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Par Lencreuse, le 21/07/2010
Le petit désordre de la mer de
Joëlle Ecormier
J'ai pensé que ma mère ne reviendrait pas lorsque j'ai trouvé la petite broche en perles de verre montée sur une épingle dorée. C'était mon cadeau à sa dernière fête des mères.
Je n'ai jamais cessé d'être cette petite broche abandonnée.
Si ma mère m'avait quittée à l'heure, à la seconde même de ma naissance, sans me regarder, si elle n'avait pas voulu de moi alors que je n'étais encore rien, rien qu'une petite chose chiffonnée aux yeux fermés, alors qu'elle ne connaissait pas ma voix, mes manières de faire, ma façon d'avoir faim, comment je me mets quand je dors, si elle ne m'avait jamais entendue rire ni pleurer, si elle ne m'avait jamais tenue contre elle, si elle n'avait jamais commencé tout cela, vivre sans mère aurait été tolérable.
Mais elle avait commencé à manger et puis, soudain, elle n'avait plus eu faim.
Une petite broche abandonnée.
Elle était partie sans m'emporter avec elle. Elle avait décidé qu'elle pouvait vivre sans moi. Elle avait préféré son sac à main. D'un seul coup, elle m'enlevait à moi-même, elle me faisait disparaître.
Ma mère m'a tuée à six ans et j'ai vite compris que pour survivre au moins un peu, ne serait-ce que par transparence, il fallait que je la tue à mon tour.
Je l'ai ensevelie dans l'oubli profond. Parce que tout autour de moi, les gens, les rues, le monde qui m'entourait, tout portait sa trace, j'ai dû me tenir à distance et créer un autre monde où ma mère n'avait jamais été. Je me suis chassée du monde. Mais qui ai-je sauvé? Qu'est-ce qui a pu demeurer de moi? Quelle est cette personne qui a survécu au cataclysme?
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Je t'écris du pont de
Joëlle Ecormier
J'ai oublié de t'appeler « Papa » depuis longtemps. J'ai oublié de te dire que ta rupture d'anévrisme, ce n'était pas drôle du tout. J'ai oublié de te dire adieu, parce que je croyais que je m'en fichais. J'ai oublié de pleurer parce que ça ne faisait rien. On a oublié de se dire qu'on s'aimait..
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Un papillon sauvage de
Joëlle Ecormier
Ils étaient sur notre banc habituel. Eddy était perché à ma place sur le dossier. Toby m'accueillit d'un cynique "Salut Stradivarius !" Il y avait de l'amertume dans sa voix. Je compris combien mon absence à la piscine était perçue comme une trahison. J'en étais le premier mortifié. Au ricanement des autres, je compris que j'avais définitivement hérité d'un surnom. Stradivarius. Nous ne nous en donnions jamais enter nous. Nous restions Riky, Teddy, Toby, Maty, Eddy, Miky. Nous subissions déjà l'usage de Galforquin qui était de diminuer dès la naissance le prénom des enfants. Un surnom nous aurait amputés définitivement de nous-mêmes. Nous réservions ce triste sort aux autres. Ce matin-là, leur sujet de conversation fut essentiellement la séance de piscine de la veille et je compris ce qui était en train de changer. J'étais hors-jeu.
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Je t'écris du pont de
Joëlle Ecormier
Cette histoire,si je voulais m'en débarrasser,c'est moi qu'il faudrait balancer, le sac c'est moi. Dedans, il y a tous les bouts cassés.
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Je t'écris du pont de
Joëlle Ecormier
Essaie un peu de te balancer pour voir, une vie ça se rachète pas mon vieux,t'as droit qu'à un tour.Ne joue pas avec.
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Je t'écris du pont de
Joëlle Ecormier
Ce que je vois là n'est qu'une écorce.Le plus important est invisible...
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Je t'écris du pont de
Joëlle Ecormier
La tristesse,c'est la misère du coeur,et je crois que je l'ai attrapée.
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Je t'écris du pont de
Joëlle Ecormier
L'amitié c'est une histoire de cadeau.Pas d'argent.