-
A la recherche du voile noir de
Rick Moody
Il était mon sans-abri à moi, mon fou de liberté, mon symbole, mon esprit frappeur. Ce que je veux dire, c'est que le fantôme de la station de métro, en surgissant ainsi, réveilla en moi des choses qui s'y trouvaient bien avant qu'il n'apparût ; il était le spectre de mon enfance, à moins qu'il ne fût plus ancien encore, compte tenu de son formidable pouvoir symbolique ; comme toutes les images persistantes, il était d'une inquiétante étrangeté, il faisait partie de ces choses qui surgissent à la lumière alors qu'elles auraient dû rester dans l'ombre, il participait de la mythologie familiale, de ce qui fait l'essence même de la famille. Que venait-il me dire ?
[p.16] (..) ce mélange de honte, de remords, de culpabilité, de regret, pour devenir l'histoire d'une quête individuelle, celle de l'image originelle du voile dans mon existence, du voile dans la vie de ma famille, l'image originelle de l'absence de visage.
> lire la suite
-
A la recherche du voile noir de
Rick Moody
[p.145] Les populations qui vivaient sur les terres confisquées par les colons ont une part implicite dans toute histoire de la région, jamais oubliée ; lorsqu’un pieu est planté dans une forêt, une tribu indienne est repoussée, là où une église est érigée, la religion d’une tribu indienne est profanée, sauvages étant le terme préféré des Puritains pour désigner ces habitants de la région dans la plupart de leurs récits. Ou, parfois, païens : Ils étaient par inclination naturelle les êtres les plus cruels et les plus fourbes qui soient de toutes ces contrées. La guerre qu’on leur opposait était juste et légitime (…) ».
[p.145] Un Chrétien doit être un Soldat. Par quoi j’entends qu’il existe une grande Harmonie, Ressemblance ou Similitude entre l’œuvre d’un Soldat et celle d’un Chrétien.
[p.145] Comment les fantômes de tous ces massacres pourraient-ils ne pas peser sur la conscience eschatologique de la Nouvelle-Angleterre d’antan ?
[p.383] (…) mes racines, qui sont vos racines (…)
(…) une histoire d’honnêteté, de dignité, de courage d’une part, et de brutalité, de soif de sang et de massacre, d’autre part. Etre un Américain, être un citoyen de l’Occident, c’est être un meurtrier. Ne vous faites pas d’illusion. Couvrez-vous le visage.
> lire la suite
-
A la recherche du voile noir de
Rick Moody
[p.259] Pourquoi êtes-vous à l’hôpital ? Je ne savais pas au juste. J’y avais beaucoup réfléchi et tout en ayant conscience que je devais être là, j’étais toujours dans le noir quant à ma maladie, quant à savoir en quoi elle consistait exactement, puisque chaque fois que je semblais parvenir à la localiser, elle disparaissait. Et personne, ni le psychiatre espagnol, ni Linda l’infirmière, ni mes compagnons du groupe de thérapie, ne paraissaient vouloir lui donner un nom, comme si nommer un problème avait quelque chose de dangereux ; ma maladie m’était cachée, c’est pourquoi, à part quelques moments de la nuit où je pouvais en sentir le flux, la reconnaître, l’éprouver, en avoir l’intuition, je n’en connaissais pas le nom.
[…]
Ma maladie était-elle alors la mauvaise conscience ? La maladie du désespoir ? Un état de crise, où même la lumière m’était insupportable ? Une maladie compulsive que j’utilisais pour essayer d’éviter toutes ces choses ? Une histoire sinistre ? Un manque de foi ? Une méfiance à l’égard de ma nation ? Une méfiance à l’égard de tout le monde ?
> lire la suite
-
A la recherche du voile noir de
Rick Moody
[p.163] J’étais nerveux en essayant de faire entrer la clé dans la serrure de la porte d’entrée, parce que la maison appartenait à cette branche bien établie des Moody.
Je n’avais aucun droit, et pourtant j’actionnai quand même la clé. Nous étions à l’intérieur.
La senteur des siècles passés. Ce parfum de moisi est lié à un phénomène scientifique précis, une molécule de carbone, mais je ne crois pas qu’il s’agisse tant de composé chimique, ou d’agent de décomposition, que d’une reconnaissance de ce qui constitue la création, les bactéries, les termites et le bois humide, la moisissure, les pommes, les vieilles serviettes, les soupes de poisson, les chiens mouillés sur la moquette, les régurgitations de moutards ; le temps et la mémoire des vieilles maisons se nourrissent de toutes ces choses, plus que de la cire ou de l’encaustique sur une peau de chamois. Le rance et le pourrissement sont les surnoms ignorés de la vie.
> lire la suite
-
Par Cathie, le 13/01/2012
A la recherche du voile noir de
Rick Moody
Je claquai violemment le hayon de la Volkswagen sur le haut du crâne du père de Jeff, là où toute la pensée rationnelle et abstraite est emmagasinée, là où se trouvait tout un réservoir de stratégies commerciales, et cela fit un bruit sourd et organique, comme quand on frappe dans un melon d'Antibes avec une batte d'aluminium.