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Par brigetoun, le 16/05/2013
L'Homme qui ne mentait jamais de
Lao She
S’il avait étudié l’agronomie, c’était pour atteindre le but qu’il s’était fixé : « accomplir une grande œuvre sans faire de remous ». Sa philosophie pouvait en effet se résumer dans cette phrase : « Quelles que puissent être les révolutions en matière de politique, il faudra toujours que les gens mangent. » Améliorer l’agriculture était donc une tâche d’importance primordiale. Lorsqu’il parlait, il n’utilisait jamais de termes techniques. Puisqu’il faisait des recherches en agronomie, il ne pouvait oublier que l’agronomie, c’était l’agriculture, et que l’agriculture, c’étaient les paysans.
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Par brigetoun, le 16/05/2013
L'Homme qui ne mentait jamais de
Lao She
Bien qu’ils ne se fussent jamais rencontrés, Ru Yin, l’écrivain, et Qing Yan, le critique littéraire, étaient ennemis jurés. Ru Yin écrivait des romans pour gagner sa croûte et Qing Yan était critique littéraire de son état. Quand le nom de Ru Yin apparaissait dans une revue ou un journal, il était suivi de près par celui de Qing Yan. Tout ce qu’écrivait Ru Yin était systématiquement démoli par Qing Yan et invariablement rejeté comme « idéologie malsaine ». Certes, cela n’affectait en rien le tirage de ses œuvres, mais Ru Yin pensait néanmoins qu’en fin de compte la victoire morale appartenait à Qing Yan. Il ne savait pas si ses lecteurs, lorsqu’ils dépensaient quelques sous pour acheter sa prose, souriaient ou s’ils disaient : « Son idéologie est peut-être malsaine, mais c’est terriblement intéressant à lire ! » Il espérait qu’il n’en allait pas ainsi et essayait de se persuader que certains le respectaient vraiment.
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Par brigetoun, le 16/05/2013
L'Homme qui ne mentait jamais de
Lao She
Il y avait une part de vérité dans cette lettre, il était obligé de le reconnaître, mais il faisait tout de même exception et ne pouvait pas, de ce fait, croire complètement les affirmations qu’elle contenait. Tant qu’on ne pourrait pas lui prouver que, lui, Zhou Wenxiang, mentait, il ne pourrait pas admirer la démarche de cette Société des menteurs. D’ailleurs, même se prouver à lui-même qu’il avait menti était totalement impossible. Il réfléchit profondément sans rien trouver qu’il pût se reprocher, ni par le passé ni récemment. Il passa en revue les moindres détails de la journée, tout ce qu’il avait fait, tout ce qu’il avait dit. Il n’y avait aucun défaut dans la cuirasse et tout était parfaitement conforme à son honnêteté habituelle. Il n’avait commis aucune faute, ni par parole ni par action. Lui seul pouvait se connaître.
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Par brigetoun, le 16/05/2013
L'Homme qui ne mentait jamais de
Lao She
La Chenille fit alors ses calculs : si sa nouvelle femme mourait, il faudrait qu’il en trouve une autre et cela allait encore coûter cher. Il se décida donc à appeler un médecin et l’état de sa nouvelle femme s’améliora progressivement. Quand elle fut parfaitement remise, elle passa un accord avec la Chenille : il n’était pas question qu’elle s’occupât de l’enfant. La Chenille ne dit rien mais, comme il n’avait pas non plus l’intention de s’en occuper, personne ne s’en occuperait. La vie reprit donc comme avant : elle allait jouer aux cartes et, à chaque fin de mois, elle réclamait ses quarante yuans.
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Par brigetoun, le 16/05/2013
L'Homme qui ne mentait jamais de
Lao She
Elle était cruelle. Elle ne pleurait pas ; elle n’élevait pas la voix ; elle utilisait son frère. C’était cruel. Lianbo était le fils préféré du vieux Chen. Or, celui-ci ne pouvait pas conseiller à son fils de prendre une concubine. Pourtant, il aurait aimé avoir un autre petit-fils, car Dacheng était idiot et sa bru aurait peut-être du mal à avoir un autre fils. Attendre que son frère soit marié ! Quelle phrase pompeuse !
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Par brigetoun, le 16/05/2013
L'Homme qui ne mentait jamais de
Lao She
Il marchait. Ses mains commençaient à trembler, mais il marchait quand même. Il avait jadis eu son pousse-pousse personnel, mais le tireur l’avait grugé et il ne voulait plus avoir affaire à cette engeance. Les gens de bas étage ne savaient absolument pas distinguer le bien du mal. Il ne se ferait plus gruger par personne, mais le vent était féroce.
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Par litolff, le 21/12/2010
Le Pousse-pousse de
Lao She
Les femmes avaient un sort moins enviable encore. Elles devaient faire face à tout : aux plaintes des vieillards, aux maladies des enfants, à la violence de leur mari. Quand elles étaient enceintes, elles ne cessaient pas de travailler et ne se nourrissaient que de bouillons de riz avec des patates. Elles mendiaient aussi. Parfois, elles rapportaient du linge à laver ou à rapiécer la nuit, sous une lampe à pétrole, lorsque tout le monde était enfin endormi. Le vent qui entrait par les fentes des murs de ces pièces exiguës enlevait toute chaleur. Fatiguées, mal nourries - elles donnaient à manger aux vieux et aux petits - elles étaient la plupart du temps malades. A trente ans, elles perdaient leurs cheveux. Elles ne tardaient pas à mourir.
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Par Woland, le 05/05/2010
Quatre générations sous un même toit, tome 3 de
Lao She
[...] ... Au lever, au coucher, en allant aux toilettes, en se déplaçant, la "grosse courge rouge" se répétait doucement : "Chef du Centre de contrôle ! Chef du Centre de contrôle !" Ces mots collaient à sa langue comme un bonbon, elle en avait plein la bouche, elle était heureuse, fière, elle brûlait d'envie de bondir sur les toits et de crier : "Je suis Chef du Centre de contrôle !" Elle traitait son mari avec beaucoup de froideur, mais en revanche, elle était très gentille avec sa fille aînée, cela, bien sûr, afin de l'amener en douceur à accepter le mariage projeté. Contre toute attente, elle cessa de provoquer Tongfang [la deuxième épouse de M. Guan], affirmant qu'un gros bonnet ne discute pas avec une personne de bas rang.
Elle réfléchissait aussi aux pouvoirs réels dont elle allait disposer : "Je vais pratiquer ce contrôle le plus souvent possible, le plus souvent possible ! Si vous ne voulez pas souffrir, si vous ne voulez pas d'ennuis, alors donnez votre argent à la vieille dame que je suis ! Donnez-moi votre argent ! Donnez-moi votre argent !" En disant cela, elle hochait la tête, ce qui avait pour effet de faire tomber ses épingles à cheveux. ... [...]
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Par Woland, le 05/05/2010
Quatre générations sous un même toit, tome 3 de
Lao She
[...]On ne peut connaître tous les aspects de sa propre culture ; ainsi, le poisson vit dans l'eau mais il ne peut bondir hors de celle-ci pour voir à l'extérieur à quoi elle ressemble. Si l'on ne peut connaître avec une entière objectivité sa propre culture, d'autres sont susceptibles de l'observer avec impartialité, du fait même qu'ils vivent en dehors d'elle, mais ils ne peuvent que très difficilement en savourer le goût ; il leur arrive souvent de considérer comme beau un visage seulement parce qu'il est fardé, ou d'en considérer un autre comme laid parce qu'il est grêlé. Si ces observateurs se voyaient dans l'obligation de justifier leurs préjugés, peut-être insisteraient-ils surtout sur les visages grêlés et fermeraient-ils les yeux devant les autres.
Depuis longtemps, les Japonais observaient la Chine avec beaucoup d'attention et ils enquêtaient en détail sur tout ce qui s'y rapportait : ils prétendaient tout savoir sur les Chinois. Il est probable que, dans les domaines économique, agricole, commercial et militaire, ils étaient mieux informés que beaucoup de Chinois. Toutefois, quand ils avaient recours aux chiffres comme base de leur connaissance de la civilisation chinoise, cela faisait penser un peu à quelqu'un qui aurait voulu composer un poème bucolique en s'inspirant d'un guide touristique. De plus, fourberie et mystification étant à la base de toutes leurs actions, ils étaient en contact avec des Chinois qui représentaient la lie de la nation. Grâce à ces individus, ils avaient pu obtenir de nombreux avantages et cela les avait naturellement portés à croire que connaître ces gens équivalait à connaître tous les Chinois ; il ne leur en fallait pas plus pour affirmer que la civilisation chinoise ne connaissait ni la droiture, ni la courtoisie, ni l'intégrité, ni la pudeur mais qu'elle était dominée uniquement par les voleurs et les prostituées, bref, par la racaille.
Or, seule l'amitié entre les nations peut servir de base à la découverte d'une culture, la paix ne peut régner dans le monde que si les nations cherchent à se comprendre et se respectent. Les Japonais, en s'opposant à ces principes, agissaient en sens inverse. Ils se comportaient comme des voleurs qui, après avoir amadoué les chiens de garde, s'introduisent dans une maison pour y dérober des objets de valeur ; ils s'imaginent que tous les objets de la résidence leur appartiennent et que, désormais, ils n'ont plus rien à craindre de personne. Mais, mal entourés par des gens peu scrupuleux, ils abusèrent sans vergogne de leurs avantages et finirent par s'enliser petit à petit dans une situation de plus en plus précaire : un jour ou l'autre, les voleurs sont condamnés à passer en jugement devant l'humanité tout entière ! ... [...]
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La Cage entrebâillée de
Lao She
La vie consistait donc uniquement à manger, quitte à manger n'importe quoi; la nourriture était le véritable but de l'existence humaine. L'inégalité fondamentale entre les hommes résidait là : dans la différence d'alimentation. Par comparaison, toutes les idées poétiques qu'il pouvait concevoir n'étaient que des fadaises! Dans le monde, il n'y avait pas trente-six solutions : ou bien, pour défendre sa propre pâture, on condamnait les autres à mourir de faim; ou bien, pour avoir de quoi manger, on était obligé de faire la guerre. Le marché, à lui seul, était un microcosme. Tous ces hommes et ces femmes qui y venaient en masse et en connaissaient les moindres recoins jouissaient pleinement de la vie; ils vivaient pour leurs tripes, et pas pour autre chose. Sur ce point, Zhang Dage avait raison. Par ailleurs, il était également vrai que la plus réaliste des révolutions consistait, en faisant la guerre, à satisfaire avant tout son estomac.
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