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Par marina53, le 22/05/2012
La Jument verte de
Marcel Aymé
Il était à peine plus heureux avec ses enfants et, pour en garder trois, il avait fallu en faire six. Mais les enfants, c'était moins gênant. Il pleurait un bon coup le jour de l'enterrement, tordait son mouchoir en rentrant et le mettait sécher sur le fil. Dans le courant de l'année, à force de sauter sa femme, il arrivait toujours bien à lui en faire un autre. C'est ce qu'il y a de commode dans la question des enfants et, de ce côté-là, Haudoin ne se plaignait pas trop. Il avait trois garçons bien vifs et trois filles au cimetière, à peu près ce qu'il fallait.
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Par marina53, le 23/05/2012
Les contes du chat perché de
Marcel Aymé
Il nous prend, dirent les parents, qu’on ne veut plus d’un chat qui passe sa patte derrière son oreille tous les soirs. Assez de pluie comme ça. Puisque tu aimes tant l’eau, mon garçon, tu vas en avoir tout ton saoul. Dans cinq minutes, tu feras ta toilette au fond de la rivière.
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Les contes du chat perché de
Marcel Aymé
Le soir de ce même jour - le plus chaud qu'on eût jamais vu - Delphine, Marinette, les parents et toutes les bêtes de la ferme formèrent un grand cercle dans la cour. Au milieu du cercle, Alphonse était assis sur un tabouret. Sans se presser, il fit d'abord sa toilette et, le moment venu, passa plus de cinquante fois sa patte derrière l'oreille. Le lendemain matin, après vingt-cinq jours de sécheresse, il tombait une bonne pluie, rafraîchissant bêtes et gens.
Extrait de "La patte du chat".
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Par Katsuura, le 15/05/2012
Le passe-muraille de
Marcel Aymé
Mais l'homme qui possède des dons brillants ne peut se satisfaire longtemps de les exercer sur un objet médiocre.
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Par lanard, le 15/07/2010
Le Confort intellectuel de
Marcel Aymé
Page 117 :
Autrefois, l’art était tout bonnement une façon de faire. Il y a un peu plus de trois cents ans que le mot a commencé à se draper dans un brouillard majestueux et par la suite, il s’est tellement sublimé qu’il est devenu je ne sais quelle angoisse cosmique. quel infini indivisible dont le principe imprégnerait certaines créations de l’homme. Tout ça me paraît fleurer la mysticité et ressemble fort à une invention de cuistres laïques en mal de religion. L’Art majuscule, prétexte à combien de doctrines, théories, invocations, prédications, et qui a ses rites et ses augures, je lui trouve un air de famille avec le Bon Dieu. Et quant à l’art sans majuscule, quant à ce participe divin dont les initiés éprouvent si vivement la présence dans un poème ou dans un tableau, ne vous semble-t-il pas qu’il est au chef-d’œuvre ce qu’est l’âme à la chair d’un chrétien? Je vous dis que ce ne sont pas là des façons claires de parler. Quand on parle de l’Art, tout le monde se comprend et personne ne sait au juste de quoi il s’agit. Voilà bien le pire danger. Se comprendre à demi-mot entre initiés tout en ne comprenant rien, c’est, je crois, le véritable mal du siècle — un mal qui n’est peut-être pas particulier à la bourgeoisie, mais dont elle est tout de même seule à crever.
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Par gill, le 22/02/2012
Le chemin des écoliers de
Marcel Aymé
- J'ai dit ce qu'auraient dit cent mille personnes à ma place. Qu'en présence de certaines situations, il faut adopter certaine attitude et lui rester fidèle. C'est une question de dignité.
- Mais toi, personnellement, tu t'en fous ? Il y a deux ans, c'était juste avant mai 1940, tu me disais que l'honneur de la France, tu t'en torchais la raie des fesses.
- Oui, je l'ai dit et je le redirai probablement après la guerre. Pour l'instant, je vénère ma patrie et je suis férocement jaloux de son honneur. Ça te chiffonne ?
- Mais non, répondit Lolivier. Tu papillonnes avec tant de grâce que forces mon admiration....
(extrait du chapitre VIII)
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Par Couperine, le 04/12/2010
Le passe-muraille de
Marcel Aymé
Un jour, le sous-chef fit irruption dans le réduit en brandissant une lettre et il se mit à beugler :
- Recommencez-moi ce torchon ! Recommencez-moi cet innommable torchon qui déshonore mon service !
Dutilleul voulut protester, mais M. Lécuyer, la voix tonnante, le traita de cancrelat routinier, et, avant de partir, froissant la lettre qu'il avait en main, la lui jeta au visage. Dutilleul était modeste, mais fier. Demeuré seul dans son réduit, il fit un peu de température et, soudain, se sentit en proie à l'inspiration. Quittant son siège, il entra dans le mur qui séparait son bureau de celui du sous-chef, mais il y entra avec prudence, de telle sorte que sa tête seule émergeât de l'autre côté. M. Lécuyer, assis à sa table de travail, d'une plume encore nerveuse déplaçait une virgule dans le texte d'un employé, soumis à son approbation, lorsqu'il entendit tousser dans son bureau. Levant les yeux, il découvrit avec un effarement indicible la tête de Dutilleul, collée au mur à la façon d'un trophée de chasse. Et cette tête était vivante. A travers le lorgnon à chaînette, elle dardait sur lui, un regard de haine. Bien mieux, la tête se mit à parler.
- Monsieur, dit-elle, vous êtes un voyou, un butor et un galopin.
Béant d'horreur, M. Lécuyer ne pouvait détacher les yeux de cette apparition. Enfin, s'arrachant à son fauteuil, il bondit dans le couloir et courut jusqu'au réduit. Dutilleul, le porte-plume à la main, était installé à sa place habituelle, dans une attitude paisible et laborieuse. Le sous-chef le regarda longuement et, après avoir balbutié quelques paroles, regagna son bureau. A peine venait-il de s'asseoir que la tête réapparaissait sur la muraille.
- Monsieur, vous êtes un voyou, un butor et un galopin.
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Travelingue de
Marcel Aymé
L’agrément de la vie, c’est de choisir en ayant l’air d’ignorer le hasard.
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Par gill, le 22/02/2012
La table-aux-crevés de
Marcel Aymé
A Cessigney, on était pieux et d'un rigorisme qui avait choqué plus d'un curé. L'église de Cantagrel, dont ils n'apercevaient pas même le clocher depuis leur forêt, se parait à leur regard du dimanche d'une étrange magnificence, assez représentative du paradis.
Ils vivaient dans l'observance très stricte des rites principaux et n'auraient pas manqué la messe pour un sanglier. Pourtant l'église n'était pas la capitale de leurs divinités, tout au plus un lieu de rendez-vous solennel où le bon Dieu et la sainte Vierge, endimanchés, gardaient leurs distances.
Dans les bois, au contraire, on les touchait de bien plus près et, pour ainsi dire, à chaque pas, la sainte Vierge surtout.
Il y avait des arbres qu'on n'approchait pas sans donner un signe de croix, certaine pierre plate où l'on faisait des offrandes de fruits, de monnaie, voire de gibiers. Les offrandes, toujours clandestines, étaient enterrées au pied de la pierre...
(extrait du chapitre III)
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Par gill, le 21/02/2012
La Jument verte de
Marcel Aymé
Au village de Claquebue naquit un jour une jument verte, non pas de ce vert pisseux qui accompagne la décrépitude chez les carnes de poil blanc, mais d'un joli vert de jade. En voyant apparaître la bête, Jules Haudouin n'en croyait ni ses yeux ni les yeux de sa femme.
- Ce n'est pas possible, disait-il, j'aurais trop de chance.
Cultivateur et maquignon, Haudouin n'avait jamais été récompensé d'être rusé, menteur et grippe-sou. Ses vaches crevaient par deux à la fois, ses cochons par six, et son grain germait dans les sacs. Il était à peine plus heureux avec ses enfants et, pour en garder trois, il avait fallu en faire six. Mais les enfants, c'était moins gênant. Il pleurait un bon coup le jour de l'enterrement, tordait son mouchoir en rentrant et le mettait à sécher sur le fil. Dans le courant de l'année, à force de sauter sa femme, il arrivait toujours bien à lui en faire un autre....
(premières lignes du premier chapitre)
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