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ISBN : 2070360180
Éditeur : Gallimard (1972)


Note moyenne : 3.52/5 (sur 746 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
« [...] je n'ai point encore dit l'immense plaisir que Gertrude avait pris à ce concert de Neuchâtel. On y jouait précisément La symphonie pastorale. Je dis "précisément" car il n'est, on le comprend aisément, pas une œuvre que j'eusse pu davantage souhaiter de lui fair... > voir plus
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Critiques, analyses et avis

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    • Livres 3.00/5
    Par Nastasia-B, le 06 janvier 2013

    Nastasia-B
    Ce petit roman de Gide, écrit sous forme de récit à la première personne, se lit vite et sans ennui.
    Son style est de haut vol, comme souvent chez l'auteur, mais pas trop pompeux, comme on pourrait de temps à autres lui en faire le reproche. le style est, à mon sens, le principal point fort de l'ouvrage car le scénario est un peu brimbalant et parfois téléphoné voire facile.
    André Gide revisite le mythe de l'enfant sauvage que l'on éveille peu à peu à la civilisation et qui se révèle finalement pétri de sensibilité interne contrairement à ce que les rudes manières pouvaient laisser entrevoir de prime abord.
    L'auteur multiplie les artifices et les cas limites en faisant de la jeune fille une aveugle et de son précepteur un pasteur.
    À ce stade, l'éveil de la jeune fille est prévisible et visible comme le nez au milieu de la figure, mais en plus, une espèce d'amourette à deux sous vient se greffer dans le cœur noble et franc du preux chevalier pasteur, sans même qu'il s'en rende compte.
    Ici, on a envie de crier " N'en jette plus André ! ", mais comme si cela n'était pas suffisant, le propre fils du pasteur tombe lui-même amoureux de la jeune aveugle.
    Humm ! miam ! miam ! Gide fait grincer les violons à pleins tubes dans le registre de l'amour impossible, de la rivalité père-fils et au comble de l'invraisemblance et de la guimauve, on nous assène une possibilité d'opération qui pourrait rendre la vue à Gertrude. (Disons qu'à partir de là en ce qui me concerne la limite de l'indigeste est franchie depuis longtemps et seule la longueur restreinte du livre m'incite à aller au bout.)
    Chose dite chose faite, notre Gertrude retrouve la vue et comme Gide est réfractaire aux happy-ends et qu'il se dit qu'il a déjà épuisé sa ration de sucré et qu'il craint La Dysenterie Post-orale (pardonnez-moi encore ce calembour vaseux), il s'arrange pour faire absolument capoter l'histoire à la fin afin qu'il y ait une belle mort tragique digne du théâtre antique.
    Je vous avoue que (toujours de mon point de vue, par ailleurs critiquable sous tous angles) cette histoire vaut plus pour la façon dont elle est écrite que pour le brio sans pareil et l'imagination diabolique du scénario, qui pourrait parfois faire rire alors que ce ne semble manifestement pas être l'objectif premier de l'auteur.
    Quelque chose dans ce roman me rappelle le film La Nuit du Chasseur avec Robert Mitchum. Une œuvre soi-disant mythique mais qui a tellement vieilli, qui est tellement téléphonée et bateau qu'elle en devient drôle au second degré, mais bien sûr, tout cela n'est que mon avis, c'est-à-dire, pas grand-chose.
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    • Livres 3.00/5
    Par horline, le 18 janvier 2012

    horline
    Écrivain mélomane, André Gide invite le lecteur à entrer dans le récit rétrospectif d'un pasteur interprétant une partition musicale bien singulière. Celle des épanchements affectifs et des sentiments.
    Le récit s'ouvre sur des notes douces de bienveillance lorsque le pasteur recueille au sein de son foyer une jeune orpheline aveugle et recluse avec la volonté affichée de la sortir de sa torpeur et orchestrer son éducation morale et intellectuelle. Mais la candeur et la beauté incandescente de Gertrude irradient laissant place à un mouvement crescendo des émotions.
    A son contact, le pasteur découvre une intelligence vive trop longtemps mise en sommeil, une sincérité désarmante, une âme pure qu'il lui appartient de préserver de la corruption des hommes au point de devenir lui-même aveugle à sa propre doctrine et à la réalité qui l'entoure...
    Avec une écriture à la musicalité ancienne, André Gide séduit par ses efforts constants dans la recherche du mot juste, de la phrase dense qui, pour autant, ne se confond pas avec une plume esthétique. Effectivement, c'est une littérature qui s'inscrit au cœur de la conscience humaine et de la morale, qui met à l'épreuve le rapport du pasteur avec sa jeune protégée et expérimente sans cesse l'éthique revendiquée.
    C'est également une littérature qui invite à regarder entre les lignes par un jeu subtil qui jongle entre désir et censure, volonté de dire et nécessité de taire, liberté de conscience et doctrine religieuse. Elle signe l'émergence du courant individualiste et la liberté d'être soi face aux contraintes morales.
    Indubitablement, la force de ce roman est d'avoir adopté l'écriture intime pour conter au lecteur une histoire douloureuse où la spontanéité des émotions, le repli sur soi et le questionnement reflètent le conflit intérieur auquel est confronté le pasteur. Malgré la violence des sentiments, l'auteur réussit également à ne pas noyer le récit sous le poids des émotions dans ce difficile exercice d'équilibriste.
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    • Livres 5.00/5
    Par Kittiwake, le 01 juin 2014

    Kittiwake
    La symphonie pastorale, c'est le récit qui mène une jeune aveugle de l'ombre à la lumière. Mais pas seulement. Ce sont aussi les confidences de l'homme qui l'accompagne et la guide sur ce chemin, pour le malheur de tous.
    Le récit est allégorique : on ne croit pas un seul instant à cette évolution miraculeuse, qui fait d'une enfant dont le langage se réduit à quelques grognements, plus proche de l'animal que de l'être humain, une jeune demoiselle à la syntaxe parfaite et à l'expression nuancée. Peu importe, Là n'est pas le sujet. Tout est centré autour du ressenti de cet homme, le plus aveugle des deux : longtemps inconscient des sentiments qu'il éprouve pour la jeune fille, autant que du malheur qu'il crée autour de lui :
    «  Je me disais : c'est une enfant. Un véritable amour n'irait sans confusion, non rougeurs. Et de mon côté je me persuadais que je l'aimais comme on aime un enfant infirme »
    Longtemps convaincu du bien fondé de son entreprise, n'hésitant pas à se justifier au nom des textes saints (l'homme est pasteur), c'est la découverte des sentiments de son fils pour la jeune fille qui lui fait perdre toute raison. La morale, l'éducation, les préceptes religieux viennent justifier l'inacceptable. le combat n'aura pas lieu, il est perdu d'avance.
    Les plus belles pages sont celles consacrés à l'éveil de la jeune fille alors que l'l'homme n'a pas encore conscience des dangers d'une telle démarche. C'est à travers son propre regard qu'il lui propose une vision magnifiée de ce qui les entoure, un monde d'idées pures, mis en mots pour se substituer au sens défaillant. Pour un temps qu'il sait compté :
    « Le soleil se couchait dans une splendeur exaltée. L'air était tiède. Nous nous étions levés et tout en parlant nous avions pris le sombre chemin du retour ».
    Le dessein est vain et funeste. La crainte de détruire l'illusion se confirme lorsque Gertrude sort de sa cécité : le malheur s'incarne, la mort met au grand jour les racines du mal, et laisse sur son sillage des âmes détruites :
    « J'aurais voulu pleurer, mais je sentais mon coeur plus aride que le désert ».
    Les souvenirs lointains de cette lecture s'étaient totalement effacés, et c'est donc une re découverte, voire une découverte, pour un grand bonheur : la magie des mots, l'analyse aiguë
    et intime des sentiments laissent une impression fortement favorable, incitant à poursuivre une nouvelle exploration de l'oeuvre de l'auteur

    Lien : http://kittylamouette.blogspot.fr/2014/06/la-symphonie-pastorale.html
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    • Livres 3.00/5
    Par valleg, le 29 novembre 2013

    valleg

    Un pasteur recueille une jeune orpheline aveugle et quasi-sauvage et entreprend de l'éduquer et de l'éveiller au monde et à la vie spirituelle. Gertrude devient une jeune femme vive et intelligente, dont l'âme pure va chavirer le cœur du pasteur et lui faire perdre tout discernement au point d'adapter les préceptes religieux à ses desseins amoureux et au risque de mener à leur perte les brebis qui lui étaient confiées.
    La parabole de l'aveuglement, poussée ici à son paroxysme, offre une réflexion sur la perception des choses, du monde et de soi-même. Gertrude découvre le monde par le regard du pasteur, elle ne voit que ce qu'il lui donne à voir et à comprendre et ce prisme étroit lui sera fatal lorsqu'elle recouvrera la vue. Quant au pasteur, chargé d'éclairer ses ouailles mais aveuglé par son amour, il ne voit plus que ce qui l'arrange. La relecture de la première partie de son journal, sorte d'auto analyse ou plutôt d'examen de conscience, l'éclairera mais ne sera pas suivi d'un acte de contrition.
    La forme du journal intime, utilisé dans le roman, renforce encore ce sentiment d'égarement du pasteur en nous donnant uniquement son point de vue et en nous mettant au cœur de ses conflits intérieurs.
    Mais que montre Gide finalement si ce n'est que la nature humaine s'accorde mal avec la morale chrétienne et que c'est à l'individu de choisir les principes et les valeurs qui vont gouverner son existence.
    L'histoire pourrait paraître désuète si elle ne servait un propos intelligent dans un style pur et concis. A la fois classique et moderne l'écriture de Gide donne au récit une impression de légèreté et de densité très agréable à lire.
    Challenge Nobel 2013/2014
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    • Livres 4.00/5
    Par ibon, le 16 octobre 2013

    ibon
    Touchant ouvrage que ce récit, sous la forme d'un journal. Un pasteur recueille dans sa famille une orpheline de 15 ans, aveugle et sans langage articulé.
    Le grand intérêt de cette histoire, dans le magnifique cadre des montagnes enneigées du Jura, est que la morale religieuse de ce pasteur est soumise à rude épreuve. Sans trahir l'issue finale, non seulement sa femme désapprouve la présence de cette " infirme" à la maison et boude son mari, mais des sentiments bien innocents et confus naissent entre cette élève sans péché et son sauveur devenu un précepteur tourmenté.
    Un court roman de Gide, très bien écrit, simple et dépouillé, qui bien qu'usant de nombreuses citations religieuses ne fait pas de prosélytisme mais au contraire questionne cette conscience religieuse quand elle est malheureuse.
    Un récit vif, accentué par les pages du journal qui se réduisent peu à peu à une ou deux phrases, jusqu'à une fin percutante et plus détaillée comme un uppercut filmé au ralenti...
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Citations et extraits

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  • Par LydiaB, le 03 décembre 2010

    Et il m’apparut aussitôt combien ma comparaison était précaire. – Le blanc, essayai-je pourtant de lui dire, est la limite aiguë où tous les tons se confondent, comme le noir en est la limite sombre. – Mais ceci ne me satisfit pas plus qu’elle, qui me fit aussitôt remarquer que les bois, les cuivres et les violons restent distincts les uns des autres dans le plus grave aussi bien que dans le plus aigu. Que de fois, comme alors, je dus demeurer d’abord silencieux, perplexe et cherchant à quelle comparaison je pourrais faire appel.
    – Eh bien ! lui dis-je enfin, représente-toi le blanc comme quelque chose de tout pur, quelque chose où il n’y a plus aucune couleur, mais seulement de la lumière ; le noir, au contraire, comme chargé de couleur, jusqu’à en être tout obscurci...
    Je ne rappelle ici ce débris de dialogue que comme un exemple des difficultés où je me heurtais trop souvent. Gertrude avait ceci de bien qu’elle ne faisait jamais semblant de comprendre, comme font si souvent les gens, qui meublent ainsi leur esprit de données imprécises ou fausses, par quoi tous leurs raisonnements ensuite se trouvent viciés. Tant qu’elle ne s’en était point fait une idée nette, chaque notion demeurait pour elle une cause d’inquiétude et de gêne.
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  • Par araucaria, le 04 mai 2013

    -bMais, Gertrude, pour avoir des enfants il faut être mariée.
    - Ne me dites pas cela, pasteur. Je sais que cela n'est pas vrai.
    - Je t'ai dit ce qu'il était décent de te dire, protestai-je. Mais en effet les lois de la nature permettent ce qu'interdisent les lois des hommes et de Dieu.
    - Vous m'avez dit souvent que les lois de Dieu étaient celles mêmes de l'amour
    - L'amour qui parle ici n'est plus celui qu'on appelle aussi : charité.
    - Est-ce par charité que vous m'aimez?
    - Tu sais bien que non, ma Gertrude.
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  • Par canel, le 21 octobre 2013

    J’ai souvent éprouvé que la parabole de la brebis égarée reste une des plus difficiles à admettre pour certaines âmes, qui pourtant se croient profondément chrétiennes. Que chaque brebis du troupeau, prise à part, puisse aux yeux du berger être plus précieuse à son tour que tout le reste du troupeau pris en bloc, voici ce qu’elles ne peuvent s’élever à comprendre. Et ces mots : « Si un homme a 100 brebis et que l’une d’elles s’égare, ne laisse-t-il pas les 99 autres sur les montagnes, pour aller chercher celle qui s’est égarée ? » - ces mots tout rayonnants de charité, si elles osaient parler franc, elles les déclareraient de la plus révoltante injustice.
    (p. 30-31)
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  • Par mandarine43, le 30 juillet 2011

    [ Incipit ]

    LA neige qui n'a pas cessé de tomber depuis trois jours, bloque les routes. Je n'ai pu me rendre à R... où j'ai coutume depuis quinze ans de célébrer le culte deux fois par mois. Ce matin trente fidèles seulement se sont rassemblés dans la chapelle de La Brévine.
    Je profiterai des loisirs que me vaut cette claustration forcée, pour revenir en arrière et raconter comment je fus amené à m'occuper de Gertrude.
    J'ai projeté d'écrire ici tout ce qui concerne la formation et le développement de cette âme pieuse, qu'il me semble que je n'ai fait sortir de la nuit que pour l'adoration et l'amour. Béni soit le Seigneur pour m'avoir confié cette tâche.
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  • Par mandarine43, le 01 février 2012

    J’ai souvent éprouvé que la parabole de la brebis égarée reste une des plus difficiles à admettre pour certaines âmes,qui pourtant se croient profondément chrétiennes. Que chaque brebis du troupeau, prise à part, puisse aux yeux du berger être plus précieuse à son tour que tout le reste du troupeau pris en bloc, voici ce qu’elles ne peuvent s’élever à comprendre. Et ces mots : “Si un homme a cent brebis et que l’une d’elles s’égare, ne laisse-t-il pas les quatre-vingt-dix-neuf autres sur les montagnes, pour aller chercher celle qui s’est égarée ?” [...]
    Les premiers sourires de Gertrude me consolaient de tout et payaient mes soins au centuple. Car “cette brebis, si le pasteur la trouve, je vous le dis en vérité, elle lui cause plus de joie que les quatre-vingts-dix-neuf autres qui ne se sont jamais égarées.”
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