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Par bibliame, le 29/12/2010
Retour aux mots sauvages de
Thierry Beinstingel
- X (nom de l’entreprise), bonjour, Eric, que puis-je pour votre service (préenregistré)
- Bonjour, je suis client chez vous et j’aimerais changer mon contrat.
- Nous allons regarder ensemble, vous êtres bien monsieur/madame/mademoiselle X ? Vous habitez bien numéro/num de rue/ville ? (page d’accueil en couplage téléphonie informatique)
- Oui c’est cela.
- Donc si j’ai bien compris vous souhaitez modifier votre contrat.
- Oui c’est cela.
- Vous bénéficiez en ce moment de notre offre Optimum plus, est-ce exact ? (page « services du client », onglet « reformulation »)
- Oui c’est cela.
- Et que désirez-vous modifier mon sieur/madame/mademoiselle ? (page «services du client », question ouverte)
- Je trouve ma facture disproportionnée par rapport à ce que j’utilise
- Notre offre Optimum vous donne droit à. (énumartion des privilèges clients, page « services du cleint », onglet « argumentaire »). Etes-vous au courant de ces avantages ?
- ………
- Ai-je bien répondu à votre demande ?
- Oui
- Désirez-vous autre chose ?
- Non.
- X vous remercie de votre appel. Nous vous souhaitons, mon sieur/madame/mademoiselle une excellente fin de journée (page « savoir prendre congé », onglet « autre demandes », onglet « formules de politesse)
- X (nom de l’entreprise), bonjour, Eric, que puis-je pour votre service (préenregistré)
- Bonjour, je voudrais un renseignement.
- Nous allons regarder ensemble, vous êtres bien vous êtres bien monsieur/madame/mademoiselle X ? Vous habitez bien numéro/nom de rue/ville ? (page d’accueil en couplage téléphonie informatique)
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Par brigetoun, le 27/11/2010
Retour aux mots sauvages de
Thierry Beinstingel
À moins que ce voyeurisme de la mort montre seulement la sauvagerie et la perversité des rapports humains. Peut-être valoriser son propre corps en le découpant en actions à vendre est-il la seule manière qui reste à l'homme libéral pour atteindre la postérité. Enfin rompre l'identité du corps. Le dépecer sur une table métallique. Un employé heureux est plus performant, un salarié malheureux ne crée pas de valeur : phrases réelles, publiées lors des tristes événements, autant de preuves d'un totalitarisme entièrement dévoué au profit, corps et âme.
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Par bibliame, le 29/12/2010
Retour aux mots sauvages de
Thierry Beinstingel
- Boulangerie Au Bon Pain, bonjour, que puis-je pour votre service ?
- Bonjour, je suis client chez vous et j’aimerais une baguette et deux croissants.
- Nous allons regarder ça ensemble. Vous êtes bien mon sieur/madame/mademoiselle X ? Vous habitez bien dans le quartier ?
- Oui, juste en haut de la rue.
- Donc, si j’ai bien compris, vous souhaitez acquérir une baguette et deux croissants.
- Oui, c’est cela.
- Désirez-vous profiter de notre pain à farine traditionnelle Optimum plus ?
- Oui, avec deux croissants, s’il vous plaît.
- Etes vous au courant de tous les avantages de notre farine Optimum plus ?
- Non, mais je viens surtout pour les croissants.
- C’est tout à fait possible, mon sieur/madame/mademoiselle. Je regarde les conditions de vente et je calcule votre prix
- …
- Je peux vous proposer un prix total de deux euros quatre-vingt-neuf centimes. Êtes-vous d’accord avec notre offre ?*
- Et avec une baguette à farine Optimum confort, ça reviendrait à combien ?
- Je calcule cette nouvelle option
……..
- J’effectue le nécessaire immédiatement. Ai-je bien répondu à votre demande ? Désirez-vous autre chose ?
- Non, ce sera tout.
- La boulangerie Au Bon Pain vous remercie. Nous vous souhaitons, mon sieur/madame/mademoiselle une excellente fin de journée.
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Par brigetoun, le 12/11/2009
Feuilles de route de
Thierry Beinstingel
Et comme à chaque fois, nous nous demandons quand Marcelle Bazar va se décider à mourir, elle qui a déjà fait graver le principal de sa vie sur sa pierre tombale. Bien sûr, les années passant, on se demande si Marcelle, au seuil des centenaires, n’est pas déjà morte et que ses proches ont tout simplement oublié la date. Ou peut-être l’a-t-on retrouvée il y a bien des années, réduite à l’état d’un parchemin, oubliée de tous au fond d’un jardin… Ou peut-être était-ce un bébé à peine né ? Marcelle Bazar déclenche notre imagination. Et finalement, la tentation est grande de résumer sa vie à un nom, une date de naissance et un tiret. Car la date de mort n’intéresse jamais le principal concerné, le seul intérêt réside dans le tiret, petit résumé de vie et qui est tout.
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Retour aux mots sauvages de
Thierry Beinstingel
Pourtant, en juillet, à Marseille, dans la même torpeur estivale, avec la mer scintillante des calanques, le ciel d’airain comme un couvercle brûlant, tout cela n’avait pas suffi à faire taire le drame qui s’était déroulé et les mots implacables de celui qui avait affirmé : Je me suicide à cause de mon travail. A cause de. Origine, fondement, raison, motif. Retour brutal aux mots sauvages.
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Par brigetoun, le 27/11/2010
Retour aux mots sauvages de
Thierry Beinstingel
On voulait quelque chose de dynamique et d'actif : le mot "senior" s'était imposé, mieux que vétéran. On conclut donc un accord du même nom, destiné à valoriser ce qu'on nomma pudiquement "la deuxième parie de la vie professionnelle". C'était un délégué qui leur avait annoncé cela avec fierté : obtenu de haute lutte de la part du syndicat qu'il représentait.
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Par brigetoun, le 09/12/2011
Feuilles de route de
Thierry Beinstingel
Et soudain, les flocons qui arrivent, en masse, dodus, les premiers flocons de l’hiver, l’espace devient blanc, juste l’ombre de la remorque bleue du camion devant moi. La balade à la guitare. L’air blanc. On roule au pas derrière le camion dans la courbe de la bretelle. On devine le bas-côté qui défile lentement. Touffes d’herbes, goudron noir, danse blanche des flocons. La première neige de novembre, un émerveillement d’enfant, une sorte de Noël. Le souvenir incongru qui revient chaque année : un défilé du onze novembre dans ma ville natale, le froid et les premiers flocons sur la place de la mairie, on devait avoir dix ans. Cette vieille chanson et la voix qui reprend « morning is broken ».
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Par brigetoun, le 22/01/2012
Feuilles de route de
Thierry Beinstingel
Écrire, c’est géométrique : taches ovoïdes ou tirets noirs alignés sur le rectangle de la page blanche, paragraphes comme des carrés juxtaposés, strates des feuilles qui montent en hauteur, angles droits, finition parallélépipédique du livre.
Écrire, c’est ordonner : lettres, mots, phrases, paragraphes, chapitres, livre, tomes, genres, collections, œuvres, classement, bibliothèques, postérité.
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Par brigetoun, le 05/11/2011
Bestiaire domestique de
Thierry Beinstingel
C’est pareil pour les palettes, ajoute l’homme, il a fallu qu’on en emprunte à l’atelier d’à côté. À charge de revanche quand ils seront dans la merde. Les assemblés hochent la tête, la secrétaire réprouve l’utilisation de gros mots, mais un des types de la logistique acquiesce : c’est vrai, c’est pas avec les deux palettes d’imprimés qu’on reçoit par an qu’on aurait pu allumer le feu. Alors on regarde les flammes, les banderoles, les tracts qu’on distribue, mauvais rêve dont on se croyait à jamais à l’écart, à l’abri sous l’appellation bienfaisante de Direction, pièces d’un puzzle qu’on ne voyait qu’à la télé, des ouvriers et des pneus qui brûlent, des slogans musclés, on se croyait à l’abri de toute cette violence, pleurniche la secrétaire
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Par Lizouzou, le 09/02/2011
Retour aux mots sauvages de
Thierry Beinstingel
Et dire que c'est son nouveau travail : devenir une Maryse avec une voix d'hôtesse. Il n'y arrivera jamais; il sent à nouveau sa gorge se nouer comme cela lui est arrivé bien des fois depuis qu'on lui a dit que son boulot disparaissait.