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Par Seashell, le 20/04/2010
Black Bazar de
Alain Mabanckou
On aurait pu, avec un peu plus de courage politique, nous acheter une version revue et corrigée de la Révolution française et la France elle-même nous l'aurait volontiers livrée clés en main, avec un service fiable de maintenance 24 h/24, 7 j/7 et un numéro vert au cas où il y aurait eu des pannes de révolution la nuit et que personne dans le pays n'aurait été capable de changer les boulons et de changer les ampoules grillées à cause du voltage surélevé des Lumières ! D'accord, on aurait alors eu notre 1789 à nous. Et après, hein ?
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Black Bazar de
Alain Mabanckou
Ecoute mon gars, sois réaliste ! Laisse tomber tes histoires de t'asseoir et d'écrire tous les jours, y a des gens plus calés pour ça, et ces gens-là on les voit à la télé, ils parlent bien et quand ils parlent y a un sujet, un verbe et un complément. Ils sont nés pour ça, ils ont été élevés dans ça, alors nous autres les nègres, c'est pas notre dada, l'écriture. Nous c'est l'oralité des ancêtres, nous c'est les contes de la brousse et et de la forêt, les aventures de Leuk-le-lièvre qu'on raconte aux enfants autour d'un feu qui crépite au rythme du tam-tam. Notre problème c'est on n'a pas inventé l'imprimerie et le bic, on qu'on sera toujours les derniers assis au fond de la classe à s'imaginer qu'on pourrait écrire l'histoire du continent noir avec nos sagaies. Est-ce que tu me comprends ? En plus on a un accent bizarre, ça se lit aussi dans ce que nous écrivons, or les gens n'aiment pas ça. D'ailleurs il faut avoir un vécu pour écrire. Et toi, qu'est-ce que tu as comme vécu, hein ? Rien ! zéro ! Moi par contre, j'aurais des choses et des choses à raconter par ce que je suis un métis, je suis plus clair que toi, c'est un avantage important. Si je n'ai pas encore écrit une seule ligne à ce jour c'est que le temps me manque. Je me rattrapperai quand je serai à la retraite dans une belle maison en pleine campagne, et le monde entier saura ce qu'est un chef- d'oeuvre !
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Par urbanbike, le 16/03/2008
Mémoires de porc-épic de
Alain Mabanckou
au petit matin, Amédée entreprit sa promenade quotidienne dans la brousse, il ne portait qu'un short, marcha en sifflotant jusqu'au bord de la rivière où il plongea ses pieds dans l'eau, s'étendit sur la rive et se mit à lire ses livres de mensonges, mon maître m'avait dit d'aller l'épier, d'aller voir ce qu'il était en train de manigancer seul, de m'assurer que ce jeune homme ne possédait pas lui aussi un double qui pourrait nous causer des ennuis lorsque nous nous occuperions de lui, c'était une précaution inutile car, mon cher Baobab, ces hommes qui vont en Europe, nom d'un porc-épic, deviennent si bornés qu'ils estiment que les histoires de doubles n'existent que dans les romans africains, et ça les amuse plutôt que de les inciter à la réflexion, ils préfèrent raisonner sous la protection de la science des blancs, et ils ont appris des raisonnements qui leur font dire que chaque phénomène a une explication scientifique, et quand Amédée me vit déboucher d'un bosquet près de la rivière, nom d'un porc-épic, il hurla de rage « sale bête, dégage de ma vue, espèce de boule à piquants, je vais te réduire en pâtée et te manger avec du piment et du manioc
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Par luocine, le 11/07/2009
Black Bazar de
Alain Mabanckou
« ..ce groupe fait la pluie diluvienne et le beau temps là-bas... C’est pour ça qu’à la différence de notre Arabe du coin, moi je respecte les Chinois et les Pakistanais. Ce sont de braves types à qui on colle injustement la mauvaise réputation qu’ils se démènent ou restent cois alors qu’ils ne font de mal à personne….
Le jour on inventera des tams-tams sans bruit, beaucoup de vieux nègres perdront leur raison de vivre… »
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Par betty, le 28/07/2010
Verre cassé de
Alain Mabanckou
"je jure aussi que j'aimais leur apprendre les participes passés conjugués avec l'auxiliaire 'avoir' et qui s'accordent ou ne s'accordent pas selon qu'il fait jour ou nuit, selon qu'il pleut ou ne pleut pas, et les pauvres petits, hébétés , désemparés, parfois révoltés me demandaient pourquoi ce participe passé s'accorde aujourd'hui à 16h alors qu'il ne s'accordait pas hier à midi avant la pause déjeuner, et moi je leur disais que ce qui est important dans la langue française, c'était pas les règles mais les exceptions, je leur disais que lorqu'ils auraient compris et retenu toutes les exceptions de cette langue aux humeurs météorologiques les règles viendraient d'elles-mêmes, les règles couleraient de source et qu'ils pourraient même se moquer de ces règles, de la structure de la phrase une fois qu'ils auraient grandi et saisi que la langue française n'est pas un long fleuve tranquille, que c'est plutôt un fleuve à détourner"
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Par fee-tish, le 16/09/2011
Ecrivain et oiseau migrateur de
Alain Mabanckou
C'est grâce au site News Book, qui propose une riche actualité littéraire, que j'ai eu la chance de découvrir à la fois un livre, un auteur et une petite maison d'édition.
Tout d'abord, le livre physique. Tout en longueur,ce petit ouvrage de moins de 200 pages est très sobre concernant sa couverture. Le mot "sobre" n'est pas péjoratif. Au contraire : ce fond blanc avec pour seule illustration un cadrage sur les yeux, je dirais même sur le regard, de l'auteur. Tout à fait dans le ton puisque cette nouvelle collection de l'éditeur ; Chemin faisant ; a pour but, je cite, que les "créateurs égrènent leurs souvenirs".
Il s'agit donc ici d'une autobiographie, pas du tout linéaire mais plutôt des morceaux choisis par l'auteur. Il nous raconte des rencontres marquantes, il nous raconte l'Afrique, son rapport à l'écriture et au fait d'être un écrivain congolais français et il nous raconte des anecdotes. Le livre est une forme d'abécédaire : les entrées se font de A à Z. On trouve entre autres "Algérie (souvenirs d')", "Blog (Mon)", "J'écris en français parce que..." ou encore "Ma mère".
Je ne connaissais cet auteur que de nom, ou plutôt de visage. Il a reçu de nombreux prix littéraires pour ses oeuvres. Je n'en avais lu aucune jusqu'ici. Peut-être que je tenterais l'expérience puisque cette lecture m'a fait découvrir un homme, une pensée et une écriture.
Congolais d'origine, il aime sa terre natale comme un enfant aime sa mère. Il va ensuite s'installer en France et ses livres seront tous écrit en français. Cette situation est ambigüé : écrivain français ou écrivain francophone ? Pour les écrivains français, il est clairement francophone. Pour lui, il est un écrivain français. Cette question l'énerve on le sent bien, et il ressent comme un sentiment d'exclusion le fait d'être rangé en librairie dans le domaine étranger.
Sa langue est pleine de poésie. Il joue avec la langue : dans une des entrées, il y a plus de trois pages sans point final. Et le plus étonnant c'est que je m'en suis rendue compte à la fin : le thème justifiait ce jeu synthaxique.
Ce que j'ai aimé dans cet exercice, c'est que l'auteur se livre. Le fait que ce ne soit pas linéaire rend étrangement le sujet plus proche : comme si dans une discussion on parlait d'une chose, pour rebondir sur une autre sans rapport.
J'adorerai que certains de mes auteurs favoris se livrent à ce jeu. Je trouve que c'est enrichissant pour comprendre le parcours de l'écrivain, ses choix d'écriture et puis comprendre ses livres, tout simplement.
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Verre cassé de
Alain Mabanckou
[...] et je ne reviendrai pas là-dessus parce que même ivre, j'ai horreur des répétitions inutiles ou du remplissage comme certains écrivains connus pour être des bavards de première classe et qui vous vendent la même sauce dans chacun de leurs livres en faisant croire qu'ils créent un univers, mon oeil
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Par ChezLo, le 20/12/2010
Black Bazar de
Alain Mabanckou
Je me trouvais alors à la gare du Nord et devais me rendre à La Courneuve chez mon cousin qui organisait une fête. Quelques types bien de la négraille parisienne avaient été conviés et je savais au fond que c'était pour aller exhiber les costumes en vogue sur la place de Paris. Quand c'est comme ça on arrive toujours bien sapés, bien parfumés et bien rasés, on se toise en chiens de faïence, on inspecte un peu les quatre coins de la baraque, question de voir s'il y a quelques nouvelles filles du pays qui valent la peine qu'on s'y attarde parce que quand ces gazelles sauvages débarquent à Paris avec leur crasse on ne doit pas leur laisser le temps de comprendre comment marchent les métros ou à quel guichet elles doivent s'adresser pour les allocations familiales.
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Verre cassé de
Alain Mabanckou
combien de litres tu comptes dans ton ventre comme ça, papa", et moi je dis que j'ai pas encore bu, que depuis ce matin j'ai pas bu une seule goutte d'alcool, et je ris en débitant ce mensonge gros comme une résidence secondaire d'un dictateur africain,...........
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Par Pasdel, le 11/11/2011
Mémoires de porc-épic de
Alain Mabanckou
"assieds-toi au pied d'un baobab et,avec le temps,tu verras l'Univers défiler devant toi" (page 149)