Câbler, raccorder, resserrer, démonter, remonter, tout ceci est terminé du jour au lendemain pour le nouveau qui arrive dans un service après-vente téléphonique où il a été reclassé. Il se demande combien de temps cela prendra pour que ses mains, devenues inutiles, deviennent blanches et molles. En attendant, il doit dorénavant donner de la voix, lire sans faillir des scripts affichés à l'écran pour des clients qui attendent davantage que des voix anonymes. Pas vraiment anonyme puisque le nouveau est sommé de se choisir un prénom, il sera donc Eric, une consonance scandinave qui lui plaît. Les collègues le prennent en charge dans ses débuts, mais quelle difficulté à s'habituer à parler toute la journée : « le nouveau s'habitue, en effet, mais au point de ressentir rapidement cette langueur, vacuité, grisaille. » Décrocher le soir, même lors de longs kilomètres de retour en voiture, n'est guère possible, et les voix des clients poursuivent Eric jusque dans ses nuits. Comme dérivatif, il se remet à la course, aligne les kilomètres, été comme hiver. Il ouvre aussi un petit carnet de notes sur son lieu de travail. L'écriture, pourquoi pas ?
Le thème du monde du travail, avec en arrière-plan, des suicides successifs au sein de l'entreprise, ce thème non dépourvu de ressorts dramatiques, est servi par une très belle écriture, fluide et rythmée à la fois, qui m'a séduite. Encore un auteur à relire, d'ailleurs j'ai cru comprendre que son dernier roman a été sélectionné pour quelque prix prestigieux !
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