-
Par Madimado, le 09/02/2012
Trois vies chinoises de
Dai Sijie
Ce qu’elle aimait dans le patinage, c’était la danse. Elle préférait me voir tourner, tourner, sur un seul pied, et dessiner, d’un seul trait de lame sur la glace, une colombe d’un mètre cinquante.
-
Par Madimado, le 09/02/2012
Trois vies chinoises de
Dai Sijie
Comme jamais dans sa vie, il ressentit à la poitrine une douleur qui secoua ses flancs maigres à les faire éclater. La clé lui échappa, tomba à terre et rebondit.
-
Par Madimado, le 09/02/2012
Trois vies chinoises de
Dai Sijie
Au jour de sa retraite définitive, avant de rendre l’âme, le vieux conteneur rougira encore, avec raison, de l’échange qui eut lieu devant sa porte.
-
Par Myrtle, le 27/01/2012
Balzac et la petite tailleuse chinoise de
Dai Sijie
Ce fut un festival, presque anarchique, où les femmes de tout âge, belles ou laides, riches ou pauvres, rivalisèrent à coups de tissus, de dentelles, de rubans, de boutons, de fil à coudre, et d'idées de vêtements dont elles avaient rêvé. Lors des séances d'essayage, Luo et moi étions suffoqués par leur agitation, leur impatience, par le désir quasi physique qui explosait en elles. Aucun régime politique, aucune contrainte économique ne pouvait les priver de l'envie d'être bien habillées, une envie aussi vieille que le monde, aussi vieille que l'envie de maternité.
-
Par tex_242, le 26/12/2008
Balzac et la petite tailleuse chinoise de
Dai Sijie
P. 74
Je décidai de copier mot a mot mes passages préférés d'Ursule. C'était la première fois de ma vie que j'avais envie de recopier un livre. Je cherchai du papier partout dans la chambre, mais ne pus trouver que quelques feuilles de papier à lettres, destinées a écrire a nos parents.
Je choisis alors de copier le texte directement sur la peau de mouton de ma veste. Celle-ci, que les villageois m'avaient offerte lors de mon arrivée, présentait un pêle-mêle de poils de mouton, tantôt longs, tantôt courts, à l'extérieur, et une peau nue à l'intérieur. Je passai un long moment à choisir le texte, à cause de la superficie limitée de ma veste, dont a peau, par endroits, était abîmée, crevassée. Je recopiai le chapitre où Ursule voyage en somnambule. J'aurais voulu être comme elle : pouvoir, endormi sur mon lit, voir ce que ma mère faisait dans notre appartement, à cinq cents kilomètres de distance, assister au dîner de mes parents, observer leurs attitudes, les détails de leur repas, la couleur de leurs assiettes, sentir l'odeur de leurs plats, les entendre converser...
> lire la suite
-
Par tex_242, le 26/12/2008
Balzac et la petite tailleuse chinoise de
Dai Sijie
P. 65
Souvent, après minuit, on éteignait la lampe à pétrole dans notre maison sur pilotis, et on s'allongeait chacun sur son lit pour fumer dans le noir. Des titres de livres fusaient de nos bouches, il y avait dans ces noms des mondes inconnus, quelque chose de mystérieux et d'exquis dans la résonance des mots, dans l'ordre des caractères, à la manière de l'encens tibétain, dont il suffisait de prononcer le nom, « Zang Xiang », pour sentir le parfum doux et raffiné, pour voir les bâtons aromatiques se mettre à transpirer, à se couvrir de véritables gouttes de sueur qui, sous le reflet des lampes, ressemblaient à des gouttes d'or liquide.
- Tu as déjà a entendu parler de la littérature occidentale? me demanda un jour Luo.
- Pas trop. Tu sais que mes parents ne s'intéressent qu'à leur boulot. En dehors de la médecine, ils ne connaissent pas grand-chose.
- C'est pareil pour les miens. Mais ma tante avait quelques bouquins étrangers traduits en chinois, avant la Révolution culturelle. Je me souviens qu'elle m'avait lu quelques passages d'un livre qui s'appelait Don Quichotte, l'histoire d'un vieux chevalier assez marrant.
- Et maintenant où ils sont, ces livres?
- Partis en fumée. Ils ont été confisqués par les Gardes rouges, qui les ont brûlés en public, sans aucune pitié, juste en bas de son immeuble.
> lire la suite
-
Par Orphea, le 26/08/2009
Balzac et la petite tailleuse chinoise de
Dai Sijie
Le silence tomba soudain ; mes agresseurs, c'est-à-dire l'essaim des prétendants blessés de la Petite Tailleuse, bien que tous illettrés, étaient ahuris par l'apparition de cet objet étrange : un livre. Ils s'en approchèrent, et formèrent un cercle autour, à l'exception des deux jeunes qui me tenaient les bras.
-
Par tex_242, le 26/12/2008
Balzac et la petite tailleuse chinoise de
Dai Sijie
P. 207
Chaque fois que je pense a lui, je me souviens d'une anecdote qu'on m'a racontée : un jour, les Gardes rouges fouillèrent sa maison, et trouvèrent un livre caché sous son oreiller, écrit dans une langue étrangère, que personne ne connaissait. La scène n'était pas sans ressemblance avec celle de la bande du boiteux autour du Cousin Pons. Il fallut envoyer ce butin à l'Université de Pékin pour savoir enfin qu'il s'agissait d'une Bible en latin. Elle coûta cher au pasteur car, depuis, il était forcé de nettoyer la rue, toujours la même, du matin au soir, huit heures par jour, quel que fût le temps. Il finit ainsi par devenir une décoration mobile du paysage.
> lire la suite
-
Par Myrtle, le 27/01/2012
Balzac et la petite tailleuse chinoise de
Dai Sijie
Bien des années plus tard, une image de la période de notre rééducation reste toujours gravée dans ma mémoire, avec une exceptionnelle précision : sous le regard impassible d'un corbeau à bec rouge, Luo, une hotte sur le dos, avançait à quatre pattes sur un passage large d'environ trente centimètres, bordé de chaque côté par un profond précipice. Dans sa hotte en bambou, anodine, sale mais solide, était caché un livre de Balzac, "Le Père Goriot", dont le titre chinois était "Le Vieux Go" ; il allait le lire à la Petite Tailleuse, qui n'était encore qu'une montagnarde, belle mais inculte.
-
Par Orphea, le 26/08/2009
Balzac et la petite tailleuse chinoise de
Dai Sijie
Je fus même agréablement surpris, en racontant l'histoire, de voir apparaître dans toute son évidence le mécanisme du récit, la mise en place du thème de la vengeance, les ficelles préparées par le romancier, qui s'amuserait à les tirer plus tard d'une main ferme, habile, souvent audacieuse ; c'était comme regarder un grand arbre déraciné, étalant sur le sol la noblesse de son tronc, l'ampleur de son ramage, la nudité de ses épaisses racines.