-
Par nadejda, le 07/01/2011
La montagne des boeufs sauvages de
Pierre Pelot
A cette saison de baguenaudes la rivière se la coule douce, on voit passer dans ses eaux d'ambre les ombres brusquement traçantes des ses truites, il y a des pêcheurs assis à l'ombre de ses rives, la paupière lourde, installés pour la sieste plus que pour l'attrape.
Aux hivers raidis, elle pince la gueule et s'encroûte les entournures ; ses rives s'enfouissent sous des bourrelets blanchâtres de vieilles chevelures pétrifiées ; sous les racines tordues dans les trous noirs de la berge ganguinent des glaçons.
-
Par nadejda, le 07/01/2011
La montagne des boeufs sauvages de
Pierre Pelot
Devenir écrivain, c'est primordialement faire connaissance. Ça n'en finit pas. C'est se creuser jour après jour, perdre ses forces au fur et à mesure qu'on en gagne.
.... Devenir écrivain ne peut être que se mettre au service des personnages qui rempliront mes livres de leur envie et de leur besoin d'existence, c'est mon honneur et ma raison, et c'est en tout cas la moindre des choses, l'obligée nécessité : une accordaille.
-
Maria de
Pierre Pelot
La rue centrale était très éclairée, les devantures des magasins crachaient des torrents de lumières flamboyantes. Une pellicule blanc-gris commençait de couvrir les trottoirs, les parapluies, bonnets et capuchons des passants. Un panneau accroché à une façade annonça l'heure et une température de 1°C, en lettres et chiffres rouges qui défilaient, à son passage. La recherche radio s'arrêta brusquement sur une station audible, le faisant sursauter(...) Il entendit prononcer le nom de Maria par le présentateur-animateur radio au moment où il se garait pratiquement face à l'entrée de l'établissement. Une légère exclamation de surprise fusa d'entre ses lèvres. Il jeta à l'autoradio un regard incrédule, monta le son.
La voix était celle d'une femme âgée, avec des pauses hésitantes, parfois dans un mot, où on ne les attendait pas, marquant des difficultés de respiration, le souffle court.
> lire la suite
-
Par nadejda, le 07/01/2011
La montagne des boeufs sauvages de
Pierre Pelot
La pleine lune lui fouettait les sangs, frisait ses nerfs, provoquait ces mystérieuses interactions des fluides et des ondes, les influences planétaires, sur l'humain. Cet humain-là était sensible à la lune, et la plénitude de l'astre déclenchait au fond de sa personne un déclic. Il n'était plus maître de lui-même, à moins qu'il ne s'agît du contraire, au contraire. A moins qu'il fût sous l'influence blême de la ronde lucarne, désinhibé en somme de je ne sais quelles pesanteurs sociales qui l'entravaient serré, le reste du temps, à l'aune quotidienne de sa condition ouvrière.
-
Par zazimuth, le 01/09/2010
Petitéloge de l'enfance de
Pierre Pelot
Voilà qu'il s'enlisait dans un de ces moments rares à la texture composée de plusieurs sortes de petits bonheurs d'une mystérieuse banalité. (p.113)
-
Par nadejda, le 07/01/2011
La montagne des boeufs sauvages de
Pierre Pelot
Dans la rivière coulent de l'encre et de l'argent fondu, des glaires de mercure, des filaments diamantifères, qui murmurent et se coulent dans le passage encore ouvert entre les berges éléphantiasiques méconnaissables sous leurs boursouflures de glace. Du surnaturel suinte dans l'air figé de ces sortes de nuits posées une strate supérieure dans la grimpée vers le perpétuel mystère caché.
-
Par nadejda, le 06/01/2011
Ce soir, les souris sont bleues de
Pierre Pelot
Le grincement du volet poussé par la main ferme d’Anjo s’étira dans la nuit à l’infini, provoquant une sorte de douleur à la racine des dents serrées d’Elian. Dans le garage à l’autre bout de la maison et de la cour, Titi poussa un jappement bref d’animal réveillé en sursaut, puis il grogna sourdement une ou deux fois pour manifester son appartenance à la race des veilleurs. p205
-
Maria de
Pierre Pelot
« Il ne savait rien de la région. Ça ne lui était jamais venu à l’esprit qu’on pût y vivre. (…) Quelques clichés, bien sûr, à se mettre sous la dent, pas mieux. La ligne bleue des Vosges, les bucherons vosgiens, la Bête des Vosges, l’affaire Grégory……….Comme des sortes d’accrocs dans un paysage lisse de montagnes rondelettes couvertes de sapins. »
-
Par Luniver, le 26/03/2012
Le train ne sifflera pas trois fois de
Pierre Pelot
- À la vôtre !
Avec un ensemble parfait, ils levèrent le coude et balancèrent la tête en arrière. Je fis de même.
Jamais encore je n'avais bu de plomb fondu.
Ce n'est en fait pas si terrible qu'on pourrait le croire. Bien sûr, cela surprend. Mais juste pour un quart de seconde. Après, vous avez besoin de toute votre énergie pour résister. D'abord, c'est comme si on vous trempait la tête dans un brasier. Toute la tête. Vous avez ensuite l'impression que vos dents se déchaussent, que votre langue se dessèche au point de devenir un petit morceau de paillasson rêche. Et puis, ça descend. Déjà, les bruits de l'extérieur vous paraissent éloignés. Ils sont remplacés par les derniers battements amplifiés de votre pauvre cœur. La descente continue. Le brasier, vous l'avez avalé, et il coule dans votre estomac. Vous vous cramponnez instinctivement pour supporter le choc.
> lire la suite
-
Par nadejda, le 06/01/2011
Ce soir, les souris sont bleues de
Pierre Pelot
«Anjo était assis à côté de son ombre étalée de travers, les épaules rejetées en arrière, coudes au dossier, mains pendantes, ses pieds nus posés sur les tongs comme sur des patins. Il regardait le paysage, devant lui, la colline d’en face encore plongée dans l’ombre de l’étroit vallon, avec la ligne du chemin forestier, comme une pâle cicatrice traversant la bruyère, le soleil qui avançait sur la crête, coulait, se répandait et faisait flamboyer les quelques bouleaux déjà jaunis par la sécheresse. Il affichait cet air préoccupé, qui composait son expression courante.» p113
> lire la suite