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Gammes de
Annie Saumont
Au commencement la terre était vague et vide, juste ce que dit le Livre. Et puis Dieu a mis la lumière. Allons, ferme les yeux, pince-toi le nez, avale. C'est pour ton bien. Un haut-le-coeur. Ça passera pas. Ça passe. Et alors, après, Grand'Ma ? Parce que la lumière toute nue sur le vide vague et vibrant c'est pas assez faut pas charrier. Te voilà déjà qui t'énerves. La suite viendra au déjeuner. Pour le moment va jouer. Profite.
Dehors la rosée, une goutte sur chaque brin d'herbe, tremblote. Un pigeon gris fait les cent pas sur le toit de la remise. Dans l'auge les têtards de la veille devraient - Loué soit le Seigneur - arborer aujourd'hui deux petites pattes neuves.
On descend entre les fougères le chemin vers le ruisseau. Mais elle a dit, Prends garde à ne pas te mouiller les pieds. Ajoutant, Ta mère me gronderait. Elle avait d'abord déclaré, Dieu a ordonné que la terre verdisse de verdure. Et puis, Il y eut un soir et il y eut un matin.
Maintenant il y a. Un matin du chaud de l'été et le fermier des Aulnettes se pose - tête à casquette, buste de coton bleu rayé - dans l'échancrure de la haie. On entend, Tiens t'es revenu, hé c'est déjà les vacances t'as grandi mon garçon. On dit, Oui merci vous aussi.
On atteint le bord de l'eau presque immobile froissée de quelques rides à peine. Dans l'eau la toile d'araignée tendue entre deux touffes de joncs est comme un filet lancé au travers du ciel reflété. On ne peut croire qu'en juillet dernier il y avait autant d'ombelles penchées sur les rochers du gué. On bondit de pierre en pierre en évitant les plus moussues, glissantes, on ne relèvera la tête qu'une fois sur l'autre berge et par le trou de la haie, à l'endroit où tout à l'heure brillait le cercle de métal bouclant le ceinturon du fermier des Aulnettes, on voit des cheveux dorés tombant jusqu'aux sourcils au-dessus des yeux noirs au-dessus de la moue fronçant les lèvres au-dessus du menton à fossette.
On chantonne, Bonjour Fanny. Elle a dit, 'Jour. Puis a tourné le dos.
Où en étais-je.
Mâche. Donc le monde est fait. Le firmament est fait. Au milieu des eaux et qui sépare les eaux d'avec les eaux (les supérieures et les inférieures), encore un peu, c'est plein de vitamines. Si tu ne manges pas ta mère dira - Ensuite Dieu a garni les eaux d'un grouillement d'êtres vivants. Le ciel s'est assombri d'un vol de milliers d'ailes. Bois un coup ça descendra.
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Les Derniers Jours heureux de
Annie Saumont
Je contemple mon frère, je ris, je lui déclare qu'il est idiot que je l'adore l'ai toujours adoré qu'il le sait. Ma mère disait, ces enfants, jamais un cri ou une dispute ce n'est pas normal à leur âge. De temps en temps elle ajoutait pensive qu'elle devrait bien nous séparer. Une idée qui faisait d'elle à mes yeux un bourreau en puissance. Et c'est pour avoir observé le plaisir qu'elle éprouvait à se remémorer sans cesse les échecs d'une femme abandonnée par son mari, c'est pour m'en être si souvent étonnée que j'ai fini par comprendre l'intérêt qu'ont pour nous les histoires tragiques. Qui satisfont notre goût du malheur.
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Moi les enfants j'aime pas tellement de
Annie Saumont
Pour les parents, les enfants emmerdants c'est toujours les enfants des autres.
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Qu'est-ce qu'il y a dans la rue qui t'intéresse tellement ? de
Annie Saumont
[Incipit.]
Ce soir tu auras des poireaux. Dit-elle. Comment les veux-tu ? Dans une béchamel ou bien en vinaigrette ? Elle signale qu'en vinaigrette c'est plus léger. Souviens-toi que ta tension a monté jusqu'à dix-neuf la semaine dernière, un simple écart de régime et tu sais ce qui peut arriver. Il ne répond rien, ne bouge pas, ses épaules en contre-jour sont voûtées, semblent frêles, sa taille épaisse. Elle insiste, je t'ai déjà dit d'enfiler tes pantoufles. Elle suggère, pourrais-tu réparer ce robinet de la cuisine, l'eau ne cesse de couler goutte à goutte c'est agaçant. Elle dit que ça devient urgent de se décider au sujet du chauffage. On nous a laissé les papiers avec tous les renseignements tarif spécial dégressif super ristourne pour achat hors saison service après-vente et garantie d'un an, c'est propre et vraiment pas trop cher mais qu'est-ce que tu vois de si beau dans la rue, hé tu n'as pas écouté. Qu'est-ce que tu regardes ? La maison d'en face on dirait que tu ne la connais pas, crois-tu que ça va changer d'une heure à l'autre, tu surveilles et c'est toujours pareil. On a bien fait tout de même de s'installer en ville. Les transports. Le médecin. Mais cette bâtisse, inoccupée à présent. Les volets clos. Depuis tant d'années. Un bout de trottoir en ciment. Plutôt affligeant comme spectacle. Vaudrait mieux tourner la tête. Et chercher les moyens de rendre l'appartement confortable. Tu passerais moins de temps à rêvasser derrière la vitre. Qu'est-ce qu'il y a dehors qui t'intéresse tellement ?
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Qu'est-ce qu'il y a dans la rue qui t'intéresse tellement ? de
Annie Saumont
Il hésite. Il fait remarquer qu'un appareil à gaz ça peut être dangereux, on n'a pas fermé le compteur quand on est partis en vacances et un joint cède, un rien une étincelle provoque une explosion qui ne laissera que ruines à l'exception d'un mur, d'une photo sur le mur et on les voit debout dans le soleil clignant des yeux, le père, le grand-père, lourds et sévères malgré un sourire de commande, et puis les femmes, la mère les tantes et les cousines près de ce garçon pensif, en maillot de bain, les doigts entre les pages d'un livre qu'il tient contre sa cuisse nue.
Elle dit que les accidents sont dus le plus souvent à une négligence. Trop de gens se montrent distraits, insouciants, et renâclent au moindre effort d'attention mais - Il décide, montre-moi, tu as dit que c'était noté, les travaux les fournitures. Elle fouille dans le tiroir du buffet elle en sort des papiers. Il s'est levé il se tient debout devant la fenêtre écartant le rideau de batiste. Elle met ses lunettes et relit en silence, remuant les lèvres.
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Les croissants du dimanche de
Annie Saumont
[épigraphe du livre.]
Il me semblait verser dans un pessimisme excessif. J'ai objecté l'amour, les liens familiaux, la chaleur de l'amitié, les joies de la nature, la beauté des saisons, que sais-je encore, les croissants du dimanche matin...
JEAN-NOËL BLANC
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Le tapis du salon de
Annie Saumont
On se cause à soi-même. Comme si dans un monde difficile, on s’offrait quelque compagnie.
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Moi les enfants j'aime pas tellement de
Annie Saumont
Tu l'as finie ta dissert ? Dit-il. Et l'autre, Non j'ai même pas commencé. Je copierai sur toi. Pas d'importance si c'est presque pareil. Personne ignore que des jumeaux ça pense toujours idem.
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Par Myrabelle, le 19/02/2012
Encore une belle journée de
Annie Saumont
Elle a peur.
C'est bien fait. Maintenant elle me harcèle, Parle mon chéri, je t'en prie.
Hier encore, elle disait, Tais toi.
Dès que mon père l'a épousée, il y a huit ans, quelques mois après l'accident qui m'a privé de ma mère, elle n'a cessé de me prêcher la vertu du silence, suivant en cela mon père qui, depuis mon plus jeune âge, ne m'adresse la parole que pour me commander, Tais toi. (Tais toi)
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Par isuire, le 10/03/2011
Koman sa sécri émé ? de
Annie Saumont
Ici c'est l'été et j'ai froid. J'ai aussi un chagrin d'amour. Je sais, maman, on en guérit. Pour guérir, il faut se distraire. Changer d'air, dit-on. Voyager.