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Par Carosand, le 20/08/2012
La Villa Belza de
Bernadette Pécassou-Camebrac
Le bar Jean était un haut lieu de retrouvailles pour tous les Basques à Biarritz. Tapas, pimientos, piperade, anchoa, on n'y mangeait que de la cuisine du pays. Et de la très bonne. L'endroit ne désemplissait jamais. De longues tables de bois avec de solides bancs de chêne permettaient aux uns et aux autres de s'asseoir ensemble au fur et à mesure de leurs arrivées. On mangeait là comme en famille. Au plafond de longues guirlandes de piments rouges pendaient entre de lourds jambons que le patron décrochait d'un geste vigoureux. Il en taillait d'épaisses tranches qu'il posait ensuite sur de larges assiettes aux motifs rayés rouge et bleu. Sa femme cuisait les oeufs avec juste ce qu'il faut de piment, et elle posait le tout sur la table avec de gros morceaux de pain. Ici il fallait que le client en ait pour son compte. On ne plaisantait pas avec la nourriture et les garçons regardaient arriver les assiettes en se frottant les mains. L'endroit était chaleureux, soigné, rempli d'odeurs qui donnaient envie de se mettre à table et toujours envahi de chants que les uns et les autres entonnaient entre deux gorgées d'irouleguy. Le vin du pays. Les hommes avaient des voix profondes et émouvantes, ils chantaient des airs basques debout, à capella. Depuis leur toute petite enfance, ils baignaient dans cette culture du chant polyphonique et ils l'exerçaient avec le naturel et l'aisance que donne une longue pratique.
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Par Carosand, le 21/08/2012
La Villa Belza de
Bernadette Pécassou-Camebrac
Seuls les grands oiseaux qui volent dans le ciel pur savent que les hommes qui lèvent la tête vers eux n'ont pas tous le même regard.
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Par Ode, le 29/08/2012
La Villa Belza de
Bernadette Pécassou-Camebrac
La Villa dominait la côte Atlantique et on pouvait la voir de n'importe où, que l'on soit à Biarritz ou que l'on se dirige vers la route de la corniche en direction de Guéthary et de Saint-Jean-de-luz. Impossible d'y échapper, elle était incontournable et chacun pouvait mesurer le défi qu'elle représentait.
[...]
Construite sur un énorme rocher gris qui avançait en pointe, la Villa se trouvait comme suspendue au-dessus de l'océan. Sous le rocher, on devinait que les eaux avaient commencé leur lent et inexorable travail d'usure.
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Par latina, le 08/10/2011
La Belle chocolatière de
Bernadette Pécassou-Camebrac
- Eh oui ! C'est des âneries, explosa Marthe. Les Soubirous, c'est des moins que rien, ils ont été foutus dehors de partout, c'est des fainéants ! Et vous allez croire ce que cette Bernadette raconte ! Bah ! tout ce qu'elle dit, ça vaut rien ! C'est une pauvresse, une ignare, c'est de la guenille !
Marie blêmit. Sans s'en douter Marthe avait touché un point très douloureux chez elle. Jamais comme en ce milieu du XIXe siècle, où l'argent régnait en maître et coulait à flots dans les poches des nantis, la pauvreté n'avait été l'objet de tant de mépris. Etre pauvre, en cette année 1858, c'était pire qu'une déchéance, c'était un vice.
- De la guenille? hurla-t-elle. Bernadette, de la guenille ! Et qu'est-ce que tu es d'autre, toi, Marthe ! Et qu'est-ce que nous sommes toutes ici d'autre que des ignares et des pauvresses. Des pauvresses enlaidies, avachies sous le poids de la misère, écrasées de travail...
Et ces mains ! vous vroyez que c'est des mains de dame, vous ! Non, Marthe ! Tu les vois, ces mains, regarde-les, regarde les tiennes ! (Elle hurla:) Toutes, regardez vos mains !
Ces mains ainsi tournées vers le ciel avaient quelque chose de terrible. C'était une géographie, une géologie vivante sur laquelle se lisaient les heures, les jours, les mois et les années passées, dès l'enfance, à lier les bottes de paille dure dans les champs sous des chaleurs étouffantes, une paille qui arrache la peau et y laisse des milliers de piqûres. S'y lisaient le gel des eaux du gave, l'hiver qui crevasse l'intérieur des paumes en de larges sillons qui ne se referment jamais. S'y lisaient les griffes des ronces qui déchirent la peau jusqu'au sang, les brûlures de la neige sous laquelle on cherche encore et encore les dernières châtaignes, le dernier fagot. S'y lisaient les travaux des champs, la terre qu'on soulève à pleines mains, les pommes de terre qu'on plante à l'automne, puis qu'on ramasse au printemps. S'y lisait le travail incessant de ces outils vivants, sensibles et meurtris.
Ces mains, c'était le paysage merveilleux et violent d'une terre qui donne, mais aussi qui prend.
Et ces mains étaient là, à nu, effrayantes dans leur masse informe, avec leurs doigts noueux et tordus, ouvertes vers le ciel.
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Par latina, le 08/10/2011
La Belle chocolatière de
Bernadette Pécassou-Camebrac
Marie sourit. Plutôt que de ruminer ce qui n'allait pas, elle avait décidé de se réjouir de la moindre bonne chose, et elle remâchait sa satisfaction le plus longtemps possible, jusqu'à la faire pénétrer dans toutes les fibres de sa peau et de son coeur. Elle en extrayait la quintessence et la ressassait inlassablement pour s'en construire une carapace de joie qui rejetait au loin les duretés de la vie quotidienne et les mauvais coups du sort qui s'accumulaient régulièrement dans les maisons du quartier et laminaient le moral des familles.
Souvent elle s'était dit que la misère semblait coller toujours à la peau des mêmes, alors, elle faisait avec sa joie comme elle faisait avec son pain. Elle lui donnait une valeur sacrée et en goûtait la moindre bribe.
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Par latina, le 06/10/2011
La Belle chocolatière de
Bernadette Pécassou-Camebrac
Le commissaire fit de la main un geste méprisant :
- Tout va s'arrêter tout seul, on n'aura pas besoin de bouger le petit doigt. Maintenant que je sais que ce sont les femelles du bas qui mènent l'affaire, je ne m'inquiète pas. Elles doivent avoir quelque chaleur mal venue, le soufflé va retomber comme il était monté. Sinon, on leur enverra quelque étalon bien rustique pour les calmer, et tout rentrera dans l'ordre.
De gros rires secouèrent la tablée et le docteur Balencie rajouta :
- Je vous conseille d'envoyer à ces femelles plusieurs étalons, cher commissaire, et bien costauds, j'ai eu l'occasion d'en voir quelques spécimens de près lors de mes visites de médecin et je peux vous jurer qu'avec leurs grosses mamelles et leurs fesses de charrue, il faut compter large.
- Que voulez-vous, cher docteur, renchérit le procureur, nous n'avons pas comme vous accès à tous les genres et nous ne connaissons, fort heureusement, que les gracieuses rondeurs des femmes dignes de ce nom. Quant à ces femelles difformes, on se demande même s'il se trouve un seul mâle suffisamment affamé pour en vouloir. Quelle horreur ! et il fit mine de se tenir l'estomac comme s'il allait vomir.
Lucile avait cessé de travailler. Toute pâle, elle écoutait ces hommes déverser devant elle, sans la voir, toute cette boue de mots et d'images. Chacun de leurs éclats de rire poignardait son coeur au plus profond. Devant ses yeux, sa mère lui souriait, Lucile voyait son regard magnifique et son sourire si doux. Jamais jusqu'à cet instant elle n'avait pensé au corps de sa mère. Elle savait seulement qu'il était tendre et accueillant et que, bien souvent, il l'avait protégée des douleurs et du froid et qu'il avait accueilli et calmé beaucoup de malheurs et de désarrois, les souffrances de certaines voisines régulièrement et violemment battues par leur homme ou les plaintes des enfants affamés qui venaient se réfugier dans ses jupes et réclamer un peu d'affection. Et sa mère serait donc une de ces femelles dont les messieurs parlaient.
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Par latina, le 08/10/2011
La Belle chocolatière de
Bernadette Pécassou-Camebrac
- Moi, dit-elle à sa mère, je voyais Bernadette qui ramassait les os toute seule, je voyais Justin qui pleurait, j'avais mal, et pourtant je n'ai rien fait pour les aider. Rien...
Un sanglot l'étouffa, elle avait honte. Marie la prit dans ses bras :
- C'est pas bien, c'est vrai. Mais...(Elle montra dans un coin le sac de perles que Lucile avait ramené du marché :)tu as bien su y faire avec le Denis de chez Navarre, et pourtant c'était pas une situation facile. Et tu t'en es bien sortie, alors ! T'inquiète pas, on fait pas toujours bien à chaque fois mais, la prochaine, tu sauras mieux ce qu'il faut faire, et je suis sûre que tu le feras.
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Par latina, le 06/10/2011
La Belle chocolatière de
Bernadette Pécassou-Camebrac
Le meunier avait confié combien il avait été impressionné par le calme qui régnait à la grotte de Massabielle.
- Tu vois, Marie, avait dit Nicholau, il a dû se passer quelque chose. Les petites criaient de peur et parlaient toutes ensemble, elles étaient venues à ma rencontre, mais quand on est arrivés près de Bernadette, elles se sont tues, instantanément. Le vent sifflait dans les branches de genévriers au-dessus de la grotte, j'avais les pieds trempés de la boue et de l'eau du gave, ça puait, il y avait des saloperies partout. Les cochons de Samson foutent tout sens dessus dessous là-bas, c'est inimaginable, y a de ces trous ! La terre me collait au bas des pantalons et les frusques des gosses étaient raides de crasse. Mais au-dessus de toute cette merde, il y avait un silence...un silence comme jamais je n'en ai entendu. Quelque chose de grave...de fort...je vais même te dire, Marie, c'était...un beau silence. J'étais debout, Bernadette était agenouillée dans la boue devant moi, elle ne me voyait même pas. Après une ou deux minutes comme ça, j'ai pris peur. Je l'ai attrapée dans mes bras. Elle bougeait plus du tout.
(...)
Au café Français :
- Comment peut-on raconter des bêtises pareilles en plein XIXe siècle ! Qu'est-ce que c'est que ces ignares qui font tout ce bruit ! J'espère qu'on va envoyer le garde faire taire cette gamine au plus vite...
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Par latina, le 08/10/2011
La Belle chocolatière de
Bernadette Pécassou-Camebrac
- C'est inutile de monter, lui dit-elle, elle ne vous dira rien. Attendons quelques jours, Monsieur aura mieux digéré la chose et je suis sûre qu'elle ira mieux.
- Oh, ça ! Je n'en suis pas si certaine que vous, répondit Antoinette.
- Moi si ! lança Louisette d'un ton sans réplique, elle ira mieux parce qu'il le faut. Elle n'est plus seule, il n'y a pas qu'elle et ses malheurs.Il y a maintenant une petite fille qui n'a rien demandé à personne et qui a besoin d'une mère, plus que tout autre enfant.
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Par latina, le 06/10/2011
La Belle chocolatière de
Bernadette Pécassou-Camebrac
"Que les femmes sont heureuses de faire des choses aussi simples et aussi utiles. Ma mère aussi cousait mes vêtements. Ils étaient solides, et d'une douce chaleur réconfortante que je n'ai plus jamais retrouvée. J'ai l'impression que lorsque les femmes font quelque chose, elles le font avec le sentiment de l'éternité. Elles donnent tout et pour toujours. ..Il m'arrive de me demander comment et pourquoi les hommes en arrivent à mourir et à tuer dans la boue des champs de bataille..."
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