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ISBN : 2253134694
Éditeur : Le Livre de Poche (24/08/2011)

Note moyenne : 3.82/5 (sur 226 notes)
Résumé :
Après avoir été journaliste à la Voix du Nord, Marcel Frémaux est devenu biographe familial. "Toute vie mérite d'être racontée", disent ses publicités, et c'est pour cela que ses clients se confient à lui. Il les écoute, met en forme leurs souvenirs, les rédige puis fait imprimer un livre destiné aux amis ou au cercle familial.

Un matin, Lupuline Beuzaboc se présente au biographe.
Tescelin, le père de Lupuline, ancien cheminot du Nord de la Fra... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (58) Voir plus Ajouter une critique
Eve-Yeshe
14 janvier 2017
★★★★★
★★★★★
Dans ce roman, l'auteur réalise un travail sur la mémoire, en écrivant des biographies à petit tirage, à la demande d'un membre de la famille pour rendre hommage à l'un des leurs. Pour cela, il rencontre les personnes et notent tout ce qu'elles lui confient.
Ici, ce sont les souvenirs de guerre de Beuzaboc, à la demande de sa fille. Mais qui est-il vraiment ?
Il approfondit ainsi ce qu'est le véritable travail du biographe : mettre simplement des mots sur les souvenirs que l'autre raconte, rechercher les émotions, ou vérifier les faits à la manière d'un journaliste ?
"Le client raconte, le biographe écrit. C'est son devoir, sa fonction, son rôle. Et peu importe si tout est trop beau ou trop calme."
Il aborde ainsi très bien la notion de doute : S'agit-il de vrais souvenirs, ou embellit-il les faits pour se construire une légende ? Cela résonne d'autant plus chez le biographe que son propre père a été un héros anonyme, un survivant des camps et qu'il ne connaît pratiquement rien de lui car il était trop petit à son retour.
Certes, on peut vérifier les évènements dans les journaux de l'époque, mais, il est parfois difficile de retracer un parcours individuel (héros de l'ombre ou passé reconstruit?) Tout le monde s'est réveillé Résistant à la Libération alors que les vrais héros, ceux qui revenaient des camps restaient dans l'ombre. Voulait-on vraiment les entendre ?
On voit ainsi se tisser un échange, comme au tennis, entre la culpabilité de celui qui n'a peut-être pas été un héros et celle de celui qui n'a pas écouté son père décédé trop tôt, quand il en parlait avec son frère aîné et tous les regrets que cela peut provoquer ?
"On fait son deuil, mais on ne revient pas d'un rendez-vous manqué"
le style de Sorj Chalandon est direct, les phrase courtes, percutantes, voire lapidaires et la trame s'étoffe, peu à peu, comme les instruments qui se rajoutent pour enrichir le thème dans une partition de musique et il entraîne le lecteur dans une histoire passionnante. J'ai beaucoup aimé ce roman, comme j'avais apprécié "Le quatrième mur".

Lien : http://leslivresdeve.wordpre..
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carre
19 juillet 2012
★★★★★
★★★★★
Encore du bon avec Chalandon, en plus sa rime. Un écrivain public sur la demande d'une cliente rencontre le père de celle-ci pour mettre sur papier son passé de résistant. Mais très vite Fremaux doute de la véracité des propos de son client. Lui qui espérait à travers Bauzaboc retrouver l'héroïsme secret de son propre père, et mettre des réponses sur les non-dits paternels, ressent un profond malaise. Que ça soit à travers Tyrone Meahan (dans les remarquables « Mon traitre » et « Retour à Killibegs ») ou dans celle de ce vieux monsieur qui n'a cesser de raconter ces exploits fictifs à sa fille admirative et demandeuse, Chalandon interroge la mémoire et sa transmission. Avec une question fondamentale, qu'elle est la place de la vérité et celle de la fiction lorsque le doute s'installe ? Comment ne pas salir ceux qui ont vraiment mis leur vie en danger pour un idéal ?
Le roman de Sorj Chalandon m'a rappelé un peu celui de Jean-François Deniau « un héros très discret » sur sa trame de départ. Se fabriquer un passé héroïque pour un avenir plus acceptable.
Chalandon tisse de livre en livre une oeuvre profondément cohérente, cette « légendes de nos pères » n'échappe pas à la règle. L'écriture est talentueuse, intense remarquablement prenante. Un livre qui mérite notre admiration. C'est devenu une habitude.
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Herve-Lionel
14 mars 2017
★★★★★
★★★★★
La Feuille Volante n° 1115
La légende de nos pèresSorj Chalandon – Grasset.
Le narrateur à 27 ans quand son père, Pierre Frémaux meurt en 1983 et, devant le cercueil, il prend conscience que cet homme à été un Résistant, un combattant pour la liberté, un déporté, mais qu'il n'a jamais fait état de cette tranche de vie. Dès lors, et puisqu'il est biographe de profession, il ressent comme un devoir de rendre hommage à cet homme d'exception qui n'a jamais rien demandé, ni décoration, ni reconnaissance et n'a voulu faire que son devoir. Il veut être au rendez-vous de la mémoire qui vous fait remonter le temps et porter témoignage pour les générations futures. Quelques années plus tard, il est contacté par une jeune femme, Lupuline, dont le père, de son nom de guerre Tescelin Beuzaboc, a été un héro de la Résistance et elle souhaite que ses faits d'arme soient consignés dans une biographie qu'elle paiera puisqu'elle se révèle incapable de la rédiger elle-même ou préfère l'intermédiaire d'un tiers. Au début, le narrateur accepte ce travail mais rapidement, soit parce qu'il ressent quelque chose pour la belle jeune femme, soit' parce que le doute s'insinue en lui, de copiste zélé et de témoin transparent, il devient un enquêteur suspicieux, ce qui n'est guère dans ses habitudes professionnelles, cherchant dans les archives à recouper les informations qu'il reçoit du vieil homme. Cette posture épuise Tescelin dont l'aura est mise en doute par un étranger et risque de déstabiliser la jeune femme qui verrait s'évanouir la figure héroïque et tutélaire du père. La blessure de Tescelin souvent présentée comme héroïque, prend soudain la teinte banale du quotidien.  Le narrateur décrit en ne négligeant aucun détail, les phases de cette démarche, entre volonté de laisser quelque chose de soi à sa postérité, le besoin de se confesser au pas de la mort et cette envie de garder pour soi des choses inavouables où la réalité le dispute à la mythomanie. C'est aussi une démarche intime qu'il ne faut pas manquer, un rendez-vous avec la mémoire, une sorte de « jugement dernier » où le principal intéressé est coincé entre la volonté de parler de lui et l'impossibilité de le faire parce que la parole tient à la fois de la psychothérapie et du témoignage, quelque chose de subtil entre l'orgueil et le silence, entre la volonté de se mettre en exergue et celle de rester en retrait parce que simplement cela peut bousculer la légende qu'on a mis tant de temps à tisser soi-même.  Ce faisant, le narrateur modifie le contrat qui le lie à Lupuline, il devait en effet écouter et écrire, sans même le souci de la vérité, mais il hésite. Il se produit alors un phénomène étrange où le narrateur se met à imaginer à son tour, porté peut-être par la force des mots, à prêter à son sujet des paroles qu'il n'a jamais prononcées, à entériner des actions qu'il sait fausses. Alors ce dernier, désireux sans doute d'êtres moins anonyme dans cette guerre invite la narrateur à lui parler de son père, un authentique Résistant oublié, entouré lui aussi de cette aura et qu'inconsciemment le biographe va rechercher à travers l'histoire de Tescelin.
Ce prétexte romancé évoque ceux qui ont traversé cette période de l'histoire, souvent sur la pointe des pieds et d'une manière anonyme et qui souffrent, dans leur for intérieur, de n'avoir pas eu une attitude héroïque. Alors, parce que le temps a passé, parce que l'imagination a peu à peu pris la place de la réalité et qu'il fallait à tout prix masquer les tiédeurs et peut-être les compromissions de l'époque, les intéressés, tissant autour d'eux le mystère ou au contraire l'auto encensement, se sont enveloppés dans l'étoffe du héro que tous les membres de la famille et les amis se font un devoir de célébrer. La fasciation de sa fille pour cette homme était telle cet homme était elle qu'elle allait même jusqu'à s'identifier à lui. Ils furent nombreux les Résistants de la dernière heure, ces combattants de la Libération quand il n'y avait plus de danger, ce qui met en lumière un de ces travers incontournables de la triste espèce humaine à laquelle nous appartenons tous. Ils ont trouvé dans un ultime regain de courage l'occasion de se racheter. Dès lors ce qui devait être un panégyrique atteint bizarrement son but, c'est à dire que l'ouvrage est imprimé et conforte l'image de Tescelin, le narrateur n'ayant pas le courage de dégonfler le mythe, coincé entre l'attirance qu'il éprouve pour Lupuline et sa volonté de porter un témoignage qui se veut véridique. Ainsi le biographe va-t-il rentrer dans son rôle initial, devenir écrivain, créateur à l'imagination féconde pour ne rien gâcher de l'univers artificiel de cet homme et de l'image que sa fille en a. C'est une manière, certes un peu différente, d'être à son tour un véritable menteur, autant au nom de la création littéraire que de sa volonté d'entretenir quelque chose de fictif, une manière d'apporter du bonheur avec sa plume et avec son talent au lieu d'être celui qui fourrage dans une plaie ouverte. Ainsi mêle-t-il la réalité et l'imaginaire avec des mots, retisse-t-il une légende, en rendant hommage à ceux qui sont morts pour la liberté parce que la Camarde leur avait donné rendez-vous et en y invitant ceux qui, comme Tescelin, ont survécu sans même avoir rien fait pour cela, ceux qui ont regardé de loin en évitant de mêler leur sang et leur sueur aux actes de Résistance. Retranscrire, même faussement, une réalité lentement tissée année après année, lui donner par l'écrit, par le texte imprimé sous forme de livre, une sorte de dimension authentique, entériner des actes courageux qui n'ont jamais existé, telle va donc être l'action du narrateur.
J'avoue que j'ai longtemps hésité face à ce livre et cette propension qu'ont ceux qui ne sont rien et qui le savent, à en admirer d'autres qui nagent eux-même en plein fantasme, même si tout cela est faux. Pourtant Tescelin est presque soulagé que la vérité éclate avant sa mort et qu''il soit lui-même l'artisan de cette confession. C'est un peu comme s'il s'allégeait d'un poids devenu soudain trop lourd et qu'il trouve dans l'initiative spontanée de sa fille l'occasion de remettre les choses à leur vraie place... Fini chef de réseau combatif, le héro courageux qui avait dédaigné les honneurs et voici la vraie image de cet homme, tiède et peut-être résigné dans ce pays vaincu où il a, comme tant d'autres, réussi à survivre. Il choisit lui-même et j'y voit aussi la marque d'un certain courage.
J'ai aimé ce roman autant par le style simple, fait de phrases courtes avec lesquelles il est écrit que par les thèmes qu'il traite.
© Hervé GAUTIER – Février 2017. [http://hervegautier.e-monsite.comll
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joedi
14 novembre 2014
★★★★★
★★★★★
Une fois de plus Sorj Chalandon m'a comblée ; ses mots sont poésie, ses phrases musicalité, son roman honore la Résistance et la filiation.
Nous sommes le 17 novembre 1983, Marcel a vingt-sept ans, c'est l'enterrement de son père, Pierre Frémaux, Brumaire de son nom de résistant.
«Ce fut ce jour-là, regardant les drapeaux et la panthère rouge, observant un à un les trois partisans, écoutant Tristan et ses larmes de pluie, que je fus orphelin. Vraiment. de père et de mère. Mon père était comme mort avant d'entrer en terre. Ma mère allait mourir de l'y avoir conduit. de lui et d'elle resteraient un enfant sans lumière, un autre sans empreinte.»
[Lucas, frère de Marcel, est devenu aveugle dix ans avant le décès de leur père]
Marcel ne les connaît pas encore mais il remarque en retrait Beuzaboc et sa fille Lupuline avec ses chaussures rouges, c'est la troisième fois qu'il les aperçoit à un enterrement de Résistant, c'est aux chaussures de la jeune femme qu'il les a reconnus.
Son père racontait son passé de résistant à Lucas, son frère de dix ans son aîné, avec Marcel, il jouait.
En novembre 2002 Lupuline Beuzaboc le contacte pour écrire la biographe de son père ou plutôt ses faits de Résistant qu'il lui racontait le soir avant qu'elle ne s'endorme lorsqu'elle avait douze ans, ses histoires ont bercé son adolescence, son père c'est son héros. Marcel avait été instituteur puis journaliste, avant de choisir le métier de biographe familial.
Marcel, le narrateur, ressent un malaise lorsqu'il écoute Beuzaboc qui raconte sa "résistance", il doute de la véracité de ses récits, lui fils de Résistant à la recherche de la mémoire de son père.
La légende de nos pères encore une perle de Sorj Chalandon, à lire !
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spleen
11 mai 2016
★★★★★
★★★★★
Lorsque Lupuline Beuzaboc demande à Marcel Fermaux ancien journaliste reconverti dans la biographie des autres," les obscurs, les sans-grade "de rassembler dans un livre les souvenirs de son père lorsqu'il était dans la résistance pour son quatre vingt quatrième anniversaire , l'écrivain y voit l'occasion de renouer avec ceux de son père disparu quelques vingt ans plus tôt .
Orphelin trop tôt , Marcel s'en veut de ne pas avoir recueilli lui-même les mots de son père racontant si parcimonieusement ses faits de guerre au frère ainé , ce père , Pierre Fermaux devenu Brumaire pour ses frères d'armes, "ses gars".
Mais le doute s'installe rapidement , Marcel vérifie les propos du vieil homme , la confiance s'ébranle et les séances deviennent pénibles pour les deux hommes autant que la canicule installée sur la France en cet été 2002 jusqu'à l'orage .
Comment ne pas trahir l'attente de Lupuline qui veut garder intactes ses émotions d'enfant lorsque son père venait lui raconter le soir dans sa chambre ses exploits .
Comment ne pas trahir le vieil homme prisonnier de son statut de héros vis à vis de sa fille ?
Comment retrouver son père loin de l'image du petit homme fatigué qu'il a gardé ?
Un grand moment !
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Citations & extraits (51) Voir plus Ajouter une citation
Herve-LionelHerve-Lionel12 mars 2017
J'ai dit que je n'avais pas beaucoup de choix. Que l'écriture d'une biographie était une rencontre. Un échange. On me prêtait une vie et moi j'offrais des mots. Il fallait aussi que quelque chose se passe. Ce n'était pas de l'amitié, mais une émotion entre la cordialité et la confiance. Des secrets sortis de leur boîte, qu'il faudrait que j’apprenne à détenir aussi.
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Herve-LionelHerve-Lionel11 mars 2017
On fait son deuil, mais on ne revient pas d'un rendez-vous manqué.
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kathykathy16 février 2012
On fait son deuil. C'est effroyable, mais on le fait. Après avoir été au loin, au plus profond, creusé par l'absence et le silence, sans air, sans lumière, sans souffle, sans pensée, sans rêve, sans voix, après avoir perdu la faim, la foi, les nuits, après avoir tremblé à l'infini, après avoir eu froid de tous ces jours sans l'autre, tous ces gestes sans l'autre, après avoir traversé les fêtes maudites, les saisons détestables, après tant de matins pour rien, on défroisse le linceul qui nous couvrait aussi. On caresse l'étoffe, on la regarde encore, on la plie avec soin, on la range dans un coin de sa vie en attendant la suite. On fait son deuil, mais on ne revient pas d'un rendez-vous manqué.
J'avais laissé partir mon père. Pas mon papa. Pas celui qui me portait au lit, sa joue contre la mienne, qui nous avait aimés du regard et de la peau. Mais mon père, l'autre. Ce héros sans lumière, ce résistant, ce brave, ce combattant dans son coin d'ombre. J'avais laissé partir cet inconnu, ce soldat, ce déporté. Qui était retourné à la liberté comme on va au silence. J'avais laissé partir une page de notre histoire commune. J'avais oublié de m'asseoir à ses pieds, de rechercher ses yeux. J'avais tardé à l'assaillir, à le questionner, à moissonner sa mémoire. J'avais failli à mon métier de fils. J'étais devant la tombe et j'avais les mains vides de lui, les poches sans aucun ticket de notre vie à deux.
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joedijoedi13 novembre 2014
Paupières closes, mains posées sur les accoudoirs du fauteuil, canne entre les genoux, il a chanté. Comme s'il était seul, ou fou, ou fatigué de tout.

Je viens de fermer ma fenêtre
Le brouillard qui tombe est glacé
Jusque dans ma chambre, il pénètre
Notre chambre pleure le passé

... Sa voix était rocaille, sourde, en éclats de briques.
— Vous connaissez ?
— Oui, j'ai répondu. La musique, pas les paroles.
Le vieil homme a souri. ... Il a dit que souvent, c'était ainsi. De la guerre, les gens d'aujourd'hui connaissaient la musique, mais pas les paroles...
— Cette chanson s'appelle «Seule ce soir», elle était chantée par Léo Marjane en 1941.
...
Encore, il a chanté.

Dans la cheminée le vent pleure
Les roses s'effeuillent sans bruit
L'horloge, en marquant les quarts d'heure,
D'un son grêle berce l'ennui.
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castabeacastabea15 mai 2010
Un jeudi pluvieux d'avril, nous sommes passés devant le monument aux morts de la place Rihour, mon père et moi. Deux enfants s'amusaient sur le socle de pierre. Ils avaient mon âge. Un homme en manteau noir leur a crié de descendre du monument. Il a dit que c'était comme une tombe. Il a dit que personne n'avait le droit de jouer là. Que c'était interdit. Que c'était sacrilège. L'un des enfants s'est enfui. L'autre a eu peur. Il a glissé. Il est tombé sur le dos. Sa tête a heurté la pluie. Il a pleuré un peu. L'homme est parti. Il a traversé la rue sans regarder derrière. Mon père m'a lâché la main pour relever l'enfant.
Le petit n'avait rien. Il reniflait. Il était debout, tête basse, papa accroupi devant lui le tenait par les épaules. Je m'en souviens. Pas de tout ce que mon père a dit, mais presque. Il a dit au petit qu'il avait fait la guerre. Il lui a dit qu'il avait eu peur, et froid, et faim, et mal. Il lui a demandé s'il savait pourquoi il avait fait cela. Deux fois, il lui a demandé. Le gamin baissait les yeux. Il était comme puni dans un coin de l'école. Les voix ne semblaient plus lui parvenir. J'étais en retrait, debout, un peu gêné. Je regardais mon père. Je l'écoutais aussi. Il a dit à l'enfant qu'il avait fait cela, la guerre, la résistance, la peur, l'espoir, tout cela pour que lui...
- Tu t'appelles comment, bonhomme ?
- Freddy
- Freddy comment ?
- Freddy Delsault.
... Pour que lui, Freddy Delssault, et n'importe qui d'autre, le copain enfui ou tous ceux à venir, puissent s'amuser sur tous les monuments aux morts.
- Je me suis battu pour que tu aies le droit de jouer, a souri mon père.
Il a demandé au gamin s'il avait compris. L'autre a secoué la tête pour dire non. Puis il a rammassé son cartable. Et il est parti en courant. Je me rappelle aussi que mon père a ri. Que la soirée avait été légère
+ Lire la suite
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