> Emmanuelle Ertel (Traducteur)

ISBN : 2757800736
Éditeur : Points (2006)


Note moyenne : 3.1/5 (sur 10 notes) Ajouter à mes livres
En racontant sa propre existence, on croise inévitablement des fantômes...
Pour Rick Moody, c'est un ancêtre pasteur à l'étrange destinée : Joseph Moody qui, après avoir commis un meurtre, a décidé de cacher son visage sous un voile noir. La figure symbolique de ... > voir plus
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Critiques et avis(2)

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    • Livres 4.00/5
    Par sentinelle, le 22 mars 2009

    sentinelle
    Le point de départ du récit « A la recherche du voile noir » prend appui sur le conte « le voile noir du pasteur » de Nathaniel Hawthorne, célèbre auteur américain du 19e siècle. La source d'inspiration de Nathaniel Hawthorne pour l'écriture de ce – très bon – conte est la découverte d'une anecdote portant sur la vie d'un pasteur de son époque : le prêcheur Joseph Moody, qui décida un beau jour de dissimuler pour toujours son visage derrière un voile noir afin d'expier ses pêchés. Il se trouve que ce pasteur, Joseph Moody, porte le même nom que l'auteur Rick Moody. Ce conte fait d'ailleurs partie du mythe familial par excellence dans la mesure où son grand-père revient à plusieurs reprises sur l'histoire de ce prêcheur, ancêtre de la famille Moody rendu célèbre grâce à Nathaniel Hawthorne.
    Partir en quête de son ancêtre Joseph Moody devient une obsession pour Rick Moody, quête qui débute le jour même où il plonge dans une sorte de crise paranoïaque aigue, qui le conduira d'ailleurs peu après à la clinique psychiatrique.
    « Rien de particulier n'allait mal dans ma vie. C'était une année comme les autres de ma jeunesse, j'avais vingt-cinq ans, et je me réveillai un matin convaincu que j'allais être violé. »
    « J'étais convaincu que j'allais être violé, brutalisé, agressé sexuellement par un homme inconnu, pénétré, blessé, inséminé (…), je me retrouvais soudain mal à l'aise en compagnie de la plupart de mes amis hommes. »
    « Je méritais d'être violé. »

    En crise d'identité et en perte de repères, Rick Moody décide ce jour là de remonter le fil de son histoire en menant une véritable quête d'identité pour arriver à comprendre quel poids le voile de son ancêtre Joseph Moody et sa culpabilité sous-jacente ont pu jouer sur sa propre identité mais également sur la mythologie et la dynamique familiale. La recherche de ce parent lointain conduit Rick Moody non seulement aux sources de sa propre filiation et de sa propre identité mais également aux sources de l'identité collective de la nation américaine en remontant à l'époque des pionniers puritains. Pour y parvenir, plusieurs outils s'offrent à lui : recherche généalogique, autobiographie et auto-analyse, carnet et journaux intimes divers, analyse des écrits de Nathaniel Hawthorne, essai sur l'Amérique et la littérature, symbolisme du voile etc
    Le moins que l'on puisse dire est que je suis très mitigée quant à cette lecture : si j'ai beaucoup aimé certains passages, notamment les cinquante premières pages - mention particulière pour l'introduction qui est un petit bijou - j'ai nettement moins apprécié d'autres passages, malheureusement majoritaires.
    Le sujet était pourtant des plus emballant : partir de l'analyse d'un conte de Nathaniel Hawthorne s'inspirant de la vie d'un ancêtre pour remonter dans le temps à la recherche d'un des mythes fondateurs de son histoire familiale et individuelle (l'importance de la symbolique du voile, le poids de la conscience et de la culpabilité, la question de la filiation et de l'héritage) était une très belle idée de départ.
    Malheureusement, l'auteur multiplie tellement les références et les sources d'investigations plus ou moins heureuses que le récit, trop dense et trop touffu, finit par se disperser au point que nous perdons le fil conducteur. J'ai souvent eu l'impression d'avoir entre les mains une thèse universitaire dans laquelle nous retrouvons toutes les pistes et sources de travail de l'auteur et non un récit à part entière.
    Ceci dit, Rick Moody nous prévient de ce qui nous attend par ces quelques lignes : « Les lecteurs qui attendent de ces pages une vie nette et bien ordonnée, une existence faite de baisers octroyés et de romans écrits risquent d'être surpris. Mon livre et ma vie se déroulent par crises, relevant plus de l'épilepsie que du récit. ».
    Nous voilà donc prévenu : la lecture de ce livre se mérite, nul doute là-dessus !
    Je me suis aussi parfois ennuyée pendant ma lecture, notamment aux chapitres concernant les anecdotes sur sa vie personnelle (sa liaison avec une jeune femme alcoolique, son enfermement volontaire dans un hôpital du Queens, sa toxicomanie, ses tendances dépressives et ses phobies). J'ai trouvé ces passages brouillons, peu intéressants et un peu complaisants, malgré le fait qu'ils nous étaient exposés dans le but de les faire entrer en résonance avec l'histoire de son ancêtre Joseph Moody. Quant à la fin du récit, je dirais qu'elle rattrape le tout dans la mesure où je la trouve très intéressante (je n'en dirai pas plus pour ne rien dévoiler).
    En conclusion, nous avons un début très prometteur, un milieu longuet, dispersé et parfois décevant, et une fin surprenante, quand je vous disais que j'étais plus que mitigée ! Mais je ne regrette pas du tout cette lecture car j'y ai trouvé de belles pages, une quête intéressante et une approche originale de la filiation et de la question de l'identité. Je dirai même que ce récit se fait apprécier de plus en plus à mesure que le temps passe : si sa lecture fut souvent pénible, il a réussi remarquablement et à ma plus grande surprise à creuser un sillon profond dans ma mémoire !
    A noter, la très bonne nouvelle de Nathaniel Hawthorne, « le voile noir du pasteur», se trouve à la fin du récit de Rick Moody. La lecture de ce conte m'a d'ailleurs directement menée à la lecture de Contes et récits de Nathaniel Hawthorne, une vraie petite merveille.

    Lien : http://livresque-sentinelle.over-blog.com/article-29312919.html
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  • Par danyack, le 22 février 2009

    danyack
    Voir la critique d'Austerlitz de Sebald.
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Citations et extraits

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  • Par sentinelle, le 04 mars 2009

    Il était mon sans-abri à moi, mon fou de liberté, mon symbole, mon esprit frappeur. Ce que je veux dire, c'est que le fantôme de la station de métro, en surgissant ainsi, réveilla en moi des choses qui s'y trouvaient bien avant qu'il n'apparût ; il était le spectre de mon enfance, à moins qu'il ne fût plus ancien encore, compte tenu de son formidable pouvoir symbolique ; comme toutes les images persistantes, il était d'une inquiétante étrangeté, il faisait partie de ces choses qui surgissent à la lumière alors qu'elles auraient dû rester dans l'ombre, il participait de la mythologie familiale, de ce qui fait l'essence même de la famille. Que venait-il me dire ?

    [p.16] (..) ce mélange de honte, de remords, de culpabilité, de regret, pour devenir l'histoire d'une quête individuelle, celle de l'image originelle du voile dans mon existence, du voile dans la vie de ma famille, l'image originelle de l'absence de visage.
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  • Par sentinelle, le 04 mars 2009

    [p.145] Les populations qui vivaient sur les terres confisquées par les colons ont une part implicite dans toute histoire de la région, jamais oubliée ; lorsqu’un pieu est planté dans une forêt, une tribu indienne est repoussée, là où une église est érigée, la religion d’une tribu indienne est profanée, sauvages étant le terme préféré des Puritains pour désigner ces habitants de la région dans la plupart de leurs récits. Ou, parfois, païens : Ils étaient par inclination naturelle les êtres les plus cruels et les plus fourbes qui soient de toutes ces contrées. La guerre qu’on leur opposait était juste et légitime (…) ».

    [p.145] Un Chrétien doit être un Soldat. Par quoi j’entends qu’il existe une grande Harmonie, Ressemblance ou Similitude entre l’œuvre d’un Soldat et celle d’un Chrétien.

    [p.145] Comment les fantômes de tous ces massacres pourraient-ils ne pas peser sur la conscience eschatologique de la Nouvelle-Angleterre d’antan ?

    [p.383] (…) mes racines, qui sont vos racines (…)
    (…) une histoire d’honnêteté, de dignité, de courage d’une part, et de brutalité, de soif de sang et de massacre, d’autre part. Etre un Américain, être un citoyen de l’Occident, c’est être un meurtrier. Ne vous faites pas d’illusion. Couvrez-vous le visage.
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  • Par sentinelle, le 04 mars 2009

    [p.259] Pourquoi êtes-vous à l’hôpital ? Je ne savais pas au juste. J’y avais beaucoup réfléchi et tout en ayant conscience que je devais être là, j’étais toujours dans le noir quant à ma maladie, quant à savoir en quoi elle consistait exactement, puisque chaque fois que je semblais parvenir à la localiser, elle disparaissait. Et personne, ni le psychiatre espagnol, ni Linda l’infirmière, ni mes compagnons du groupe de thérapie, ne paraissaient vouloir lui donner un nom, comme si nommer un problème avait quelque chose de dangereux ; ma maladie m’était cachée, c’est pourquoi, à part quelques moments de la nuit où je pouvais en sentir le flux, la reconnaître, l’éprouver, en avoir l’intuition, je n’en connaissais pas le nom.
    […]
    Ma maladie était-elle alors la mauvaise conscience ? La maladie du désespoir ? Un état de crise, où même la lumière m’était insupportable ? Une maladie compulsive que j’utilisais pour essayer d’éviter toutes ces choses ? Une histoire sinistre ? Un manque de foi ? Une méfiance à l’égard de ma nation ? Une méfiance à l’égard de tout le monde ?
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  • Par sentinelle, le 04 mars 2009

    [p.163] J’étais nerveux en essayant de faire entrer la clé dans la serrure de la porte d’entrée, parce que la maison appartenait à cette branche bien établie des Moody.
    Je n’avais aucun droit, et pourtant j’actionnai quand même la clé. Nous étions à l’intérieur.
    La senteur des siècles passés. Ce parfum de moisi est lié à un phénomène scientifique précis, une molécule de carbone, mais je ne crois pas qu’il s’agisse tant de composé chimique, ou d’agent de décomposition, que d’une reconnaissance de ce qui constitue la création, les bactéries, les termites et le bois humide, la moisissure, les pommes, les vieilles serviettes, les soupes de poisson, les chiens mouillés sur la moquette, les régurgitations de moutards ; le temps et la mémoire des vieilles maisons se nourrissent de toutes ces choses, plus que de la cire ou de l’encaustique sur une peau de chamois. Le rance et le pourrissement sont les surnoms ignorés de la vie.
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  • Par Cathie, le 13 janvier 2012

    Je claquai violemment le hayon de la Volkswagen sur le haut du crâne du père de Jeff, là où toute la pensée rationnelle et abstraite est emmagasinée, là où se trouvait tout un réservoir de stratégies commerciales, et cela fit un bruit sourd et organique, comme quand on frappe dans un melon d'Antibes avec une batte d'aluminium.
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Vidéo de Rick Moody

Les carnets de route de François Busnel, France 5
Rick Moody parle de New York et de ses romans
François Busnel rencontre des écrivains new-yorkais, d'origine ou de coeur, qui puisent dans l'âme de la métropole la matière de leurs romans. Paul Auster, Colum McCann, Toni Morrison, Jay McInerney et Jonathan Franzen dressent le portrait d'une ville où se concentrent les rêves et les doutes de l'Amérique.
François Busnel propose de découvrir les Etats-Unis à travers le regard de ses écrivains. Il débute son périple par New York, ville la plus européenne du continent, qui n'en est pas moins un reflet de l'Amérique. Reflet de son immensité, de ses contrastes et de sa mixité. C'est aussi le lieu où s'épanouit une scène artistique foisonnante. François Busnel rencontre certains de ces New-yorkais d'origine ou de coeur, qui puisent dans l'âme de la métropole la matière de leurs romans. Paul Auster, Colum McCann, Toni Morrison, Jay McInerney et Jonathan Franzen dressent le portrait d'une ville où se concentrent les rêves et les doutes de l'Amérique.








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