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La Jument verte de
Marcel Aymé
Cultivateur et maquignon, Haudouin n'avait jamais été récompensé d'être rusé, menteur et grippe-sou. Ses vaches crevaient par deux à la fois, ses cochons par six, et son grain germait dans les sacs. Il était à peine plus heureux avec ses enfants et, pour en garder trois, il avait fallu en faire six. Mais les enfants, c'était moins gênant. Il pleurait un bon coup le jour de l'enterrement, tordait son mouchoir en rentrant et le mettait à sécher sur le fil. Dans le courant de l'année, à force de sauter sa femme, il arrivait toujours bien à lui en faire un autre. C'est ce qu'il y a de commode dans la question des enfants et, de ce côté-là, Haudoin ne se plaignait pas trop. Il avait trois garçons bien vifs et trois filles au cimetière, à peu près ce qu'il fallait.
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Par LydiaB, le 15/11/2012
Les contes du chat perché de
Marcel Aymé
Un matin, de bonne heure, on était au huitième jour de pluie, et les parents se préparaient à aller à la gare, malgré le mauvais temps, expédier des sacs de pommes de terre à la ville. En se levant, Delphine et Marinette les trouvèrent dans la cuisine occupés à coudre un sac. Sur la table, il y avait une grosse pierre qui pesait au moins trois livres. Aux questions que firent les petites, ils répondirent, avec un air un peu embarrassé, qu'il s'agissait d'un envoi à joindre aux sacs de pommes de terre. Là-dessus, le chat fit son entrée dans la cuisine et salua tout le monde poliment.
— Alphonse, lui dirent les parents, tu as un bon bol de lait frais qui t'attend près du fourneau.
— Je vous remercie, parents, vous êtes bien aimables, dit le chat, un peu surpris de ces bons procédés auxquels il n'était plus habitué.
Pendant qu'il buvait son bol de lait frais, les parents le saisirent chacun par deux pattes, le firent entrer dans le sac la tête la première et, après y avoir introduit la grosse pierre de trois livres, fermèrent l'ouverture avec une forte ficelle.
— Qu'est-ce qui vous prend? criait le chat en se débattant à l'intérieur du sac. Vous perdez la tête, parents !
— Il nous prend, dirent les parents, qu'on ne veut plus d'un chat qui passe sa patte derrière son oreille tous les soirs. Assez de pluie comme ça. Puisque tu aimes tant l'eau, mon garçon, tu vas en avoir tout ton saoul. Dans cinq minutes, tu feras ta toilette au fond de la rivière.
Delphine et Marinette se mirent à crier qu'elles ne laisseraient pas jeter Alphonse à la rivière. Les parents criaient que rien ne saurait les empêcher de noyer une sale bête qui faisait pleuvoir. Alphonse miaulait et se démenait dans sa prison comme un furieux. Marinette l'embrassait à travers la toile du sac et Delphine suppliait à genoux qu'on laissât la vie à leur chat. « Non, non ! répondaient les parents avec des voix d'ogres, pas de pitié pour les mauvais chats ! » Soudain, ils s'avisèrent qu'il était presque huit heures et qu'ils allaient arriver en retard à la gare. En hâte, ils agrafèrent leurs pèlerines, relevèrent leurs capuchons et dirent aux petites avant de quitter la cuisine :
— On n'a plus le temps d'aller à la rivière maintenant. Ce sera pour midi, à notre retour. D'ici là, ne vous avisez pas d'ouvrir le sac. Si jamais Alphonse n'était pas là à midi, vous partiriez aussitôt chez la tante Mélina pour six mois et peut-être pour la vie.
Les parents ne furent pas plus tôt sur la route que Delphine et Marinette dénouèrent la ficelle du sac. Le chat passa la tête par l'ouverture et leur dit :
— Petites, j'ai toujours pensé que vous aviez un coeur d'or. Mais je serais un bien triste chat si j'acceptais, pour me sauver, de vous voir passer six mois et peut-être plus chez la tante Mélina. A ce prix-là, j'aime cent fois mieux être jeté à la rivière.
— La tante Mélina n'est pas si méchante qu'on le dit et six mois seront vite passés.
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La Jument verte de
Marcel Aymé
D'abord il lui fallut renoncer aux canapés et à tout autre accessoire surgissant dans un tête-à-tête gracieux. Le vétérinaire n'entendait pas ces façons-là. Il fallait faire l'amour au lit, et à l'heure où il était raisonnable d'être au lit. Avant de se coucher, Ferdinand urinait dans un pot. C'était la seule circonstance où il se sentît parfaitement à l'aise de porter la main à son sexe en présence de sa femme. Il se sentait encouragé, installé dans cette attitude, par tous les Haudouin qui en avaient usé ainsi. C'était une opération honnête, sans mystère, et ce bruit d'eau vive auquel il était habitué depuis l'enfance lui était une chanson de quiétude bourgeoise. Hélène mit du temps à s'y accoutumer.
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Les Contes Bleus Du Chat Perche de
Marcel Aymé
C'est amusant, bien sûr, mais je ne vois pas l'avantage. Vos habits, vous devez les perdre ou oublier les mettre. Pourquoi ne pas avoir du poil comme tout le monde? C'est tellement plus commode.
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Par genou, le 12/05/2013
La Vouivre de
Marcel Aymé
Vous autres, vous vivez, mais moi qui n'ai ni commencement ni fin, je suis, simplement.
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Par genou, le 12/05/2013
Le passe-muraille de
Marcel Aymé
Le matin, par exemple, en procédant à sa toilette, elle se dédoublait ou se détriplait pour la commodité d'examiner son visage, son corps et ses attitudes.
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Par gill, le 07/12/2012
Les contes du chat perché de
Marcel Aymé
A plat ventre dans le pré, Delphine et marinette étudiaient leur géographie dans le même livre, et il y avait un canard qui allongeait le cou entre leurs deux têtes pour regarder les cartes et les images.
C'était un joli canard.
Il avait la tête et le col bleus, le jabot couleur de rouille et les ailes rayées bleu et blanc.
Comme il ne savait pas lire, les petites lui expliquaient les images et lui parlaient des pays dont le nom était marqué sur les cartes.
- Voilà la Chine, dit Marinette. C'est un pays où tout le monde a la tête jaune et les yeux bridés.
- Les canards aussi ? demanda le canard
- Bien sûr. Le livre n'en parle pas, mais ça va de soi.
- Ah ! La géographie est quand même une belle chose...Mais ce qui doit être plus beau encore, c'est de voyager.
Moi, je me sens une envie de voyager, si vous saviez...
(extrait de "Le canard et la panthère", nouvelle du recueil paru chez "Folio" en 1985))
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Par genou, le 12/05/2013
Le passe-muraille de
Marcel Aymé
En mordant à leur pain noir ou en buvant les ersatz à la saccharine, ils faisaient des rêves de festins et de tabac.
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Par genou, le 12/05/2013
Le passe-muraille de
Marcel Aymé
Assez, c'est bien, mais trop, c'est trop.
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Par genou, le 12/05/2013
Le passe-muraille de
Marcel Aymé
Quand je rentre des commissions, ils s'approchent de moi tous les quatre, voir ce que j'apporte dans mon sac.