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Par lanard, le 07/10/2011
Les civilisés de
Claude Farrère
Torral ricana.
- "Séance de catéchisme. Je crois en un seul dieu: l'évolution déterministe; je crois au bien et au mal en tant que règlement d'utilité sociale, prudemment inventé par les malins contre les niais; et je crois même que l'homme est composé d'un corps et d'une âme, celle-ci étant mathématiquement définie, l'intégrale des réactions chimiques de celui-là. - Maintenant, pour plus ample commentaire, j'ajouterai que ce catéchisme des Civilisés, - est un secret qu'il faut cacher aux peuples, parce qu'ils en sont indignes, et réserver aux seuls individus d'élite, dont je suis. Toute civilisation doit être ésotérique; et la profanation des mystères rebrousse l'évolution vers la barbarie.'
Il tira les dernières bouffées de sa cigarette et l'éteignit sous son pied.
- "J'imagine d'ailleurs que tu sais tout cela comme moi?"
(...)Fierce baissa la tête. Que répondre? Torral parlait vrai, et rien ne pouvait être opposé à son dogme irréfutable. Tout à coup, parmi les fantômes de sa pensée, Fierce revit Melle Sylva, - candide, croyante, absurde, heureuse.
- "Eh oui! cria-t-il soudain. Je sais tout cela. Ton catéchisme; je l'ai appris au collège; et je le pratiquais d'instinc, avant de l'avoir appris: - et il n'y a de vérité qu'en lui, et tout le reste est mensonge. - Oui, parbleu, je sais tout cela. Mais encore? Il n'y a ni dieu, ni loi, ni morale; il n'y a rien, que le droit pour chacun de prendre son plaisir où bon lui semble, et de vivre aux dépens des moins forts. - Et puis? - J'en ai usé, de ce droit; j'en ai abusé. Et j'ai fait ma maîtresse de la vérité la plus égoïste et la plus implacable; est-ce ma faute, si j'étouffe aujourd'hui entre ses bras? est-ce ma faute, si j'ai trouvé la lassitude et l'écoeurement là tu dis qu'est le bonheur? Ne pas souffrir, - ne pas sentir! cela ne me suffit plus. J'ai soif d'autre chose. Je ne me résigne plus à vivre pour manger, boire et me coucher. Et je n'en veux plus, de cette vérité, qui n'a rien de meilleur à m'offrir; j'aime mieux le mensonge, j'aime mieux ses duperies, ses trahisons et ses larmes!
- Tu es fou.
- Non! j'y vois clair. La vérité, qu'ai-je à en faire? Rien, trois fois rien! Ce qu'il me faut, c'est le bonheur. Eh bien, j'ai vu des gens vivre selon le mensonge, parmi tout le fatras des religions, de l'honneur et de la vertu; ces gens-là étaient heureux...
- Heureux comme des forçats à la double boucle.
- Et quand même? s'il fait meilleur dans le cachot qu'à la belle étoile?
(...)
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Les civilisés de
Claude Farrère
Saïgon, proclama-t-il, capitale civilisée du monde […] libres de frein et de joug, ils se sont mis à vivre selon la bonne formule : minimum d’effort pour maximum de jouissance. Le respect humain ne les gênait pas, parce que chacun dans sa pensée s’estimait supérieur aux autres […]
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Si certains gouvernements français ont eu le secret de déplaire à l'étranger, à peu près partout les gens d'éducation savent nous montrer qu'ils ne confondent pas la France [...] avec ses maîtres éphémères.
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Tout corps composé, une nation, par exemple, peut transformer son apparence extérieure, sans du tout faire appel à d'autres atomes que ses atomes propres.
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J’ai retranché le coefficient amour de mon équation, parce qu’il dénature à chaque instant l’harmonie du calcul ; les termes qu’il multiplie s’en trouvent démesurément augmentés et toute la vie déformée. D’autre part, quelle difficulté, même pour l’homme le plus civilisé du monde, que de retrancher l’amour et de conserver la femelle !
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C’est un quartier correct et décent, comme sont toutes les choses japonaises, où beaucoup de petites filles gentiment attifées sourient aux passants derrière des grilles de bambou. On peut regarder et toucher : la vue n’en coûte rien, et le toucher peu de chose. L’ensemble est économique, rafraîchissant et presque agréable.
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Le grand drame de l'asie de
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Et voilà deux pays que le hasard a jetés presque aux antipodes l'un de l'autre mais que leurs climats analogues et leurs vertus analogues de leurs habitants ont faits, que la politique le veuille ou non, deux pays frères entre qui ce serait un sacrilège et une absurdité d'imaginer autre chose qu'une amitié fraternelle.
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Je ne me résigne plus à vivre pour manger, boire et me coucher. Et je n’en veux plus, de cette vérité, qui n’a rien de meilleur à m’offrir : j’aime mieux le mensonge, j’aime mieux ses duperies, ses trahisons et ses larmes !
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Un pugilat monstrueux ; toutes ces bêtes humaines, rendues comme d’un coup de baguette à la férocité ancienne, s’assomment et se déchirent des dents et des ongles pour le droit dérisoire de mourir un échelon plus haut.
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Claude Farrère
Rien de mieux n’existait au monde, que le plus outre jusqu’alors espéré n’était que chimère, et qu’il convenait de s’enfermer définitivement dans la formule civilisée : maximum de jouissance pour minimum d’effort.