne me rassemble et ne me définis qu'autour d'elle. Par quelle illusion ai-je pu croire jusqu'à ce jour que je la façonnais à ma ressemblance? Tandis qu'au contraire c'est moi qui me pliais à la sienne ; et je ne le remarquais pas ! Ou plutôt : par un étrange croisement d'influences amoureuses, nos deux êtres, réciproquement, se déformaient. Involontairement, inconsciemment, chacun des deux êtres qui s'aiment se façonne à cette idole qu'il contemple dans le coeur de l'autre... Quiconque aime vraiment renonce à la sincérité. [...] "Que cette question de la sincérité est irritante! Sincérité ! Quand j'en parle, je ne songe qu'à sa sincérité à elle. Si je me retourne vers moi, je cesse de comprendre ce que ce mot veut dire. Je ne suis jamais que ce que je crois que je suis - et cela varie sans cesse, de sorte que souvent, si je n'étais là pour les accointer, mon être du matin ne reconnaîtrait pas celui du soir. Rien ne saurait être plus différent de moi, que moi-même. Ce n'est que dans la solitude que parfois le substrat m'apparaît et que j'atteins à une certaine continuité foncière ; mais alors il me semble que ma vie s'alentit, s'arrête et que je vais proprement cesser d'être. Mon coeur ne bat que par sympathie ; je ne vis que par autrui ; par procuration, pourrais-je dire, par épousaille, et je ne me sens jamais vivre plus intensément que quand je m'échappe à moi-même pour devenir n'importe qui.
    "Cette force anti-égoïste de décentralisation est telle qu'elle volatilise en moi le sens de la propriété. Un tel être n'est pas de ceux qu'on épouse. Comment faire comprendre cela à Laura?"
    Edouard se connaît bien, il sait qu'on n'est jamais tant sincère que lorqu'on est seul face à soi-même et, qu'à partir du moment où l'on aime et où l'on veut briller aux yeux de l'autre, tout n'est que faux-semblants, apparats. J'ai personnellement le sentiment que l'on pourrait dans ce passage remplacer le nom de Laura par celui d'Olivier, ou par n'importe quel autre nom de garçon qui serait susceptible d'attiser sa curiosité, viendrait sublimer son être.
    Edouard se nourrit des autres pour vibrer (Laura fut un temps, Olivier maintenant), pour donner un sens "honorable" à sa vie (Bernard, le vieux La Pérouse, Boris), pour écrire son roman "Les faux monnayeurs" (Georges et sa "contrebande" de fausse monnaie, Olivier encore).
    L'homosexualité qui se devine est initiatique : Edouard pour Olivier. La pédérastie se lit dans le sens éthymologique grec : Edouard pour Bernard. Ou encore, l'attrait pour les jeunes garçons : Edouard pour Georges voir pour Caloub le jeune frère de Bernard vers qui, en fin de roman, il semble vouloir porter son attention "Je suis bien curieux de connaître Caloub". L'homosexualité ou la péderastie prennent aussi forme sous les traits détestables du Comte de Passavant, moins reconnues, plus pernicieuses.
    L'amitié flirte avec cela.
    Gide est magistrale dans ce roman pour nous décrire - par le biais d'un narrateur que jamais nous ne parvenons à identifier - les sentiments, la fascination qui s'exerce, les ratés générés par les silences gênés, par la trop grande envie d'épater, de plaire que ce soit à un ami ou à l'être aimé.
    Bref...
    Je n'avais gardé de ma 1ère lecture (vers 19/20 ans) qu'un vague souvenir du contenu de ce roman, l'histoire d'une très forte amitié entre Olivier et Bernard. de la relation entre Edouard et Olivier, non. Des noms oui. J'avais la conviction de l'avoir beaucoup aimé et le voir ressurgir entre les mains d'une amie m'a donné l'envie de le relire.
    Je pensais que je sortirais tout aussi exaltée de cette relecture, mais pas vraiment. C'est en en discutant donc avec cette amie qui l'avait elle-même fraîchement lu que j'ai compris pourquoi. A l'époque, qu'avais-je pu éprouver d'autre que cette adéquation de sentiments contrariants et contrariés que nos personnages éprouvent, que cette exubérance de la jeunesse qui s'emporte et qui porte en elle malgré tout un front soucieux.
    Oh je ne me sens pas vieille, loin de là ^^ Mais, aujourd'hui, je poserais à l'instar d'Edouard, un regard amusé, tendre, curieux et inquiet à la fois sur nos protagonistes.
    Dans Les faux-monnayeurs, on est à un âge où l'on se prend au sérieux, où tout n'est ressenti que pleinement, où briller aux yeux des autres, d'un ou d'une en particulier importe tellement, au point parfois de fausser ce que l'on est, de nous éloigner plus que de nous rapprocher.
    Mais que faire de ces regards à l'envie s'ils ne nous apportent pas la reconnaissance, s'ils ne nous font pas briller aux yeux de qui l'on voudrait? Alors la vie, les amis sincères sont là pour nous signifier que paraître ne vaut rien, que ce qui importe c'est d'être soi-même encore un peu enfant, pas tout à fait adulte et rester indulgents toujours les uns envers les autres.
    Olivier à Bernard - "Nous avons, à notre âge, une fâcheuse tendance à juger les gens trop sévèrement et à condamner sans appel. Bien des actes nous apparaissent répréhensibles, odieux même, simplement parce que nous n'en pénétrons pas suffisamment les motifs."
    Une lecture appartenant au genre classique qu'il est bon d'avoir lu...

    Lien : http://quel-bookan.hautetfort.com/archive/2012/08/22/les-faux-monnay..
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    • Livres 3.00/5
    Par Woland, le 20 décembre 2007

    Woland
    Qu'on apprécie ou pas l'homme qu'il fut, Gide, même de nos jours, demeure un écrivain incontournable. Tout d'abord à mon sens parce que, à sa manière, il tenta d'innover. Ne peut-on pas voir en effet dans "Les faux-monnayeurs" un roman précurseur de l'esthétique - ou de l'absence d'esthétique - du "Nouveau Roman" ?
    Résumer l'intrigue de ce livre qui n'est pourtant pas un pavé est voué à l'échec. Disons que, en gros, le rejet de la famille si cher à son créateur et l'homosexualité constituent la trame du récit.
    Bernard Profitendieu - on reconnaît bien là l'acidité gidienne - vient de découvrir qu'il n'est pas le fils de son père. Il faut dire que, déjà, ses relations avec celui-ci ne sont pas des meilleures puisqu'elles se placent sous le signe du mépris. Exalté comme on l'est souvent à l'âge de 17 ans, il décide sur le champ de quitter l'appartement familial après avoir laissé une fort belle lettre à son père avoué. Et il demande un asile provisoire à un ami de lycée, Olivier Molinier, qui, lui, est amoureux de son oncle Edouard.
    Comme Bernard a besoin de gagner sa vie, Edouard l'engage en tant que secrétaire particulier et tous deux s'en vont en voyage, laissant derrière eux un Olivier délaissé et jaloux qui, comme en représailles, se laisse séduire par le comte de Passavant, un dandy pédéraste qui tient assez de Dorian Gray mais un Dorian bien plus stupide (et bien moins beau garçon) que l'original.
    Sous cette influence détestable, Olivier s'aigrit, devient violent, brutal, méchant même. Gide en profite pour nous le représenter à une soirée littéraire où il croise Alfred Jarry et quelques autres - et ce moment-clin d'oeil est un véritable petit régal. Fort heureusement, Edouard, qui fait partie des invités, parvient à récupérer son neveu et ...
    ... et tout se termine bien - quoique de façon assez a-morale - sauf pour le personnage de Boris, un jeune garçon qui sert en quelque chose à Gide, éternel torturé, de victime expiatoire.
    Mais plus que l'intrigue en elle-même - ou plutôt des intrigues car plusieurs autres viennent se greffer sur le tronc central - c'est l'habileté avec laquelle Gide entremêle le tout et la décision avec laquelle il applique le procédé de la mise en abîme qui retiennent l'attention du lecteur. L'oncle Edouard en effet se propose d'écrire un roman qui s'intitulera ... "Les faux-monnayeurs" et, çà et là, des extraits de son journal personnel s'intercalent dans un récit qui n'est linéaire qu'en apparence. Et à cette première "mise en abyme", s'ajoute celle de l'Auteur qui intervient au chapitre VII de la deuxième partie et qui semble bien être Gide lui-même.
    On affirme souvent que "Les caves du vatican" constitue le chef-d'oeuvre de Gide - je suis assez de cet avis-là. Mais ce serait une erreur de passer auprès d'Oeuvres comme "Les faux-monnayeurs" qui montre bien la volonté de l'auteur de rompre - en tous cas d'essayer de rompre - avec le récit classique tel que l'avaient laissé les grands auteurs du XIXème siècle. Sachant cela, il est sans doute plus facile de comprendre pourquoi "La Recherche ..." - avec ou sans vertèbres Wink - n'a pas "accroché" Gide à la première lecture. ;o)
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    • Livres 5.00/5
    Par Acerola13, le 22 avril 2013

    Acerola13
    L'histoire est d'apparence banale, classique : un procureur découvre que des fausses pièces de monnaie sont mises en circulation par de jeunes enfants, issus pour la plupart de bonnes familles que l'on ne peut entrainer en justice par crainte de leur faire perdre toute crédibilité.
    L'intrigue pousse pourtant bien au delà de ce simple fait divers du livre : multiplication des personnages, psychologie, récit de voyages et de vies, présentation de ménages familiaux bouleversés par l'absence de communication et de vérité, relations incestueuses, homosexuelles voire meme pédophiles.
    Les principaux personnages sont les deux amis adolescents Bernard et Olivier, tous deux devant passer leur examen, assoifés de lecture et de liberté. Découvrant que l'homme chez qui il habite n'est pas son vrai père, Bernard décide de quitter le domicile familial pour courir à l'aventure et ressentir la liberté telle qu'il la vue écrite dans ses lectures. Ce départ lui fait rencontrer Edouard, écrivain, l'oncle d'Olivier, dont le projet est d'écrire un roman nommé "Les faux-monnayeurs" qu''il esquisse au moyen de notes prises sur son entourage dans un journal, tandis qu'Olivier est fait directeur d'une revue par le comte de Passavant, personnage de faible morale.
    Tous inextricablement liés, les personnages agissent et influencent les actions des autres personnages, ce qui articule de la meme manière les chapitres consacrés au journal d'Edouard, destiné à former le livre des faux-monnayeurs, livre que...le lecteur lit au meme moment, porté par un narrateur inconnu. Les mises en abime se multiplient et permettent une pluralité des points de vue et une trame formidable puisqu'elle oscille entre réalité, fiction, écrit et oral.
    L'autre point fort est la recherche psychologique sur chacun des personnages, comme si le narrateur voulait donner toutes les informations nécessaires à la bonne compréhension du roman (tel des notes d'un journal, précisément !). Néanmoins, une certaine face du récit reste sous-jacente : celle des relations amoureuses entre les personnages, toujours suggérées, et remplacées par des ellipses lors du passage au charnel.
    Un livre qui s'ouvre de tous les cotés pour révéler la philosophie de jeunes adolescents confrontés à une nouvelle vie, à de nouveaux besoins et sentiments, mais aussi les sentiments et les mouvements d'ame et de passion que provoquent ces jeunes adolescents plein de vie chez les adultes qui sont partagés entre admiration, amour et désir ; enfin, récit de la méchanceté des enfants, ou de leur naiveté et de leur invention d'un monde pur, intouché et intouchable.
    Un classique à lire de toute urgence !
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Citations et extraits

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  • Par mandarine43, le 30 juillet 2011

    [ Incipit ]

    PREMIERE PARTIE
    Paris
    I

    « C'est le moment de croire que j'entends des pas dans le corridor », se dit Bernard. Il releva la tête et prêta l'oreille. Mais non : son père et son frère aîné étaient retenus au palais ; sa mère en visite ; sa soeur à un concert ; et quant au puîné, le petite Caloub, une pension le bouclait au sortir du lycée chaque jour. Bernard Profitendieu était resté à la maison pour potasser son bachot ; il n'avait plus devant lui que trois semaines. La famille respectait sa solitude ; le démon pas. Bien que Bernard eût mis bas sa veste, il étouffait. Par la fenêtre ouverte sur la rue n'entrait rien que de la chaleur. Son front ruisselait. Une goutte de sueur coula le long de son nez, et s'en alla tomber sur une lettre qu'il tenait en main : « Ca joue la larme, pensa-t-il. Mais mieux vaut suer que de pleurer. »
    Oui, la date était péremptoire. Pas moyen de douter : c'était bien de lui, Bernard, qu'il s'agissait. La lettre était adressée à sa mère ; une lettre d'amour vieille de dix-sept ans ; non signée.
    « Que signifie cette initiale ? Un V, qui peut bien aussi être un N... Sied-il d'interroger ma mère ?... Faisons crédit à son bon goût. Libre à moi d'imaginer que c'est un prince. La belle avance si j'apprends que je suis le fils d'un croquant ! Ne pas savoir qui est son père, c'est ça qui guérit de la peur de lui ressembler. Toute recherche oblige. Ne retenons de ceci que la délivrance. N'approfondissons pas. Aussi bien j'en ai mon suffisant pour aujourd'hui. »
    Bernard replia la lettre. Elle était de même format que les douze autres du paquet. Une faveur rose les attachait, qu'il n'avait pas eu à dénouer ; qu'il refit glisser pour ceinturer comme auparavant la liasse. Il remit la liasse dans le coffret et le coffret dans le tiroir de la console. Le tiroir n'était pas ouvert ; il avait livré son secret par en haut. Bernard rassujettit les lames disjointes du plafond de bois, que devait recouvrir une lourde plaque d'onyx. Il fit doucement, précautionneusement, retomber celle-ci, replaça par-dessus deux candélabres de cristal et l'encombrante pendule qu'il venait de s'amuser à réparer.
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  • Par Orphea, le 28 novembre 2010

    "Que cette question de la sincérité est irritante ! Sincérité ! Quand j'en parle, je ne songe qu'à sa sincérité à elle. Si je me retourne vers moi, je cesse de comprendre ce que ce mot veut dire. Je ne suis jamais que ce que je crois que je suis -- et cela varie sans cesse, de sorte que souvent, si je n'étais là pour les accointer, mon être du matin ne reconnaîtrait pas celui du soir. Rien ne saurait être plus différent de moi, que moi-même. Ce n'est que dans la solitude que parfois le substrat m'apparaît et que j'atteins à une certaine continuité foncière ; mais alors il me semble que ma vie s'alentit, s'arrête et que je vais proprement cesser d'être. Mon coeur ne bat que par sympathie ; je ne vis que par autrui ; par procuration, pourrais-je dire, par épousaille, et ne me sens jamais vivre plus intensément que quand je m'échappe à moi-même pour devenir n'importe qui."
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  • Par Frederique26, le 31 octobre 2012

    L'analyse psychologique a perdu pour moi tout intérêt du jour où je me suis avisé que l'homme éprouve ce qu'il s'imagine éprouver. De là à penser qu'il s'imagine éprouver ce qu'il éprouve... Je le vois bien avec mon amour: entre aimer Laura et m'imaginer que je l'aime-entre m'imaginer que je l'aime moins, et l'aimer moins, quel dieu verrait la différence? Dans le domaine des sentiments, le réel ne se distingue pas de l'imaginaire. Et, s'il suffit d'imaginer qu'on aime, pour aimer, ainsi suffit-il de se dire qu'on imagine aimer, quand on aime, pour aussitôt aimer un peu moins, et même pour se détacher un peu de ce qu'on aime- ou pour en détacher quelques cristaux. Mais pour se dire cela ne faut-il pas déjà aimer un peu moins?
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  • Par diborde, le 07 mars 2011

    Un jour vient où l'être vrai reparaît, que le temps lentement déshabille de tous ses vêtements d'emprunt; et, si c'est de ces ornements que l'autre est épris, il ne presse plus contre son coeur qu'une parure déshabitée, qu'un souvenir... que du deuil et du désespoir.

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  • Par diborde, le 24 avril 2011

    Bien des choses échappent à la raison, et celui qui, pour comprendre la vie, y applique seulement la raison, est semblable à quelqu'un qui prétendrait saisir une flamme avec des pincettes. Il n'a plus devant lui qu'un morceau de bois charbonneux, qui cesse aussitôt de flamber.

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