-
L'instant : La Créüside de
Magda Szabo
‘’Alors fais en sorte de toujours donner aux rhapsodes un épisode susceptible d’émouvoir les âmes. Les historiens s’empresseront de le démentir, mais leur version ne fait pas le poids quand la force créatrice de la littérature s’exprime dans toute sa beauté.’’ In - page 132
-
Par litolff, le 09/09/2011
Le faon de
Magda Szabo
Je voulais le voir gagner les fourrés, se lancer au galop sur ses petites pattes grêles et se fondre dans l'obscurité.
Il se mit à pleuvoir, des gouttes paresseuses s'écrasèrent sur mes cheveux. Le faon, inquiet, tirait sur la corde etj'avais du mal à le tenir. Il connaissait l'autre côté de la maison, le chemin de la ville, mais ce côté-ci lui était étranger, comme je lui étais étrangère, au fond. La corde me sciait le poignet, il continuait de tirer - je faisais appel à toutes mes forces pour le retenir -, si bien que ce n'était plus moi qui le conduisais, mais lui qui m'entraînait. Nous nous engagions dans le passage des Violettes, là où la route tourne en direction de la forêt, quand un train de marchandises quitta la gare. Le faon arracha sa longe et se rua vers les rails.
> lire la suite
-
Par litolff, le 11/05/2010
La porte de
Magda Szabo
" Mes rêves sont des visions absolument identiques qui reviennent inlassablement, je fais toujours le même rêve. Je suis sous le porche de notre immeuble, au pied de l'escalier, derrière la porte cochère au verre armé inexpugnable, renforcée d'une armature de fer, et j'essaie d'ouvrir la serrure. Il y a une ambulance dans la rue, les silhouettes des infirmiers, floues à travers la vitre, sont d'une taille surnaturelle, leurs visages enflés sont entourés d'un halo, comme la lune. La clé tourne. Je m'escrime en vain.
-
Par litolff, le 09/09/2011
La porte de
Magda Szabo
Je détournais la tête, ne supportant pas son regard. Alors vint le moment le plus décisif, le plus bouleversant de ma vie, elle ouvrit la bouche et happa mes doigts entre ces gencives édentées. Si quelqu’un nous avait vues, il aurait pensé que nous étions des perverses ou des folles, seulement je savais ce que cela signifiait, parfois Viola n’avait pas d’autre moyen de nous faire comprendre quelque chose, je connaissais ce mordillement, ce langage canin exprimant l’extase et le bonheur sans limite.