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Les Petits Garçons naissent aussi dans les étoiles de
Emmanuel Dongala
Le monde est plein d’énigmes car tout ce qui est profond ne se révèle pas au premier coup d’œil ; l’univers s’avance masqué et les hommes après avoir mangé, dansé et fait l’amour, passent le reste de leur temps à essayer de déchiffrer ce qui se cache derrière l’apparence des choses. C’est pourquoi ils écrivent des livres et ceux qui ne savent pas écrire interrogent les forêts, écoutent les animaux, creusent la terre ou regardent les étoiles. Sache lire mon enfant, sache lire et les livres des hommes et le livre de l’univers.
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Photo de groupe au bord du fleuve de
Emmanuel Dongala
Dans un état de colère et de douleur mêlées, tu as dit que tu aurais préféré que Batatou ait eu une vie heureuse sur terre plutôt que dans l'après-vie; que les dictateurs corrompus qui maltraitent leur population devraient être jugés ici et maintenant comme de vulgaires criminels par la Cour internationale de justice et non pas attendre le jour du Jugement dernier. Tu as réaffirmé avec force que vous vous battriez jusqu'au bout pour faire aboutir ces revendications qui ont conduit à la mort de votre camarade et enfin tu as juré au nom de toutes de prendre soin des jumeaux.
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Les Petits Garçons naissent aussi dans les étoiles de
Emmanuel Dongala
« J’ai failli ne pas être né.
J’ai failli ne jamais galoper derrière un rayon de lumière pour essayer de le rattraper, j’ai failli ne pas découvrir les contrées où les rêves s’amusent à s’inventer avant de filer vers le sommeil de leur destinataires, j’ai failli ne jamais connaître le bonheur de tâter les seins d’Alédia derrière les buissons de lantanaqui nous griffaient au passage. Je vous assure vraiment que je ne mens pas, j’ai failli ne pas être né. Maman avait quitté l’hôpital en m’oubliant dans son ventre. »
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Par ChezLo, le 19/12/2010
Un fusil dans la main, un poème dans la poche de
Emmanuel Dongala
Mais Pontardier, pris dans son envolée, continuait :
- Vous comprenez, n'est-ce pas, mon cher Mayéla, pourquoi on dit que l'Afrique est mal partie.
Alors Mayéla ne sut plus se contenir.
- Ecoutez, monsieur l'expert, j'en ai assez d'entendre que l'Afrique est mal partie, surtout de votre bouche, vous qui n'avez aucun droit moral à nous donner des leçons. A l'"indépendance", vous vous êtes arrangés pour balkaniser l'Afrique et pour créer des structures facilitant votre mainmise sur les nouveaux Etats où vous avez placés de nouveaux rois nègres à votre service, après avoir éliminé les vrais nationalistes. Et pour camoufler tout cela, vous nous jetez aux yeux la poudre de l'"aide et de la coopération". Et vous faites semblant de vous indigner quand vous savez bien que ce que vous appelez de l'argent gaspillé retourne chez vous, bénéfices en plus ! Vous poussez la malhonnêteté jusqu'à dire à vos concitoyens que si rien ne va plus chez vous dans le domaine social, c'est parce que tout l'argent s'envole en Afrique, où la France est en train de construire un système de tout-à-l'égoût dans tous les petits villages !
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Par litolff, le 04/01/2011
Photo de groupe au bord du fleuve de
Emmanuel Dongala
Quand on dirige un pays, le combat contre la misère ne consiste pas à faire des campagnes médiatisées de saupoudrage de dons dans des villages et puis à s'en aller comme les ONG d'urgence. La vraie vie des gens et des femmes en particulier commence après que les télévisions qui vous accompagnent ont remis le cache sur les objectifs de leurs caméras, après que les préfets qui vous ont reçue ont fini de vous réciter leurs discours creux et laudateurs, après que la fanfare de l'accueil s'est tue et que vous-même, autosatisfaite, vous quittez le village. Vous constaterez alors, madame, que votre passage n'a rien changé. Le paludisme, l'eau impropre à la consommation, l'impossibilité d'avoir accès à des soins, le manque de bancs ou de livres dans les écoles sont toujours là ainsi que la misère de leur pauvre vie humaine jaugée à moins d'un dollar américain par jour.
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Par litolff, le 04/01/2011
Photo de groupe au bord du fleuve de
Emmanuel Dongala
Le président de la République du Congo a dépensé quatre cent mille dollars pour un séjour de cinq jours à l'hôtel Waldorf Astoria de New York. Les documents à notre disposition indiquent qu'il a loué une suite de quarante-quatre chambres pour loger les membres de sa famille et de la délégation qui l'accompagnait.
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Par litolff, le 04/01/2011
Photo de groupe au bord du fleuve de
Emmanuel Dongala
Tout d'un coup ta colère monte et te faire sortir de tes ruminations. Mais pour qui te prend-il, ce Tito ? Ce n'est pas parce que les circonstances t'obligent temporairement à casser la pierre pour vivre qu'il peut s'arroger le droit de se moquer de toi. Après tout, tu es allée à l'école, tu as étudié l'histoire et les mathématiques et, si ce n'était à cause de ce foutu mariage précoce, tu aurais passé ton bac, non, mieux, tu aurais comme ta soeur, Ph.D. Et puis pourquoi ce mépris des femmes qui dégouline de chaque mot tombant de sa bouche ? Ca fait quoi si ces femmes sont analphabètes ? Pense-t-il qu'il faille un doctorat pour être une femme debout, une femme de courage ? Peut-être ne le sait-il pas, mais des tas de femmes à l'éducation modeste ont changé l'histoire de leur société.
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Les Petits Garçons naissent aussi dans les étoiles de
Emmanuel Dongala
Alors, la colère monta en moi et je devins furax. Pourquoi des hommes faisaient-ils souffrir d’autres hommes ? Pourquoi tapaient-ils sur ces femmes qu’ils ne connaissaient pas et qui ne leur avaient rien fait ? (…) Mais au fait, n’était-ce pas la démocratie que réclamaient ces gens ? Si je n’étais pas venu réclamer la liberté pour papa, aurais-je reçu ce coup de pied qui aurait pu réduire en compote mes bijoux de famille ? Et soudain, ce fut la révélation, l’illumination : nous combattions pour la liberté, nous combattions pour la démocratie. En vérité, ce coup de godasse au popotin m’avait fait comprendre le sens de la démocratie.
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Par csapin, le 23/03/2011
Un fusil dans la main, un poème dans la poche de
Emmanuel Dongala
Mais Pontardier, pris dans son envolée, continuait :
- Vous comprenez, n'est-ce pas, mon cher Mayéla, pourquoi on dit que l'Afrique est mal partie.
Alors Mayéla ne sut plus se contenir.
- Ecoutez, monsieur l'expert, j'en ai assez d'entendre que l'Afrique est mal partie, surtout de votre bouche, vous qui n'avez aucun droit moral à nous donner des leçons. A l'"indépendance", vous vous êtes arrangés pour balkaniser l'Afrique et pour créer des structures facilitant votre mainmise sur les nouveaux Etats où vous avez placés de nouveaux rois nègres à votre service, après avoir éliminé les vrais nationalistes. Et pour camoufler tout cela, vous nous jetez aux yeux la poudre de l'"aide et de le coopération". Et vous faites semblant de vous indigner quand vous savez bien que ce que vous appelez de l'argent gaspillé retourne chez vous, bénéfices en plus ! Vous poussez la malhonnêteté jusqu'à dire à vos concitoyens que si rien ne va plus chez vous dans le domaine social, c'est parce que tout l'argent s'envole en Afrique, où la France est en train de construire un système de tout-à-l'égout dans tous les petits villages !
(...)
- Voyons, Mayéla, soyons raisonnables, ne cédons pas à l'émotion...
- "L'émotion est nègre et la raison hellène", missié.
- Il faut être juste. La colonisation a eut ses bons et ses mauvais côtés comme toute chose. D'ailleurs, je ne sais pas si vous le savez, mais j'ai écrit des articles contres certains abus de la période coloniale et même de la période que vous appelez néo-coloniale. Mais d'un autre côté, la colonisation a laissé des routes, des écoles, des hôpitaux.
- La colonisation n'a rien laissé, ou plutôt si : un vide, monsieur, un gouffre ! Ne me resservez plus ces salades ! Je la connais votre hypocrisie. Vous nous offrez l'amitié, mais quelle amitié ? Rien ne compte pour vous Occidentaux, que l'argent, le gain. L'amitié, une longue histoire commune, tout cela ne vous dit rien. Comment vous croire lorsque, pour gagner un peu de sous, vous n'hésitez pas à vendre des armes à l'Afrique du Sud contre le sang des Africains, ces Africains qui étaient dans les mêmes rangs que vos soldats pendant deux guerres mondiales, guerres où ils n'avaient rien à gagner...
- Nous ne vendons que des armes défensives...
- Défensives contre qui ? La Russie, la Chine, qui sont à des milliers de kilomètres de là ? Non, monsieur l'expert blanc, nous commençons à vous comprendre. L'argent, le gain, l'intérêt, c'est tout le langage que vous comprenez. La realpolitik, n'est-ce pas ? On s'est assez fait baiser ! Je suis solidaire de tous ces gens que vous voyez là-bas en train de danser, je suis l'un d'eux. Croyez-le ou non, ces gens-là sont sincères, ce que vous n'avez jamais été. Alors, il y a des choses que vous ne saisirez jamais. Il y a plus que l'argent entre vous et nous. Nous n'avons pas d'argent, qu'importe, puisque nous avons le temps et l'espace ? Regardez nos amples vêtements, nos grands boubous : nous pouvons nous y mouvoir largement ; en Afrique tout finit par s'arranger parce que nous avons le temps, nous avons une marge d'erreur humaine plus grande, pouvez-vous comprendre cela ? Tout n'est pas question de vie ou de mort. Vous ne saurez jamais pourquoi j'aime l'Afrique malgré tout ce que vous lui reprochez, malgré tout ce que je peux lui reprocher. Je critique l'Afrique parce que je l'aime, vous, parce que vous croyez détenir la vérité qui ne peut qu'être occidentale et blanche. Quand vous aurez fait assez de sous, vous vous en irez chez vous écrire des bouquins sur ce que vous avez vu ici, on vous consultera à la radio et à la télé comme expert des problèmes africains, ce qui vous fera gagner encore pas mal de sous. Critiquez, monsieur, dites que l'Afrique est mal partie, que le bonheur se trouve en Occident. Mais sachez une chose, je ne désespérerai jamais de l'Afrique. Bonsoir, monsieur l'expert.
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Par ChezLo, le 06/04/2011
Photo de groupe au bord du fleuve de
Emmanuel Dongala
Tu es donc à ta place, sous le soleil tropical. Pour éviter d'être totalement grillée, tu t'es construit un parasol de fortune, un pagne que tu as étalé sur des palmes entrecroisées soutenues par des piquets de bambou fichés au sol. Tu sélectionnes un bloc de bonne taille et tu commences à cogner au marteau. Parfois, la pierre n'absorbe pas le choc et le marteau rebondit, l'onde de choc se transformant en vibrations qui te parcourent le bras et la colonne vertébrale. Tu cognes et tu cognes. La grosse pierre de départ n'est maintenant qu'un amas de blocs épars de grosseur moyenne. Le plus pénible commence alors, et le plus dangereux aussi (...)
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