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Par Olivier59, le 27/03/2008
Brokeback Mountain de
Annie Proulx
La chemise lui parut lourde et il découvrit qu'il y en avait une autre à l'intérieur, les manches soigneusement enfilée dans celles de Jack. C'était sa propre chemise à carreaux, perdue depuis longtemps, avait-il cru, dans une putain de blanchisserie, sa chemise sale, la poche arrachée, les boutons en moins, volée et dissimulée par Jack à l'intérieur de sa propre chemise, comme deux peaux, l'une à l'intérieur de l'autre, deux en une.
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Par jcfvc, le 29/10/2009
les pieds dans la boue de
Annie Proulx
La vie de cow-boy, ou ce qui y est apparenté, fascine toujours, et certains n'hésitent pas à s'y lancer, comme Diamond Felts, le héros de Les pieds dans la boue, quels qu'en soient les coûts : devenu « bullrider » contre la volonté de sa mère, celle-ci lui fait rencontrer un ancien bullrider, ancienne gloire piétinée trente ans auparavant par un taureau.
« Il y avait quelque chose d'anormal dans le maintien de ses épaules, l'inclinaison en avant de son torse par rapport à ses hanches. […] L'homme regarda plus loin, dans le vague, révélant le bulbe aplati de son nez écrasé, une pommette démolie, un creux au-dessus de l'œil gauche qui paraissait aveugle. Sa bouche était plissée sous l'effet de la concentration. »
La souffrance peut aussi être plus cachée, comme ces deux cow-boys de Brokeback Mountain obligés de cacher à tous leur amour, non par honte, mais pour survivre :
« Il y avait ces deux vieux qui s'occupaient ensemble d'un ranch près de la maison, Earl et Rich […]. Tout le monde se moquait d'eux, et pourtant c'était des vieux oiseaux plutôt durs à cuire. J'avais à peu près neuf ans quand on trouva Earl mort dans un fossé d'irrigation. Ils lui étaient tombés dessus avec un démonte-pneu […]. » Or, quelles que soient les précautions qu'ils prennent, ou qu'ils oublient de prendre, tout finit pas se savoir.
La crise économique peut aussi exister dans le Wyoming :
« Partout dans le pays ceux qui jadis mangeaient de la viande rouge de premier choix, les femmes qui servaient du bœuf braisé le dimanche au déjeuner, tous s'étaient mis à la pâte de soja et aux légumes verts, pour prévenir le durcissement des artères, la colibacillose véhiculée par le hamburger, les frisons glacés de la fièvre de Malte. Ce qu'ils lisaient sur la maladie de la vache folle à l'étranger les effrayait. Qui aurait osé faire preuve d'un bel appétit carnivore en ces temps de sensibilité végétarienne exacerbé ? »
Pour survivre, il faut savoir tout faire, comme Leeland, le héros d' « Une vie de travail » : successivement pompiste, militaire, commerçant et éleveur de porcs à la fois, employé dans une entreprise de travaux de voirie, dans une entreprise de stockage de viande, conducteur de poids lourds, de nouveau éleveur de porcs, et ainsi de suite, une vie durant. Pendant ce temps, le monde poursuit sa course :
« Aux informations, le présentateur dit que l'Américain moyen mange 8,6 livres de margarine par an, contre seulement 8,3 de beurre » ; « aux infos, on parle du Vietnam et de Selma, Alabama »; « on raconte quelque chose aux actualités à propos de la cantine scolaire et le ketchup est classé comme un légume » ; « un trou étrange est apparu dans la couche d'ozone. Il confond ozone et oxygène » ; jusqu'à la conclusion : « personne n'a le temps d'écouter les nouvelles. »
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Par Woland, le 17/03/2009
Noeuds et dénouements de
Annie Proulx
[...] ... Vers minuit, le vent souffla plein ouest et il entendit sa plainte se transformer en hurlement, un vent terrible dans le catalogue des vents. Un vent qui se rapprochait du Vent bleu du nord, du Blaast glacial et du Landlash. Un cousin du Bull's Eye, toujours annoncé par un petit nuage au centre rougeâtre, la belle-mère du Vinds-gnyr des sagas norvégiennes, des nordets qui soufflent trois jours durant sur les côtes de la Nouvelle-Angleterre. Un oncle du Williwaw de l'Alaska, et du Doinionn sauvage d'Irlande. La demi-soeur du Koshava, chargée des neiges russes qu'elle pousse à l'assaut des plaines yougoslaves, du Steppenwind, et du violent Buran des steppes infinies de l'Asie centrale, du Crivetz, des Viugas et des Purgas de Sibérie, et du féroce Myatel qui balaie la Russie du nord. Un frère de sang du Blizzard de la prairie, de cette clameur venue de l'Arctique canadien connue simplement sous le nom de Vent du nord, et du Pittarak qui fait fumer la banquise du Groenland. Un vent abominable, tranchant comme une lame d'acier. ... [...]
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Brokeback Mountain de
Annie Proulx
Tu ne peux même pas imaginer à quel point c'est devenu insupportable. Je ne suis pas toi. Je peux pas me contenter d'un coup ou deux tirés dans les montagnes une fois ou deux par an. Tu représentes trop de choses pour moi, Ennis, fils de fils de pute. Je voudrais savoir comment te quitter.
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Par Woland, le 17/03/2009
Noeuds et dénouements de
Annie Proulx
[...] ... Combien étaient venus ici, appuyés comme elle au bastingage ? Contemplant ce rocher au milieu de la mer. Vikings, Basques, Français, Anglais, Espagnols, Portugais. Attirés par la morue, depuis les jours lointains où les multitudes de poissons ralentissaient les navires dans leur course vers les îles aux Epices, dans leur quête des cités de l'or. La vigie rêvait de pingouin rôti ou de baies sucrées dans des corbeilles d'herbes tressées, sans rien voir d'autre que le bouillonnement des vagues, les lumières clignotant le long des rambardes. Les seules villes étaient de glace, icebergs au coeur d'aigue-marine, pierres bleues enfouies au creux de gemmes immaculées dont certains disaient qu'elles exhalaient un parfum d'amande. Enfant, elle en avait senti l'amertume.
Les éclaireurs partis à terre revenaient à bord couverts de piqûres d'insectes. De l'eau, rien que de l'eau, disaient-ils, des tourbières, des marécages, des rivières, des chapelets d'étangs peuplés de criaillements d'oiseaux. Les bateaux poursuivaient leur route, raclant le fond au détour des caps. Et les vigies distinguaient des caribous qui s'enfonçaient dans la brume. ... [...]
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Par Cernunnos, le 04/11/2011
Brokeback Mountain de
Annie Proulx
Chacun respectait l’opinion de l’autre, chacun était heureux d’avoir trouvé un compagnon alors qu’il n’en attendait pas. Ennis, reprenant le chemin face au vent pour retrouver les moutons dans la lumière traîtresse de l’ébriété, se disait qu’il n’avait jamais connu d’aussi bons moments, se sentait capable d’aller cueillir l’argent de la lune.
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Par sylvie, le 24/09/2009
Les Crimes de l'accordéon de
Annie Proulx
Quand le facteur d’accordéons eut acquis la maîtrise de son art, il se mit à imaginer une autre vie - cette vie, inconcevable dans son village hostile, lui semblait tout à fait imaginable dans un pays éloigné qui occupait sa pensée du matin au soir : La Mérique. Il rêvait d’une vie nouvelle, fraîche et comme neuve, de sacs d’argent suspendus dans le futur comme poires dissimulées dans les hautes branches feuillues de l’arbre
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Par Voltaire, le 19/06/2011
Brokeback Mountain de
Annie Proulx
Ennis del Mar se réveille avant cinq heures, le vent secoue la caravane, siffle autour de la porte et des encadrements de fenêtres en aluminium. Les chemises pendues à un clou frémissent légèrement dans le courant d’air. Il se lève, gratte le triangle de poils gris au bas de son ventre, se traîne vers le réchaud à gaz, verse un reste de café dans une casserole en émail écaillé ; la flamme enveloppe la casserole de bleu.
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Nouvelles histoires du Wyoming de
Annie Proulx
Peu de temps après, sa mère commença a décliner. Elle le regardait et disait : « Où est donc Gilbert ? En train de jouer dehors, je parie. Je veux qu’il remplisse la caisse de bois à brûler. » Plus tard elle lui disait : »Tu devras te débrouiller tout seul pour le dîner. Je ne peux pas cuisiner sans bois. » Gilbert se sentait une pointe de remords : quand il était gosse il avait échappé souvent à la corvée de bois. Elle lui demandait souvent si le facteur était passé jusqu’au jour où Gilbert, exaspéré, lui dit : »Tu attends une lettre du président ou quoi ? ». Elle avait secoué la tête mais n’avait rien répondu.
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