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Par MaximeRovere, le 01/12/2009
La mesure de l'amour : Sermons parisiens
de
Maître Eckhart
Critique de Maxime Rovere pour le Magazine Littéraire
Imaginez des notes de cours de 1311. Imaginez que le plus grand philosophe du xive siècle s'y soit donné pour tâche d'exposer des choses « nouvelles, brèves et faciles », jalons d'un projet rationaliste de grande ampleur. Imaginez enfin que vous entrez dans la cuisine universitaire où furent inventées les plus belles audaces de la mystique allemande. Vous aurez alors une idée de ce que la lecture des « sermons latins » fait à celui qui s'y frotte : un mélange de brutal dépaysement et d'enchantement presque lyrique, d'obscurité pointilleuse et d'émerveillement étonné.
D'une part, en effet, Eckhart se livre à l'exercice très défini que constitue le sermon universitaire : il cite un passage de la Bible, puis l'éclaire par d'autres passages de nouveau empruntés à l'Écriture, ou aux Pères de l'Église, ou encore aux philosophes grecs et arabes. Évidemment, d'un point de vue formel, cela semble austère, et à certaines pages ça l'est en effet. Mais, d'autre part, le texte est également gorgé de ces formules que l'on tourne, quand on enseigne, pour saisir par les tripes les auditeurs qui s'assoupissent. C'est ainsi, par exemple, qu'il conclut le sermon VI avec des formules si cinglantes que l'on croirait lire Spinoza : « Nous ne devons pas remercier Dieu de nous aimer. La nécessité en effet lui en incombe » (p. 93). Plus doux, dans le sermon XL, il remarque que le commandement « tu aimeras... » peut être reçu « comme un précepte et comme une annonce, au sens de prophétie et de promesse » (p. 331) : lecture aussi surpenante que généreuse... Cependant, il faut admettre que les fulgurances sont moins nombreuses ici que dans les « sermons allemands », et pour cause : destinés à un public plus large, ceux-ci ont introduit en langue vulgaire les subtilités qu'avaient permises les sermons latins, rédigés pour des universitaires, en y ajoutant une incomparable séduction littéraire.
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Par Piling, le 23/06/2009
La divine consolation suivi de L'Homme noble
de
Maître Eckhart
"Et comme la ressemblance émane de l'Un, et qu'elle attire et séduit en vertu de la puissance de l'un, il en résulte que ni repos ni satisfaction ne sont donnés à celui qui attire ni à celui qui est attiré jusqu'à ce qu'en Un ils soient réunis."
L'insatisfaction amoureuse de l'âme inférieure pour son âme suzeraine est bien connue. Sohrawardî, par exemple en parle, sans qu'il mette de réciprocité dans cette impatience souffrante, qui s'apparente plus, du coup, à l'aspiration murid-murshid de Nadjm ad Din Kubra...
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Par Piling, le 19/06/2009
La divine consolation suivi de L'Homme noble
de
Maître Eckhart
"On sait notamment que Maître Eckhart était présent à Toulouse à l'occasion du chapitre général de son ordre, du 16 au 18 mai 1304, donc à une époque où la chasse aux derniers bons hommes était encore d'actualité dans l'arrière-pays toulousain. Ce voyage à pied, comme c'était jadis coutume et nécessité, a sans doute changé sa perception du monde et a apporté une impulsion décisive pour l'élaboration ultérieure du sermon De l'homme noble et du Livre de la divine consolation..."
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Par Piling, le 15/06/2009
Conseils spirituels
de
Maître Eckhart
Pourquoi Dieu ne veut pas nous accorder ce que nous voulons, même si nous avons toutes les bonnes raisons de le vouloir ? C'est que, répond Maître Eckhart, nous sommes trop impatients et nous retardons, par notre impatience, l'agenda divin, alors même que Dieu soupire de nous exaucer :
En vérité, lorsque l'on veut s'unir à Dieu, il ne suffit pas que notre esprit soit détaché dans l'instant présent ; il faut que ce soit un détachement auquel on s'est longuement exercé, qui a précédé et qui suivra. Alors seulement peut-on obtenir de grandes choses de Dieu et recevoir Dieu dans ces dons. Mais si l'on n'est pas préparé, on perd le don, et Dieu avec le don. Voilà pourquoi Dieu ne peut pas toujours nous accorder ce que nous lui demandons. Cela ne tient pas à lui, car il a mille fois plus hâte de donner que nous de recevoir. Mais nous lui faisons violence et tort en l'empêchant d'accomplir son opération naturelle par notre manque de préparation.
Lien : http://vitanova.blogspot.com/2009/06/en-toutes-choses-devenir-simple-et.html#...
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Par Piling, le 12/06/2009
Conseils spirituels
de
Maître Eckhart
Autre formule d'un Dieu insistant chez Eckhart. Après celui qui doit faire l'effort de se dépouiller pour entrer dans le château de notre âme, voilà celui qui, patiemment, parce que nous ne savons pas le voir à notre porte, attend sur le seuil que l'on veuille bien ouvrir (pendant que nous croyons avoir perdu la clef qui se trouve dans nos mains, je suppose).
"Car c'est un grand préjudice pour l'homme de se croire loin de Dieu. Que l'homme chemine loin ou près, Dieu n'est jamais loin : il se tient toujours à proximité, et s'il ne peut rester à l'intérieur, il ne va jamais plus loin que sur le pas de la porte."(17)
Lien : http://vitanova.blogspot.com/2009/06/tiens-pour-grand-ce-que-tu-aimes-et-le.h...
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Par Piling, le 11/06/2009
Conseils spirituels
de
Maître Eckhart
Jolie formule de Maître Eckhart, quand, voulant rassurer sur le pardon de Dieu qui lave tout, même (et surtout) les plus énormes péchés, il parle du "Dieu du présent", ce qui rappelle l'exercice zen de vivre uniquement le temps présent. Ici, Dieu donne l'exemple :
"Car Dieu est le Dieu du présent. Tel il te trouve, tel il te prend et t'accueille, non pas ce que tu as été, mais ce que tu as été maintenant."(12)
Lien : http://vitanova.blogspot.com/2009/06/que-la-mefiance-est-un-defaut-damour.htm...
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Par Piling, le 09/06/2009
Conseils spirituels
de
Maître Eckhart
Le ton de Maître Eckhart, dans ses Conseils spirituels, peut être très drôle, dans son pragmatisme paisible. Ainsi, sur l'absence ou le retrait de Dieu, cette angoisse bien connue des mystiques, le bon sens, peut-être subtilement ironique, du Maître : si tu ne trouves plus Dieu, "ben, va le chercher là où tu l'a mis la dernière fois", tout à fait comme on cherche ses clefs ou ses lunettes : c'est juste que tu l'as pas laissé au bon endroit, dugland. Or, "Il n'y a pas de meilleur conseil pour retrouver Dieu que de le chercher là où on l'a laissé." Sauf qu'il fait plus fort encore : si tu as paumé tes clefs, fais comme si tu les avais encore, et tu verras que subitement tu les auras de nouveau en main.
Lien : http://vitanova.blogspot.com/2009/06/jai-perdu-dieu-tas-bien-regarde-partout....
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Par Piling, le 02/01/2009
Etre Dieu en Dieu
de
Maître Eckhart
J'aime beaucoup cet extrait condamnant ce qu'en islam on appelle les zahîd, c'est-à-dire les ascètes se perdant en dévotions excessives et en dures pénitences, dans une complaisance masochiste suspecte, de Rabi'a al-'Adawiyya à Thérèse d'Avila, la liste est longue). Jankélévitch les vouait aux Enfers. Maître Eckhart est moins dur, il les traite d'ânes, de confondre la pauvreté de la volonté en pauvreté apparente, rituelle presque :
"En premier lieu nous disons que celui-là est un homme pauvre qui ne veut rien. Certaines gens ne comprennent pas bien ce sens ; ce sont les gens qui s'attachent à la pénitence et aux exercices intérieurs que ces gens tiennent pour importants parce qu'ils s'y cherchent eux-mêmes. Que Dieu les prenne en pitié d'avoir une si pauvre connaissance de la divine vérité. Ces gens sont nommés saints sur les apparences extérieures, mais intérieurement ce sont des ânes, car ils ne savent pas discerner la divine vérité."
Lien : http://vitanova.blogspot.com/2009/01/heureux-les-pauvres-en-esprit.html#links
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Par Piling, le 24/12/2008
Etre Dieu en Dieu
de
Maître Eckhart
Utilisation intéressante de l'intellect dans "Dieu est au-dessus de l'être", bien que le manque de précision du vocabulaire rende parfois la compréhension pénible (ainsi, quand il dit Dieu indifféremment pour ce que l'on peut distinguer comme la Déité ou le Dieu trinitaire). Maître Eckhart expose d'abord pourquoi Dieu est hors du temps et du lieu, ce qui, aujourd'hui, nous est moins difficile à concevoir, mais que les Iraniens, qui avaient peut-être encore le souvenir du Zervanisme, savaient aussi. Il y a le Temps immobile, le temps non temporel, qui ne coule pas, et le lieu hors du lieu, le Nâ Kodjâ Abâd. "Si je prends un fragment du temps, il n'est ni aujourd'hui ni hier. Mais si je prends "maintenant", il contient en soi tout le temps. Le "maintenant" où Dieu créa le monde est aussi proche de ce temps que le "maintenant" pendant lequel je parle actuellement, et le dernier Jour est aussi proche de ce "maintenant" que le jour qui fut hier." D'où la sage intuition humaine des fêtes cycliques. Ainsi, ces jours à venir sont une période bien délicate car le solstice d'hiver voit souvent 12 jours critiques où les démons reviennent, réinstaurant le chaos primordial. Au moment où le soleil est à son plus grand déclin, il doit revenir de sa mort et tuer le taureau, ce qu'il fera effectivement au Newroz, à l'équinoxe de printemps. Le solstice d'été annonce bien sûr l'apogée du monde mais déjà l'amorce de son déclin. La création du monde est donc à recommencer tous les ans.
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Par Piling, le 23/12/2008
Etre Dieu en Dieu
de
Maître Eckhart
Le passage de l'évangile de Luc d'où Maître Eckhart tire son sermon bien connu du "château-fort" de l'âme ne mentionne pas exactement un château-fort dans son texte original grec, mais du latin "castellum", Eckhart s'empare, et le sermon commence à la façon d'un roman de chevalerie courtoise, très Table ronde : "Notre-Seigneur Jésus-Christ monta dans un petit château fort et y fut reçu par une personne vierge qui était une femme."
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Par Piling, le 22/12/2008
Etre Dieu en Dieu
de
Maître Eckhart
Pour une première approche de maître Eckhart, rien que de très familier, tant beaucoup de faits et d'idées le rapprochent des soufis et surtout des soufis néoplatoniciens. Même ses propres mésaventures, notamment, selon Benoît Beyer de Ryke, le fait que ses prêches en langue vulgaire pesèrent beaucoup sur ses ennuis avec l'inquisition. On ne divulgue pas le Secret sans risque... Quant à l'interrogation du préfacier sur la sainteté possible du Rhénan - "Pourrait-il y avoir des saints non canonisés par l'institution, voire condamnés par elle ?", elle fait sourire. Se peut-il, mon Dieu, que non seulement l'Eglise soit parfois en bisbille avec ses saints, mais qu'en plus tous les saints n'aient pas été recensés, enregistrés, validés, incorporés par l'Eglise. Se peut-il qu'il y ait des saints anonymes, comme les Quarante chez les musulmans ? On en frissonne... Cela reviendrait aussi à appuyer l'idée que tous les saints déclarés tels par l'Eglise n'aient pas tous bénéficié réellement de cette auréole là dans l'outremonde. Comme on dit en Islam, quand on ne veut pas se mouiller, Dieu est le plus savant sur ces choses.
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