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Le premier amour de
Sándor Márai
Debout devant la glace, j'ai regardé mon visage glabre et je n'ai vu aucune différence. Le changement spectaculaire auquel je m'attendais vaguement n'a pas eu lieu. J'ai plutôt ressenti une sorte de soulagement, comme lorsqu'on répare une faute. Mon visage ne m'a semblé ni nouveau ni étranger. Au contraire, il m'est apparu comme le seul véritable. Comme si l'autre visage, avec la barbe, n'avait été qu'un masque. Comme si j'avais avancé masqué pendant des années. J'ai enfin retrouvé ma vraie figure. Je suis redevenu moi-même.
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Le premier amour de
Sándor Márai
Il existe au monde des malheurs et des bonheurs à côté desquels tout ce qui peut m'arriver, chaque événement, du plus horrible au plus heureux, produit le même effet qu'une mouche qui se décolle et tombe d'une fenêtre à l'automne. C'est à dire rien. Je ne suis personne.
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Par Neigeline, le 14/03/2010
Les Braises de
Sándor Márai
Quoi qu'il en soit, aux questions les plus graves, nous répondons, en fin de compte, par notre existence entière. Ce que l'on dit entre-temps n'a aucune valeur, car lorsque tout est achevé, on répond avec l'ensemble de sa vie aux questions que le monde vous a posées. Les questions auxquelles il faut répondre sont : qui es-tu ? Qu'as-tu fait ? ... A qui es-tu resté fidèle ? A quel propos as-tu été infidèle ? ... Avec qui, où, en quelle occasion as-tu été courageux ou lâche ? ... Voilà les questions capitales.
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Par Neigeline, le 14/03/2010
Les Braises de
Sándor Márai
C'est qu'en réalité nous aimons toujours ceux qui sont différents de nous... Ce sont eux que nous recherchons sans cesse dans la vie. (...) Lorsque, par hasard, deux êtres qui ne sont pas de nature différente se rencontrent, quelle félicité ! C'est le plus beau cadeau du sort. Malheureusement, les rencontres de ce genre sont extrêmement rares et il semble, de toute évidence, que la nature se soit opposée à l'harmonie par la ruse et la violence, sans doute parce que, pour recréer le monde et rénover la vie, il lui est indispensable que subsiste cette tension entre les humains, harcelés par des tendances contradictoires et des rythmes dissemblables, mais qui néanmoins cherchent à s'unir coûte que coûte. Où que nos regards se portent, nous voyons cette alternance, cet échange d'énergie entre le pôle positif et le pôle négatif. Imagine la somme de désespoir et de vaines espérances que cela représente... (...)
Le destin peut tout nous accorder et nous pouvons tout lui arracher, mais nous ne pouvons jamais changer les goûts, les penchants et le rythme de vie d'un autre et nous luttons en vain contre cette "nature différente" qui caractérise essentiellement l'être que nous aimons.
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Les Braises de
Sándor Márai
Je voudrais savoir à qui tu poses cette question, dit Conrad
Le général le regarde et répond :
A tous les deux. Je me suis souvent demandé si la véritable essence de tous les liens humains n’est pas le désintéressement qui attend et qui ne veut rien, mais absolument rien de l’autre et qui réclame d’autant rien qu’il donne davantage. Lorsque l’on fait don de ce bien suprême qu’un homme peut donner à un autre homme, je veux dire la confiance absolue et passionnée, et lorsqu’on doit constater que l’on est payé que d’infidélité et de bassesse…a-t-on le droit d’être blessé et de crier vengeance ?
Conrad reste immobile dans son fauteuil et demande d’une voix enrouée :
Tu parles de vengeance ?...
Il faut que je te dise toute ma pensée. Oui, je parle de vengeance […].
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Par Cath36, le 11/03/2012
La soeur de
Sándor Márai
Peut-être se trouvera-t-il des lecteurs qui liront son histoire comme l'ultime création du musicien, dans laquelle la mélodie est plus importante que les paroles. Et la mélodie n'a jamais de "sens". Toutefois elle raconte quelque chose qu'on ne peut raconter avec des mots.
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Par Neigeline, le 13/06/2010
Le premier amour de
Sándor Márai
Maintenant en me forçant encore, je vais écrire le mot "tristesse" : ma tristesse semble s'atténuer. Je n'aime pas ce mot. Je le trouve très sentimental. Cependant si j'analyse ce qui m'arrive depuis mon retour, je ne trouve pas de meilleur terme. Je suis triste, simplement. C'est un état comme un autre. Sans cause particulière. Ce n'est même pas si désagréable. On mange, on boit, on digère et on dort avec. Et pourtant, pendant ce temps, pendant que la vie se déroule, il se passe autre chose en moi. Je suis triste. Pourquoi ? Pour qui ? Je suis incapable de le dire. C'est une tristesse tellement paisible, tellement calme. Il y a quelque chose en elle qui fait du bien. Elle envahit tout. Je dors tristement. Je mange tristement. C'est comique mais c'est ainsi. Que faire ? Je suis triste quand je suis au milieu des gens. Et triste quand je rentre chez moi. Pas "désespéré", pas "indifférent", pas "las de vivre". Non. Triste. Que m'arrive t-il ? (...) Cette tristesse est un sentiment étrange et paisible. Elle contient comme une attente sceptique. Ma journée tout entière en est remplie. Quand on me demande "comment allez-vous ?", impossible de répondre : "Je suis triste." Ce n'est pas une réponse. Mais c'est la vérité. C'est pourquoi je l'écris ici.
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Par Neigeline, le 14/03/2010
Les Braises de
Sándor Márai
Il n'est pas vrai que les hommes ne peuvent faire autrement que de supporter leur destin, dit le général. (...) Les hommes peuvent aussi le diriger. Ils déterminent eux-mêmes ce qu'il doit leur arriver. Ils attirent leur destin à eux et ne s'en séparent plus. Les hommes sont ainsi qu'ils agissent comme ils doivent le faire, même si de prime abord ils savent que leurs actes leur seront néfastes. L'homme et son destin font cause commune. Ils se prêtent serment et se forment l'un à l'autre. Le destin n'intervient pas aveuglément dans notre vie. Disons plutôt qu'il y pénètre par la porte que nous lui avons ouverte nous-mêmes, en l'invitant poliment à entrer. Car nul être humain ne possède assez de puissance et d'intelligence pour écarter, avec des mots et des actes, la malheur qui résulte de sa nature, de son caractère, suivant des lois impitoyables.
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Par luocine, le 06/08/2009
Métamorphoses d'un mariage de
Sándor Márai
Voilà c’est comme ça…il y en a un qui aime plus que l’autre. Pourtant, c’est celui qui aime qui a la tâche la plus facile. Tu aimes ton mari, alors, même si tu souffres tu as la meilleure part. Moi, il m’a fallu supporter un amour que je ne partageais pas. Voilà qui est bien plus difficile.
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Par orchidee, le 05/01/2009
Métamorphoses d'un mariage de
Sándor Márai
La cause de mon échec réside précisément dans ce que je viens de te dire. Je n'ai pas été asez courageux pour accepter la tendresse de cette femme qui m'aimait, je l'ai aussi un peu méprisée à cause de ses gouts, de sa manière de vivre qui n'étaient pas les miens, mais ceux de la petite bourgeoisie.
Mais j'ai fini par comprendre que ces fantaisies se nourrissaient à une source plus profonde, une source à laquelle je n'avais pas accès - celle de la pauvreté.
Et maintenant, apprend que le véritable amour est toujours mortel. Je veux dire que son but n'est pas le bonheur, l'idylle, la promenade, main dans la main, sous les tilleuls en fleur, derrières lesquels la douce lumière d'une lampe éclaire un foyer où régnent la fraicheur et des oideurs familières.
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