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Balzac et la petite tailleuse chinoise de
Dai Sijie
" Ba-er-za-ke". Traduit en chinois, le nom de l' auteur français (Balzac) formait un mot de quatre idéogrammes. Quelle magie que la traduction ! Soudain, la lourdeur des deux premières syllabes, la résonance guerrière et agressive dotée de ringardise de ce nom disparaissaient. Ces quatre caractères, très élégants, dont chacun se composait de peu de traits, s' assemblaient pour former une beauté inhabituelle, de laquelle émanait une saveur exotique, sensuelle, généreuse comme le parfum envoûtant d' un alcool conservé depuis des siècles dans une cave.
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Par tex_242, le 26/12/2008
Balzac et la petite tailleuse chinoise de
Dai Sijie
P. 74
Je décidai de copier mot a mot mes passages préférés d'Ursule. C'était la première fois de ma vie que j'avais envie de recopier un livre. Je cherchai du papier partout dans la chambre, mais ne pus trouver que quelques feuilles de papier à lettres, destinées a écrire a nos parents.
Je choisis alors de copier le texte directement sur la peau de mouton de ma veste. Celle-ci, que les villageois m'avaient offerte lors de mon arrivée, présentait un pêle-mêle de poils de mouton, tantôt longs, tantôt courts, à l'extérieur, et une peau nue à l'intérieur. Je passai un long moment à choisir le texte, à cause de la superficie limitée de ma veste, dont a peau, par endroits, était abîmée, crevassée. Je recopiai le chapitre où Ursule voyage en somnambule. J'aurais voulu être comme elle : pouvoir, endormi sur mon lit, voir ce que ma mère faisait dans notre appartement, à cinq cents kilomètres de distance, assister au dîner de mes parents, observer leurs attitudes, les détails de leur repas, la couleur de leurs assiettes, sentir l'odeur de leurs plats, les entendre converser...
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Par tex_242, le 26/12/2008
Balzac et la petite tailleuse chinoise de
Dai Sijie
P. 65
Souvent, après minuit, on éteignait la lampe à pétrole dans notre maison sur pilotis, et on s'allongeait chacun sur son lit pour fumer dans le noir. Des titres de livres fusaient de nos bouches, il y avait dans ces noms des mondes inconnus, quelque chose de mystérieux et d'exquis dans la résonance des mots, dans l'ordre des caractères, à la manière de l'encens tibétain, dont il suffisait de prononcer le nom, « Zang Xiang », pour sentir le parfum doux et raffiné, pour voir les bâtons aromatiques se mettre à transpirer, à se couvrir de véritables gouttes de sueur qui, sous le reflet des lampes, ressemblaient à des gouttes d'or liquide.
- Tu as déjà a entendu parler de la littérature occidentale? me demanda un jour Luo.
- Pas trop. Tu sais que mes parents ne s'intéressent qu'à leur boulot. En dehors de la médecine, ils ne connaissent pas grand-chose.
- C'est pareil pour les miens. Mais ma tante avait quelques bouquins étrangers traduits en chinois, avant la Révolution culturelle. Je me souviens qu'elle m'avait lu quelques passages d'un livre qui s'appelait Don Quichotte, l'histoire d'un vieux chevalier assez marrant.
- Et maintenant où ils sont, ces livres?
- Partis en fumée. Ils ont été confisqués par les Gardes rouges, qui les ont brûlés en public, sans aucune pitié, juste en bas de son immeuble.
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Par Orphea, le 26/08/2009
Balzac et la petite tailleuse chinoise de
Dai Sijie
Le silence tomba soudain ; mes agresseurs, c'est-à-dire l'essaim des prétendants blessés de la Petite Tailleuse, bien que tous illettrés, étaient ahuris par l'apparition de cet objet étrange : un livre. Ils s'en approchèrent, et formèrent un cercle autour, à l'exception des deux jeunes qui me tenaient les bras.
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Par carre, le 22/01/2012
Balzac et la petite tailleuse chinoise de
Dai Sijie
Balzac lui a fait comprendre une chose: la beauté d'une femme est un trésor qui n'a pas de prix.
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Par Orphea, le 26/08/2009
Balzac et la petite tailleuse chinoise de
Dai Sijie
Je fus même agréablement surpris, en racontant l'histoire, de voir apparaître dans toute son évidence le mécanisme du récit, la mise en place du thème de la vengeance, les ficelles préparées par le romancier, qui s'amuserait à les tirer plus tard d'une main ferme, habile, souvent audacieuse ; c'était comme regarder un grand arbre déraciné, étalant sur le sol la noblesse de son tronc, l'ampleur de son ramage, la nudité de ses épaisses racines.
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Balzac et la petite tailleuse chinoise de
Dai Sijie
« Nous nous approchâmes de la valise. Elle était ficelée par une grosse corde de paille tressée, nouée en croix. Nous la débarrassâmes de ses liens, et l'ouvrîmes silencieusement. À l'intérieur, des piles de livres s'illuminèrent sous notre torche électrique; les grands écrivains occidentaux nous accueillirent à bras ouverts: à leur tête, se tenait notre vieil ami Balzac, avec cinq ou six romans, suivi de Victor Hugo, Stendhal, Dumas, Flaubert, Baudelaire, Romain Rolland, Rousseau, Tolstoï, Gogol, Dostoïevski, et quelques Anglais : Dickens, Kipling, Emily Brontë... - Quel éblouissement! - Il referma la valise et, posant une main dessus, comme un chrétien prêtant serment, il me déclara : Avec ces livres, je vais transformer la Petite Tailleuse. Elle ne sera plus jamais une simple montagnarde. »
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Par tex_242, le 26/12/2008
Balzac et la petite tailleuse chinoise de
Dai Sijie
P. 207
Chaque fois que je pense a lui, je me souviens d'une anecdote qu'on m'a racontée : un jour, les Gardes rouges fouillèrent sa maison, et trouvèrent un livre caché sous son oreiller, écrit dans une langue étrangère, que personne ne connaissait. La scène n'était pas sans ressemblance avec celle de la bande du boiteux autour du Cousin Pons. Il fallut envoyer ce butin à l'Université de Pékin pour savoir enfin qu'il s'agissait d'une Bible en latin. Elle coûta cher au pasteur car, depuis, il était forcé de nettoyer la rue, toujours la même, du matin au soir, huit heures par jour, quel que fût le temps. Il finit ainsi par devenir une décoration mobile du paysage.
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Par Myrtle, le 27/01/2012
Balzac et la petite tailleuse chinoise de
Dai Sijie
Ce fut un festival, presque anarchique, où les femmes de tout âge, belles ou laides, riches ou pauvres, rivalisèrent à coups de tissus, de dentelles, de rubans, de boutons, de fil à coudre, et d'idées de vêtements dont elles avaient rêvé. Lors des séances d'essayage, Luo et moi étions suffoqués par leur agitation, leur impatience, par le désir quasi physique qui explosait en elles. Aucun régime politique, aucune contrainte économique ne pouvait les priver de l'envie d'être bien habillées, une envie aussi vieille que le monde, aussi vieille que l'envie de maternité.
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Balzac et la petite tailleuse chinoise de
Dai Sijie
Luo, l'incendiaire, ce fils de grand dentiste, cet amant romantique qui avait rampé à quatre pattes sur le passage dangereux, ce grand admirateur de Balzac, était à présent ivre, accroupi, les yeux fixés sur le feu, fasciné, voire hypnotisé par les flammes dans lesquelles des mots ou des êtres jadis chers à nos coeurs dansaient avant d’être réduits en cendres.