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Par Piling, le 31/07/2008
Première phrase du livre
Le Pingouin de
Andreï Kourkov
incipit :
Ce fut d'abord une pierre qui tomba à un mètre de son pied. Victor se retourna. Au bord de la chaussée aux pavés disjoints, deux types le regardaient, l'air narquois. L'un d'eux se baissa, ramassa un nouveau projectile, et, comme s'il jouait au bowling, le lança vers Victor, en contrebas. Celui-ci fit un bond de côté, et, d'un pas rapide proche de celui des marcheurs de compétition, gagna le coin de la rue, où il tourna, se répétant : "Surtout ne pas courir !" Il ne s'arrêta qu'à proximité de son immeuble. Un coup d'oeil à l'horloge publique lui apprit qu'il était vingt et une heures. L'endroit était calme et désert. Il entra dans le hall. La peur l'avait abandonné. La vie des gens ordinaires est si ennuyeuse, les distractions sont devenues hors de prix. C'est pour cela que les pavés volent bas...
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Par BMR, le 13/12/2009
Le Pingouin de
Andreï Kourkov
[...] Micha, le pingouin, se promenait dans le couloir sombre, cognant de temps à autre à la porte fermée de la cuisine. Victor finit pas se sentir coupable et lui ouvrit. Il s'arrêta près de la table. Haut de presque un mètre, il parvenait à embrasser des yeux tout ce qui s'y trouvait. Il fixa d'abord la tasse de thé, puis Victor, qu'il examina d'un regard pénétrant, comme un fonctionnaire du Parti bien aguerri. Victor eut envie de lui faire plaisir. Il alla lui préparer un bain froid. Le bruit de l'eau fit immédiatement accourir le pingouin, qui s'appuya au rebord de la baignoire, bascula et plongea sans attendre qu'elle soit pleine.
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Par bibliophage, le 14/01/2009
Première phrase du livre
L'Ami du défunt de
Andreï Kourkov
(incipit)
Fumer m'aurait aidé ; après chaque petite scène de ménage - pratiquement imperceptible et indéchiffrable pour un observateur extérieur - j'aurais grillé plusieurs cigarettes, et la fumée chargée de nicotine, à défaut de conférer un sens et un parfum à ma vie, aurait servi de palliatif et, tel un encens brûlé à ma propre gloire, m'aurait permis de conserver une certaine joie de vivre. Mais devenir fumeur à trente ans me semblait puéril et stupide.
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Par BMR, le 03/02/2010
Les pingouins n'ont jamais froid de
Andreï Kourkov
[...] Chaque pays est une sorte d'immense corps composé de milliers d'organes et de millions de petites cellules qui s'agitent en tout sens, les humains. Plus le corps est grand, moins il est sain. Il faut en permanence le traiter, l'opérer, anesthésier certaines parties en espérant ne jamais avoir besoin de recourir à une anesthésie générale. Cette crainte contribue à multiplier les anesthésies locales.
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L'Ami du défunt de
Andreï Kourkov
Quelqu'un m'avait dit un jour qu'un type normal n'avait aucune chance d'être admis aux Beaux-Arts. Apparemment, il ne m'avait pas menti. Avec cette seule nuance que les gens bizarres sont toujours plus intéressants que les gens normaux. En leur compagnie, on court parfois certains risques, mais jamais celui de s'ennuyer.
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Par urbanbike, le 10/03/2010
Laitier de nuit de
Andreï Kourkov
Dima se sentit davantage intéressé par un couple de perroquets dodus logés dans une belle et vaste cage. Après cinq bonnes minutes passées à observer ces oiseaux qu’on eût dit doués d’intelligence, il lui fallut bien revenir à son problème initial. Il alla faire un tour du côté de la ligne de tramway, au-delà de l’enceinte du marché. Aux dires de la vieille aux chats siamois, il y avait là des SDF qui pour trois hryvnia vous vendaient « n’importe quel bâtard à poil gris ». À ces mots, Dima avait tout de suite pensé à Mourik. Mais ce jour-là aucun SDF trafiquant de chats de gouttière n’était visible derrière la clôture du marché. Et pour finir, Dima, transi jusqu’à la moelle, se retrouva devant une femme aperçue auparavant, chaussée de grosses bottes et vêtue d’une chaude pelisse de paysanne, aux pieds de laquelle, dans un panier posé sur l’asphalte, plusieurs chatons gris se blottissaient sous un morceau de couverture.
- C’est d’un grand gris que j’aurais besoin, déclara Dima dans un soupir.
- Grand comment ? s’enquit la femme emmitouflée.
Dima écarta les mains pour indiquer la taille approximative de Mourik. Puis il expliqua en quoi consistait son problème. Il parla du chagrin de sa femme et de la photographie du chat dans son cadre endeuillé d’un ruban noir.
- Oh ! moi-même, quand ma Torchonette est passée sous une voiture, j’ai frisé l’infarctus ! s’exclama la femme en levant les bras au ciel. Votre femme a de la chance d’avoir un mari comme vous ! Le mien m’a traitée d’idiote durant trois semaines d’affilée !
Dima goûta le compliment. Il faillit débiner l’époux indélicat, histoire de prolonger la conversation, mais se retint à temps : il venait de remarquer qu’une lueur s’était allumée dans les yeux de la femme.
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Le Pingouin de
Andreï Kourkov
Mais Micha a apporté sa propre solitude, et désormais, les deux ne font que se compléter, créant une situation de dépendance réciproque plus que d'amitié.
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Le Pingouin de
Andreï Kourkov
- Et ta bestiole, comment elle va? demanda-t-il avec une amabilité appuyée, en caressant sa barbe.
- Elle va bien.
- Il faut que je t'explique, poursuivit Liocha, soudain grave. Je voudrais te demander de venir avec ton pingouin, pour un truc...C'est pas vraiment joyeux, mais bon...En tout cas c'est bien payé.
- Quel genre de truc? interrogea Victor d'un ton un peu amène.
- J'ai des amis qui ont perdu leur patron. Ils l'enterrent demain. Et en grande pompe, tu sais. Rien que le cercueil à poignées de bronze, y en a pour une brique. Bref...un jour, je leur avais parlé de ton pingouin, et ça leur est revenu...Ils t'invitent aux obsèques avec lui.
Victor le regarda, interloqué.
-Pour quoi faire?
-Comment dire...
Concentré, il mordillait sa lèvre inférieure.
- Dans toute chose, il doit y avoir de la classe...Ils ont justement pensé qu'un enterrement avec un pingouin, ce serait classe...Et même trop classe. C'est déjà un animal de deuil, noir et blanc...Tu vois?
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Le Pingouin de
Andreï Kourkov
L'existence brève mais riche en rebondissements de Victor Zolotarev renferme à elle seule la matière d'une grande trilogie, et on peut penser que celle-ci sera écrite un jour. Mais pour l'instant, comme une douloureuse annotation à cette future oeuvre, c'est la nécrologie de Victor Zolotarev qu'il faut hélas composer.
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Le Pingouin de
Andreï Kourkov
L'automne est la saison idéale pour les nécrologies. C'est le temps du déclin, de l'affliction, du repli sur le passé. L'hiver, lui, correspond bien à la vie. Il est joyeux en soi, avec son froid vivfiant, sa neige qui scintille au soleil.