-
Par Pasdel, le 08/04/2012
Gens de Pékin de
Lao She
Quant à Xiao Wang, qui a son atelier hors de la ville, il revenait à la maison seulement deux ou trois fois par mois et ne manquait jamais de cogner sur sa femme. Dans notre cour, les raclées sont le pain quotidien des brus. On trouve ça normal: non seulement elles vivent aux crochets de leur mari, mais leur famille a exigé de l'argent pour le mariage. (page 185)
-
Par litolff, le 21/12/2010
Le Pousse-pousse de
Lao She
Les femmes avaient un sort moins enviable encore. Elles devaient faire face à tout : aux plaintes des vieillards, aux maladies des enfants, à la violence de leur mari. Quand elles étaient enceintes, elles ne cessaient pas de travailler et ne se nourrissaient que de bouillons de riz avec des patates. Elles mendiaient aussi. Parfois, elles rapportaient du linge à laver ou à rapiécer la nuit, sous une lampe à pétrole, lorsque tout le monde était enfin endormi. Le vent qui entrait par les fentes des murs de ces pièces exiguës enlevait toute chaleur. Fatiguées, mal nourries - elles donnaient à manger aux vieux et aux petits - elles étaient la plupart du temps malades. A trente ans, elles perdaient leurs cheveux. Elles ne tardaient pas à mourir.
> lire la suite
-
Par litolff, le 24/04/2011
Quatre générations sous un même toit, tome 1 de
Lao She
Les personnes insignifiantes aiment que leurs actes soient bruyants.
-
Par Woland, le 05/05/2010
Quatre générations sous un même toit, tome 3 de
Lao She
[...] ... Au lever, au coucher, en allant aux toilettes, en se déplaçant, la "grosse courge rouge" se répétait doucement : "Chef du Centre de contrôle ! Chef du Centre de contrôle !" Ces mots collaient à sa langue comme un bonbon, elle en avait plein la bouche, elle était heureuse, fière, elle brûlait d'envie de bondir sur les toits et de crier : "Je suis Chef du Centre de contrôle !" Elle traitait son mari avec beaucoup de froideur, mais en revanche, elle était très gentille avec sa fille aînée, cela, bien sûr, afin de l'amener en douceur à accepter le mariage projeté. Contre toute attente, elle cessa de provoquer Tongfang [la deuxième épouse de M. Guan], affirmant qu'un gros bonnet ne discute pas avec une personne de bas rang.
Elle réfléchissait aussi aux pouvoirs réels dont elle allait disposer : "Je vais pratiquer ce contrôle le plus souvent possible, le plus souvent possible ! Si vous ne voulez pas souffrir, si vous ne voulez pas d'ennuis, alors donnez votre argent à la vieille dame que je suis ! Donnez-moi votre argent ! Donnez-moi votre argent !" En disant cela, elle hochait la tête, ce qui avait pour effet de faire tomber ses épingles à cheveux. ... [...]
> lire la suite
-
Par iti1801, le 31/08/2010
Le Pousse-pousse de
Lao She
Une chose lui sautait aux yeux : la vie du pauvre ressemblait fort à un noyau de jujube, avec ses deux bouts pointus et son milieu bombé. Les deux bouts pointus, c'est son enfance et sa vieillesse, démunies de tout, risquant à tout instant d'être écrasées, mises en miettes, tandis que le milieu bombé évoque sa jeunesse où la force physique lui permet de profiter quelque peu de la vie.
-
Par litolff, le 24/04/2011
Quatre générations sous un même toit, tome 1 de
Lao She
Il vaut mieux n'avoir pour toute nourriture que du fumier en vivant sous son propre drapeau que de manger de la viande sous le drapeau ennemi.
-
Par Woland, le 05/05/2010
Quatre générations sous un même toit, tome 3 de
Lao She
[...]On ne peut connaître tous les aspects de sa propre culture ; ainsi, le poisson vit dans l'eau mais il ne peut bondir hors de celle-ci pour voir à l'extérieur à quoi elle ressemble. Si l'on ne peut connaître avec une entière objectivité sa propre culture, d'autres sont susceptibles de l'observer avec impartialité, du fait même qu'ils vivent en dehors d'elle, mais ils ne peuvent que très difficilement en savourer le goût ; il leur arrive souvent de considérer comme beau un visage seulement parce qu'il est fardé, ou d'en considérer un autre comme laid parce qu'il est grêlé. Si ces observateurs se voyaient dans l'obligation de justifier leurs préjugés, peut-être insisteraient-ils surtout sur les visages grêlés et fermeraient-ils les yeux devant les autres.
Depuis longtemps, les Japonais observaient la Chine avec beaucoup d'attention et ils enquêtaient en détail sur tout ce qui s'y rapportait : ils prétendaient tout savoir sur les Chinois. Il est probable que, dans les domaines économique, agricole, commercial et militaire, ils étaient mieux informés que beaucoup de Chinois. Toutefois, quand ils avaient recours aux chiffres comme base de leur connaissance de la civilisation chinoise, cela faisait penser un peu à quelqu'un qui aurait voulu composer un poème bucolique en s'inspirant d'un guide touristique. De plus, fourberie et mystification étant à la base de toutes leurs actions, ils étaient en contact avec des Chinois qui représentaient la lie de la nation. Grâce à ces individus, ils avaient pu obtenir de nombreux avantages et cela les avait naturellement portés à croire que connaître ces gens équivalait à connaître tous les Chinois ; il ne leur en fallait pas plus pour affirmer que la civilisation chinoise ne connaissait ni la droiture, ni la courtoisie, ni l'intégrité, ni la pudeur mais qu'elle était dominée uniquement par les voleurs et les prostituées, bref, par la racaille.
Or, seule l'amitié entre les nations peut servir de base à la découverte d'une culture, la paix ne peut régner dans le monde que si les nations cherchent à se comprendre et se respectent. Les Japonais, en s'opposant à ces principes, agissaient en sens inverse. Ils se comportaient comme des voleurs qui, après avoir amadoué les chiens de garde, s'introduisent dans une maison pour y dérober des objets de valeur ; ils s'imaginent que tous les objets de la résidence leur appartiennent et que, désormais, ils n'ont plus rien à craindre de personne. Mais, mal entourés par des gens peu scrupuleux, ils abusèrent sans vergogne de leurs avantages et finirent par s'enliser petit à petit dans une situation de plus en plus précaire : un jour ou l'autre, les voleurs sont condamnés à passer en jugement devant l'humanité tout entière ! ... [...]
> lire la suite
-
Par iti1801, le 31/08/2010
Le Pousse-pousse de
Lao She
Oui, je vends ma force, mais je ne suis pas une esclave. Les riches ont leur argent ; nous, les pauvres, on a notre dignité, pas vrai ?
-
Par Woland, le 05/05/2010
Quatre générations sous un même toit, tome 3 de
Lao She
[...] ... Aucun Chinois ne pouvait accepter [que les personnes âgées de plus de soixante ans et les enfants de moins de six ans n'eussent pas le droit de toucher une ration !] Il n'y aurait pas de céréales pour les vieillards et les enfants ? Etait-ce seulement possible ? Le plus grand devoir d'un Chinois ayant toujours été de subvenir aux besoins des anciens et d'élever ses enfants, c'était carrément culbuter toute l'Histoire de la Chine ! Bon, eh ! bien, puisque les Japonais voulaient faire mourir de faim les vieillards et les enfants, quel sens avait encore la vie pour ceux qui étaient dans la force de l'âge ? Tous les habitants du Petit-Bercail pensaient qu'il s'agissait là d'une "révolution" foncièrement scélérate : on voulait renverser d'un coup leur histoire, leur morale, leurs devoirs. S'ils acceptaient ces méthodes "révolutionnaires", ils deviendraient des barbares, incapables d'éprouver de la compassion, dépourvus de piété filiale !
Mais que faire ?
M. Sun, malgré sa promotion récente comme chef de quartier adjoint, décida de montrer qu'il n'était pas du côté des Japonais. Il proposa de se rebeller et de s'emparer des céréales. "Et merde ! Alors comme ça, il n'y aurait pas de céréales pour les vieillards ? Et la piété filiale, qu'est-ce qu'on en fait ? Il n'y en aurait pas non plus pour les enfants ? Et la descendance alors ? Mais c'est un génocide ! Faut vraiment être un pisse-verglas pour être aussi cruel ! Et merde, tiens ! Dans les greniers, chez les grands traîtres au pays, c'est pas les céréales qui manquent. Au pillage ! Au point où on en est, qu'est-ce qu'on a besoin de s'embarrasser de dignité ?"
En entendant ces propos résolus, francs, justifiés, ils en avaient tous les joues en feu, les yeux brillants. Mais quand il se tut, lui-même et les autres avec, semblèrent déjà apercevoir les mitrailleuses. Ils avalèrent leur salive, personne n'osait lever le poing pour crier : "Au pillage !" Ils étaient Chinois, Chinois de Peiping [Pékin] et ils trouvaient qu'il valait encore mieux mourir lentement de faim que d'être décapité pour avoir pillé des céréales ; leur cadavre au moins serait intact ! Plutôt mourir de faim que se révolter ! ... [...]
> lire la suite
-
Par litolff, le 24/04/2011
Quatre générations sous un même toit, tome 1 de
Lao She
Les personnes âgées portent une attention toute particulière à leur anniversaire ; elles sont comme les calendriers : chaque fois que l'on en arrache une page, c'est encore une page de moins alors qu'il n'en reste déjà plus beaucoup.