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Par Neigeline, le 16/05/2009
Sweet home de
Arnaud Cathrine
Sur les conseils de mon oncle, j'avais recopié une citation de Marcelle Sauvageot : "Vous savez bien qu'il n'était pas possible que vous me donniez du bonheur, parce que même aux moments où nous avons été le plus proches, vous avez toujours gardé un coin de vous... qui ne vibrait pas... qui me jugeait".
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Nos vies romancées de
Arnaud Cathrine
Alejandra Pizarnik note en 1959 dans son journal intime : «Je dois arrêter de lire les auteurs dont je peux me passer, ceux qui pour le moment ne m'aident pas.» Les livres que je voudrais évoquer ici ont eu le précieux don de m'aider plus que je ne me serais autorisé à l'espérer. Ils m'ont aidé au moment où je les ai lus bien sûr, mais aujourd'hui encore. Je ressens le besoin impérieux de m'y replonger à intervalles réguliers. On appelle cela des «livres de chevet».
Ces livres m'ont envoyé ailleurs, dans le corps et la voix de qui je n'étais pas et, ce faisant qu'ils fomentaient mon évasion, ils m'ont déposé au coeur de moi-même, procédant à une invasion salutaire, m'allouant cette chose toute simple dont on ne peut aucunement faire l'économie : la reconnaissance ; petit miracle que Charles Juliet résume d'un sublime trait de simplicité : «Le rôle de l'écrivain est de prêter à autrui les mots dont il a besoin pour accéder à lui-même.» Ces livres me devinaient, ils m'écrivaient et me donnaient droit de cité tout en mettant au jour une part commune. Je m'aventurais dans l'étranger pour finalement tomber sur moi-même, m'offrant d'aller dans une complexité à laquelle la dictature du divertissement généralisé a définitivement tourné le dos. Ces livres prenaient soin de moi. Bien sûr, ils me bousculaient, ils étaient crus dans leur exigence de vérité mais ils substituaient au silence, à l'angoisse et à l'isolement non pas le baume de la consolation (Dagerman a clos le débat : notre besoin de consolation est impossible à rassasier) mais la contemplation du vivant. Ni à genoux, ni à moitié mort, ni objet : debout, bel et bien en vie, sujet.
Ainsi, j'ai souvent eu le sentiment en lisant d'aller à la rencontre de «mes vies romancées» et, parce que c'est la part commune qui a toujours raison du froid glacial, de «nos vies romancées».
Évidemment, la plupart de mes «livres de chevet» ne figurent pas dans cet ouvrage. D'abord parce qu'il m'a fallu n'en choisir que quelques-uns, sous peine d'avoir trop peu d'espace à réserver à chacun d'entre eux. J'en ai donc retenu six, à partir d'une liste bien plus longue dont j'ai pensé un moment que je ne m'en débrouillerais jamais. Mais, contre toute attente, l'odieux tri s'est fait de lui-même lorsque j'ai «redécouvert» qu'on n'a pas forcément quelque chose de pertinent à dire de tout ce que l'on aime. Certains livres sont donc tombés pour cause d'enthousiasme banal, obscur ou impropre à faire l'objet d'un exercice d'admiration.
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Par Neigeline, le 04/06/2009
La disparition de Richard Taylor de
Arnaud Cathrine
Richard, lui, ne m'a rien laissé croire ; me voilà pourtant enchaînée à cet endroit du monde où l'on me dit que les arbres ne poussent pas, forçant mes jeunes racines à pénétrer une terre aride qui jamais ne me nourrira, acharnée, cherchant l'eau là où il n'y a que désert. J'aime cet homme.
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Le journal intime de Benjamin Lorca de
Arnaud Cathrine
Benjamin cultivait les dernières paroles. C’était là un vice un peu morbide qu’il cultivait en forme de conjuration. Solennel et ironique, il me les citait avant d’entrer en scène. Il affectionnait tout particulièrement les derniers mots d’Henri Calet dans Peau d’Ours :
C’est sur la peau de mon cœur que l’on trouverait des rides.
Je suis déjà un peu parti, absent.
Faites comme si je n’étais pas là.
Ma voix ne porte plus très loin.
Mourir sans savoir ce qu’est la mort, ni la vie.
Il faut se quitter déjà ?
Ne me secouez pas. Je suis plein de larmes.
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Par Neigeline, le 16/05/2009
Sweet home de
Arnaud Cathrine
Je repense à la joie qui m'envahissait il y a encore quelques années à l'idée d'investir La Viguière pour l'été. Il ne m'en reste aujourd'hui qu'un souvenir entêtant, comme une part d'enfance disparue, impossible à rejoindre. Quelque chose s'est perdu, mais quoi ? Une vigueur naïve peut-être. Un élan inconséquent. Après s'être ébrouée avec bonheur, notre famille se traîne, comme une troupe de danseurs fatigués, incapables d'inventer de nouveaux gestes et contraints de singer l'âme d'un ballet dont il ne demeure plus que des figures lourdes et lasses.
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Par Cendriyon, le 12/11/2007
Les Vies de Luka de
Arnaud Cathrine
J'ai eu envie de fuir et courir très loin, être capable de pleurer, une fois au moins, débarrasser mes paupières de tout ce que j'ai vu, tout ce qui n'arrivera jamais, me fait un poids, m'empêche de marcher droit comme tout le monde.
Et il a serré encore. Il m'étouffait, mais j'étais plus vivante que jamais au milieu de cet étranglement.
Si rien ne change à l'intérieur de moi, à l'extérieur, que vais-je devenir ? Un grand sac de chagrin et de nerfs qu'on frappe contre deux murs qui se font face. Les murs de ma cellule.
Quelque chose manque, il y a une absence, un trou béant que je dois remplir de terre pour me faire un sol et exister.
Je n'ai pas le droit de lui en vouloir.
Je lui en veux.
Je veux partir. Où que je me tienne, j'ai envie de fuir. Je veux m'en aller.
Je ne suis pas encore parti mais je suis déjà loin. Je suis sans toi par avance. C'est comme ça.
Je ne peux rien te promettre, rien t'affirmer sinon que ton odeur est là et que je t'emporte un peu malgré moi. Ne nous enferme pas pendant mon absence, fais-nous prendre l'air, fais-nous exister à ciel ouvert.
C'est la fin de rien. Ne nous arrête pas là.
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Par Audreyy, le 07/01/2011
La vie peut-être de
Arnaud Cathrine
Il faudrait différer le moment où je me dirais : "Elle a disparu. C'est fini. Pour toujours. Elle a disparu." Lorsque l'on est capable d'admettre ça, on ne cherche plus. On lâche prise, on est seul à crever mais on lâche prise. Un an durant, je m'étais accroché à tout ce à quoi il était possible de s'accrocher : passer en vélo devant le pavillon où tu as vécu, contempler pour la centième fois nos grimaces sur des photomatons pourries, relire les mots qu'on s'écrivait en classe, les mots roulés en boules minuscules, je les ai tous gardés dans un vieux sac à dos enfoui sous mon lit. Peut-être un jour aurais-je le courage de tout balancer, de reconnaître que l'essentiel n'est pas là, ce que tu m'as laissé n'est pas là, il est sur le visage des filles que je croise et où je lis quelques-uns de tes traits. Il est dans le son de ta voix qui ne m'a toujours pas quitté. Dans le souvenir de ton odeur. L'essentiel tient dans tous ces visages que j'aimerai, après toi, et ce ne sera pas une trahison. J'aurais juste accepté à mon tour que l'histoire finisse.
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Le journal intime de Benjamin Lorca de
Arnaud Cathrine
Comme un certain nombre de maladies mortelles qui ne manifestent leurs symptômes que lorsqu'il est trop tard, Benjamin connaissait sans doute l'évidence et pas si rare difficulté à vivre qui forge les êtres les plus résistants et coriaces, de ceux qui bataillent comme personne, font le plus proprement illusion et qu'on décrète par suite invincibles. A tort, bien sûr.
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Par Neigeline, le 16/05/2009
Sweet home de
Arnaud Cathrine
J'aime me taire avec Sacha. Le silence ne nous a jamais empêchés d'être ensemble, à la manière de deux vieux clebs qui montent la garde sans broncher et veillent l'un sur l'autre, quoiqu'il ne risque pas de leur arriver grand-chose. Il faut croire que la bienveillance aime à s'exercer hors de tout danger. (...) Sacha lui est mon abandon. Nous nous aimons pour ça.
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La cinquième saison de
Arnaud Cathrine
(…) en ce qui me concerne, j’ai appris à aimer ça, l’attente. Évidemment, je n’ai pas choisi, je ne ferai avaler à personne que j’aime attendre depuis toujours. Mais ça s’apprend. Ça s’apprivoise l’attente, ça se domestique, on peut la faire changer de couleur et la loger dans un coin plus confortable que la gorge ou le ventre au creux des quels elle vient se coller d’habitude. Il suffit de la déplacer sans qu’elle s’en rende compte. Dans les mains, ça peut faire des dégâts comme des ongles rongés jusqu’à la peu (minimum) ou la destruction d’objets divers, voire du mobilier (maximum). Déplacer l’attente dans ses pieds est aussi une mauvaise idée sauf à la campagne si le jogging est possible, dans tous les autres cas on risque de finir par creuser des douves dans le salon sans même s’en rendre compte. Bref, à mon avis, l’idéal est de mettre son attente dans une pomme et de la poser sur une table.
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